Mon cher Victor,
Je me dis parfois que la vie est mal faite. En ces temps de réussite personnelle, tu penses une telle chose ? Eclaire ma lanterne, s'il te plaît ! Tu vas comprendre...
Samedi matin, je me réveille heureuse. Chose normale : c'est le lendemain de tes résultats ! Tout à fait. D'ailleurs, soit dit en passant, que c'est agréable ! J'imagine, oui ! Je descends au salon, où ma maman prend son petit-déjeuner. Nous évoquons mon exploit de la veille, mon classement, etc. Et soudain... Soudain ? Elle éclate en sanglots. M'avoue que l'idée de mon départ lui fait peur. Que ça y est, c'est terminé, je quitte la maison... C'est difficile, pour une mère, le départ de ses enfants...
Je devine pourtant qu'elle est profondément fière de mon succès. Rassurée de constater que je suis sur les rails, désormais. Mais... Mais c'est ta mère. Tu es l'aînée. Elle t'a chérie. T'a vue grandir. T'a protégée. A passé des heures à te bercer, à jouer avec toi, à discuter, à te conseiller, à t'éléver, peu à peu, vers le monde des adultes. Toutes les mères s'y préparent. La mienne y compris. Vendredi, à l'annonce des résultats, elle était sur son nuage, comme nous tous. Et samedi matin, elle m'a avoué avoir réfléchi une bonne partie de la nuit, pendant que je dormais d'un sommeil bienheureux. Elle a réalisé que j'allais partir. Et moi... Tu culpabilises ? Je ne peux pas m'en empêcher, Victor. Je n'aime pas voir ma mère malheureuse. J'ai beau savoir que c'est le cours de la vie, j'ai beau désirer voler de mes propres ailes, il n'en reste pas moins qu'il est douloureux d'être face aux larmes de ma mère. Je comprends... Mais ça passera avec le temps. Ta maman s'habituera. Et puis, il y a encore ta petite soeur à la maison ! C'est vrai. Mais jusque là, tout ça n'était qu'une idée vague. Mon départ était un joli songe, susceptible de ne pas se réaliser. Mais ça y est. Il se réalise.
Pense à toi, Mirabelle. Ta maman va s'y faire. Et toi, tu dois prendre ton envol, sans regarder derrière. Laisse faire la vie. Pars en Angleterre. Vois du pays. Découvre d'autres horizons. Ma vie prend tournure, c'est vrai. Tout est conforme à mes voeux. Mais je laisse des personnes que j'aime, Victor. Des personnes que je n'ai pas envie de blesser. Enfin, tu ne les laisses pas ! Tu construis ta vie, ce n'est pas la même chose ! Tu recommences à tout dramatiser, c'est fou ! N'oublie pas que ta mère est heureuse pour toi. Une mère veut le bonheur de ses enfants. Ce bonheur, il est dans ta main, maintenant, Mirabelle. Ne le lâche pas.


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