XXIeme siecle

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Avant-propos

Cher lecteur,

Exceptionnellement, nous nous adresserons à toi directement : ce site n'est en aucun cas une biographie de Victor Hugo. Alors si tu pensais trouver ici la vie de notre Totor national en long, en large, et en travers, passe ton chemin !

 

Pour bien comprendre les propos de nos deux protagonistes :

1° Des caractères gras de couleur bleue quand Victor s'adresse à Mirabelle

2° Une police des plus classiques quand Mirabelle s'adresse à Victor

 

Sur ce, bonne lecture !

 

Mardi 16 janvier 2007
Mon cher Victor,

Tu m'avais réhabitué à un rythme plus régulier ! Désolé Victor. Mais avec la préparation de mes lundis, j'ai été très occupée, et même avec la meilleure volonté du monde, impossible de venir discuter avec toi... La fatigue l'emportait, et je terminais avachie sur mon lit ! Tu es bien à plaindre...

A propos de plaintes, justement, notre conversation d'aujourd'hui me servira de défouloir ! En ce moment, tu as une fâcheuse tendance à gémir ! Certains lecteurs s'en agacent, tu le sais bien ! Rosa Negra, Sev... Tu vas lasser ton public, Mirabelle ! A ce que je sache, c'est encore moi qui commande, non ? Et si j'ai envie de me plaindre, j'en ai le droit ! Dans ce cas, tu vas perdre tous tes fans ! Qui m'aime me suive, comme on dit... Allez, viens en au fait !

Ce matin, en tutorat, j'ai appris que je serai visitée le 22 Janvier. Mais c'est la semaine prochaine ! Tout à fait.  Ce sera ton premier lundi en responsabilité alors ? Tu m'as dit que tu étais en doublette avec la directrice pour deux lundis... Logiquement, tu devrais faire tes premiers pas lundi prochain, le jour même de ta visite !
Heureusement non. Ma directrice m'a laissée (partiellement) la classe hier. Pourquoi tu ne me l'as pas dit tout de suite ?! Ne t'inquiète pas, je compte y consacrer un article, dès que j'aurai le temps.

Dès lundi prochain, donc, je serai visitée.
Et je dois être en mesure de présenter une programmation jusqu'à la fin de l'année, que je n'ai pas, bien entendue... Une exigence qui est, je trouve, une aberration, étant donné que je "débarque" dans la classe. Un sacré coup de bambou sur la tête. Surtout quand j'ai vu, ce matin, mon amie Sophie arriver littéralement en pleurs en cours de philosophie de l'Education. Qu'avait-elle, la pauvre petite ? Comme tu le sais, sa visite d'aide se tenait hier. Cela ne s'est, apparemment, pas bien passé. Bref... Ca met en condition pour la suite ! Ne te compare pas à elle ! Sophie est une personne et tu en es une autre ! Et vos visiteurs ne seront pas les mêmes ! Oui, tu as raison.

Je me console en me disant que c'est une viside d'AIDE et non de validation. Je citerai, sur ce sujet, mon bien-aimé tuteur (à toi de saisir, Victor, si c'est ironique ou non...) qui m'a conseillé d'"y aller cool", spécifiant qu'il n'était pas là "pour me juger", mais pour "m'aider". Ca m'a quand même permis de souffler un bon coup. Ouf !

Cela n'empêche pas que cette visite est beaucoup trop tôt. Mes repères ne sont pas encore installés. Je donnerai le meilleur de moi-même, cela va sans dire, mais tout peut être parasité à tout moment par des détails de type matériel du genre tiens-je-viens-de-me-rendre-compte-que-je-ne-sais-pas-où-se-range-la-pâte-à-modeler ou où-donc-le-cahier-d'appel-se-cache-t-il. Ce sera donc un lundi de réglage... Ton tuteur en tiendra forcément compte ! Espérons le. Quoi qu'il en soit, attends toi à me ramasser à la petite cuiller si tout n'a pas été conforme à mes attentes ! Je serai prêt à accueillir tes douces larmes sur mon épaule rugueuse...

