XXIeme siecle

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Avant-propos

Cher lecteur,

Exceptionnellement, nous nous adresserons à toi directement : ce site n'est en aucun cas une biographie de Victor Hugo. Alors si tu pensais trouver ici la vie de notre Totor national en long, en large, et en travers, passe ton chemin !

 

Pour bien comprendre les propos de nos deux protagonistes :

1° Des caractères gras de couleur bleue quand Victor s'adresse à Mirabelle

2° Une police des plus classiques quand Mirabelle s'adresse à Victor

 

Sur ce, bonne lecture !

 

Lundi 8 janvier 2007

Mon cher Victor,

Parce que cela fait longtemps que cela me démangeait, parce que dans la vie il faut oser affronter les critiques (surtout celles d'un grand écrivain), je décide d'inaugurer une nouvelle catégorie avec ce texte. Mais s'il te plaît, ne dis rien !


La fièvre


Ecrire. Alice venait de terminer son assiette. Ecrire. Vite. Ecrire avant que la fièvre ne tombe. La vaisselle en vrac dans l’évier. La tasse de thé oubliée sur la table. Elle avait branché son ordinateur et s’était installée à son bureau. Elle resterait là pendant des heures. Elle attendrait. Le bon mot. La bonne phrase. Le frisson. L’effervescence de l’intellect qui lui commanderait d’écrire, d’écrire, d’écrire. Elle s’oublierait. Ne serait plus personne.

            Ecrire. Elle écrivait, en accord avec elle-même. Elle s’était trouvée. Enfin. Un tout harmonieux, une évidence. Tu es faite pour ça… Elle oubliait tout. Les mots s’enfilaient comme des perles sur un fil. Ses doigts couraient sur les touches, prenaient du retard, hésitaient, repartaient de plus belle. Elle relisait ses phrases, s’écoutait les prononcer, reprenait une virgule, un point, ajoutait une conjonction de coordination. S’interrogeait sur les propositions, permutait des termes, les faisait sonner.

 Elle était seule avec la fièvre. Au milieu de nulle part. Le temps suspendu. Elle aimait la solitude de l’écriture. Alors, rien ne pouvait l’atteindre. La puissance des mots donnait corps à sa personne toute entière. Les idées se bousculaient. Des murmures. Des soupirs. Les mots étaient vivants. Ecrire n’était rien d’autre, à ses yeux, qu’un dialogue subtil avec soi-même. Maîtriser, choisir. Inverser les rôles. Manipuler la vie. Tout prévoir. Et ne jamais s’écrouler.

On avait frappé à la porte tout à l’heure. Mais elle était toujours seule avec la fièvre et n’aurait ouvert à personne, pour rien au monde. Surtout ne pas briser cette intimité. Rester seule avec l’écriture. Et ne revenir à la vie que quand elle l’aurait décidé.

Tu es faite pour ça… L’instinct avait surgi. Ces soirs où elle observait le regard glissant de sa mère, sur ces livres inconnus, sans images, indéchiffrables. Les petits caractères mystérieux dans les journaux. Les histoires avant d’aller se coucher. Le contact du papier, l’odeur du cahier neuf. Les belles majuscules au tableau. L’écriture appliquée du maître. Apprendre à former des lettres, à les lier les unes aux autres. La lettre au Père Noël à rédiger avec la classe. Lire. Jane Eyre, sa couverture abîmée, ses pages jaunies, son parfum de vécu. L’émerveillement… Un poème pour la fête des mères. Le délice des rimes.

Tu es faite pour ça… Sa première machine à écrire. Ses premiers poèmes. Ses premières nouvelles. Devenir quelqu’un. La puissance de la fièvre, ce flot d’envie, de passion, qui vous attrape au ventre, vous agrippe, vous tient, ne vous lâche plus. Ne t’arrête jamais d’écrire… Grandir et s’apercevoir que le rêve est toujours là. Et que lui aussi, lui aussi a grandi. En même temps que nous...

