XXIeme siecle

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Avant-propos

Cher lecteur,

Exceptionnellement, nous nous adresserons à toi directement : ce site n'est en aucun cas une biographie de Victor Hugo. Alors si tu pensais trouver ici la vie de notre Totor national en long, en large, et en travers, passe ton chemin !

 

Pour bien comprendre les propos de nos deux protagonistes :

1° Des caractères gras de couleur bleue quand Victor s'adresse à Mirabelle

2° Une police des plus classiques quand Mirabelle s'adresse à Victor

 

Sur ce, bonne lecture !

 

Lundi 1 octobre 2007
Mon cher  Victor,

clown.jpg


Samedi matin. Je fais anglais avec les gosses. Je leur chante la chanson "The Hello song". Après  les gloussements auxquels je m'attendais,  j'encourage les élèves à chanter avec moi, puis seuls. Comme je m'y attendais aussi, il y a quelques cafouillages, qui continuent à perdurer  après cinq ou six tentatives. Avec l'enthousiasme et l'humour qui me caractérise (si si  !), je les imite pour les amener à prendre conscience de leurs erreurs. Par conséquent, je vais jusqu'à reproduire  les gestes paniqués des élèves qui se trompent. Euh... Mais tu sais bien, Victor ! Genre "Zuuuuuuuut, je me suis trompé !" avec la bouche en coeur et la main sur les lèvres, en poussant un "hiiiin" murmuré ! Oui, oui, peut être... Mais enfin... Bref. Je les imite donc.

Bon. C'est vrai que j'aime bien théâtraliser. Et puis le Cycle 3, ça a cela de génial que les gamins comprennent l'humour, premier dégré bien sûr, mais second degré aussi, et qu'on peut instaurer une certaine complicité avec eux. A part avec quelques uns qui continuent à planer à 5000 m, du genre Tatiana, CE2 de son état, qui pense que ma proposition d'écrire sur la table quand on n'a plus de place sur sa page est tout à fait sérieuse. Enfin, ça viendra, tout ça...

Bref. J'imite donc les élèves qui se trompent et pousse un grand "hiiiiiiin" pour jouer l'étonnement. Eclat de rire général.

Margot, CM1, lève la main, l'air ravi :
"C'est le spectacle avec toi, Maîtresse !"

Ah. Bon. Je souris. En tous cas, spectacle ou pas spectacle, après mon imitation sensationnelle, je n'ai plus entendu aucun couac.

 

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publié dans : Mirabelle, maîtresse T1 par Mirabelle
Mardi 2 octobre 2007
Mon cher Victor,

noir2.jpg
Tu as une de ces mines, ma pauvre Mirabelle... Et tes yeux sont bien rouges ! Tu as  pleuré ?Mais si, tu as pleuré ! Je le vois  bien !  Non, non... Rien qu'un peu... Allons , allons... Rapproche-toi de moi, va, et raconte moi tout... Tu as besoin d'une épaule pour t'épancher, je le vois bien... Allons, allons... Là, là...

La journée avait mal débuté. Avec ce satané sentiment de fatigue corporelle et nerveuse qui ne me quitte pas depuis une semaine. Rien d'étonnant à cela : tes stages de PE2 ne duraient que trois semaines ! Il te faut prendre un autre rythme ! C'est vrai. Enfin j'ai beau essayer de m'économiser, il me semble que rien n'y fait. Et du coup... Tu fais de
s bêtises en classe ! Exactement. Lesquelles ?