En plus de cela, ma deuxième visite se tiendra, non, tu ne rêves pas, Victor, dès le 5 Février !!! Et ? Et... Ce sera mon anniversaire ! Autant te dire que si c'est un clin d'oeil du destin, c'est de très mauvais goût...
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Vendredi 19 janvier 2007
Mon cher Victor,

Suite à cet article, où j'exprimerais mes craintes quant à mon stage en responsabilité, je souhaitais t'annoncer une nouvelle souriante, que dis-je, resplendissante, merveilleuse, sensationnelle ! Ahhh ! Tu vas faire des heureux : Sev, par exemple !

Laisse-moi d'abord t'expliquer quelques petites choses. Le stage en responsabilité, qui se tiendra de début mars jusqu'à fin mars, est une vaste loterie. C'est à dire ? C'est à dire que c'est (en partie) le HASARD qui choisit les affectations des stagiaires. Pourquoi "en partie" ? Parce qu'il y a tout de même des priorités : le mémoire. Si le stagiaire a choisi ses lieux de stage en fonction de son mémoire (c'est à dire s'il a besoin d'étudier telle ou telle classe pour élaborer sa réflexion), il est prioritaire. Seule obligation pour les stagiaires : choisir un lieu de stage qui soit différent de celui de leur stage en responsabilité filé.

Alors il te fallait autre chose qu'un... Cycle 1 ! Oui, c'est ce que je voulais dire ! Je ne pouvais donc choisir dans mes voeux que du Cycle 2 et du Cycle 3. J'avais, par conséquent, fait 15 voeux non-hiérarchisés, comme tous mes camarades, parmi ceux les plus proches de mon domiciles et les plus accessibles, puisque ce fichu permis de conduire conditionne tout. Et les lieux ? Un certain nombre étaient "satisfaisants" du point de vue de l'accessibilité, mais j'ai tout de même dû piocher dans les "trous du cul du monde"... Oh !! Mirabelle !! Il n'y a pas d'autre expression !

Je craignais, bien évidemment, que la malchance ne s'abatte sur mon destin déjà fragilisé, imaginant avec horreur l'éventualité de louer quelque chose pendant trois semaines, si par malheur mon lieu de stage était très mal desservi. Un gros souci s'imposa alors dans mon esprit : comment faire pour me procurer des ressources documentaires, indispensables pour monter des séances ? C'est un point préoccupant, en effet...

Bref. Le jour où on m'a fait parvenir les différents lieux de stage, le jour où il a fallu formuler des voeux et que j'ai consulté la carte de mon petit département, j'ai fondu en larmes devant les trous perdus et les écoles au milieu de nulle part. Bref... Viens en à l'essentiel : et ton affectation ??? Ne brûlons pas les étapes !

Ce même jour (le matin, à vrai dire... Et j'aurais mieux fait de commencer par là !), un membre du secrétariat pédagogique de l'IUFM nous explique le fonctionnement concernant les affectations sur les lieux de stage : c'est l'ordinateur qui fait tout, par un procédé appelé "la moulinette" ! Cette moulinette tire au sort entre les différents prétendants, tout est une question de chance... Cependant, on nous avertit d'un risque : celui d'un deuxième tour, certaines affectations n'étant pas attribuées dès le premier ! Tu suis, Victor ? J'essaie, j'essaie...

Alors, on pronostique. On tient compte des mémoires (laquelle de mes copines a demandé tel cycle ? A-t-elle choisi selon son mémoire ?), on élabore des stratégies. Ma copine Sophie, par exemple, craignant d'être au deuxième tour, a ciblé des lieux très éloignés, pensant que personne ne les choisirait. Quant à moi... Bloquée par cette saloperie de permis, je sélectionne les lieux les plus proches de ma petite ville, bien obligée, ceci dit, d'inscrire quelques "trous du cul du monde" pour parvenir à quinze voeux.

