Mon cher Victor,
Savais-tu que je suis quelqu'un de très rigide ? Il m'est arrivé de penser une telle chose, mais jamais très franchement. J'ai déjà senti chez toi une sorte d'intransigeance sur certains sujets... Alors tu te sais rigide ? Il est rare de reconnaître ce genre de défauts ! Eh bien, à vrai dire, je ne sais pas trop... Dis m'en plus...
Je ne t'ai jamais dit, Victor, combien je suis à cheval sur la langue française. Non, effectivement. Ce qui ne veut pas dire que ma maîtrise de la langue soit irréprochable ! Je m'en doute bien. Qui peut prétendre être irréprochable à ce niveau ? C'est bien là ce qui m'occupe. Comme tu le sais, Victor, je vais être maîtresse. Oui, tu avais parlé de ta réussite au concours dans cet article, et du chemin parcouru pour y arriver dans cette catégorie. En tant qu'enseignante, je vais devoir m'attacher à transmettre aux élève la valeur de la langue, et sincèrement, je prendrai ce rôle très au sérieux : le langage a pour moi une importance capitale, et je compte bien rendre les enfants conscients de l'impact qu'elle a sur la vie de tous les jours.
On entend beaucoup parler, en ce moment, de la "déperdition" de la langue française, dûe à la progression phénoménale du langage sms, dont j'ai fait part ici, sur un sujet tout autre. Les didacticiens et pédagogues les plus conservateurs s'alarment de la main-mise foudroyante du langage sms sur le langage écrit, et s'interrogent sur la représentation de la langue dans les esprits. Comment la langue est-elle perçue ? Les Français ont-ils conscience que la langue est un patrimoine dont chacun est responsable ? Toutes ces questions, je me les pose moi aussi, bien que je sois nettement moins radicale que certains chercheurs, qui font de la langue une donnée figée, qui doit résister aux évolutions sociales. La langue a ses évolutions, c'est vrai... Moi-même, quand je compare ta façon de parler avec celle que j'avais au XIXème siècle (car désormais, je m'adapte à la tienne !), je constate de grands changements ! J'estime que ces évolutions sont naturelles, et doivent être acceptées. Cependant... Pas quand c'est au détriment d'une certaine qualité de langue ! Qu'entends-tu par là ?
Tu disais tout à l'heure, Victor, que personne n'est irréprochable. C'est bien évident. Mais j'avoue que certaines phrases que j'entends, de ci de là, m'écorchent les oreilles : "c'est comme si que...", "si je serais là, j'aurais...", et j'ai bien du mal, en général, à ne pas reprendre les personnes qui les prononcent. Tout dépend de la façon dont on les reprend. Si on le fait avec un air supérieur et un ton d'institutrice, je comprends que cela puisse froisser ! Je le conçois tout à fait également. Là où ça m'inquiète, en revanche, c'est quand certains se fichent du langage comme de leur première chemise. C'est à dire ? C'est à dire quand un mot est prononcé à la place d'un autre, qu'une bonne âme corrige cette erreur de vocabulaire, et que la personne reprise hausse les épaules et s'exclame "Ca revient au même !". Parce que non, je suis désolée, cela ne revient pas du tout au même !
La langue française est très riche, Victor. Pleine de nuances. Et c'est là ce qui rend la rend intéressante et incomparable. Et je trouve (quitte à en faire bondir !) que c'est une marque d'irrespect que de la traiter comme un vulgaire moyen de communication. D'autant plus que quand communication il y a, si la langue n'est pas utilisée correctement, une situation peut très bien aboutir sur un malentendu, et là, pour le bien-être de tous, j'ai du mal à imaginer qu'on puisse encore nier l'importance du langage ! Ce sont peut être des gens qui n'ont pas eu le goût de lire, et comme la langue orale est intimement liée à la langue écrite... Quel dommage ! Je persiste à penser que les gens qui passent à côté de la beauté de la langue ratent énormément de bienfaits ! Chacun a ses domaines de prédilection, Mirabelle... Bien sûr... Mais tout de même ! Tu as raison, en fin de compte... Sur quoi ? Tu es intransigeante !


Bavardages