Des rires dans le couloir. Des pas dans l’escalier. Le quotidien. Et elle, sur son ordinateur, à s’inventer une autre vie. A refuser la vérité. Avec ses ailes de goéland. Elle se réfugiait dans cette torpeur que lui procurait l’écriture. Alors, plus rien ne s’écroulait. Tu es faite pour ça…

Les mots s’enfilaient moins bien désormais. Comme s’il y avait un nœud sur le fil. Pourtant, la fièvre était toujours là. L’envie d’écrire lui serrait le ventre, encore. Pourtant, elle entendait mieux les rires et les pas dans le couloir. Comme un appel. Un appel à revenir…

A peine une page en deux heures. Des phrases prises et reprises, supprimées, rajoutées. Des agacements devant des constructions bancales, de longues minutes à attendre LA formulation, évidente, claire, directe, parlante. Elle aimait attendre. L’instant où la phrase apparaissait, se suffisant à elle-même, n’en était que plus délicieux. Soudain, on frappa à la porte. Elle hésita à répondre. Un appel à revenir…

Parfois, elle se disait que l’écriture naissait d’un déséquilibre. Celui entre le rêve et la réalité. Comme les goélands… Avec leurs ailes de géant. Mieux dans les airs que sur la terre ferme, avec le commun des mortels. Pourtant, il y avait toujours un appel. Un appel à revenir… Ne pouvait-on jamais y échapper ?

Son téléphone avait sonné, tout à l’heure. Elle avait décroché. On l’avait invitée au cinéma. Elle avait dit oui. Alors elle avait enregistré cette page. Puis éteint son ordinateur. Alice allait revenir à la vie. Jusqu’à ce que la fièvre reprenne. Et qu’elle se remette à écrire. Ecrire. Vite. Aligner les mots. Aligner les phrases. Faire courir ses doigts sur le clavier. Ne plus rien écouter que le désir impérieux de l’écriture. Tout figer autour de soi. S’oublier. Pour que rien ne s’écroule.

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Vendredi 30 mars 2007
La tête lui tournait. Trop de vin blanc. Are you ready to jump ? Alors elle sautait. Les cheveux collés sur le front. L'effet de la sueur. It's time to make my way / I'm not afraid of what I'll face / But I'm afraid to stay. Cette chanson avait été écrite pour elle... Elle se déhanchait sur ce rythme électro. L'alcool. Tout était plus facile. Les regards des hommes sur elle. Des regards de désir. L'alcool lui tournait la tête. Qu'importe. Elle se sentait plus femme. Plus sensuelle. Comme si elle dansait dans le clip de Madonna...
Patience, lui avait-il dit. Cinq ans qu'elle patientait. Cinq ans. Cinq ans. Are you ready to jump / Get ready to jump. Cinq ans qu'elle l'aimait et qu'elle attendait. Cinq ans qu'elle espérait tous les mois. Et si elle oubliait sa pilule ?
Lifes gonna drop you down like the leaves from a tree / It sways and it swings and it does it til it makes you see. Ils se marieraient. Elle aurait alors un ventre bien rond. Are you ready to jump / Get ready to jump. Mais... Patience, lui avait-il dit. Patience...
Un homme se rapprocha d'elle. Elle ne le repoussa pas. Comme ça. Pour voir. Parce que l'alcool la rendait moins farouche. Et puis... Dans les yeux de cet inconnu, elle était une femme. Une femme. Il ne la connaissait pas. Il ne savait rien de son bedon de post-adolescente, ni de ses vergetures. Il ne savait rien de ses petites manies, ni de ses cheveux en bataille au réveil. Tout ce qu'il voyait, lui, c'était une blonde habillée un peu court, au déhanché sensuel, presque animal. Et alcoolisée...
Don't ever look back / Oh baby
. Alors que pour lui... Elle n'était plus une femme. Juste... Sa petite amie. Une sorte de meuble. Qu'on n'admire plus tant il fait partie du décor. Elle avait tant de fois tenté de lui parler... "Tu me trouves jolie ?", lui disait-elle. "Tu m'aimes ?", "Tu veux que je mette quelles chaussures pour ce soir ?", "Je sors avec ou sans maquillage ?". Toujours, des "Comme tu veux.". "Ca m'est égal". Et l'envie de lui hurler, en pleine face : "Mais je veux te plaire à toi, alors donne moi ton avis !". Le sentiment d'être un vieux couple. Avant l'heure. Avant même d'avoir vécu.
L'inconnu lui souriait. Oh, elle les connaissait ces sourires. Le sourire du "début". Le genre de sourire dont elle avait besoin. Un sourire qui signifiait : "Tu es une jolie femme, tu me plais.". Si seulement il pouvait le lui dire, de temps en temps, rien que pour lui montrer qu'au delà de sa petite amie il voyait la femme... Celle qui lui avait plu, il y a de cela cinq ans, et qui continuait à lui plaire... Parce qu'au fond, cet inconnu, elle s'en balançait, vraiment. C'était juste son... Son regard, qui l'intéressait. Parce qu'il lui montrait qu'elle était vivante, encore, toujours. Qu'elle était jolie, encore, toujours. Qu'elle pouvait s'aimer. Elle-même. Enfin.
I can make it alone...
I can make it alone...
I can make it alone...
I can make it alone...

