Mon cher Victor,
L'autre jour, j'ai accompagné mon amie Camille chez le coiffeur. Elle est rentrée du Mexique ? Tout à fait. Elle va bien ? Un peu secouée par le décalage-horaire, mais la demoiselle reprend ses marques. Mais pourquoi t'intéresses-tu tant à Camille, Victor ? Eh bien parce qu'elle a fermé son blog, pardi ! Comme je le lisais régulièrement, je n'avais nullement besoin de passer par toi pour avoir de ses nouvelles ! Désormais, j'y suis forcé ! Je comprends mieux... Donc, tu l'as accompagnée chez le coiffeur ?
Les séances chez le coiffeur m'intriguent toujours un peu. Elles me mettent mal à l'aise et m'intriguent. Et pour quelles raisons ? Eh bien... C'est sans doute stupide mais... Dis toujours ! Aller chez le coiffeur a tendance à me complexer. Barrettes, cheveux dans les yeux. Généralement, j'ai l'air d'un chien qui va chez le toiletteur. Je n'ai jamais eu le plaisir d'aller chez le coiffeur avec toi mais je suis sûr que tu dis n'importe quoi ! Ce ne sont que des impressions, Victor, rien de plus ! Enfin bon, de toute façon, je ne faisais qu'accompagner Camille, c'est à dire que les barrettes c'était pour elle... Bref, bref... De plus, il est préférable, pour que le temps passe plus vite (du côté du coiffé comme du coiffeur !) de RACONTER SA VIE. Et tu la racontes, toi, ta vie ? JAMAIS, mon dieu. Ce qui fait qu'évidemment, la séance passe à allure d'escargot. Par contre... Ouiii ? Certains ne se privent pas pour le faire ! C'est à dire ?
C'est à dire que, très concrètement, Camille et moi étions assises à côté d'une petit grand-mère en plein shampooinage. Et tiens-toi bien, Victor, la coiffeuse s'épanchait à propos de sa pauvre mamie, atteinte de la maladie d'Alzeihmer. La maladie d'Alzeihmer ? C'est une maladie qui atteint la mémoire. Les sujets atteints de ce mal peuvent, par exemple, oublier qui ils sont ou ne pas reconnaître un membre de leur famille. Cela doit être difficile... J'ai du mal à imaginer que l'on puisse parler d'une chose pareille chez le coiffeur ! C'est ce que je pensais également, avant d'avoir assisté à la scène. Ce qui était effarant, c'est qu'elles en parlaient comme de leur dernière séance cinéma. Etrange... Tu peux le dire ! Drôle d'effet, vraiment ! Et les voilà qui parlent de maisons de retraite, de handicap... Et toujours sur ce même ton badin, comme si elles évoquaient la pluie et le beau temps ! Ca a quelque chose de surréaliste... Je veux bien te croire !
Du coup, avec Camille, nous nous posions une question : est-ce qu'on enseigne aux coiffeuses, lors de leur formation, l'art de la conversation ? Quel que soit le salon, je suis tombée sur des piplettes qui embrayaient sur leurs enfants, leurs maris, leurs loisirs... Me questionnent sur "ce joli diamant que vous portez : c'est un cadeau du chéri" ? Et leur air déçu quand vous confiez que c'est votre maman qui vous l'a offert ! Et elles insistent, insistent : "Ah mais alors, cette belle bague, c'est lui, n'est-ce pas ?". On opine, elle sourit : la voilà rassurée, j'ai un fiancé ! Tu as un fiancé ? Revenons à nos moutons, Victor ! Pourquoi tu ne me réponds pas ? Parce que je n'ai pas envie, na !
Ce que j'aimerais bien savoir, c'est s'il y a, parmi les gens qui écoutent notre conversation, des coiffeurs ou coiffeuses... Pourraient-ils m'éclairer sur le pourquoi du comment leurs collègues racontent leurs vies ? Est-ce stratégique, pour mettre le client à l'aise et l'inciter à revenir ? Ou bien est-ce tout bonnement naturel ? L'appel à témoins est lancé ! Si vous exercez cette profession, prière de contacter Mirabelle pour lui donner la clé de l'énigme !



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