Mon cher Victor,
Tu me vois aujourd'hui dans un état d'esprit assez cafardeux : j'ai terminé mon stage aujourd'hui même. Fini. Rideau. Adieu les CM1-CM2 de l'école de Saint-Arnoult... Adieu Armelle, Louis, Safa, Antoine, Laurène, Jean-François, Oné, Nicolas, Benjamin, Maximilien, Thomas, Clara, Marine, Antoine, Laura, Clément, Eva, Thomas, Delphine et Willy !
"Dites bien au revoir à Aurélie et Mirabelle avant de sortir, parce que vous ne les reverrez pas lundi !"
Défilé de bises. Sourires. Un dessin, même, dans une enveloppe à nos prénoms. Des mots gentils : "Merci, on a bien appris". Une petite fille qui nous serre très fort contre elle. Et puis plus personne dans la classe. Le silence. Ma leçon de biologie qui restera notée au tableau jusqu'à lundi matin. Aurélie et moi, plantées comme des piquets, un sourire crispé aux lèvres. Nous ne disons rien. Pas besoin. Nous sommes tristes, c'est tout.
J'ouvre l'enveloppe de Thomas...
"Chère Marion, je te shouaite souhaite un agréable voyage. Je te remerci de tes conseils de maths, sciences, etc... Revenais nous voir quand vous voulez. Gros bisous. Thomas."
Dans la voiture, atmosphère songeuse... Nous leur enverrons une carte, décidons-nous. Cette idée nous redonne le sourire, et nous imaginons déjà comment formuler nos remerciements, à eux qui nous ont tant apporté, et le plus inconsciemment du monde. Nous nous raccrochons toutes les deux à l'espoir d'une nouvelle visite à Saint-Arnoult, dès que nous aurons une demie-journée de libre : notre maître d'accueil nous a en effet proposé de construire une évaluation sur nos séquences de biologie et de géographie, et de les corriger ensuite. Espoir mince, étant donné notre emploi du temps chargé à l'IUFM... Espoir tout de même.
Pourquoi ai-je la sensation, après chaque stage, d'avoir oublié de dire quelque chose aux élèves ? J'ai pourtant, à peu de choses près, tenu ma séquence de biologie comme je le souhaitais...
Sans doute voulais-tu leur dire combien tu as aimé travailler avec eux ? Et puis aussi... Enfin, si je peux me permettre... Leur dire qu'ils vont te manquer ?
Oui... Ca doit être ça... Mais une maîtresse n'est pas censée tenir ce genre de propos à ses élèves, ou alors en fin d'année évidemment... Et surtout pas au bout d'un stage de quinze jours, de la part de jeunes filles qui ne sont même pas encore maîtresses !
Qui sait... Peut être qu'un jour ce sera possible...
Oui, qui sait...


Ca ne me dit pas le rapport avec ton 1500 m ! Mais si, justement ! Liddell croyait dur comme fer à la grâce divine. Il s'est transcendé. Il voulait dépasser ses limites : il l'a fait. Et il a gagné. Mouiii, d'accord... Mais enfin, tu ne comptes tout de même pas te présenter aux Jeux Olympiques ! Décidemment, tu manques de finesse aujourd'hui, mon Victor... Je m'explique : je veux le concours. Je le veux. Je vais m'entraîner dur pour ce 1500 m. J'aurais sans doute encore de nombreuses crises de larmes comme celle d'aujourd'hui mais... Tu as pleuré ?! C'est vrai ?! Ne me fais pas ces yeux. J'étais arrivée au bout de moi-même. Je pensais au concours. J'ai été prise d'une vague de découragement et j'ai ouvert les vannes, voilà tout ! Ne te justifie pas, et encore moins sur ce ton ! Il n'y a pas de honte à pleurer à ce que je sache ! Humm... Cet entraînement intensif ne fait, de toute manière, que commencer. Je vais, comme qui dirait, "en baver des ronds de chapeaux". Tant pis.


Bavardages