XXIeme siecle

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Avant-propos

Cher lecteur,

Exceptionnellement, nous nous adresserons à toi directement : ce site n'est en aucun cas une biographie de Victor Hugo. Alors si tu pensais trouver ici la vie de notre Totor national en long, en large, et en travers, passe ton chemin !

 

Pour bien comprendre les propos de nos deux protagonistes :

1° Des caractères gras de couleur bleue quand Victor s'adresse à Mirabelle

2° Une police des plus classiques quand Mirabelle s'adresse à Victor

 

Sur ce, bonne lecture !

 

Vendredi 17 février 2006

Mon cher Victor,

Tu me vois aujourd'hui dans un état d'esprit assez cafardeux : j'ai terminé mon stage aujourd'hui même. Fini. Rideau. Adieu les CM1-CM2 de l'école de Saint-Arnoult... Adieu Armelle, Louis, Safa, Antoine, Laurène, Jean-François, Oné, Nicolas, Benjamin, Maximilien, Thomas, Clara, Marine, Antoine, Laura, Clément, Eva, Thomas, Delphine et Willy !

"Dites bien au revoir à Aurélie et Mirabelle avant de sortir, parce que vous ne les reverrez pas lundi !"

Défilé de bises. Sourires. Un dessin, même, dans une enveloppe à nos prénoms. Des mots gentils : "Merci, on a bien appris". Une petite fille qui nous serre très fort contre elle. Et puis plus personne dans la classe. Le silence. Ma leçon de biologie qui restera notée au tableau jusqu'à lundi matin. Aurélie et moi, plantées comme des piquets, un sourire crispé aux lèvres. Nous ne disons rien. Pas besoin. Nous sommes tristes, c'est tout.

J'ouvre l'enveloppe de Thomas...

"Chère Marion, je te shouaite souhaite un agréable voyage. Je te remerci de tes conseils de maths, sciences, etc... Revenais nous voir quand vous voulez. Gros bisous. Thomas."

Dans la voiture, atmosphère songeuse... Nous leur enverrons une carte, décidons-nous. Cette idée nous redonne le sourire, et nous imaginons déjà comment formuler nos remerciements, à eux qui nous ont tant apporté, et le plus inconsciemment du monde. Nous nous raccrochons toutes les deux à l'espoir d'une nouvelle visite à Saint-Arnoult, dès que nous aurons une demie-journée de libre : notre maître d'accueil nous a en effet proposé de construire une évaluation sur nos séquences de biologie et de géographie, et de les corriger ensuite. Espoir mince, étant donné notre emploi du temps chargé à l'IUFM... Espoir tout de même.

Pourquoi ai-je la sensation, après chaque stage, d'avoir oublié de dire quelque chose aux élèves ? J'ai pourtant, à peu de choses près, tenu ma séquence de biologie comme je le souhaitais...

Sans doute voulais-tu leur dire combien tu as aimé travailler avec eux ? Et puis aussi... Enfin, si je peux me permettre... Leur dire qu'ils vont te manquer ?

Oui... Ca doit être ça... Mais une maîtresse n'est pas censée tenir ce genre de propos à ses élèves, ou alors en fin d'année évidemment... Et surtout pas au bout d'un stage de quinze jours, de la part de jeunes filles qui ne sont même pas encore maîtresses !

Qui sait... Peut être qu'un jour ce sera possible...

Oui, qui sait...

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Vendredi 17 février 2006

Mon cher Victor,

Tu m'as envoyé hier un courrier assez critique, détaillant les défauts ce blog. J'ai longtemps hésité à en parler dans mon prochain article, mais, comme je suis l'honnêteté même, je me dois de reconnaître mes torts : il est vrai, mon cher Victor, que je t'avais promis un panoramique de la société d'aujourd'hui. Or, en relisant mes derniers écrits,  je constate, avec une pointe de culpabilité, que cet objectif n'est pas atteint : toute préoccupée que j'étais par ma grande histoire d'amour (qui, soit dit en passant, est toujours aussi compliquée), j'ai négligé les grandes idées censées motiver la création de ce blog. C'est pourquoi j'ai décidé de rectifier le tir. Alors attaquons dès maintenant !

