XXIeme siecle

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Avant-propos

Cher lecteur,

Exceptionnellement, nous nous adresserons à toi directement : ce site n'est en aucun cas une biographie de Victor Hugo. Alors si tu pensais trouver ici la vie de notre Totor national en long, en large, et en travers, passe ton chemin !

 

Pour bien comprendre les propos de nos deux protagonistes :

1° Des caractères gras de couleur bleue quand Victor s'adresse à Mirabelle

2° Une police des plus classiques quand Mirabelle s'adresse à Victor

 

Sur ce, bonne lecture !

 

Mardi 11 juillet 2006

Mon cher Victor,

Aujourd'hui, je ne sais pas pourquoi, j'ai envie d'évoquer tout un pan de mon passé. Ce n'est pas si souvent ! C'est exact. Te souviens-tu d'Aurélie ? Je t'en avais parlé dans cet article ! Oui, je m'en souviens... Je t'avais confié qu'elle attendait un bébé. Elle sait désormais le sexe du petit bout de chou. Ce sera une petite fille, conformément à ce qu'elle espérait. Tu m'en vois ravi pour les futurs parents ! Je suis encore toute ébahie de la savoir enceinte. Je la connais depuis toujours. Et elle me ramène à mon enfance, à notre amitié... Et j'ai envie de l'évoquer, cette amitié. La première.

Il y a quelques temps, j'avais entrepris d'écrire un roman sur nous deux. A vrai dire, je l'avais promis à Aurélie en classe de CM2, je m'en souviens... Je lui avais dit que je lui dédierais... Je n'ai d'ailleurs pas totalement abandonné ce projet... Il y eut une époque où j'avais un besoin viscéral d'écrire sur cette amitié. Puis c'est passé... De temps en temps, cette envie revient, par bouffées... Je la laisse venir... Elle repartira, reviendra, je le sais...

Est-ce que cela t'intéresserait de lire un extrait de ce fameux roman, Victor, entamé il y a quelques temps déjà ? Bien sûr ! Ce sera avec grand plaisir ! En revanche, j'implore ton indulgence : je n'y ai pas du tout retouché, et il est plein d'imperfections. Ce n'est qu'un premier jet. Ne t'inquiète pas : je ne suis pas impitoyable, et je me donnerai le temps de la réflexion avant de formuler toute critique ! Merci... Alors voilà :

Mirabelle, cinq ans, était en train de regarder Ploc, le poisson rouge de la classe, tourner en rond dans son bocal quand elle a entendu Grégoire, Clémentine, Amandine et les autres faire beaucoup de bruit près de la porte. Elle s’est retournée vite, vite, vite et elle a vu la maîtresse parler à une très jolie dame, une dame avec du beau rouge à lèvres et une veste à carreaux comme celle des secrétaires. Tout le monde disait qu’il y avait une nouvelle petite fille dans la classe, qu’elle était très bizarre mais très rigolote quand même.

Mirabelle s’est approchée. La dame avec la veste à carreaux et le très beau rouge à lèvres a souri très grand et a poussé une petite fille vers la maîtresse. La maîtresse a dit qu’ils seraient tous très gentils et que la dame avec la veste à carreaux et le très beau rouge à lèvres pouvait partir tranquille. Puis ça a été à la maîtresse de pousser la petite fille. C’était une petite fille vraiment très rigolote, avec des nattes un peu jaunes et un peu noires, un pull à rayures bleu de marin, et un petit nez tout rond, presque en forme de trompette, et puis surtout de grands yeux très très bleus et un air très très gentil. Ce qui était rigolo c’est qu’elle avait la peau toute sombre, comme après avoir joué sur le sable à la plage. Mirabelle l’a trouvée jolie.

La maîtresse leur a dit de faire de la place sur la table pour qu’elle fasse un beau dessin. La petite fille est allée s’asseoir à la table, tout doucement, sans regarder personne, comme si elle était toute seule dans la classe. Mais personne n’a vraiment  fait de la place et tout le monde s’est serré très fort autour de la table et très fort autour de la petite fille. La petite fille a pris un feutre et a approché la feuille de papier que la maîtresse avait posée sur la table exprès pour elle. La petite fille a commencé à tracer quelque chose et tout le monde s’est demandé ce que c’était. Mirabelle ne voyait pas très bien ce que dessinait la petite fille, mais elle voyait très bien ses nattes jaunes et noires.

