Mercredi 17 septembre 2008
3
17
/09
/2008
02:48
Mon cher Victor,
L'Amour, c'est compliqué. Rude entrée en matière... J'espère que la suite
est à la hauteur ! Comme tu le sais, il y a un peu plus de quatre mois, je me suis séparée d'un homme que j'ai aimé pendant quatre ans. Je sais, je
sais... Tu dois t'en douter mais je songe de plus en plus à le remplacer. Le remplacer... Tu as raison, c'est un terme qui ne convient pas.
Je ne le remplacerai pas. Personne ne le remplacera. Parce qu'il est parti avec sa place et qu'un autre viendra avec un siège différent. Non, disons plutôt que j'ai envie de rencontrer
quelqu'un.
Jusqu'à hier midi, quand je
me suis vue, toute seule, au milieu de mon foutoir, dans cette classe minuscule, à bouffer ma paella en me demandant comment il avait pu, comme ça, facilement, sans un mot., me balayer de sa vie
d'un revers de main. A cet instant, je me suis aperçue qu'au delà de l'amour qu'il m'avait retiré, il m'avait aussi privée de toute confiance en moi, de toute certitude quant à ma
valeur. Il m'a laissée me débrouiller avec le silence, les doutes, les hypothèses, l'incompréhension, tout ce qu'il n'a pas voulu expliquer, toutes ces excuses qu'il ne m'a pas
présentées.
Il est parti une semaine après
avoir fait des pieds et des mains pour me reconquérir, une semaine après avoir passé la nuit avec moi en jurant qu'il n'attendait qu'un signe de ma part. Et puis ce coup de fil, sa voix dont
j'entends encore toutes les intonations ("Tu voulais que je passe à autre chose, c'est ce que je fais."), sa froideur, son indifférence, son irritation, même. Déjà si loin. C'est la dernière
conversation que j'ai eue avec lui. Il ne s'est jamais excusé. Je n'attendais pas d'explications alambiquées, vraiment, ni qu'il implore mon pardon pour son comportement plus qu'ignoble, non...
J'attendais juste un peu de respect, un tout petit peu de respect, au nom de ces quatre années vécues ensemble. Au lieu de cela,
rien. Démerde-toi avec ça, Mirabelle. Une fin lamentable, que je garderai en mémoire et qui assombrira le souvenir de ma première
histoire sérieuse. Goût amer.
C'est une chose d'accepter la fin d'un amour. Je crois avoir accepté la fin du nôtre. C'est une autre affaire, bien plus minutieuse, qui
demande bien plus de patience, que de se reconstruire, que de retrouver la foi en soi après une séparation silencieuse. Cette rupture sans cri, sans mot, sans explication, m'a juste laissé
le droit de la fermer, larguée dans tous les sens du terme. Nous avons cessé d'exister l'un pour l'autre, brutalement. J'ai tout jeté, supprimé adresse et numéro de téléphone, effacé toutes les
photographies, déchiré toutes les lettres, donné les vieilles peluches. J'ai tout fait pour oublier. Je ne sais pas ce qu'il fait, je ne sais pas où il est... Je sais juste que si je le
croisais dans la rue, je l'ignorerais.
Tous les jours, depuis ce fameux mercredi après-midi, je vis avec l'idée que je ne vaux même pas une explication. Que je ne vaux même pas une
excuse. Tous les jours, je vis avec l'idée que quelqu'un, qui a partagé ma vie pendant quatre ans, m'a rayée de son existence comme si je n'avais été qu'une vague aventure, un coup d'un
soir. Ooooh, Mirabelle ! Excuse la vulgarité, mais je ne vois que cela pour exprimer l'incompréhension qui m'habite. Il est dur, pour moi, d'accepter de ne pas comprendre, dur de vivre avec l'idée que je ne comprendrai sans doute jamais, dur d'accepter qu'il ait pu, d'un
claquement de doigt, considérer que je ne méritais même pas l'égard d'une explication, même succinte.