Et hier, le grand jour. A midi, la liste des postes est affichée. Et ? Et je n'en crois pas mes yeux : je suis à cinq ou six bornes de chez moi, dans une ville très prisée ! Une ville TRES TRES bien desservie, puisque je n'ai qu'à prendre un bus de ville au bout de ma rue et zou, me voilà à la mairie de la fameuse ville prisée... Mairie elle-même juste en face de l'école ! Tu as le postérieur bordé de nouilles ! Oh oui ! Si on réfléchit bien, je n'ai qu'à : attendre le bus, monter dedans, rêvasser pendant le trajet, descendre, traverser la rue... Et je suis arrivée ! On t'a retiré une sacrée épine du pied !

Inutile de te dire qu'hier soir, on a débouché le champagne ! Mon Mystérieux Inconnu, à l'annonce de la bonne nouvelle, m'a glissé un : "tu vois, ce n'était pas la peine de te gâcher la vie avec ça avant de savoir, tu as eu de la chance !", mais n'ignore pas que ce sera les mêmes jérémiades pour le SR3. Mon papa, quant à lui, est aussi ravi que moi puisqu'il n'aura pas à me servir de chauffeur. Et moi... Moi, je n'ai qu'une chose à dire, en levant ma coupe : Moulinette, je te bénis !
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publié dans : Mirabelle, PE2, maîtresse stagiaire par Mirabelle
Vendredi 19 janvier 2007
Mon cher Victor,

Lundi dernier, j'ai pris la classe en charge. Ce n'était pas prévu pourtant ? Non. Mais ma directrice a été convoquée à l'Inspection l'après-midi même, et m'a proposé, dans la foulée, de faire classe dès le matin, en sa présence, pour "être opérationnelle dès le 22 Janvier". Elle m'a également soufflé l'éventualité de m'observer et de prendre des notes par rapport à mon travail, ce que j'ai accepté sans hésitation, tu penses bien ! Il est bon d'avoir un regard extérieur sur sa pratique !

Je dois dire que dans un premier temps, quand j'ai reçu le mail de ma directrice ("ah, au fait, je suis convoquée à l'IA lundi après-midi, tu devras prendre la classe en charge à ce moment-là.", j'ai été prise d'une crise de panique : quoi ? Lundi, déjà ? Mais c'est trop tôt ! Ce n'était pas prévu comme ça ! Je ne suis pas prête ! Et puis finalement... Finalement, tu t'es dit que de toute façon, il fallait bien que tu te lances un jour ! Voilà !

Alors je me suis lancée ! Après un week-end éreintant (en résumé, j'ai passé mes samedi et dimanche à mon bureau, à bosser fiches de prép et séances...), je suis en piste lundi matin. J'arrive avec une vingtaine de minutes d'avance, histoire de bien repérer le matériel, de prendre mes marques, de préparer mes activités pour la matinée. Une dame de ménage apparaît dans la classe et s'étonne : "tiens, c'est bizarre, Jocelyne n'est pas là, elle doit être malade...". Qui est Jocelyne ? C'est l'ATSEM. Ah... Son absence risquait de te poser problème par rapport à la gestion de la classe ? Là, je me dis "et voilà, évidemment, il faut que ça arrive aujourd'hui...". Je sens la peur, la panique, m'envahir. Mais pas très longtemps, au bout du compte. Parce que je me dis : "bon allez, tu vas faire tes armes ! Tu ne sais pas encore nager, tu es dans le grand bain sans ceinture, mais t'as pas le choix, il faut que tu arrives à te raccrocher au bord sans couler !".