« Elle fait un soleil ! »

- Mais non, c’est un bonhomme !

- C’est une maison !

- On dirait qu’elle a pas de voix.

- Elle a la peau toute sombre et les yeux tout bleus mais elle sourit même pas.

- Vous croyez que la dame c’était sa maman ?

- Mais non, elle a pas de maman, c’est sûr !

Tout le monde se poussait et Clémentine a failli tomber, mais heureusement elle s’est rattrapée à Amandine. Mirabelle aimait bien Clémentine et Amandine. Elles s’amusaient bien toutes les trois, et elles donnaient toujours la main à la maîtresse. La maîtresse a dit de faire attention pour ne pas l’empêcher de dessiner, que c’était un dessin pour sa maman. Tout le monde a trouvé ça très étonnant que ce soit pour sa maman car Grégoire et Sheriff avaient dit que la dame avec la veste à carreaux c’était pas sa maman. Quelqu’un a demandé à la petite fille comment elle s’appelait. Plus personne n’a parlé, même pas Frédéric qui parlait tout le temps, et on a entendu une toute petite voix :

« Aurélie. »

 

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publié dans : Amitié(s) par Mirabelle
Mercredi 12 juillet 2006

Mon cher Victor,

Je viens de lire un article de Papierchiffon. Je me demande pourquoi tu continues à l'appeler Papierchiffon, tout le monde sait parfaitement qu'elle s'appelle Camille ! C'est purement symbolique, tu penses bien... Sais-tu sur quoi portait cet article ? Sur toi. Je viens de le lire. Zut ! J'ai raté mon petit effet ! Alors, qu'en penses-tu de ce post ? Eh bien... En même temps beaucoup et rien... Je te reconnais bien là !

D'abord, j'ai été flattée par l'honneur que m'a fait Papierchiffon de publier un post sur ma petite personne et en plus, avec mon prénom dans le titre. Cependant... Je la connais bien. Je me suis dit : "si elle écrit un article sur toi, c'est qu'elle a quelque chose à dire". Et en général, chez Papierchiffon, les "quelque chose à dire" se révèlent être des petites piques... Cherche bien tes mots, on marche sur des oeufs en amitié ! Disons que je ne veux pas froisser Camille, mais enfin, tu comprends, Victor, il faut bien que je réagisse... Mais oui, mais oui...

Cet article me laisse une drôle d'impression. D'un côté, je suis rassurée : entre les lignes, l'amitié transpire. Effectivement ! Et avec des adjectifs tels qu'"adorable", "mignonne" et autres de ce genre, il n'aurait pu en être autrement ! Mais d'un autre côté... Parce qu'évidemment il y a un "mais" ?! D'un autre côté, l'image qu'elle offre de moi, Mirabelle, ne me plaît guère... On n'est jamais satisfait de ce que l'on renvoie aux autres ! Je ne dirais pas cela en ces termes. Bien... Etant donné que j'éprouve quelques difficultés à formuler mon malaise, prenons les choses dans l'ordre, par un exercice ô combien utilisé sur la blogosphère : le commentaire de texte.

"Ses illusions naïves comme des évidences malgré le monde dans lequel on vit. Elle est trop mignonne." :

 

C'est encore cette phrase qui m'a le plus déplu. Je connais bien Papierchiffon, comme je le l'ai déjà dit. Et elle aussi me connaît bien. Mais dans cette phrase... Je décèle (elle va m'accuser de paranoïa, j'entends ça d'ici !) une pointe de condescendance. Ohh, la petite Mirabelle, comme elle est mignonne avec ses illusions naïves ! Mes illusions naïves... Quelles sont-elles, ces illusions, au juste ? Est-ce si naïf que cela que d'espérer faire un métier que j'aime ? Je ne crois pas. Naïveté... Je n'ai jamais prétendu que mon métier serait conforme à mes attentes. Je sais parfaitement qu'entre ce que j'imagine (et imaginais, car j'ai pu constater, dès cette année à l'IUFM, comme on dit dans le monde de l'Education, qu'il me faudrait "faire évoluer mes représentations") et mon premier poste, mes premiers élèves, mes premières séquences d'enseignement, mes premières rencontres avec les parents d'élève, il y aura un fossé, un fossé énorme. Combien de témoignages de jeunes instits, écartalés entre leur idéal et la réalité ? Alors non, naïve, sur ce point, je ne le suis pas. Je m'attends à tout. Le chemin est encore long avant que je ne devienne une professeur des écoles bien installée, et cela n'ira pas sans quelques déceptions, j'en suis consciente. Quand au "malgré le monde dans lequel on vit", je ne dirai qu'une chose : c'est justement parce que j'ai conscience de ce qu'est le monde que je tenais tant à ce concours.

