XXIeme siecle

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Avant-propos

Cher lecteur,

Exceptionnellement, nous nous adresserons à toi directement : ce site n'est en aucun cas une biographie de Victor Hugo. Alors si tu pensais trouver ici la vie de notre Totor national en long, en large, et en travers, passe ton chemin !

 

Pour bien comprendre les propos de nos deux protagonistes :

1° Des caractères gras de couleur bleue quand Victor s'adresse à Mirabelle

2° Une police des plus classiques quand Mirabelle s'adresse à Victor

 

Sur ce, bonne lecture !

 

Jeudi 23 novembre 2006

Mon cher Victor,

C'est la premiere fois que je ne suis pas presente pour feter l'anniversaire de ma petite soeur. Quel age a-t-elle ? Dix-neuf ans ! C'est deja une grande fille ! Oui, c'est vrai, la vie passe vite. Je nous vois encore buvant des biberons de chocolat...

C'est la premiere fois. Je pense a elle, bien sur, et je me dis, avec un pincement au coeur, que c'est ca aussi, devenir adulte. Quand la vie s'interpose et perturbe ce qui a toujours ete... Quand elle decide qu'elle va bouleverser le quotidien. Parce qu'ainsi va la vie... C'est elle qui commande.

C'est la premiere fois et je pense a elle. A ses dix-neuf ans et a cet anniversaire qui n'aura sans doute pas la meme resonance. Je suis de l'autre cote de la mer. On demeure une famille, qu'on le veuille ou non. Quelque soit le nombre de kilometres. Alors je serai la, quand meme. En pensant a elle.

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publié dans : Une famille formidable par Mirabelle
Samedi 25 novembre 2006

Mon cher Victor,

Je ne peux resister a l'envie de parler, ici, chez nous, a notre terrasse, de l'Ecole en Angleterre ! Mais Mirabelle, ce site y est deja pleinement consacre ! Et tu sais que je le lis regulierement ! Certes. Cependant, je voulais te reserver l'exclusivite d'un de mes coups de gueule, que je ne peux me permettre de pousser sur l'autre site, de par son caractere plus "professionnel". Bon, bon... Apres tout, c'est toi qui decides ! Voila qui est bien dit !

Si tu suis aussi assidument que tu le dis mes aventures a l'Ecole des Anglais, tu sais donc que je suis, tous les lundis et vendredi dans les classes. La semaine derniere, j'etais en classe d'"Early Years", Key Stage 1 (equivalent des Cycles 1 et un peu du Cycle 2, meme si ce n'est pas si simple, mais enfin c'est juste pour situer...), une classe sensee (je prends deja position avec cet adjectif) preparer les eleves a la Year 1, similaire a un CP chez nous.

Cette classe, dirigee par une instit' molassonne... Tu n'es pas genee, Mirabelle ! A ce que je sache, tu n'es en rien une enseignante confirmee, tu n'es qu'en PE2, tu n'as pas le droit de juger tes collegues plus experimentes ! Aie. C'est vrai. Pardon. Bref. Passons. Il y a dans cette classe, deux ordinateurs. J'ai ete surprise, evidemment, car les enseignants d'elementaire peinent, chez nous, a obtenir des PC dans les classes, alors tu imagines en Maternelle ! Oui, j'imagine...

Les Anglais ont une autre conception du role de l'informatique dans l'apprentissage. Une autre conception de sa place au sein de la classe. Ici, en Early Years, les enfants ont entre quatre et cinq ans. Les ordinateurs sont TOUJOURS allumes. TOUJOURS a disposition des eleves. TOUJOURS. Et cela donne des comportements parfois a l'oppose d'une classe de maternelle : des enfants qui ne vont pas vers les autres enfants. Aurais-tu un cas concret ? J'en ai deux pour le prix d'un ! Une petite fille et un petit garcon. Nous les appelerons Sharon et Ben.