Un jour, Victor, je serai "maîtresse". Devant mes élèves, occupés à écrire (ou à fourrager dans leurs casiers),  j'écrirai la leçon sur le fameux  tableau noir, différencierai ce qui est important de ce qui l'est moins avec des craies de toutes les couleurs, soulignerai les titres avec la grande règle toute jaune, et effacerai la correction des exercices avec le tampon de mon enfance, gorgé de poussière.  Un jour, il y aura, aux murs de ma classe, une immense frise historique, des règles de grammaires, des tables de multiplication, des dessins d'enfants... Au fond, mon bureau : une pile de cahier à corriger, des manuels ouverts la leçon du jour, un planning de roulement pour la surveillance des récréations... Mes élèves demanderont la parole en levant le doigt et m'appeleront "Maîtresse", avec cet air d'admiration qu'ont tous les enfants envers les adultes détenteurs du savoir. Je maîtriserai à la perfection tout le vocabulaire de l'Ecole (conseil d'école, conseil de classe, conseil de cycle, RASED, maître E, maître G...) et tout le vocabulaire de la classe : cahier du jour, carnet de liaison, cahier de production d'écrits, cahier de poésie, carnet de chansons...

Un jour, j'accueillerai des stagiaires PE1, des stagiaires telles que moi... Moi qui m'imagine écrire au tableau ou dicter un passage d'un livre de littérature de jeunesse à des élèves tirant la langue au-dessus de leurs cahiers... Moi, qui, aujourd'hui, en plein stage de "pratique accompagnée", observe notre "maîtresse d'accueil", à peine plus âgée que nous, enseignante depuis trois ans, et que j'admire pour une raison bien particulière : elle a ce concours que moi je n'ai pas encore, et qui fait que je ne suis pas une "maîtresse"...

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publié dans : Mirabelle, PE1, future instit' par Mirabelle
Samedi 29 avril 2006

Mon cher Victor,

Je suis com-plè-te-ment harassée ! Je n'en peux plus ! Pfff... J'espère que je l'aurai, ce fichu concours ! J'ai couru pendant dix-huit minutes ! Sans t'arrêter du tout ? Evidemment que si ! L'endurance et moi, cela fait deux, alors tu penses bien ! Au bout de quatre cents mètres, j'ai déjà une pointe de côté, alors il s'agit plutôt, pour l'instant, de retrouver "des sensations", comme dirait mon père. Autrement dit : un rythme de course, un souffle adapté, une foulée contrôlée... Et ce n'est pas de la tarte ! Au bout de mes dix-huit minutes, je ressemblais plus à une loque qu'à ces athlètes à peine essoufflés dans les grandes compétitions. Tu ne peux pas comparer ! Vous n'êtes pas du tout à la même échelle ! Oui... Mais quand même ! Quand je vois Eric Liddell... Eric Liddell, c'est qui, celui-là ? Un sportif du XXI siècle ?

Eric Liddell est l'exemple même de l'athlète touché par la grâce divine. Médaille d'or du 400 m aux Jeux Olympiques de Paris en 1924. Il était pasteur, me semble-t-il. Il refusait de courir le dimanche, raison pour laquelle il ne participa pas au 100 m de ces mêmes Jeux Olympiques. Un port de tête assez particulier, une foulée particulière... Un style bien à lui ! C'est cet homme, là, sur la photo ? Oui et non. Cette photo est un extrait du film "les Chariots de feu", qui évoque le personnage de Liddell, bien qu'il ne soit pas central.

Liddell, le vrai, c'est lui, là, en bas, sur la droite. Tu vois, le film a bien respecté ce visage, tourné vers le ciel, ce visage incarnant le dépassement de soi. Quel est le rapport avec tes dix-huit minutes ? Eh bien... Aux épreuves d'admission du concours, j'aurais un 1500 mètres à effectuer, avec un barème difficile pour couronner le tout. Une horreur. Paraît-il que l'on est soit "endurance" soit "sprint". Moi, je suis très "sprint", et pas du tout "endurance". C'est comme ça. C'est par "les Chariots de feu" que j'ai découvert Eric Liddell. Et je lui voue depuis une admiration assez mystique... A ce point ? Et qu'a-t-il fait d'extraordinaire ce brave monsieur ?