 

"Qu'elle garde ses idéaux et ses illusions le plus longtemps possible. Elle vit dans son conte de fée."

 

Mon conte de fée ? Où ça, un conte de fée ? Qui voit un conte de fée quelque part ? Est-ce que je suis une princesse ? Est-ce qu'un Prince, respectueux, pas vulgaire, m'a emmenée sur son cheval blanc, bien rasé et me contant fleurette ? Ma vie n'est pas un conte de fée, loin de là. J'ai le concours. Et c'est merveilleux, c'est vrai. Mais même si j'ai encore du mal à réaliser, il me faut bien admettre (et sur ce point, Papierchiffon, tu as entièrement raison) que je ne le dois qu'à moi-même. J'ai travaillé. J'ai ingurgité les programmes, compétences transversales, compétences spécifiques. J'ai dû revenir au théorème de Thalès, équations à deux inconnues et autre identités remarquables... En quoi est-ce un conte de fée ?

 

"Paradoxe amusant, elle ne s'interroge absolument pas sur sa capacité à être une bonne enseignante..."

 

Bien sûr que si, qu'est-ce que tu crois, enfin, Papierchiffon ? Ces interrogations m'ont animée toute mon année de PE1 : vais-je être à la hauteur ? Vais-je faire preuve d'assez d'autorité pour me faire respecter et instaurer une ambiance propice au travail dans la classe ? Vais-je assez maîtriser les contenus disciplinaires et surtout, serai-je assez habile pour les transmettre correctement ? Toutes ces questions, je me les pose tous les jours. Mais pour l'instant, contrairement à mon habitude, j'ai décidé de me concentrer sur ma réussite : j'ai le concours. C'est ce qui importe. Je m'inquiète bien de mes capacités en tant qu'enseignante mais j'ai une année, encore, pour apprendre mon métier "officiellement". Puisqu'officieusement, je l'apprendrai toute ma carrière durant... Chaque chose en son temps... J'ai décidé de me faire confiance... Ou du moins d'essayer !

Ce matin, sur MSN, Papierchiffon m'a avertie que l'article était publié sur son blog (nous en avions discuté lors de ce fameux tête-à-tête, obtenu grâce, comme elle le dit si bien, à "un abominable chantage affectif") et que "cela n'allait pas me plaire". Je m'y attendais de toute façon...

Cet article m'a montré une Papierchiffon je-connais-tout-de-la-vie, une Papierchiffon je-me-marre-doucement-devant-les-illusions-de-la-naïve-Mirabelle : une facette que je ne connaissais pas. Une Papierchiffon qui, en forçant un peu le trait, me fait passer pour une Forrest Gump de pacotille, une douce illuminée, bercée par ses illusions, sur sa planète ennuagée, douce comme du coton. Oh ! Là, tu exagères ! Tu sais qui est Forrest Gump, Victor ? Bien sûr que non mais je réagis à l'expression "douce illuminée" ! Elle n'a pas dit ça ! Evidemment, tu adores Papierchiffon : je ne pouvais pas m'attendre à un jugement objectif du grand écrivain que tu es... Tout ce que tu dis là va encore créer des étincelles, je le sens ! Sans doute. Avec Papierchiffon, les mots font mouche et je dois dire que j'en tire un plaisir malicieux. Mais jamais au point de se brouiller. J'espère bien ! Il ne manquerait plus que ça ! De toute façon, Papierchiffon ne sera pas surprise de ma réaction. Et si elle a publié cet article, c'est qu'elle ne craint pas mes foudres ! Cependant... Cependant ? Victor, pourrais-tu lui faire passer un message, s'il te plaît ? Bien sûr ! Pourrais-tu lui dire que si elle m'accuse de paranoïa, je monte la rue comme une folledingue et je viens l'étriper ? Euh... Je peux le lui dire à ma façon ? Si tu veux. Tiens, dis-lui aussi qu'elle n'oublie jamais que la "Mignonne petite Mirabelle", avec ses "illusions naïves", est encore son aînée de onze jours et le restera ! Et pour finir... Il va falloir que je note tout ça si ça continue ! Tu pourras aussi lui dire que malgré tout, elle reste ma meilleure amie !