Cette histoire n'existe plus que pour moi, de toute façon. Dans ma tête, et seulement dans ma tête. Lui-même n'existe plus que dans mon esprit. Il est toujours là, quelque part, mais je sais que
je ne le reverrai jamais. Et quand bien même l'occasion se présenterait... Tu ferais tout pour l'éviter ? Exactement. Tu vois, hier midi, j'ai réalisé
que j'étais incapable d'entamer une nouvelle relation pour l'instant. Pour plaire à quelqu'un, il faut d'abord se plaire à soi-même et je suis encore loin de ce stade. Avant de
penser à me faire aimer, il faut que je m'aime, moi. Que je parvienne à me regarder dans le miroir sans éprouver de dégoût. Que je me fasse confiance. Que je sois convaincue que si d'autres
ont droit à la famille, au mariage, aux gamins, à la vie à deux, j'y ai droit aussi. Que je ne suis pas moins bien qu'une autre. Et puis surtout, que j'arrête de me voiler la face : il me
faudra encore beaucoup de temps pour me sentir prête.
Tant pis si tout ce que je viens de te dire est d'une banalité à pleurer, tant pis si je ne suis ni la
première ni la dernière à m'être faite jeter avec inélégance. Je lis et entends, très souvent, des histoires semblables à la mienne, des histoires de femmes (et d'hommes, parce que bien sûr, il
n'y a pas que les hommes pour être odieux !) qui se sont fait piétiner sans ménagement. Des histoires d'amour qui commencent avec du rêve, de la tendresse, et se terminent dans les larmes et
l'incompréhension, l'irrespect le plus total. C'est malheureux mais c'est ainsi... Humm... C'est ça aussi, l'Amour, il paraît.
Par Mirabelle
Publié dans : L'Amour toujours
6
Samedi 13 septembre 2008
6
13
/09
/2008
01:23
Mon cher Victor,
Une semaine d'écoulée à l'IME. Ca va ? Tu t'y fais ? Oui. Je m'y fais. Tout doucement. Et ce sentiment de...
D'irréalité ? Est-il toujours présent ? De moins en moins. Tant mieux ! Je m'adapte. Plutôt bien, je trouve. Et je suis plutot satisfaite,
d'un certain point de vue. Parce que finalement, comme le disait Titane dans l'un de ses
commentaires, ces gamins-là, on n'en parle jamais, ou quasiment : je vais pouvoir te raconter tout ça ! Et Dieu sait s'il y a de quoi dire...
A part cette visite dans un IEM, je ne connaissais pas le monde du
handicap. Je me souviens avoir été très secouée, à l'époque. Et très intéressée, aussi, parce que j'avais énormément reçu. Ce jeudi matin, donc, en débarquant dans cet IME (morte de peur, il faut
le dire), j'avais l'impression d'être dans un monde parallèle, dont les codes différaient totalement des miens. On m'a présenté les adultes (psychomotricienne, orthophoniste, psychologue
et bien d'autres), les jeunes, je n'ai que partiellement enregistré les prénoms, on m'a apporté une quantité d'informations incroyable quant au fonctionnement de l'Institut, qui se sont bien sûr,
dans un premier temps, toutes mélangées.
Les éducateurs, les jeunes et moi-même nous sommes réunis autour d'une table. Ils se sont présentés, ou plutôt les adultes m'ont présenté mes futurs élèves, car ces derniers étaient aussi
impressionnés que moi. A ce moment, ils n'étaient encore que des ados qui me faisaient un peu peur, au travers desquels je ne voyais que les mâchoires déformées, la bave au coin de la
bouche, les cris stridents. C'est comme si le mot "handicapé" clignotait follement dans mon esprit, m'empêchant d'aller voir au-delà. J'étais paniquée, effrayée. Envie de fuir mais tout au
fond, bien cachée, l'envie de me battre et de rester.
Aujourd'hui, je les connais. Et comme je compte bien t'en parler régulièrement, autant de te les présenter : il y a un grand dadais du nom d'Eddy, avec de grosses difficultés à
s'exprimer et une peur paralysante devant les apprentissages. Samantha minuscule, déjà formée, à qui j'attribuais, bêtement, l'âge de trois ans alors que l'on m'avait clairement
spécifié, dès le jeudi matin, que l'unité se concentrait sur des jeunes âgés de 13 à 16 ans. Carla, très grande (quel plaisir elle eut, d'ailleurs, à se mesurer à moi !), perdant
souvent l'équilibre, mais désireuse d'apprendre d'après les éducateurs, avec elle aussi, des troubles du langage assez importants. On m'avait parlé de sa motivation dès le premier jour, car
justement, c'est la seule à avoir envie... Il y a Anthony, très curieux, toujours à se mêler des affaires des autres. Annabelle, très très coquette. Pablo, qui hurle des "Où
eeeeeeeeeeeeees-tu ?", avec un sourire béat. Camille, un grand gaillard immense, un peu bourru mais tellement attendrissant. Il y a aussi Dylan, le plus avancé de tous, qui fait des gestes
bizarres mais maîtrise la lecture, ainsi que la technique de la multiplication, l'addition et la soustraction. Il a tenté l'expérience UPI mais, traité comme un bouc émissaire par le reste
de la classe, a finalement intégré l'IME. Et puis il y a Laure, forte tête, meneuse, qui fait ses premiers pas en lecture. Voilà. C'est ma classe. Ce sont mes élèves.