Les enfants sont arrivés peu à peu. J'ai fait l'accueil sans trop m'en rendre compte, assistée par Martine, qui, je te le rappelle, était présente dans la classe et tenait à m'épauler, toute péanalisée que j'étais par l'absence de Jocelyne. C'est gentil de sa part ! Oui. Cette femme est une crème. Je suis vraiment très bien tombée. Bref. Je ne suis pas très à l'aise pour l'accueil. Je suis pourtant près de la porte mais certains parents ne me regardent pas, n'ayant d'yeux que pour Martine. Tu as du mal à t'affirmer en tant que maîtresse du lundi ? Seulement face aux adultes. Car une fois la porte fermée, j'ai puisé en moi pour feindre de l'assurance.

Après accueil et jeux libres, j'ai entamé les rituels, ne pensant que par éclipses à la présence de Martine, sourcils froncés, grattant sur son bloc notes. Je m'emmêle un peu les pinceaux dans les rituels mais il me semble que le courant passe bien avec les petits. Je change de ton aussi souvent que possible, pour garder leur attention. Je distribue les étiquettes de présence, qu'ils vont placer soit "à l'école" soit "à la maison". Nous parlons du calendrier. C'est la souris rouge, celle du lundi. Un enfant va "l'habiller" au tableau, avec son petit maillot rouge. Les quinze minutes de rituels passent à une vitesse HALLUCINANTE et c'est déjà l'heure d'embarquer tout mon petit monde pour la séance de motricité : parcours !

A propos de ce parcours, je ne l'avais en rien préparé, l'organisation à ce sujet étant TRES TRES compliquée. Je ne m'apesantirai pas là-dessus, car il faudrait y consacrer une conversation entière ! Bref. Pour ce parcours, Martine et moi-même menons la séance. J'aide les petiots à sauter des hauteurs minuscules, à passer sur, à passer sous... Je m'aperçois de combien nous sommes leurs référents, à tous ces gosses, leur repère de sécurité, ne serait-ce que quand leur petite menottes craintives serrent la mienne, lorsque je les aide à sauter d'une table à un tapis de sol. La séance est... Sportive. Nous sommes vite débordées car les gosses sont difficiles à contenir. Ca court dans tous les sens, ça se pousse, ça piaille, ça se double, ça se cogne, ça rigole, ça proteste... Bref : c'est un joli bordel ! C'est vivant, disons... Et puis il faut bien qu'ils se dépensent ces petits bouts !

Je prends en charge le retour au calme, que j'improvise complètement. Pour les amener à se rasseoir tranquillement sur le tapis, je leur demande de "faire comme moi", j'agite mes mains genre "les petites marionnettes" et c'est comme si j'avais appuyé sur un bouton. Les gamins me suivent et vont s'asseoir, concentrés sur leurs gestes. Je m'asseois en face d'eux et me mets à parler bas, tout bas... Je leur raconte que des petites souris grises sont en train de courir dans la pièce et qu'il ne faut pas leur faire peur... En même temps, je fais différents gestes : je tapote ma tête, mon menton, mes cuisses... Et ils me suivent ! Ils sont à fond dedans, leurs mirettes ouvertes bien grands, dans un air de fascination ! Waouh ! Je suis trop fière de moi ! Pour une fois... Ca mérite d'être souligné !

C'est ensuite la pause pipi, dix minutes qui s'écoulent rien qu'à relever les petites culottes, fermer les boutons de pantalon, laver les mains, appuyer sur le robinet d'eau... Puis direction la classe et les plus chahuteurs ne résistent pas à l'envie de courir dans le couloir ! Du coup, lundi prochain, ce sera le jeu du petit train, pas le choix ! Une fois dans la classe, je reprends ma place sur la petite chaise de maîtresse, tandis que les enfants s'installent sur les bancs, tout autour du tapis. Et là, je me dis que c'est vraiment moi la maîtresse, aujourd'hui. Il est 10 h 10 et je suis heureuse comme tout...
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Lundi 22 janvier 2007
Mon cher Victor,

Nous sommes lundi, il est quasiment 18h, j'ai un mal de crâne épouvantable et évidemment, je suis complètement crevée ! Une fatigue vicieuse, qui s'abat sur toi quand tout est calme, sans prévenir, quand tu commences tout juste à te détendre... Je me fiche de savoir si tu es fatiguée ou non ! Parce que je m'en doute, tu vois... Une journée lâché au milieu de vingt-cinq gamins, je ne sais pas si j'aurais tenu... Surtout qu'à cet age là, ça braille (et bien dans les aigus), ça court dans tous les sens, ça ne tient pas en place... Pfff... La plaie ! Alors je te trouve bien courageuse, ma pauvre petite fille !!