Pour commencer, j'ai donné hier des mots à apprendre aux élèves pour la dictée de mots de vendredi. Jusque là... Rien d'anormal ! Non. Là où ça pêche, c'est que j'ai donné à copier le mot "maisonnette". Oui... Eeeet ? Et au tableau, je n'ai mis qu'un seul "n". Aïe ! Le pire est que je ne m'en suis pas rendu compte
que je l'avais mal orthographié, même après avoir relu plusieurs fois les mots écrits au tableau, même après avoir corrigé TOUS les répertoires . Aïe aïe aïe ! Par conséquent, ce matin, alors que je vérifiais que chaque mot avait bien été copié cinq fois, Clotilde me dit : "Maîtresse, avec Maman on a regardé dans le dictionnaire parce qu'on n'était pas sûr mais... A "maisonnette", il y a 2 n !". Je fronce les sourcils : moi qui ai toujours écrit parfaitement ce mot, comment ai-je pu commettre une telle bourde ? La fatigue, Mirabelle, la fatigue... Je m'en suis voulu, mais voulu ! J'ai fait corriger tous les CE2 en présentant mes excuses et j'ai ressassé ça toute la matinée...

A 10 h 30, réunion avec le RASED : il s'agit de signaler les élèves qui auraient éventuellement besoin d'un soutien. Je laisse donc mes vingt-cinq loustics à un remplaçant. Quand je reviens, je lance un "Alors ? Ca a été ?" auquel il me répond : "La marche était haute, les exercices étaient trop difficiles". Aïe. Tu n'avais qu'à pas poser la question, voilà tout ! Ca m'apprendra, en effet... J'écoute donc ses remarques, j'affirme que je vais "réajuster" et sors d'ici démoralisée en me disant que je ne suis pas une bonne maîtresse. Bon. Avec cette histoire d'orthographe qui continuait à me trotter dans la tête, j'avais envie de sangloter. A la place, j'ai été manger à la cantine avec les collègues. Tu as bien fait ! Ca t'a sûrement changé les idées !

Disons que cela m'a rassurée. J'ai fini par parler de cette "maisonnette" à une collègue, qui m'a aidée à dédramatiser. "Attttttttttends, ça arrive à tout le monde ! Même après quinze ans de métier !!! On n'est pas infaillible !!!". Je sors de la cantine revigorée, motivée... Bref : pleine d'espoir pour l'après-midi ! Enfin. Il y a des jours comme ça où tout va mal. Rooooooo la la ! Tu ne trouves pas que tu exagères un peu ?! Pour une malheureuse histoire d'orthographe et d'exercices trop difficiles ! Un rien te décourage ! Attends la suite... La suite, c'est le gymnase. Il est 16 h 20. Prise dans mes galipettes et mes équilibres, je  n'ai pas vu passer l'heure. Argl. Sachant qu'il faut environ un quart d'heure pour rentrer à l'école et que certains gosses ont leur bus à prendre pour repartir chez eux (et surtout sachant que ce satané bus décolle à 16 h 30 pétantes !!!), je te laisse imaginer le coup de panique qui m'a saisie... Aïe aïe aïe ! Arrête de dire "aïe aïe aïe", Victor ! Tu ne dis que ça depuis le début de notre conversation !

Bref. Je les ai fait ranger en quatrième vitesse. Si vite qu'évidemment, ça a dégénéré, malgré mes recommandations. Une gamine s'est cassée une dent. Comment a-t-elle fait son compte ? L'enfant, qui portait le tapis avec elle, l'a soulevé très brusquement et très violemment. Ondine, qui tenait le matelas de l'autre côté, a reçu un coup dans la bouche. Et s'est donc cassé un morceau de dent. La pauvre gamine qui pleure. Moi qui essaie tant bien que mal de regrouper les gamins, d'éviter de nouveaux blessés. Et les gosses qui viennent me raconter leurs vies : "Eeeeh, Maîîîtresse, eh ben moi ce week-end, je vais aller au mariage de ma tata !". Et moi qui m'énerve un peu, qui ne sait dire qu'une chose : "On se dépêêêêche !". Et puis tout le monde dehors, enfin. C'est la course. Je réprimande les retardataires qui se croient en promenade et dispute aussi ceux qui se mettent à courir devant. Gontrand se cogne à Mélisande, qui elle-même heurte à Noémie.