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publié dans : Amitié(s) par Mirabelle
Samedi 15 juillet 2006

Mon cher Victor,

Voici la suite du texte que j'avais commencé à écrire sur mon amitié avec Aurélie. Un peu plus long et surtout, un peu plus descriptif, avec de nombreux détails inutiles, mais qui, à l'époque, me semblaient nécessaires à l'installation de l'atmosphère, celle d'une classe de Maternelle. Sois donc indulgent...

Ce jour-là, Mirabelle était contente. A la récré, avec Amandine, Clémentine et Aurélie, elles allaient jouer à Cats’ eyes. Mirabelle aimait bien Cats’ eyes. Elle regardait le dessin animé souvent. Amandine, Clémentine et Aurélie aimaient bien aussi. Et à l’école, c’était bien, parce qu’elles pouvaient sauter du toit comme les Cats’eyes, de très haut et sans se faire de bobo, sauf Aurélie qui avait peur de sauter parce qu’une fois, elle s’était quand même fait un bobo. Mais elles sautaient pour de mine parce qu’en fait ce n’était pas un toit mais c’était le petit muret où la poubelle était accrochée, mais c’était mieux de se cacher derrière la poubelle pour faire comme si un méchant arrivait. La maîtresse n’était pas trop d’accord parce qu’elle disait que c’était sale, mais Mirabelle, Amandine et Clémentine le faisaient quand même. Et puis Aurélie, qui ne voulait jamais sauter parce qu’elle avait peur, attendait les autres en bas en surveillant si la police n’arrivait pas pour les arrêter. Des fois, Mélanie jouait avec elles, mais ce n’était pas souvent, parce que Mélanie préférait faire de la trottinette avec les garçons, mêmes si elle n’avait que les vieilles trottinettes bleues rouillées et que les garçons se disputaient les trottinettes jaunes, qui brillent parce qu’elles sont neuves.

La maîtresse a demandé à faire le silence pour aller dans la cour, et elle voulait un rang bien droit avec tous les enfants rangés deux par deux, en se donnant la main. D’abord, personne n’a voulu se ranger, et puis le rang n’était pas très droit, parce qu’Antoine n’arrêtait pas de courir devant en embêtant Maxime. Aurélie a donné la main à Mirabelle. Aurélie donnait toujours la main à Mirabelle. Et puis quand la maîtresse a arrêté de crier, elle a bien voulu que toute la classe aille dehors et là tout le monde s’est mis à crier et il n’y avait plus de rang. Mirabelle, Amandine, Clémentine et Aurélie ont couru dehors, mais Mirabelle n’était pas contente : elle avait froid, ses cheveux étaient encore un petit peu mouillés parce qu’ils avaient tous été à la piscine ce matin. Le bonnet de Mirabelle n’arrêtait pas de s’enlever alors ses cheveux trempaient dans l’eau. C’était bien, la piscine. Il y avait un petit toboggan jaune, et des gros bâtons flottants qui ressemblaient à des frites. Mirabelle avait surtout joué avec Aurélie, même si elle voulait jouer aussi avec Clémentine et Amandine. Mirabelle et Aurélie avaient joué à se chatouiller, mais à un moment, Aurélie avait pleuré parce qu’elle avait bu la tasse. Et puis finalement, même si au début elle disait qu’elle voulait sortir de l’eau et voir sa maman, elle a quand même joué au requin avec Mirabelle. C’était Mirabelle qui faisait le requin, parce qu’Aurélie ne voulait pas mettre la tête sous l’eau pour le faire. Mais après, elles allaient changer les rôles et ce serait Mirabelle qui ferait la dame qui fait la planche et qui ne voit pas que le requin va la manger. Parfois, c’était difficile, parce que Mirabelle ne savait pas bien faire la planche. Mirabelle ne savait pas nager du tout, et quand elle faisait la planche avec son Papa le dimanche matin, c’était toujours lui qui lui tenait le dos. Mais la piscine, c’était quand même bien, tout le monde s’était bien amusé.