Une semaine que je les connais. Et déjà, je m'aperçois que je ne les perçois plus comme des handicapés. Ce sont des individus, des gamins qui ont (beaucoup) plus de mal que les autres, des
gamins avec des histoires et des mondes bien à eux. Ils me font rire, je leur parle comme je le ferai avec n'importe qui (enfin, un peu plus lentement, peut être, et puis pas avec les mêmes
mots), j'utilise le même humour que d'habitude, ils me respectent, je crois. Ils m'admirent un peu aussi, j'en ai bien peur. Parce que bien qu'ils n'aient pas d'affinité particulière avec
le monde de l'école (c'est plutôt le contraire), même s'ils m'affirment, avec un brin de provocation, que la classe "ça les saoûle" ("mais c'est pas contre toi, hein, Maîtresse, t'inquiète pas
!"), même s'ils traînent des pieds pour atteindre leur matériel, même s'il faut que je les gronde pour qu'ils comprennent enfin qu'on ne se passe pas du cartable et de ses affaires pour
travailler, eh bien, je sais aussi que je représente le savoir, qu'ils me respectent pour ça. Et je leur en suis reconnaissante, parce que je sais que ce n'est pas le cas dans tous les
établissements. Quand je leur demande de se concentrer, ils le font, ou du moins ils essaient. Bien sûr, leurs pathologies (très diverses) font que ce n'est pas toujours possible, mais ils
essaient, vraiment. Et ça, ça compte beaucoup à mes yeux.
Hier matin, nous nous baladions en forêt, le professeur de sport, les jeunes et moi.
"Est-ce que vous regardez les Jeux Paralympiques ?" leur demande le professeur de sport.
Anthony se tourne vers moi : "C'est quoi, Mirabelle, les Jeux Paralympiques ?"
Et là, je ne sais pas ce qui s'est passé. J'ai retenu ma langue juste à temps mais enfin, quand même, j'ai failli lui répondre : "Tu sais, ce sont les Jeux Olympiques pour handicapés, tu sais
ce que ça veut dire, être handicapé ?". J'ai eu envie de rire, soudain, parce que cette phrase malheureuse, que je n'ai finalement pas prononcée, me laisse deviner que le mot "handicapé"
ne clignote plus dans ma tête : c'est le signe que je parviens à voir au-delà. A les voir eux, tout simplement.
Par Mirabelle
Publié dans : Mirabelle, maîtresse T2
3
Samedi 6 septembre 2008
6
06
/09
/2008
01:13
Mon cher Victor,
Alors, ce CE1 ? Tu as mis des projets en place ? Organisé ton année ? Hem... Eh ben quoi ? Qu'est-ce
que j'ai dit ? Je n'ai plus mon CE1, Victor. Quoi ? C'est fini. Mais... Comment cela se
fait ? La classe a fermé. Oh mon dieu ! Que c'est injuste ! Que c'est mal fait ! Que c'est triste ! Je ne te le fais pas
dire. Décidemment, ma pauvre Mirabelle, tu n'as pas de chance en ce moment ! Il faut relativiser : j'ai encore deux jambes, deux bras, un
corps normalement constitué et un cerveau qui fonctionne plutôt bien... C'est ce qui compte ! Tu te retrouves où, du coup ?
Je suis affectée depuis jeudi matin dans un IME, et ce jusqu'à décembre au moins. Un IME ? Institut Médico-Educatif.
C'est pour travailler avec des enfants... ? Tu peux dire le mot, Victor, il n'est pas tabou : c'est pour travailler avec des enfants
handicapés. Aie... Et... Ca va, toi ? Si on veut. Je ne sais pas. Je ne sais plus grand chose en ce moment. Je suis comme
branchée sur "pilote automatique". Comment sont tes élèves ? Ils sont neuf, entre treize et seize ans. Ils sont adorables, mais...
Mais ?