A 16 h 32, Dieu sait comment, nous voilà à l'école. Ouf. Le temps que les gamins récupèrent leurs cartables (et leurs cartes Pokémoooon !) et je file à la grille parler à la mère d'Ondine pour évoquer la dent cassée. C'est la moindre des corrections ! Oui. Je pense aussi. Heureusement, la maman est très gentille. Elle en profite pour me demander comment ça se passe en classe. J'essaie d'évoquer les (très grosses) difficultés d'Ondine tout en gardant un regard positif sur l'enfant. C'est ce qu'il faut faire, c'est ce qu'il faut faire !

Bref. A 17 h 30, je suis chez moi, après m'être faite ramener par un collègue qui s'exclame que des pépins de ce genre, on a tous eu à y faire face. Et puis qu'au moins, maintenant, je saurai remplir une déclaration d'accident... On peut voir les choses sous cet angle, effectivement ! A la maison, je pleure un bon coup. Ca menaçait depuis le matin. Pleurer pour ça, Mirabelle... Pfff... Tu n'as que ça à faire ! Non, justement. Je n'ai pas que cela à faire. J'ai des tas d'autres choses à faire ! Mais il me semble que rien ne se règle. C'est toujours le bordel. Toujours. Toujours. Je n'avance pas. Je ne suis pas efficace. Je n'arrive à rien avec les enfants. J'essaie de m'économiser. Mais je suis crevée, crevée. Une fatigue sans fin.

Tu te plains, tu te plains ! Il n'y en a que pour toi, toi, toi !!! Pardon. Tu sais que cette conversation est tenue dans un moment de ras le bol. Demain, mercredi, je raisonnerai autrement, je le sais.. Et tu le sais aussi ! Humm... En attendant, tu me fais passer un sale quart d'heure ! Pardon. Il faut que tu apprennes à te blinder, Mirabelle ! A différencier ce qui est vraiment important de ce qui ne l'est pas ! Je sais, je sais... Vraiment ! Et puis regarde autour de toi ! Pense à tes collègues qui enseignent à ZEP, qui ont des élèves bien plus difficiles que les tiens ! Tu es bien lotie, au fond ! Allez, allez ! Sois combattive ! Ne te laisse pas abattre ! Hummm...

Quoi qu'il en soit, je pars en formation la semaine prochaine. Du 8 au 19 octobre. J'avoue que j'ai hâte. J'ai besoin d'un grand bol d'air pour repartir du bon pied. J'étouffe.
Pardon pour cette conversation un peu (très) noire, Victor. Il y a des moments où cela fait tellement de bien de vider son sac auprès d'une oreille amicale !

En réLa

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publié dans : Mirabelle, maîtresse T1 par Mirabelle
Mercredi 3 octobre 2007
Mon cher Victor,

europe.jpg
Samedi après-midi. Je corrige les évaluations CE2.  Exercice de production d'écrit. Il s'agit de  raconter la suite d'une histoire, en tenant compte du début et de la fin : Léo, arrivé dans une nouvelle ville, n'a pas d'ami. Un après-midi... Il rencontre  un petit garçon. Ils font connaissance... Selon Gontrand, voilà ce que ça donne (j'ai bien évidemment corrigé les fautes) : "D'où viens-tu ?", demande Léo.  "De Belgique. Et toi ?", dit Léo.  "Moi, je viens d'Europe.", dit l'autre enfant.

Bien. Après un éclat de rire, je me suis dit qu'au fond, il était positif que Gontrand ait entendu parler de la Belgique et de l'Europe. Et puis aussi qu'il était temps de commencer la géographie...
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Vendredi 5 octobre 2007
Mon cher Victor, murmurer.jpg
Réunion de parents, vendredi 28 septembre. Les  poings sur les hanches,  balayant la pièce du regard, je  souris (le plus naturellement possible) aux parents :

"Est-ce que vous avez des questions ?"

Pas un mot. Rien. J'insiste : "Pas de question, vous êtes sûrs ? "

Tout à coup, sur ma gauche, j'entends une maman chuchoter à l'oreille de son mari. Elle ne voit pas que je la regarde (il faut dire que j'utilise mon point de vue panoramique, le même que j'utilise pour prendre mes élèves en flagrant délit de tricherie ou de bavardage) et semble s'amuser comme une petite folle, murmurant à l'oreille de son mari :

"Siiii... J'ai une question : quel âge avez-vous ?"