Sharon et Ben arrivent a l'ecole a 9 h. Ils se precipitent sur l'instit' pour qu'elle allume les ordinateurs. Pour acceder aux differents programmes, comme sur n'importe quel ordinateur, elle tape un nom d'utilisateur et un mot de passe. Elle lance ensuite les petits sur Internet. Ils maitrisent PARFAITEMENT la souris et PARFAITEMENT les differents menus. Ils choisissent des sites dans la liste des favoris, des sites ludiques se rapportant a l'apprentissage des mathematiques, de l'anglais etc., elabores par la BBC. Pendant que Sharon et Ben s'enferment dans leurs bulles du Net, les autres enfants jouent ensemble, s'impliquent dans des activites traditionnelles telles que la dinette, les constructions, le bricolo, le dessin, les dominos etc. Sharon et Ben eux, n'ont d'yeux que pour l'ordinateur. Mais s'ils font des jeux se rapportant aux differents domaines d'apprentissage, c'est tres bien ! Je ne serai pas si radicale !

Sharon et Ben connaissent tous les jeux par coeur. Ils semblent (car j'ai pris le temps de les observer, tu penses bien) ne considerer ces sites que comme de simples divertissements et ne cherchent pas veritablement a trouver les reponses aux questions qui leur sont posees. D'ailleurs, a propos des questions, ils les escamotent, bien souvent, lasses par des animations un peu trop statiques. Tu veux dire qu'ils ne sont pas reellement en... Situation d'apprentissage ? C'est bien, Victor ! Je vois que toute cette rubrique t'a servi ! Merci pour ce compliment, Mirabelle ! Les enfants ne sont pas reellement en situation d'apprentissage, c'est du moins ce que je pense. Et l'instit', dans tout ca ? Passe-t-elle verifier que les enfants sont en train de travailler ? Non. Les eleves sont totalement libres sur les ordinateurs. Et tout ca n'a plus vraiment de sens.

Enfin, il y a d'autres eleves, dans la classe, tout de meme ! Il y a bien un moment ou les deux enfants dont tu parles sont obliges de lacher leurs claviers ! Quand l'instit regroupe les eleves autour d'elle sur le tapis (instants collectifs assez peu nombreux, ou l'instit prend ENFIN la classe en charge... Mais enfin je vais me taire parce que tu vas encore dire que je n'ai pas le droit de critiquer !), ces deux enfants sont bien obliges de concentrer leur attention sur autre chose que l'ecran (cependant, je nuancerai mon propos en revenant sur ce detail a la fin de cette conversation), mais quand ils font ce qu'ils veulent (ce qui represente 90% de leur emploi du temps !) c'est tout naturellement qu'ils retournent a l'ordinateur ! Le matin, ils sont a l'ordinateur ; le midi, apres leur pause dejeuner, ils retournent a l'ordinateur... Et pendant la recreation (si on peut appeler ca une recreation, car cela dure une heure...), au lieu d'aller jouer dehors avec les autres, ils restent a l'interieur pour accaparer les ordinateurs ! Hummm... Et pendant ce temps la, ils ne communiquent pas avec les autres enfants ! Tout a fait !

C'est la ou je voulais en venir. Il n'y a aucune restriction quant a l'ordinateur dans cette classe. Les eleves ne tournent pas pour y acceder. J'aurais, en tant qu'enseignante, mis en place des horaires specifiques d'acces a cette maudite machine, de maniere a ce qu'aucune dependance ne s'installe. J'aurais, de plus, etabli une sorte d'emploi du temps permettant aux eleves de profiter, chacun leur tour, des joies de la technologie ! Mais a petites doses, evidemment, sur des tranches-horaire bien precises. Je n'aurai en aucun cas, laisse les enfants y acceder librement, et j'aurais veille a detecter tout comportement susceptible de reveler une trop grande influence de l'ordinateur sur l'enfant ! Le moyen le plus sain et le plus efficace de grandir, d'accepter les regles en societe, est encore d'ETRE confronte a la societe, c'est a dire, a l'echelle de ces eleves, d'apprendre a communiquer les uns avec les autres, a jouer ensemble, a rire ensemble etc. Les choix qui ont ete fait par cette enseignante seront lourds de consequence. Et ce ne seront pas les miens. Humm... Attention a ne pas trop critiquer tout de meme !

Pour finir, je souhaitais revenir sur les moments collectifs ou les enfants sont regroupes sur le tapis autour de l'instit'. A chaque fois (je dis bien a chaque fois) le petit Ben s'est place a cote des ordinateurs. Et a chaque fois, au lieu d'ecouter l'enseignante, il gardait les yeux rives sur l'ecran, beat d'admiration, comme hypnotise. Cette simple description resume, je pense, tout ce que je voulais faire passer aujourd'hui...