Maintenant, Mirabelle allait jouer à Cats’eyes avec Clémentine, Aurélie et Amandine. Stéphanie a dit qu’elle voulait jouer alors elles ont dit oui, et on a dit que ce serait Stéphanie qui ferait le policier qui essaie d’attraper les Cats’eyes quand elles sautent du toit. Alors, Clémentine, Marion et Amandine ont sauté du toit, mais pas Aurélie, qui a quand même couru avec elles pour échapper au policier.

« Les filles ! Attention ! N’allez pas trop près de la poubelle, c’est sale ! Stéphanie, fais attention, ton lacet est défait, tu vas tomber ! Viens ici pour que je te le refasse ! » a dit la maîtresse.

Mais Stéphanie n’a pas entendu parce qu’elle courait. Elle est tombée. Elle s’est mise à pleurer, et Mirabelle a vu la maîtresse soupirer et venir vite l’aider. Mirabelle, Clémentine, Amandine et Aurélie se sont toutes approchées avec des grands yeux et elles ont regardé Stéphanie pleurer par terre et la maîtresse la disputer un tout petit peu. Les autres aussi se sont approchés mais la maîtresse leur a dit d’aller jouer, que ce n’était pas un spectacle.

Et puis après, c’est Maxime qui est tombé en courant après Antoine pour qu’il lui donne la trottinette jaune qui brille, et c’est Maxime qui s’est mis à pleurer. Là, la maîtresse était très énervée et elle a décidé que tout le monde allait rentrer puisque c’était comme ça. Elle a dit qu’elle voulait un beau rang pas comme tout à l’heure. Clémentine a donné la main à Amandine. Mirabelle a donné la main à Aurélie. Mirabelle donnait toujours la main à Aurélie.

 

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Dimanche 13 août 2006

Mon cher Victor,

Il me semble, jusqu’ici, ne pas avoir assez insisté sur la valeur de l’amitié. Cet article de Nico (que je salue au passage) m’a amenée à réfléchir sur ce curieux sentiment d’affection que l’on éprouve pour une personne… Moi, par exemple ! C’est un exemple, en effet. Cependant, Victor, ne te fâche pas : tu n’es pas la première personne qui me soit venue à l’esprit ! Tu as d’abord songé à Papierchiffon, j’imagine ? Tout juste ! Cela ne m’étonne guère…

Il y a deux ou trois jours, dans un élan de mélancolie, j’ai ressorti les albums poussiéreux de ma jeunesse (eh oui, Victor, je ne fais pas régulièrement les poussières, c’est un fait !), jeunesse ô combien emportée par cette passion fraternelle que l’on nomme l’amitié. En feuilletant l’album, je constatais avec surprise que Papierchiffon figurait sur la plupart des photographies. Papierchiffon au ski, Papierchiffon sur mon lit d’adolescente, Papierchiffon en Italie… Rien d’étonnant, si tu veux mon avis ! Si, au contraire. Car, paradoxalement, en plus d’être ma meilleure amie, Papierchiffon est, de mes relations amicales, celle que j’ai fréquentée le moins souvent. Ce n’est pas très logique, si tu as tant de photos d’elle ! Je ne te le fais pas dire ! Cependant, à bien y réfléchir…

Papierchiffon a toujours été là. Je me souviens avec précision de la première fois où j’ai franchi le seuil de sa maison. La comédie musicale « Starmania » tournait en boucle sur sa chaîne… J’avais été très impressionnée et très reconnaissante, la plupart de mes connaissances d’alors ne jurant que par Pascal Obispo et autres chanteurs à la mode aux paroles insipides. J’aimais « Starmania ». Et ce simple détail suffit, dans mon idée, à me rapprocher d’elle. Elle avait les cheveux raides, d’un noir profond, coupés au carré, lui frôlant les épaules. Une chemise bleue à carreaux. Un nez un peu en trompette… Un sourire renversant qui, chose étrange, se mariait parfaitement avec cette mine bougonne qu’elle arborait bien souvent. Où veux-tu en venir, Mirabelle ? Je n’ai rien contre cette touchante description de ta première invitation chez Papierchiffon, mais j’ai du mal à saisir où tu m'emmènes !

