Mon cher Victor,
Aujourd'hui, je ne sais pas pourquoi, j'ai envie d'évoquer tout un pan de mon passé. Ce n'est pas si souvent ! C'est exact. Te souviens-tu d'Aurélie ? Je t'en avais parlé dans cet article ! Oui, je m'en souviens... Je t'avais confié qu'elle attendait un bébé. Elle sait désormais le sexe du petit bout de chou. Ce sera une petite fille, conformément à ce qu'elle espérait. Tu m'en vois ravi pour les futurs parents ! Je suis encore toute ébahie de la savoir enceinte. Je la connais depuis toujours. Et elle me ramène à mon enfance, à notre amitié... Et j'ai envie de l'évoquer, cette amitié. La première.
Il y a quelques temps, j'avais entrepris d'écrire un roman sur nous deux. A vrai dire, je l'avais promis à Aurélie en classe de CM2, je m'en souviens... Je lui avais dit que je lui dédierais... Je n'ai d'ailleurs pas totalement abandonné ce projet... Il y eut une époque où j'avais un besoin viscéral d'écrire sur cette amitié. Puis c'est passé... De temps en temps, cette envie revient, par bouffées... Je la laisse venir... Elle repartira, reviendra, je le sais...
Est-ce que cela t'intéresserait de lire un extrait de ce fameux roman, Victor, entamé il y a quelques temps déjà ? Bien sûr ! Ce sera avec grand plaisir ! En revanche, j'implore ton indulgence : je n'y ai pas du tout retouché, et il est plein d'imperfections. Ce n'est qu'un premier jet. Ne t'inquiète pas : je ne suis pas impitoyable, et je me donnerai le temps de la réflexion avant de formuler toute critique ! Merci... Alors voilà :
Mirabelle, cinq ans, était en train de regarder Ploc, le poisson rouge de la classe, tourner en rond dans son bocal quand elle a entendu Grégoire, Clémentine, Amandine et les autres faire beaucoup de bruit près de la porte. Elle s’est retournée vite, vite, vite et elle a vu la maîtresse parler à une très jolie dame, une dame avec du beau rouge à lèvres et une veste à carreaux comme celle des secrétaires. Tout le monde disait qu’il y avait une nouvelle petite fille dans la classe, qu’elle était très bizarre mais très rigolote quand même.
Mirabelle s’est approchée. La dame avec la veste à carreaux et le très beau rouge à lèvres a souri très grand et a poussé une petite fille vers la maîtresse. La maîtresse a dit qu’ils seraient tous très gentils et que la dame avec la veste à carreaux et le très beau rouge à lèvres pouvait partir tranquille. Puis ça a été à la maîtresse de pousser la petite fille. C’était une petite fille vraiment très rigolote, avec des nattes un peu jaunes et un peu noires, un pull à rayures bleu de marin, et un petit nez tout rond, presque en forme de trompette, et puis surtout de grands yeux très très bleus et un air très très gentil. Ce qui était rigolo c’est qu’elle avait la peau toute sombre, comme après avoir joué sur le sable à la plage. Mirabelle l’a trouvée jolie.
La maîtresse leur a dit de faire de la place sur la table pour qu’elle fasse un beau dessin. La petite fille est allée s’asseoir à la table, tout doucement, sans regarder personne, comme si elle était toute seule dans la classe. Mais personne n’a vraiment fait de la place et tout le monde s’est serré très fort autour de la table et très fort autour de la petite fille. La petite fille a pris un feutre et a approché la feuille de papier que la maîtresse avait posée sur la table exprès pour elle. La petite fille a commencé à tracer quelque chose et tout le monde s’est demandé ce que c’était. Mirabelle ne voyait pas très bien ce que dessinait la petite fille, mais elle voyait très bien ses nattes jaunes et noires.
« Elle fait un soleil ! »
- Mais non, c’est un bonhomme !
- C’est une maison !
- On dirait qu’elle a pas de voix.
- Elle a la peau toute sombre et les yeux tout bleus mais elle sourit même pas.
- Vous croyez que la dame c’était sa maman ?
- Mais non, elle a pas de maman, c’est sûr !
Tout le monde se poussait et Clémentine a failli tomber, mais heureusement elle s’est rattrapée à Amandine. Mirabelle aimait bien Clémentine et Amandine. Elles s’amusaient bien toutes les trois, et elles donnaient toujours la main à la maîtresse. La maîtresse a dit de faire attention pour ne pas l’empêcher de dessiner, que c’était un dessin pour sa maman. Tout le monde a trouvé ça très étonnant que ce soit pour sa maman car Grégoire et Sheriff avaient dit que la dame avec la veste à carreaux c’était pas sa maman. Quelqu’un a demandé à la petite fille comment elle s’appelait. Plus personne n’a parlé, même pas Frédéric qui parlait tout le temps, et on a entendu une toute petite voix :
« Aurélie. »




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