La voilà qui rigole. Et moi, j'ai envie de rire aussi. Parce que je m'y attendais, à ça. Avec mon mètre cinquante-neuf et mon look d'adolescente, pensez-vous, je ne suis pas naïve... Enfin. Elle n'a pas osé dire tout haut ce que tous pensaient tout bas, j'en suis sûre. Et c'est tant mieux. Je préfère les laisser imaginer...

 

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Dimanche 7 octobre 2007

Mon cher Victor, ptitspirou.jpg
Jeudi matin, 10 h. Après avoir écrit au brouillon les règles de vie pour la classe (oui, je sais, je m'y prends très très taaaaard !), nous votons à bulletin secret. Les gosses sont bien évidemment ravis d'imiter les adultes et ils votent pour leur règle de vie préférée parmi celles notées au tableau, sur un petit bout de papier plié et replié. Leïla, CE2, dépouille ces bulletins. Comme elle bute sur les mots, je lis par-dessus son épaule. J'y lis ceci :

"Respecter la très gentille maîtresse.", alors que la règle proposée au tableau ne comportait pas, bien sûr, l'adjectif "gentille". Et en dessous, la signature : "Clotilde". J'ai envie de rire. Et de rougir de plaisir. A la place, je me contente de jeter un bref coup d'oeil à la Clotilde en question, qui gigote sur sa chaise et murmure tout un tas de secrets à la petite Aurore, sans doute des choses du genre : "C'est moi qui ai écrit ça pour la maîîîîîtresse !!!". Ah je te jure...
Enfin bon. J'ai gardé mon sérieux et fait comme si je n'avais remarqué la signature. Sans pour autant me priver du plaisir de dire : "Je ne sais pas qui a écrit ça mais je trouve que c'est une très bonne règle !", ce qui n'a pas manqué de faire rire les gamins. Bref. Le dépouillement continue et j'oublie la signature.

C'était sans compter, bien sûr, sur l'entêtement des gosses. Au moment de se mettre en rang devant la porte pour aller en récréation, je vois Clotilde se tortiller, me lancer de grandes oeillades, de grands sourires, genre maîtresse-je-veux-te-dire-un-truc. Finalement, au moment de passer la porte, alors que je les accompagne sur le seuil, elle n'y tient plus :

"Eh, maîtresse... Tu sais quoi ? C'est moi qui as écrit "Respecter la très gentille maîtresse" tout à l'heure !". J'ai souri. En préférant ne pas relever le "c'est moi qui as écrit", qui aurait sans aucun doute cassé son enthousiasme. J'ai bien fait ? Oui, je crois. Et puis j'ai lu quelque part qu'il n'était pas bon de relever toutes les erreurs des enfants...

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publié dans : Mirabelle, maîtresse T1 par Mirabelle

Un mot au vol ?

Opinion


Et si vous nous faisiez part de votre opinion ?


Victor mène l'enquête.

Parce que Mirabelle se le demande !




personnes ont écouté la conversation entre Mirabelle et Victor depuis leur rencontre.


Aujourd'hui, à :

il y a 3 personne(s) qui papote(nt) avec Mirabelle et Victor.


La requête de Victor :

  • Parce que Mirabelle et moi-même aimons beaucoup de gens... Allez donc jeter un coup d'oeil à notre tour de tables !


Nos recommandations :

  • Un clic et vous y êtes... Si vous souhaitez quelques conseils pour guider votre lecture, bien entendu !


Lexique IUFMesque à l'usage des non-initiés :

  • Mirabelle, dans son infinie bonté, a daigné me proposer (ainsi qu'à toi, ô lecteur non affilié à l'Education Nationale !) un lexique de rattrapage, sensé me donner les repères indispensables à la compréhension de deux rubriques.


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