Mon cher Victor,
C'est dans une salle remplie de rires que je suis au bord du desespoir. Ironie du sort... Une salle remplie de rires ? Je suis dans la salle informatique du Campus, il est 10:00 pm et il y a trois zigotos morts de rire devant leur PC. Des hyenes, je ne peux pas dire mieux... Et moi, pauvre de moi, je serai au bord de me jeter dans la Tamise si j'avais loge a Londres, evidemment... Laisse moi soupirer...
Speciale dedicace a Sev, qui disait, dans ce commentaire, qu'elle esperait que mon bonheur, si rayonnant ces jours ci (incroyable mais vrai !) s'installerait dans ma vie tel un soleil sur le desert Saharien. Ca, ce n'est pas d'elle ! Non, j'en rajoute une couche mais elle me souhaitait bel et bien de demeurer sereine. Eh bien malheureusement, mon bien etre et mon insouciance (je dirais meme inconscience) n'ont pas dure ! Chassez le naturel, il revient au galop ! Et qu'est ce qui a declenche le retour du naturel ?
Tout un questionnement. Un questionnement qui me rapproche dangereusement de mon retour a l'IUFM, un questionnement qui concerne mon avenir dans le metier, mes capacites a enseigner. Bref : vais-je y arriver ou non ? Dans cet article relatant un souvenir penible (et le plus triste, c'est que je n'arrive pas a tirer une croix dessus...), j'evoquais mes difficultes face a une classe. Des difficultes contre lesquelles je tente de lutter avec de grands principes, effondres comme des chateaux de carte aujourd'hui. Qu'est ce qui a provoque ce soudain retour a ton sens du drame ?
Un mail d'Aurelia, une collegue de l'IUFM, restee en France. Aurelia a une classe en responsabilite tous les lundis pour decharger le directeur, c'est une nouveaute de la PE2. D'ailleurs, si tu veux faire un petit point la dessus, tu peux toujours te reporter ici, Victor. C'est aussi valable pour nos lecteurs ! Oui, bien sur. Bref. Aurelia a donc envoye un mail a Sophie ou elle l'informe qu'elle n'en peut plus et qu'elle ne sait pas comment nous allons faire a notre retour pour nous en sortir. Gloups. Quand on est a une poignee de semaines du depart, cela remet dans l'ambiance, je peux te le dire !
J'allais diner quand Sophie a aborde le sujet de ce fameux mail. J'etais affamee. A la seconde ou Sophie m'a reporte les propos d'Aurelia (il faut savoir qu'Aurelia, d'ordinaire, est quelqu'un de tres tres positif...), j'ai eu envie de vomir. Envie de pleurer. Et evidemment, plus faim du tout... Mon dieu... Ca va jusque la ! Il faut savoir qu'en ce moment, mes collegues de PE2 (qui ont plus de jugeotte que moi !) sont en stage de pratique accompagnee pendant trois semaines, le mardi matin et le jeudi apres-midi, en plus, bien sur, des lundis de responsabilite filee. C'est a dire, en toute honnetete et en toute objectivite, que les trois quarts des PE2 pratiquent plus que moi face a la classe. Moi, je ne sais rien. Moi qui suis completement deconnectee de la vie IUFMesque, moi qui me la coule douce, ici en Angleterre, moi qui n'ai toujours pas de plan pour mon memoire, moi qui crains le retour avec une force que tu ne peux imaginer ! Doucement, doucement, tu vas encore faire une crise d'angoisse !
Le choix que j'ai fait est un suicide. Purement et simplement. Je n'aurais pas du partir. Je m'en veux, je m'en veux, je m'en veux. C'est du suicide professionnel. Si j'ai eprouve des difficultes pendant mes journees du lundi et mon stage de pratique accompagnee (il faut d'ailleurs que je vous raconte en details comment ce dernier s'est deroule, vous comprendrez mes craintes !), j'ose a peine imaginer ce que ce sera a mon retour, alors que ma formation n'a pas evolue d'un pouce depuis mon depart ! Tu auras sans doute plus de travail que les autres, mais je ne m'en fais pas pour toi... Si tu as eu le concours, c'est que tu peux y arriver ! Justement non. Je ne suis pas convaincue par ton argument, Victor. Le concours, c'etait dur, c'est sur. C'est sans doute la chose la plus difficile que j'ai eu a faire jusqu'ici. Mais le concours, c'etait tres INTELLECTUEL. Tout ce qui est intellectuel ne me pose pas probleme. Mais quand il s'agit de la pratique... C'est une autre paire de manches ! Pour preuve, mon premier echec au permis de conduire ainsi que le second, qui demontrent combien je suis peu a l'aise, peu sure de moi, et combien un rien me destabilise ! Tu compares deux domaines qui ne sont pas comparables ! Bon, d'accord, d'accord...
Toujours est-il que depuis tout a l'heure, je n'ai qu'une envie : prendre le premier avion, rentrer chez moi, potasser mes bouquins de didactique, les programmes, bosser toute la nuit, toute la nuit, en avoir les yeux qui piquent, perdre la notion du temps, pour finalement m'ecrouler sur mon lit au petit matin.
Au moins, l'illusion de dominer la situation ! Ici, en Angleterre, je n'ai pas de livres. Peu de nouvelles de mes collegues de l'IUFM, croulant sous les cours et les preparations de seances. Je n'ai pas de nouvelles non plus de mes tuteurs et de mes professeurs, a part de mon directeur de memoire. Bien que l'IUFM nous ait vivement conseille, avant notre depart, de garder un contact regulier avec l'etablissement, je dois dire que tout ca, ce ne sont que des belles paroles ! Ah ? Parce que l'IUFM, en toute honnetete, passe a la trappe les stagiaires partis a l'etranger. Je ne compte plus les mails que nous avons envoye Sophie et moi pour avoir des informations sur la formation etc. Et je t'epargne, Victor, la reponse navrante de mon tuteur a qui je demande des comptes rendus des seances de tutorat... Bref. On nous a completement oublies.
Et je regrette d'etre partie. Je regrette. Je vais rater mon annee. Je ne suis bonne que pour la theorie, pas pour la pratique. Madame B. m'avait dit que les enfants n'avaient rien appris. J'y pense tous les jours, a ce commentaire. A chaque fois, cela me fait mal. A chaque fois, je me dis qu'un PE2 competent, qui est un minimum fait pour ce metier, ne devrait pas entendre dire de telles choses a son propos. Alors je suis incompetente. J'ai du lui faire pitie a cette Madame B., tout comme a l'IMF de l'ecole C.H qui nous avait dit, dans un souffle : "que c'etait tres difficile pour les etudiants partis a l'etranger de rattraper leur retard". Je suis idiote. Idiote et inconsciante. Idiote, inconsciente et suicidaires. Quelle ironie... J'aurais brillamment ete recue au concours pour finalement rater la titularisation, moi qui considerais le concours comme la marche la plus haute ! J'ai ete d'une naivete sans bornes. Je vais rater mon annee. Je vais avoir une prolongation de stage. Je ne vais pas etre instit. Je ne suis pas faite pour ca. Je suis trop cruche et trop empotee, trop mal dans ma peau pour reussir.
J'ai juste envie d'etre chez moi, a mon bureau. De bosser, de bosser, de bosser. Jusqu'a crever de fatigue, jusqu'a crever tout court. Ne plus savoir qui je suis et surtout oublier que j'ai fait un mauvais choix. Je n'aurais pas du partir. J'etais avertie de ce qui m'attendait. Je n'aurais pas du partir. Je n'ai que ce que je merite. C'est bien fait pour ma gueule.
Bavardages