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publié dans : Chez les British par Mirabelle
Lundi 27 novembre 2006

Mon cher Victor,

Mon retour en France se rapproche. Youpiii ! Te souviens-tu de la date exacte ? Le 16 Decembre ! Bravo ! Tu n'as pas l'air ravie de revenir ! Si, je le suis. L'idee de retrouver mon Mysterieux Inconnu, ma mere, mon pere, ma petite soeur me comble de joie. Mais... Je laisserai un peu de moi ici, en Angleterre. Et ce que tu avais laisse chez toi, en partant, tu y penses ? Je n'ai rien laisse chez moi. Tout est parti avec moi. Chez moi... Chez moi m'evoque tellement de choses.

 

Chez moi, il y a une petite maison. Une allee menant a la terrasse. Une boite aux lettres tout abimee, dont le volet a ete confectionne a la main et scie de travers. On la ferme avec un clou. Je l'aime bien cette boite aux lettres. C'est chez moi. De la bricole authentique. Chaleureuse et authentique. Chez moi, en traversant le jardin par la petite allee, on peut voir deux fenetres. Celle de droite est celle d'une chambre. Une chambre que je connais bien. C'est la mienne.

Chez moi, si on contourne le jardin par l'arriere, on debouche sur une petite cour. Une petit cour pleine de graviers, pas entretenue du tout avec des cabanons atroces. Mais je l'aime bien, cette petite cour. Il y aussi un noisetier, dont on ne ramasse jamais les noisettes. Et un fil, pour etendre le linge. Les pinces finissent toujours par terre et on les oublie. C'est chez moi.

Par cette petit cour, on peut acceder a la "verriere", un mot bien pretentieux pour cet amas de toles. Certaines fenetres sont cassees. On a tente de les reparer avec du scotch. Cette verriere est un veritable debarras. Un joyeux debarras. Chaussures, outils, sacs en tous genres... Toiles d'araignees, aussi. Mais je l'aime bien, cette verriere. C'est chez moi.

En montant les escaliers, on arrive dans la cuisine. Une belle cuisine. Vraiment belle. Toute neuve. Qui a attendu vingt longues annees avant d'etre refaite. Une belle cuisine avec du carrelage blanc et quelques touches d'orange, par ci par la. Une vieille radio sur le frigo. Une corbeille de fruits sur la paillasse. Dans les placards, des tasses. Ma tasse, parmi tant d'autres. Sur les murs, des broderies. Il y a toujours un peu de miettes et des couverts pas ranges. De la vaisselle s'amasse dans l'evier. Je l'aime bien, cette cuisine. C'est chez moi.

La porte de la cuisine donne sur le salon. Un grand salon. De la frisette au mur. Un canape chocolat. Un vieux tapis. Une table. Un buffet griffe, raye, use, qui a vecu et qui vit toujours. Une immense bibliotheque avec plein de livres. Un fauteuil contre la fenetre, d'ou on voit les oiseaux papillonnant dans le jardin. Juste a cote de la fenetre, qui ressemble a une baie vitree, un panier rempli de journaux. Des journaux vieux de plusieurs mois, parce qu'on prend toujours beaucoup de retard dans nos lectures. On s'assoit sur le canape avec ma soeur. Ma mere prend toujours le fauteuil pres de la fenetre. On boit notre the tranquillement, en discutant. Je l'aime bien, ce salon. C'est chez moi.

A l'etage, premiere porte en face, le bureau. Un bureau debarras, la encore. Il y a l'ordinateur et tous les documents pedagogiques de mon pere. Il corrige ses copies et prepare ses cours sur le peu de place qui lui reste, a cote de la machine. Dans ce bureau, il y a des papiers partout, des cederoms dans tous les sens et des peluches dans lesquelles on shoote parfois, quand on entre. Quand mon pere travaille et que quelqu'un veut faire de l'ordinateur, on se dispute toujours pour savoir qui aura le fauteuil en cuir tout neuf et pas le vieux tabouret dechire de partout. Chez moi, ca devient comme un jeu. J'aime bien ce bureau. C'est chez moi.

Chez moi, c'est vrai. Chez moi, c'est le bordel. Chez moi, c'est vivant.