En regardant ces photographies, je nous ai vues grandir, parallèlement. Expériences différentes. Caractères différents. Et pourtant, même sens de l’amitié. Toujours un geste pour nos anniversaires respectifs. Des cartes postales pour les vacances. Papierchiffon est la personne la plus fidèle que j’ai jamais connue. Et j’en suis fière. Car il me semble avoir trouvé celle qui sera à la hauteur de cette barre que j’ai placée très haut, cette barre de l’amitié, exigeante et tenace.

Trouves-tu ridicule d’affirmer et de réaffirmer une amitié ? Bien sûr que non. L’amitié n’est pas si différente de l’amour, tout cela n’est qu’une question de dégré, et le verbe « aimer » est approprié à l’un comme à l’autre. Alors sache que j’aime Papierchiffon. Sincèrement et profondément. Elle fait partie des êtres que j’estime le plus au monde. Et si je devais la perdre… Pourquoi dis-tu cela, Mirabelle ? Depuis le début, le ton que tu emploies m’intrigue… Il est tantôt fougueux tantôt inquiet. Parfois angoissé. Comme si quelque chose t’échappait…

Tout peut toujours nous échapper, Victor, c’est une réalité. Nous ne contrôlons rien. Même les liens les plus solides, les fils les plus élastiques, sont susceptibles de se rompre. Je considérais mon amitié avec Papierchiffon comme éternelle. Naturelle et éternelle. Et je la considère toujours ainsi. Je m’aperçois pourtant, désormais, que tout est en perpétuelle reconstruction. Toute relation, qu’elle soit amicale ou amoureuse, n’est jamais acquise. Rien n’est jamais gagné. Et c’est à nous de nous bagarrer pour conserver ce sur quoi on a misé. Y croire, encore et toujours. L’amitié, comme l’amour, est un engagement au recommencement incessant. Y croire. Foncer. Garder espoir. Apprendre la patience. Et se dire que le jeu en vaut la chandelle.

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publié dans : Amitié(s) par Mirabelle
Mardi 29 août 2006
Mon cher Victor,

Moi qui me plaignais dans cet article du syndrôme tout-va-bien-du-coup-je-n'arrive-plus-à-écrire, je suis servie ! Comment ça ? Aujourd'hui, quelqu'un m'a déçue. Un homme ? Non, une femme.

Je suis déçue. Je ne suis même pas en colère. Juste déçue. Je ne lui en veux pas. Mais elle me déçoit. Je suis lasse et blessée. Lasse d'espérer, lasse d'insister. Dans ces lignes, j'affirmais qu'il fallait toujours y croire. Se battre, encore et toujours. J'avais oublié de préciser qu'on ne peut déplacer des montagnes si l'autre n'y croit plus. On ne peut pas le forcer à vous aimer encore, à demander de vos nouvelles, à vous sourire, à vous parler. On ne peut pas éternellement prononcer de grandes déclarations d'amitié dans le vide. On ne peut pas éternellement pleurer au téléphone sans réaction au bout du fil, mettre son orgueil dans sa poche, réaffirmer tout le respect, toute l'admiration, toute l'estime qu'on porte à l'autre.

Laisse le temps au temps, m'avait-on dit. Le temps me faisait peur. Il me fait peur. Le temps est contre nous, Victor, et je ne voulais pas que cette amitié, cette grande et belle amitié, tombe en poussière par mon laisser-aller, par ma paresse. J'ai voulu me battre, insister, sourire, tendre la main, malgré l'indifférence, le refus, la froideur. Loin de moi l'envie de me faire passer pour une héroïne. Car je t'avoue, Victor, que j'abandonne. J'abandonne.

Je croyais que le temps amenait le pardon. La réflexion. Le recul. Je croyais que le temps remettait les choses dans l'ordre, qu'il nous aidait à y voir clair. Je croyais que le temps était salvateur. Le temps n'est pas grand chose, finalement... Car c'est à nous de lutter contre lui. Et quand on le laisse couler, lentement, en enfilant les minutes comme on enfile les perles, quand on le laisse glisser sur nous comme si on acceptait la défaite, alors il est trop tard.