La tête lui tournait de moins en moins. Et l'inconnu l'agaçait. Envie de lui dire : "Je suis prise ! Va draguer ailleurs !". Patience, lui disait-il. Patience... Elle l'aimait, encore, toujours. C'était plus fort qu'elle. Mais plus fort encore, plus puissant, le désir de vivre, de construire. De s'engager. Patience, lui disait-il. Cinq ans qu'elle patientait. Pourrait-elle patienter encore ?
Yes I'm ready to jump
Just take my hand
Get ready to jump !

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Mercredi 4 avril 2007
La maman de Germain m'a ramenée plus tôt à la maison. Elle a dit que c'était Papa qui voulait, qu'il avait téléphoné. Moi, je ne voulais pas, on s'amusait bien avec Germain, on jouait au foot dans son jardin. Mais il a fallu que je rentre, la maman de Germain a insisté et elle avait une drôle de tête.
La maman de Germain m'a accompagnée dans le salon, en me serrant fort la main. Puis elle a serré celle de Papa et elle lui a dit tout un tas de choses à l'oreille, en m'écartant d'elle. Elle faisait une drôle de tête, la maman de Germain. Papa arrêtait pas de la remercier, de s'excuser. Il avait les yeux tout rouges, comme quand il a épluché des oignons pour faire la tartiflette. La maman de Germain est partie. Elle m'a fait un gros bisou et m'a appelée "ma pauvre chérie".
Papa m'a laissée comme ça. Il ne m'a même pas fait de bisou et il ne m'a pas répondu quand j'ai demandé si on pouvait faire du vélo au bois. Il est monté en disant qu'il "allait voir Maman et qu'il fallait qu'ils me parlent tous les deux quand Maman serait sortie.". J'ai voulu aller faire un câlin à Maman mais Papa n'a pas voulu. Il m'a dit de rester en bas. Alors j'ai été jouer, j'ai pris le hochet de Auguste même si j'ai pas le droit, parce que moi, normalement, je ne suis plus un bébé. De toute façon, Papa est en haut avec Maman. Et Auguste est chez la nounou, il n'y avait pas son transat dans l'entrée.
J'ai pris le hochet de Auguste et mon Action Man. On aurait dit que le hochet d'Auguste, c'était le vaisseau de Action Man. Là-haut, j'entends Papa... "Chérie, ouvre, s'il te plaît...". J'entends comme si on cognait à la porte. Et puis Papa qui s'énerve. J'ai un petit peu peur. Papa ne s'énerve jamais sur Maman, d'habitude. Alors je suis montée. Il y avait Papa contre la porte. Il pleurait. Je n'avais jamais vu Papa pleurer. Il s'essuyait sur son pull rouge, celui que Maman aime bien. Il y a une grosse tache dessus. Auguste a vomi dessus ce matin. Maman ne l'a pas disputé. Auguste ne se fait jamais disputer. C'est parce que c'est un bébé et qu'il ne comprend pas. C'est ce que dit Papa.
" Redescends Claire...", me dit Papa.
- Qu'est-ce qu'elle fait, Maman ?
- Redescends, je te dis.
- On peut aller faire du vélo au bois ?
- Tu vas redescendre, oui ou non ? Merde à la fin !
J'ai sursauté. Papa m'a dit pardon et m'a pris dans ses bras. Il a dit que "Papa disait n'importe quoi". Il m'a serrée très fort, en pleurant. J'ai rien compris. Il m'a dit d'aller dans ma chambre. Mais je suis restée. Il cognait contre la porte, maintenant, en hurlant qu'il fallait que Maman sorte. Que ça n'allait rien changer. J'ai entendu Maman pleurer aussi dans la chambre. Alors je me suis mise à pleurer aussi.
"Anne, ta fille pleure..." a dit Papa, "Il faut que tu sortes... S'il te plaît... Ca ne changera rien... S'il te plaît... J'ai besoin de toi... Ne te renferme pas... Pense à ta fille..."
Alors Maman a fini par sortir. Elle était toute bouffie. Les yeux tout rouges, encore pire que quand on a épluché les oignons. Elle avait le hoquet, comme Auguste après le biberon. Elle m'a pris dans ses bras et m'a serrée. Mais ça me faisait mal alors je lui ai dit d'arrêter, mais elle a continué. Elle a dit pardon, qu'elle m'aimait, et elle m'a dit de descendre ma chérie, qu'elle allait faire des crêpes pour mon goûter. Moi j'adore les crêpes, alors je suis descendue tout de suite.
Papa est descendu aussi et il a appelé Mamie. Il a encore pleuré. J'ai voulu parler à Mamie et lui dire que j'allais manger des crêpes mais il n'était pas d'accord. Il a dit que je verrais Mamie dans quelques jours. De pas m'inquiéter. Maman faisait les crêpes. Elle avait mis la musique, "pour faire plus gai". Moi je dansais, j'aime bien, mais Maman elle avait l'air encore triste. Je ne sais pas pourquoi.
On a fait sauter les crêpes. J'en ai raté une et Maman s'est fâchée très fort, mais elle s'est excusée tout de suite, en disant que c'était pas de ma faute. Maman a mis trois assiettes et on a mangé les crêpes. Il y avait du Nutella. J'ai eu le droit de prendre autant de crêpes que je voulais, et Maman n'a pas fait d'histoires quand j'ai voulu lécher la cuillère. J'avais plein de chocolat autour de la bouche, ça m'a fait rire, et Maman m'a appelée son "petit chat". J'ai rigolé. Et puis j'ai demandé :
"Où est-ce qu'il est Auguste ?"
Maman s'est mise à pleurer. Elle est montée dans sa chambre en courant. Et Papa m'a pris sur ses genoux en disant qu'il fallait qu'il me parle. Que j'étais grande et que je pouvais comprendre que parfois, la vie nous fait du mal.