En ecrivant cet article, en menant cette conversation (ou plutot "ce monologue", j'en conviens), tout m'apparait plus precis. Ecrire ravive la memoire. Et en ecrivant ces lignes, l'appel se fait plus pressant. En ecrivant ces lignes, je veux revenir la ou je suis nee. La ou j'appartiens. En ecrivant ces lignes, je veux rentrer la-bas. Chez moi.

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publié dans : Une famille formidable par Mirabelle
Mardi 28 novembre 2006

Mon cher Victor,

C'est dans une salle remplie de rires que je suis au bord du desespoir. Ironie du sort... Une salle remplie de rires ? Je suis dans la salle informatique du Campus, il est 10:00 pm et il y a trois zigotos morts de rire devant leur PC. Des hyenes, je ne peux pas dire mieux... Et moi, pauvre de moi, je serai au bord de me jeter dans la Tamise si j'avais loge a Londres, evidemment... Laisse moi soupirer...

Speciale dedicace a Sev, qui disait, dans ce commentaire, qu'elle esperait que mon bonheur, si rayonnant ces jours ci (incroyable mais vrai !) s'installerait dans ma vie tel un soleil sur le desert Saharien. Ca, ce n'est pas d'elle ! Non, j'en rajoute une couche mais elle me souhaitait bel et bien de demeurer sereine. Eh bien malheureusement, mon bien etre et mon insouciance (je dirais meme inconscience) n'ont pas dure ! Chassez le naturel, il revient au galop ! Et qu'est ce qui a declenche le retour du naturel ?

Tout un questionnement. Un questionnement qui me rapproche dangereusement de mon retour a l'IUFM, un questionnement qui concerne mon avenir dans le metier, mes capacites a enseigner. Bref : vais-je y arriver ou non ? Dans cet article relatant un souvenir penible (et le plus triste, c'est que je n'arrive pas a tirer une croix dessus...), j'evoquais mes difficultes face a une classe. Des difficultes contre lesquelles je tente de lutter avec de grands principes, effondres comme des chateaux de carte aujourd'hui. Qu'est ce qui a provoque ce soudain retour a ton sens du drame ?

Un mail d'Aurelia, une collegue de l'IUFM, restee en France. Aurelia a une classe en responsabilite tous les lundis pour decharger le directeur, c'est une nouveaute de la PE2. D'ailleurs, si tu veux faire un petit point la dessus, tu peux toujours te reporter ici, Victor. C'est aussi valable pour nos lecteurs ! Oui, bien sur. Bref. Aurelia a donc envoye un mail a Sophie ou elle l'informe qu'elle n'en peut plus et qu'elle ne sait pas comment nous allons faire a notre retour pour nous en sortir. Gloups. Quand on est a une poignee de semaines du depart, cela remet dans l'ambiance, je peux te le dire !

J'allais diner quand Sophie a aborde le sujet de ce fameux mail. J'etais affamee. A la seconde ou Sophie m'a reporte les propos d'Aurelia (il faut savoir qu'Aurelia, d'ordinaire, est quelqu'un de tres tres positif...), j'ai eu envie de vomir. Envie de pleurer. Et evidemment, plus faim du tout... Mon dieu... Ca va jusque la ! Il faut savoir qu'en ce moment, mes collegues de PE2 (qui ont plus de jugeotte que moi !) sont en stage de pratique accompagnee pendant trois semaines, le mardi matin et le jeudi apres-midi, en plus, bien sur, des lundis de responsabilite filee. C'est a dire, en toute honnetete et en toute objectivite, que les trois quarts des PE2 pratiquent plus que moi face a la classe. Moi, je ne sais rien. Moi qui suis completement deconnectee de la vie IUFMesque, moi qui me la coule douce, ici en Angleterre, moi qui n'ai toujours pas de plan pour mon memoire, moi qui crains le retour avec une force que tu ne peux imaginer ! Doucement, doucement, tu vas encore faire une crise d'angoisse !