Mais j'y pense... C'était aujourd'hui ta visite d'aide, comme tu l'avais annoncé dans cet article ? Tout à fait ! Bon. Ce qui me rassure, c'est que tu n'es pas en larmes, tu ne menaces pas de te suicider, tu ne te descends pas en flèches (contrairement à d'autres fois)... Alors j'en déduis que cela s'est bien passé ! Raconte moi tout !

Je suis arrivée très en avance ce matin. 8 h 20 très exactement, alors que les gamins n'arrivent, en général (et au compte-gouttes !) qu'à 8 h 50. Beaucoup de choses à préparer avant la classe. Photocopies et autres. Bref. Je te passe les détails. Mon très cher tuteur m'avait avertie qu'il débarquerait "un peu en avance", ce qui, pour moi, équivalait à cinq minutes. Il s'avéra en fait qu'il se pointa quasiment en même temps que moi, ce qui me rendit "fort dépourvue". Il alla donc faire "un petit tour" dans le quartier. Je te passe les détails et autres stress-de-tout-bien-préparer-avant-l'arrivée-des-enfants, pour en arriver à l'essentiel : ma journée ! Oui, ne nous perdons pas en détails inutiles !

Au programme après les rituels de la matinée : parcours de motricité autour de l'histoire de "Roule Galette", puis découverte du lapin à travers Câline (le lapin de la classe) et son mode d'alimentation et enfin, après la récréation, les fameux ateliers-qui-m'enquiquinent-parce-que-c'est-difficile-à-mettre-en-place autour de Roule-Galette et de la Fête des rois (tralala !). Je ne vais pas, mon cher petit Victor, te décrire minutieusement ma journée, ce serait très très long et cela te ferait bailler. Surtout que ce n'est pas l'essentiel. 
Et c'est quoi, l'essentiel ? L'essentiel, c'est la façon dont j'ai ressenti cette journée. Et les questions qui se posent à mon esprit déjà tourmenté, dans mon identité de "maîtresse".

A la récréation, compte-rendu de ma matinée avec mon tuteur. Selon lui, cela se passe "très bien". Il y a beaucoup de "très bonnes choses" et surtout, "si cela avait été une visite de validation", il m'aurait validée. Youpiii ! Voilà qui a dû te mettre du baume au coeur ! Oui, bien sûr. Mais il y a tout de même quelques bémols, que je t'exposerai plus tard. Bien évidemment... Cela m'aurait étonné de ta part ! Il a trouvé mes fiches de prép' carrées et sérieuses. "Encore heureux," me suis-je dit,"J'ai quand même passé tout le week end là dessus...". Qu'il n'y avait aucun souci quant à la préparation matérielle de ma journée, que tout était calculé, que c'était un avantage pour le timing mais que... Mais que ? Mais qu'il ne "fallait pas que je m'enferme dans un cadre trop rigide", qu'il fallait que "je me laisse parfois aller à l'adaptation". L'adaptation, l'adaptation... Ce n'est pas évident quand on débute ! Et j'imagine que beaucoup préparer, cela rassure ! C'est exactement ce que je lui ai dit.