Merci à Plum', dont le texte m'a inspirée.

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Lundi 16 avril 2007
Elle l'avait quitté, cet après-midi. Elle avait récupéré ses affaires. Pris le train. Et elle était partie. Sans un mot, sans une explication, profitant de son absence. Aveu de faiblesse. Inévitable. Tu n'es pas la femme de ma vie... Alors elle avait pris le train. Sans un mot. Sans une explication. Parce que le rêve s'était brisé, net. A quoi bon faire semblant ?
Elle regardait défiler les paysages. Son portable vibrait dans sa poche. Comédie classique d'une histoire à l'agonie. Elle ne répondit pas. A quoi bon faire semblant ? Il lui aurait dit qu'il l'aimait, qu'elle lui manquait trop. Il aurait gémi. Elle n'était pas dupe. Il l'aimait quand elle fuyait. Jamais quand elle était là, discrète, patiente. Jamais vraiment. Ou... Mal. Il l'aimait mal.
Elle n'aurait pas pu le lui dire en face. Les mots se seraient cassés dans sa gorge. Trop définitifs. Des mots qui font peur. L'impression de se précipiter dans le vide. Ne pas avoir le choix.
Tu n'es pas la femme de ma vie... Entre le fromage et le dessert. Comme de la pluie et du beau temps. Elle avait ravalé ses pleurs. Prétexté qu'elle allait chercher le poivre pour aller sangloter dans les toilettes. Se cacher. Se dire que c'était ça, au fond, leur histoire : être condamnée à pleurer, seule, dans les toilettes... Alors elle avait pris sa décision. Elle allait le quitter. Elle s'était rassise avec un sourire figé, tandis qu'il lisait le journal et commentait les derniers résultats de football, sans deviner le moins du monde quel impact avait eu cette simple phrase sur sa compagne. Il l'avait perdue.
Les paysages défilaient, dans une sorte de continuité changeante. Elle se dit qu'au fond, c'était ça, la vie. Défiler à toute vitesse et changer de paysages, tout en tentant de conserver une certaine cohérence. Un semblant d'harmonie entre les couleurs. Son portable recommença à vibrer dans sa poche. Il insisterait jusqu'à ce qu'elle réponde. Elle ne décrocherait pas. Cela aurait été comme avouer sa faiblesse. Sa dépendance. Le manque. La résignation.
Tu n'es pas la femme de ma vie... Le ton était clair, anodin. Elle avait compris qu'il se contenterait de cette médiocrité. D'elle, comme d'un meuble, comme d'un prix de consolation. Symbole de renoncement, renoncement à ses rêves de grand amour. Il était prêt à accepter une relation tranquille, sans passion, bercée par la télévision, les courses, le ménage. Tout en sachant qu'elle n'était pas la femme de sa vie. Pourquoi une telle contradiction ?
Alors elle avait pris le train. Elle était partie. Avec encore au ventre un rêve de mieux. Et aussi la douleur de l'aimer encore. Tu as brisé mes rêves, lui avait-il dit un jour. Il y a longtemps. Pourtant, il était resté. Pourquoi rester sans rêve ?
Le téléphone vibrait encore dans sa poche. Elle eut envie de pleurer, tout à coup. Elle se revit, elle le revit. Jeunes amoureux. Seuls au monde. A se découvrir. Tu es parfaite, lui avait-il dit, un soir, tandis qu'il caressait ses courbes, serré tout contre elle. Avoir un enfant de toi ne me déplaîrait pas... Où était donc cet homme ? Qu'étaient devenus ces mots, ces mots d'amour absolus, tendres, pudiques, sincères ?