Mais je ne vais pas te jouer la comédie : c'est dur. Samantha a quinze ans et en paraît trois. Elle ne communique que par mots clés, ne sait pas dessiner un bonhomme et ne compte pas au-delà
de quatre. Pablo est autiste et pousse des cris stridents pendant la classe. Je ne comprends pas Carla quand elle me parle. Camille fait trois tête de plus que moi et me regarde avec le regard
doux d'un enfant de MS. C'est sans parler des autres. Je les aime déjà, tous. Mais c'est éprouvant, émotionnellement parlant, de les aimer. Je ne fais plus le même métier.
Je ne travaille pas dans une école. C'est un IME. Je suis épaulée et soutenue par les éducateurs, tout est ouvert, tout le temps. C'est un lieu de vie. C'est presque un monde à part.
C'est un monde à part.
C'est la chose la plus difficile qu'il m'ait été donné de faire. Sans conteste. Je ne sais pas si je tiendrai, mais pour l'instant, je n'ai pas craqué. A peine fléchi. Quand je
quitte l'Institut, que je retrouve ma petite Twingo, mon appartement douillet et mon chat hurlant de faim, je suis encore dans l'autre monde, je me dis que tout ça, ma vie confortable, ce n'est
pas réel. Je suis dans une quatrième dimension. J'y suis toujours. Tout le temps. Ma réalité d'aujourd'hui n'est plus celle d'il y a une semaine. Je vis, je parle, je ris,
mais je me sens si différente. Ces gamins sont là, dans ma tête. Je pense à eux en me levant, je pense à eux en m'endormant, je pense à eux sans cesse. Je ne vais ni bien ni
mal. Je vais. C'est tout.
Par Mirabelle
Publié dans : Mirabelle, maîtresse T2
11
Samedi 30 août 2008
6
30
/08
/2008
18:48
Mon cher Victor,
La voilààààà ! Alors ? On était parti en vacances sans me prévenir ?! C'est bien mon droit quand même ! Excuse-moi... Je pensais que tu tenais suffisamment à moi pour me mettre au courant ! Arrête, Victor : on dirait un
vieil amant jaloux ! Pfff... C'est très drôle, ça, vraiment... Alors que je pourrais être ton arrière-arrière-arrière-arrière-arrière... Stop ! J'ai
compris l'idée principale, merci beaucoup !
Ne tournons pas autour du pot : mardi, c'est la rentrée des classes. Tu vas pouvoir te rendre utile, c'est bien ! Comme tu le sais, j'étais (jusqu'à
très récemment) dans l'incertitude quant à mon sort de T2. Oui... Tu es patrouille, non ? Non, pas patrouille : brigade ! Ca veut dire quoi, brigade ? Ca veut dire que je suis remplaçante, sur des périodes plus longues que... Que quoi ? Cela
ne sert à rien que je continue ma phrase : tu ne vas pas comprendre et après, on ne va pas plus s'en sortir ! Dis quand même ! Tu l'auras voulu... Etre
brigade, c'est donc faire des remplacements plus longs (en théorie) que les ZIL. Ah... Tu vois, tu n'es pas plus avancé ! Et puis si je m'embarque là
dedans, on en a pour la nuit...
Bref. Ce qu'il faut retenir, c'est que je craignais d'être envoyée à l'autre bout du département, ce qui aurait pu se produire. A voir ta mine réjouie, tu as dû
échapper à l'éloignement une fois de plus ! Figure-toi qu'hier matin, j'ai reçu un coup de fil de la maison-mère, l'Inspection Académique. Et
? Et... Et ? Et... Arrête ton petit jeu ! Tu n'es pas rigolo, aujourd'hui... Et j'effectuerai
un remplacement jusqu'au mois d'avril (de quoi me sentir vraiment maîtresse), dans une classe de CE1 (donc, simple niveau !) comptant 21 élèves au bataillon. Ooooh ! Mais dis-moi, il semblerait que tu entres dans une période tout à fait plaisante ! Ne rosis pas ainsi, Mirabelle ! Au fait... Où ça ? A dix minutes à pied de chez moi ! C'est le rêve, alors ! Si ça n'est pas un rêve, on n'en est pas loin tout de même
!