Le choix que j'ai fait est un suicide. Purement et simplement. Je n'aurais pas du partir. Je m'en veux, je m'en veux, je m'en veux. C'est du suicide professionnel. Si j'ai eprouve des difficultes pendant mes journees du lundi et mon stage de pratique accompagnee (il faut d'ailleurs que je vous raconte en details comment ce dernier s'est deroule, vous comprendrez mes craintes !), j'ose a peine imaginer ce que ce sera a mon retour, alors que ma formation n'a pas evolue d'un pouce depuis mon depart ! Tu auras sans doute plus de travail que les autres, mais je ne m'en fais pas pour toi... Si tu as eu le concours, c'est que tu peux y arriver ! Justement non. Je ne suis pas convaincue par ton argument, Victor. Le concours, c'etait dur, c'est sur. C'est sans doute la chose la plus difficile que j'ai eu a faire jusqu'ici. Mais le concours, c'etait tres INTELLECTUEL. Tout ce qui est intellectuel ne me pose pas probleme. Mais quand il s'agit de la pratique... C'est une autre paire de manches ! Pour preuve, mon premier echec au permis de conduire ainsi que le second, qui demontrent combien je suis peu a l'aise, peu sure de moi, et combien un rien me destabilise ! Tu compares deux domaines qui ne sont pas comparables ! Bon, d'accord, d'accord...

Toujours est-il que depuis tout a l'heure, je n'ai qu'une envie : prendre le premier avion, rentrer chez moi, potasser mes bouquins de didactique, les programmes, bosser toute la nuit, toute la nuit, en avoir les yeux qui piquent, perdre la notion du temps, pour finalement m'ecrouler sur mon lit au petit matin.

 

Au moins, l'illusion de dominer la situation ! Ici, en Angleterre, je n'ai pas de livres. Peu de nouvelles de mes collegues de l'IUFM, croulant sous les cours et les preparations de seances. Je n'ai pas de nouvelles non plus de mes tuteurs et de mes professeurs, a part de mon directeur de memoire. Bien que l'IUFM nous ait vivement conseille, avant notre depart, de garder un contact regulier avec l'etablissement, je dois dire que tout ca, ce ne sont que des belles paroles ! Ah ? Parce que l'IUFM, en toute honnetete, passe a la trappe les stagiaires partis a l'etranger. Je ne compte plus les mails que nous avons envoye Sophie et moi pour avoir des informations sur la formation etc. Et je t'epargne, Victor, la reponse navrante de mon tuteur a qui je demande des comptes rendus des seances de tutorat... Bref. On nous a completement oublies.

Et je regrette d'etre partie. Je regrette. Je vais rater mon annee. Je ne suis bonne que pour la theorie, pas pour la pratique. Madame B. m'avait dit que les enfants n'avaient rien appris. J'y pense tous les jours, a ce commentaire. A chaque fois, cela me fait mal. A chaque fois, je me dis qu'un PE2 competent, qui est un minimum fait pour ce metier, ne devrait pas entendre dire de telles choses a son propos. Alors je suis incompetente. J'ai du lui faire pitie a cette Madame B., tout comme a l'IMF de l'ecole C.H qui nous avait dit, dans un souffle : "que c'etait tres difficile pour les etudiants partis a l'etranger de rattraper leur retard". Je suis idiote. Idiote et inconsciante. Idiote, inconsciente et suicidaires. Quelle ironie... J'aurais brillamment ete recue au concours pour finalement rater la titularisation, moi qui considerais le concours comme la marche la plus haute ! J'ai ete d'une naivete sans bornes. Je vais rater mon annee. Je vais avoir une prolongation de stage. Je ne vais pas etre instit. Je ne suis pas faite pour ca. Je suis trop cruche et trop empotee, trop mal dans ma peau pour reussir.

J'ai juste envie d'etre chez moi, a mon bureau. De bosser, de bosser, de bosser. Jusqu'a crever de fatigue, jusqu'a crever tout court. Ne plus savoir qui je suis et surtout oublier que j'ai fait un mauvais choix. Je n'aurais pas du partir. J'etais avertie de ce qui m'attendait. Je n'aurais pas du partir. Je n'ai que ce que je merite. C'est bien fait pour ma gueule.

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publié dans : Mirabelle, PE2, maîtresse stagiaire par Mirabelle
Mercredi 29 novembre 2006