Mon extrait préféré du film : en pleine course (une course d'endurance me semble-t-il, pas de la vitesse pure), Liddell tombe. On entend des spectateurs qui murmurent : "c'est fini, c'est fini ! Le temps qu'il se relève, il ne pourra pas gagner !". Ajoutons par là-dessus le fabuleux morceau de Vangelis, et Liddell, au ralenti, qui se relève, et repart de plus belle, courageusement. Et là, il se produit l'impossible : il revient sur tous les concurrents ! Son visage est tourné vers le ciel, comme si Dieu le propulsait hors de ses propres limites. Liddell était très croyant, je te l'ai dit, Victor. Moi-même, je ne crois pas en Dieu. Mais cet instant du film, cette grâce, cette beauté, cette illumination... C'était sacré. Et j'ai la chair de poule à chaque fois que je vois cette scène...

Ca ne me dit pas le rapport avec ton 1500 m ! Mais si, justement ! Liddell croyait dur comme fer à la grâce divine. Il s'est transcendé. Il voulait dépasser ses limites : il l'a fait. Et il a gagné. Mouiii, d'accord... Mais enfin, tu ne comptes tout de même pas te présenter aux Jeux Olympiques ! Décidemment, tu manques de finesse aujourd'hui, mon Victor... Je m'explique : je veux le concours. Je le veux. Je vais m'entraîner dur pour ce 1500 m. J'aurais sans doute encore de nombreuses crises de larmes comme celle d'aujourd'hui mais... Tu as pleuré ?! C'est vrai ?! Ne me fais pas ces yeux. J'étais arrivée au bout de moi-même. Je pensais au concours. J'ai été prise d'une vague de découragement et j'ai ouvert les vannes, voilà tout ! Ne te justifie pas, et encore moins sur ce ton ! Il n'y a pas de honte à pleurer à ce que je sache ! Humm... Cet entraînement intensif ne fait, de toute manière, que commencer. Je vais, comme qui dirait, "en baver des ronds de chapeaux". Tant pis.

Et ce sera tant pis si, le Jour J, je m'écrase sur le sol à l'arrivée de ce fameux 1500. Ce sera tant pis si je suis au bord de l'évanouissement. Je compte bien dépasser mes limites ce jour-là. Comme Eric Liddell...

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publié dans : Mirabelle, PE1, future instit' par Mirabelle
Samedi 29 avril 2006

Mon cher Victor,

Ca y est, j'ai reçu ma convocation pour le concours ! Avec dates, heures et tutti quanti... Tout est devenu atrocement réel, et j'ai bien cru que j'allais faire une crise d'angoisse. Non ?! Si, si ! J'ai même la date des oraux... Et avant cela, les résultats de l'écrit, bien sûr, le 31 Mai ! Inutile de te dire que j'ai eu du mal à déglutir en décachetant l'enveloppe... Ce ton cérémonieux, si officiel. "J'ai l'honneur de vous demander de vous présenter...". Et moi, moi qui me dis : "Mon dieu, je vais le rater !". Qu'est-ce qui te prend de penser des choses pareilles ! Si tu pars battue d'avance, autant de ne pas te présenter aux épreuves ! Il est vrai que ma motivation s'amenuise au fur et à mesure des jours. J'ai appris qu'il n'y aurait en fait que 168 postes. Je croyais que c'était 174, comme tu le racontais dans cet article ? On nous avait bien prévenu que ce chiffre risquait de s'abaisser encore. Et il est tombé en début de semaine, tel un couperet. De quoi nous faire aborder le concours dans les pires conditions psychologiques qui soient...

Allez, courage ! Ne perds pas espoir ! Il faut que tu te donnes à fond ! Il faut que tu y crois jusqu'au bout, nom d'une pipe ! Il me semble parfois me laisser complètement dépasser par l'ampleur de l'enjeu. Je joue ma vie. Je sais pertinemment qu'il ne faudrait pas raisonner ainsi mais si je n'ai pas ce concours, et si je ne l'ai pas non plus les années suivantes, je n'ai aucune idée de mon avenir. Aucune. Et cette convocation me remet les pieds dans la réalité. Tout est devenu concret, désormais. Je la lis, je la relis et je pète de trouille, voilà la vérité.