Elle était là, dans ce train, recroquevillée sur la banquette. Et le téléphone sonnait toujours. Elle avait envie de pleurer. Parce qu'elle l'aimait toujours. Pourquoi les femmes sont-elles si faibles ?
Il faudrait tenir. Résister. Jusqu'à ce que le temps panse les plaies. Jusqu'à ce qu'elle cesse de l'aimer.
Elle entendit le contrôleur annoncer le terminus.
Alors elle descendit.
Tu n'es pas la femme de ma vie...
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Mercredi 18 avril 2007
Fraîchement rentré du travail, il avait pu constaté qu'elle avait pris toutes ses affaires. Toutes. Plus rien dans la penderie. Plus de sac à main dans l'entrée. Plus de crème hydratante dans la salle de bain. Plus rien. Il se laissa lourdement tomber sur son fauteuil : pourquoi ? Le manqua lui attrapa le ventre et le lui tordit dans tous les sens. Il avait mal. Elle n'avait pas pu partir. Non. Elle n'était pas partie. Elle allait revenir. Elle revenait toujours.
Il composa son numéro sur son portable. Fébrile, le coeur battant. Sonnerie dans le vide. Réponds, s'il te plaît, réponds... Ne pas s'énerver, surtout. L'amadouer. Et la faire revenir. A tout prix. Sonnerie dans le vide. Il raccrocha rageusement et recommença. Ne pas se décourager. Elle finirait par répondre. Elle ne pouvait pas se passer de lui, de toute façon. Ne lui avait-elle pas dit qu'il était l'homme de sa vie ? On ne peut pas dire ce genre de choses et s'enfuir le lendemain. Sonnerie dans le vide. Les crampes dans le ventre s'accentuait. Il avait peur.
Quelque chose est cassé... lui avait-elle dit, un jour, après une grosse dispute à propos de leur avenir commun. Ca lui passera, s'était-il dit. Elle passait l'éponge sur tout, une fois qu'elle s'était calmée. Pardonnait tout. Elle lui pardonnerait toujours tout. Quelque chose est cassé... Et si, cette fois-ci, quelque chose s'était réellement brisé en elle ? Si elle ne revenait pas ?
Il ne l'avait pas assez écoutée, pas assez comprise. Et si c'était trop tard ? Mais elle l'agaçait tellement, avec ses reflexions incessantes, que désormais elle l'énervait rien qu'en ouvrant la bouche ! Referme bien le dentifrice, ne déjeune pas debout, tu manges trop de bonbons, tu sales trop tes aliments, enlève tes chaussures dans l'entrée... Tu es trop ci, trop ça, pas assez ci, pas assez ça... Elle l'agaçait, elle l'agaçait, il n'avait donc rien à regretter !
Pourtant, il composa son numéro. Encore. Toujours cette même sonnerie dans le vide. Imperturbable. A se cogner la tête contre les murs. Et s'il n'avait pas vu ses blessures ? Et si c'était de sa faute ? Il se rongeait les ongles. Si elle avait été là, elle lui aurait pris la main et dit d'arrêter. Où était-elle ? Elle avait dû prendre le premier train et rentrer chez elle. Mais pas un mot. Pas une explication. Ca ne lui ressemblait pas. D'habitude, elle laissait toujours une longue lettre, très romantique, ou elle expliquait le pourquoi du comment cela n'allait plus. Aujourd'hui, rien. L'absence. Et l'angoisse de pas savoir.
Qu'avait-il bien pu dire ? D'accord, hier, pendant le repas, il lui avait dit qu'elle n'était pas la femme de sa vie. Elle avait été chercher il ne savait trop quoi dans la cuisine, et quand elle était revenue s'asseoir, elle avait l'air... Triste. Les yeux un peu rouges, peut être, à bien y réfléchir. Elle n'avait pourtant pas pipé mot, il n'avait rien remarqué. Ce n'était pas grand chose, tout de même, d'avoir dit ça !