Mon cher Victor,

Je viens d'avoir les resultats de la formation commune. Plait-il ? C'est une formation sous forme de module de dix-huit que je suivrais debut janvier, et qui s'adresse a l'ensemble des PE2. Quand ca ne passe pas, ca ne passe pas... Mirabelle, je te previens : si c'est pour m'ecrire le meme genre d'articles qu'hier, je quitte la table immediatement ! Je n'en ai pas l'intention, rassure-toi ! J'allais juste t'annoncer, officiellement et d'un ton tres neutre, que mon premier choix n'etait pas accepte. Grrr... Sachant que beaucoup de jeunes enseignants (j'aimerais d'ailleurs avoir le point de vue d'Eddie a ce sujet) se plaignent de n'avoir pas ete formes a la relation avec les parents d'eleves, j'avais pris les devants et demande a suivre le module traitant ce probleme. Or, a ma grande deception, j'ai obtenu mon troisieme choix, dont l'intitule n'est autre que le titre choisi pour cet article. Connaitre l'enfant et l'adolescent handicape ! Alors tu n'es pas contente ? Si. Tu penses bien que si je n'etais pas interessee par ce sujet, je ne l'aurais pas inclus dans mes voeux !

J'avoue que je ne sais quasiment rien sur le handicap a l'ecole. J'avais pourtant ingurgite une dose d'informations impressionnantes a ce sujet pour preparer le concours. Le jury, le jour de l'epreuve d'entretien, avait voulu avoir mon avis sur ce point. Et quel est ton avis sur ce point ? Je trouve que le handicap est encore assez tabou. Que contrairement a ce qui a ete dit, les ecoles ne sont pas toutes pretes a les accueillir, ce qui devrait pourtant etre le cas selon les textes... Oui, mais enfin, les textes, tu sais... Pfff...

J'ai egalement dit que les mentalites n'etaient pas encore forcement tres ouvertes aux enfants handicapes. Tu as dit ca ?! Oui. D'ailleurs, j'ai le souvenir que l'Inspecteur m'a regardee avec des yeux ronds et qu'il m'a fait repeter trois fois, genre Mademoiselle-assumez-vous-ce-que-vous-venez-de-dire. Et tu avais assume ? Bien sur. D'autant plus qu'il faut a tout prix eviter la contradiction dans ce genre d'oral (Nyochu, si tu nous lis...). On nuance, certes, mais on ne se contredit pas. Bref. J'avais soutenu le fait que beaucoup d'enseignants sont encore trop genes par le handicap pour traiter les eleves handicapes sur le meme pied d'egalite que les eleves ordinaires, et c'est quelque chose que je pense toujours. Hummm... Apres l'epreuve, j'etais persuadee que ma franchise allait me couler ! Eh non !

Bref. Au bout du compte, meme si je n'ai pas obtenu mon premier choix, je suis ravie d'etre selectionnee pour ce module. Parce que c'est un probleme important. Et que l'Egalite des Chances, ce grand principe auquel je crois profondement, qui fait que j'ai reellement envie de faire ce metier, passe aussi par la. Par la prise en compte du handicap. Surtout que j'ai mes faiblesses. Comme je l'avais dit dans ce vieil article du fond de mes cartons, la misere, la difference, peuvent gener. J'avoue que le handicap me gene encore, malgre moi. Et si un jour j'ai un eleve handicape dans ma classe, je n'ai pas envie d'enseigner en ayant, enfoui dans ma petite personne, cette gene, qui m'empechera de donner a l'enfant l'enseignement auquel il a droit. J'ai envie de regarder la realite en face, sans avoir peur. Lors de ce module, nous irons dans des etablissements specialises a la rencontre d'eleves handicapes. J'en attends beaucoup. J'espere que cela me permettra d'evoluer. Et d'aider, plus tard, dans mon metier.

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publié dans : Mirabelle, PE2, maîtresse stagiaire par Mirabelle

Un mot au vol ?

Opinion


Et si vous nous faisiez part de votre opinion ?


Victor mène l'enquête.

Parce que Mirabelle se le demande !




personnes ont écouté la conversation entre Mirabelle et Victor depuis leur rencontre.


Aujourd'hui, à :

il y a 4 personne(s) qui papote(nt) avec Mirabelle et Victor.


La requête de Victor :

  • Parce que Mirabelle et moi-même aimons beaucoup de gens... Allez donc jeter un coup d'oeil à notre tour de tables !


Nos recommandations :

  • Un clic et vous y êtes... Si vous souhaitez quelques conseils pour guider votre lecture, bien entendu !


Lexique IUFMesque à l'usage des non-initiés :

  • Mirabelle, dans son infinie bonté, a daigné me proposer (ainsi qu'à toi, ô lecteur non affilié à l'Education Nationale !) un lexique de rattrapage, sensé me donner les repères indispensables à la compréhension de deux rubriques.


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