168 postes... Plus de deux milles inscrits comme chaque année. Pourquoi sortirai-je mon épingle du jeu plus qu'une autre ? Je n'ai pas choisi le bon concours. J'ai des points forts (le français et les langues) mais aussi  d'énormes points faibles (les mathématiques et l'EPS). Quelqu'un dont le niveau est moyen dans toutes les matières sera plus performant que moi, j'en suis persuadée. Un professeur des écoles est un enseignant polyvalent. Je ne suis pas polyvalente. Qu'est-ce que je fais ici, Victor ? Qu'est-ce qui m'a pris de m'inscrire à ce concours ? J'ai peur. J'ai très peur. Je sais bien que tu as peur... Mais dis-toi que de toute façon, vous serez tous dans la même galère. Tous. Tu seras sans doute mieux préparée à l'IUFM que quelqu'un qui passe le concours en candidat libre ! Il faut te battre. Ce n'est pas une honte de rater une fois. Tu le repasseras l'année suivante, voilà tout ! Tu ne joues pas ta vie, Mirabelle. Tu ne joues pas ta vie, quoi que tu en dises...

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Samedi 29 avril 2006

Mon cher Victor,

Tu me vois aujourd'hui complètement désemparée. 174 postes dans mon académie ! Une catastrophe... J'envisage sérieusement de me réinscrire à la FAC, en master de littérature anglaise. Sachant que l'année dernière, il y en avait près de 229... C'est quelque peu décourageant ! Et je n'ose plus m'imaginer dans la peau de cette jeune institutrice, sur l'image à gauche. Non. C'est un rêve, qui, j'ai bien peur, ne deviendra pas réalité. Ne te décourage pas... Tu as encore deux mois avant les écrits, il me semble : tout n'est pas perdu ! Je suis sûr que tu réussiras à tirer ton épingle du jeu ! J'aimerais en être aussi certaine que toi... Je me vois déjà pleurant toutes les larmes de mon corps en lisant mes résultats : "vous n'êtes pas reçue au concours de professeur des écoles". Moi qui ai bâti tous mes projets là-dessus, je devrais sans doute les remanier...

174 postes. Ce n'est rien du tout, pour plus d'un millier d'inscrits. Mon dieu... J'ai tant d'admiration pour les PE2. Tous les matins, en arrivant à l'IUFM, sans m'en apercevoir, je m'arrête pile en face de leur tableau, je commence à lire leur emploi du temps, les modules qui leur sont proposés, etc... Et il me faut toujours deux bonnes minutes pour me rendre compte que je ne suis qu'en PE1 et que le plus dur reste à faire ! Je ne suis pas encore en PE2, crénom de nom ! Pas de grossierétés s'il te plaît !

Surtout qu'à part professeur des écoles, je ne sais absolument pas quoi faire de ma vie. Beaucoup de gens ignorent quelle route choisir. J'ai choisi la mienne. Et depuis longtemps. Pourtant, ce n'est pas "droit devant et à une allure folle", ce n'est pas encore "l'autoroute de la réussite". La réussite... C'est bien ça qui me manque. Plus de trois mois à attendre pour savoir si elle sera au bout, cette fichue réussite. Et je suis partagée entre l'impatience et la terreur. C'est atroce, l'inconnu...

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Un mot au vol ?

Opinion


Et si vous nous faisiez part de votre opinion ?


Victor mène l'enquête.

Parce que Mirabelle se le demande !




personnes ont écouté la conversation entre Mirabelle et Victor depuis leur rencontre.


Aujourd'hui, à :

il y a 1 personne(s) qui papote(nt) avec Mirabelle et Victor.


La requête de Victor :

  • Parce que Mirabelle et moi-même aimons beaucoup de gens... Allez donc jeter un coup d'oeil à notre tour de tables !


Nos recommandations :

  • Un clic et vous y êtes... Si vous souhaitez quelques conseils pour guider votre lecture, bien entendu !


Lexique IUFMesque à l'usage des non-initiés :

  • Mirabelle, dans son infinie bonté, a daigné me proposer (ainsi qu'à toi, ô lecteur non affilié à l'Education Nationale !) un lexique de rattrapage, sensé me donner les repères indispensables à la compréhension de deux rubriques.


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