Hier après-midi, je me suis rendue dans cette école le coeur battant, prête pour de nouvelles aventures. C'est une vieille école, comme je les aime. Un ancien pensionnat de filles. Ma
classe est minuscule mais charmante, avec des rangements. J'ai essayé la craie sur le tableau, en souriant. Ca m'avait manqué. J'ai vu ces tables vides, sans le crépitement des trousses, sans
le chuchotis des voix d'enfants. J'ai trié mes fournitures, disposé mon matériel, ces petits bonheurs interdits l'année dernière quand j'avais débarqué, paniquée, une semaine après la rentrée à
l'école de C. J'ai eu le temps de m'interroger sur les casiers, de bouger les meubles, de découvrir les trésors de la BCD... J'ai pris le temps de caresser le bois des grands escaliers
d'un autre temps, du bout des doigts, de m'en imprégner, d'admirer la cloche dodue (et un peu rouillée !) de la cour de récréation...
Et les collègues ? Je n'en ai pour l'instant vu que trois, mais le contact est très bien passé. J'étais comme un poisson dans l'eau, ravie, affairée, motivée. J'ai
couru aux quatre coins de l'école, griffoné des tas de choses, transporté des cartons, feuilleté des livres, mémorisé des clés et des portes. Et puis... J'ai papoté longtemps avec les
collègues ! Oh, je veux bien te croire... Quand tu es lancée, tu es intarrissable ! En résumé, j'étais à fond dedans. C'est le métier
qui rentre, il paraît. Et puis, sans doute, aussi, le plaisir d'être de retour, la bouffée d'air frais que j'attendais, celle qui me détournera de mon petit nombril. L'école, ça m'a manqué.
Etre maîtresse, ça m'a manqué. J'ai ça dans la peau, il faut se rendre à l'évidence.
Par Mirabelle
Publié dans : Mirabelle, maîtresse T2
11
Mercredi 20 août 2008
3
20
/08
/2008
01:49
Mon cher Victor,
Tout à l'heure, alors que j'étais tranquillement à lire le journal, je me touchais machinalement l'annulaire. C'est là que je l'ai regardé. Et... ?
Et je me suis rendu compte que je n'avais plus la marque de ma bague. Plus rien. Quelle bague ? La bague qu'il m'avait offerte pour nos
un an d'amour. Un diamant somptueux. Ah... Tu l'avais retirée ? Evidemment ! Tu ne croyais tout de même pas que j'allais la garder ?! On ne sait jamais ce que font les gens de leurs souvenirs... Non, je ne l'ai pas conservée. Je la lui ai restituée. Dieu seul sait ce qu'il en a fait. De toute
façon, cela ne me concerne plus et j'ai tout détruit de ce qui pouvait me le rappeler. Bref. J'ai regardé mon annulaire. Plus rien. Plus aucune trace. J'avais pourtant longtemps gardé cette
marque. Peu de temps après notre rupture officielle, tandis je le regrettais encore, j'aimais la contempler, j'en souriais presque, en me disant qu'il était encore avec moi. Un
petit peu... Un petit peu seulement... Et puis bien sûr, avec le temps, j'avais arrêté d'y penser, à cette marque. Jusqu'à tout à l'heure. Il n'y a
plus rien.
Je la portais nuit et jour. Depuis cet après-midi où il me l'avait offerte. Nous l'avions choisie ensemble. J'étais surexcitée. J'étais rentrée chez moi sur un petit nuage, en
claironnant que c'était le plus beau cadeau qu'on m'ait jamais offert. J'y tenais tellement, à cette bague. Enfin, pas à la bague en tant que telle, évidemment (car comme tu le vois, je
n'ai pas eu de mal à m'en débarrasser), mais à ce qu'elle représentait : notre amour. En trois ans, je ne l'avais jamais retirée. Elle ne me quittait pas. Dès que je la
regardais, c'était comme si je le voyais lui, et cela me remplissait d'un bonheur dont tu n'as même pas idée. Quand il m'a trahie, je la lui ai rendue. Sans regret. Parce que justement,
cette bague, c'était notre amour, notre amour à nous deux, celui que nous avions l'un pour l'autre. Humiliée, blessée, je m'en suis séparée, parce que cette histoire, finalement, c'était du
pipeau, et avoir ce diamant sous les yeux, c'était comme examiner notre échec, ma déception, chérir quelque chose qui n'était plus de ce monde. C'était surtout remuer le couteau dans la
plaie...
Bref. Il n'y a plus aucune trace de cette bague. Mon doigt est vierge, sans histoire. Comme si ce symbole n'avait pas existé. Ca a donc fini par disparaître, ça aussi. Comme tout le
reste.
Par Mirabelle
Publié dans : L'Amour toujours
6
Grains de sel