Et puis, ce n'est pas ce qu'il voulait dire. Elle avait mal compris. Il l'aimait. Vraiment. Il l'aimait, elle. Jamais il ne resterait s'il ne pensait pas qu'ils pouvaient construire quelque chose ensemble. Alors quoi ? Elle prenait toutes ses paroles au pied de la lettre ! Elle créait les problèmes !
Sonnerie dans le vide. L'idée le frôla de prendre la voiture et de rouler comme un fou sur l'autoroute pour la rejoindre chez elle, à deux cents kilomètres d'ici. En roulant à 150 km/h, cela irait vite. Et elle serait touchée. Elle savait bien que ses preuves d'amour étaient dans les actes. Car il n'était pas doué pour les mots. Vraiment pas doué.
Souvent, ils se disputaient parce qu'il s'exprimait mal. Malentendus éclaircis à force de discussions prise-de- tête. Elle insistait, insistait, lui disait de faire ses efforts sur son langage. Mais qu'y pouvait-il ? Les mots sortaient comme ça, sans crier gare, sans même qu'il s'en rende vraiment compte ! Si elle ne le comprenait pas, il n'y pouvait rien, lui ! Et si elle ne revenait pas ?
Il n'imaginait pas sa vie sans elle. Même si elle était chiante. Même si elle donnait des leçons. Même si elle le critiquait sans arrêt et que rien ne trouvait jamais grâce aux yeux de Mademoiselle Parfaite. Mais il l'aimait. C'était une évidence. Il n'avait jamais cessé d'être amoureux. Jamais. Elle lui avait dit un jour que l'amour ne règle rien... Allait-elle revenir ? Et ce téléphone, qui sonnait toujours dans le vide ! Pourquoi ne répondait-elle pas ?! Ca l'amusait, de le laisser sans nouvelles, à se ronger les sangs ?
Il avait été con, aussi. On ne peut pas dire n'importe quoi, n'importe comment, n'importe quand. Le problème, c'est qu'il ne s'en apercevait que maintenant. Quand elle était partie. Il fallait toujours qu'elle parte pour qu'il ouvre les yeux sur sa bêtise.
Sonnerie dans le vide.
Elle reviendrait.
Elle reviendrait.
Forcément.
Elle l'aimait, ne pouvait pas vivre sans lui. Il avait eu des paroles malheureuses, d'accord, mais tout s'oublie. Elle tournerait la page et reviendrait. Tout rentrerait dans l'ordre, bientôt. Il soupira et alla se chercher une bière dans le frigo. Il garda son téléphone dans sa poche, au cas où elle appellerait.
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Un mot au vol ?

Opinion


Et si vous nous faisiez part de votre opinion ?


Victor mène l'enquête.

Parce que Mirabelle se le demande !




personnes ont écouté la conversation entre Mirabelle et Victor depuis leur rencontre.


Aujourd'hui, à :

il y a 1 personne(s) qui papote(nt) avec Mirabelle et Victor.


La requête de Victor :

  • Parce que Mirabelle et moi-même aimons beaucoup de gens... Allez donc jeter un coup d'oeil à notre tour de tables !


Nos recommandations :

  • Un clic et vous y êtes... Si vous souhaitez quelques conseils pour guider votre lecture, bien entendu !


Lexique IUFMesque à l'usage des non-initiés :

  • Mirabelle, dans son infinie bonté, a daigné me proposer (ainsi qu'à toi, ô lecteur non affilié à l'Education Nationale !) un lexique de rattrapage, sensé me donner les repères indispensables à la compréhension de deux rubriques.


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