Des preuves d'amitié ne sont rien sans des yeux pour les voir et les apprécier. A rien ne sert de patienter des heures qu'un coeur s'ouvre à vous, à rien ne sert d'essayer de se (re)valoriser, d'évoquer les souvenirs d'antan, de chanter les louanges de cet "avant" qu'on voudrait tant retrouver. Si l'autre n'est plus qu'indifférence à votre égard, alors il faut abandonner. Se résigner. Malgré cette envie d'insister, encore et toujours, malgré cet élan, cet élan qui nous pousse à aligner les phrases dans le néant d'une fenêtre de conversation, cet élan puissant où se mêlent souvenirs, douleur et attente de jours meilleurs.

L'Amitié est, par définition, un lien étroit entre deux personnes qui s'aiment et se respectent, s'apprécient et s'estiment. Parfois, le lien rompt. Sans qu'on s'en aperçoive. D'un côté ou de l'autre, parfois des deux. Pour des raisons qui échappent à notre entendement. On se prend à rêver de le raccomoder. On tire le lien vers nous en essayant de faire un noeud. Mais en face, l'autre résiste, son fil est bien plus tendu, bien plus rebelle que le nôtre. On en a assez de tirer, de tirer encore. La corde nous abîme les mains, on a mal, nos forces nous abandonnent. Alors tout lâche. Et on se retrouve, comme un imbécile, avec un bout de ficelle usé dans la main... Qu'on avait pourtant tenu le plus longtemps possible, de tout notre coeur, de toute notre âme.

Excuse-moi, Victor, si j'ai monopolisé la conversation. J'ai parlé sans m'arrêter, sans réfléchir. J'en avais besoin. Demande à nos lecteurs de me pardonner si je n'ai pas autorisé les commentaires sur cet article. Malheureusement, j'estime qu'il n'y a rien à dire sur ce que je viens de publier. C'est triste. Décevant. Et j'ai écrit pour moi. Parce que j'en avais besoin. Et parce que l'abandon se passe de commentaire...




C'est un air détaché
Pour chanter le fil enchanté,
Qui, malgré nos airs fâchés,
Dit : "Tâchez de vivre attaché,
Les cœurs des cœurs approchés,
Accrochés par un fil caché.
Si le monde est démanché,
Tâchez de pas le lâcher."

Le joli fil entre nos cœurs passé,
Oh, le fil...
Le fil de nos sentiments enlacés,
Oh, le fil nous lie, nous relie.

Sur la Terre, tout est gâché,
Empêché, presque arraché,
Alors faut s'amouracher,
S'aimer, vivre attaché.
Politiciens éméchés,
Sachez qu'on peut se fâcher,
Qu'il faut pas ce fil toucher,
L'arracher ni l'effilocher.

Le joli fil entre nos cœurs passé,
Oh, le fil...
Le fil de nos sentiments enlacés,
Oh, le fil nous lie, nous relie.

C'est un air détaché
Pour chanter le fil enchanté.

Le joli fil entre nos cœurs passé,
Oh, le fil...
Le fil de nos sentiments enlacés,
Oh, le fil...
Le fil qui nous sert à nous resserrer,
Oh, le fil...
Le fil tendu, entre nous, comme un lien,
Oh, le fil...
Qui nous tient, nous retient,
Le joli fil entre nos cœurs passé,
Oh, le fil...
Le fil tendu entre nous comme un lien,
Oh, le fil...
Qui nous tient, nous retient.


Alain Souchon, Le fil
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publié dans : Amitié(s) par Mirabelle

Un mot au vol ?

Opinion


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Victor mène l'enquête.

Parce que Mirabelle se le demande !




personnes ont écouté la conversation entre Mirabelle et Victor depuis leur rencontre.


Aujourd'hui, à :

il y a 1 personne(s) qui papote(nt) avec Mirabelle et Victor.


La requête de Victor :

  • Parce que Mirabelle et moi-même aimons beaucoup de gens... Allez donc jeter un coup d'oeil à notre tour de tables !


Nos recommandations :

  • Un clic et vous y êtes... Si vous souhaitez quelques conseils pour guider votre lecture, bien entendu !


Lexique IUFMesque à l'usage des non-initiés :

  • Mirabelle, dans son infinie bonté, a daigné me proposer (ainsi qu'à toi, ô lecteur non affilié à l'Education Nationale !) un lexique de rattrapage, sensé me donner les repères indispensables à la compréhension de deux rubriques.


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