Et que t'a-t-il dit d'autre ? Plein de choses. Que je variais très bien mon ton de voix, en adaptant au type de situation. Tout en soulignant que parfois, j'avais tendance à leur parler "bébé". Ah bon ? Apparemment, oui. Ca m'embête, d'ailleurs, car j'ai toujours pensé qu'on peut parler normalement aux enfants et loin de moi l'envie de leur causer comme à des "bébés à leurs mamans". C'est donc quelque chose que je vais tâcher de corriger... Et quoi d'autre ? Que j'avais une légère tendance à "vouloir faire à la place des enfants". J'avais anticipé ce reproche, car je me le suis fait à moi-même au cours de la matinée. Tout obsédée que j'étais par le timing... Timing qu'il a d'ailleurs jugé "maîtrisé". Et quoi d'autre ? Euh... Attends... J'essaie de me souvenir... Il m'a parlé de l'ATSEM, aussi, mais je pense y consacrer un article entier car cela éveille de nombreux questionnements quant à ma place d'enseignante dans une classe...

Bon, bon, eh bien tout ça m'a l'air fort bien ! J'espère avoir plus de détails un de ces jours ! J'ai une anecdote assez drôle à te raconter à propos du lapin, d'ailleurs. Laquelle ? Je te la raconterai une autre fois. Oh, allez, dis-la maintenant, ça ne coûte rien ! Tu peux attendre un peu, Victor ! C'est fou, ça, quand même ! Tu es pareil que mes petits, toi ! Il faut apprendre à différer, Victor ! A dif-fé-rer !
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publié dans : Mirabelle, PE2, maîtresse stagiaire par Mirabelle
Mercredi 24 janvier 2007
Mon cher Victor,

Puisque c'est Plum' qui le demande, je me plie à un exercice ô combien difficile : me révéler en cinq points, et en inédit, blogosphériquement parlant. Voilà bien dix minutes que mes doigts cherchent la vérité sur le clavier... Car il me semble avoir déjà tout dit sur moi par l'intermédiaire de mon blog. Ou plutôt... D'avoir tout dit sur Mirabelle, mais pas sur celle qui se cache derrière le personnage stéréotypé de jeune femme angoissée-et-chiante, pas sur l'auteur de ce blog. Pas sur celle que je suis dans la réalité. Alors voici, en toute sincérité, cinq choses qui en disent long sur moi, cinq choses révélatrices et personnelles, en pleine lumière, au grand jour de la blogosphère...

1)  J'ai été marquée par un drame, qui ne m'a pas touchée directement, mais qui m'a secouée, et fragilisée. Quand j'étais petite, vers l'âge de sept ou huit ans, un petit garçon avec qui j'entretenais une amitié très forte a perdu son papa. Il s'était suicidé. J'aimais beaucoup son papa. Il ressemblait à Michel Berger. Il avait disparu, d'abord, et nous avons été sans nouvelles de lui pendant une semaine. Alors, A. et moi avons décidé de mener une enquête et de retrouver son papa. Nous y croyions très fort. Nous avions élaboré tout un plan, que nous n'avons jamais mis à exécution, bien entendu. Et puis la police a retrouvé son papa. Il s'était noyé. Dans ma tête de petite fille, j'ai imaginé la scène. Michel Berger avançant peu à peu dans la mer. Qui s'y enfonce. Qui disparaît. Cette image, je la revois, régulièrement. J'entends encore également dans ma tête la voix de A., une voix entrecoupée de sanglots, la nuit, quand j'allais coucher chez lui. Il croyait que je dormais... Et moi, j'étais paralysée dans mon lit. Terrorisée. Bouleversée. Ce drame m'a perturbée. Peu de temps après, la mort est devenue comme une obsession pour moi. Une terrible obsession. Tout s'est enchaîné. J'ai eu peur de la drogue, du Sida... Tout ce qui pouvait être dangereux. Ca a été une période très difficile, où je ne faisais plus confiance à personne, où j'avais peur de tout et de tout le monde. A la frontière de la folie. J'ai heureusement pu parler avec mon pédiatre, un homme fantastique, qui a su trouver les mots et me rassurer. Et la vie a repris son cours... Tout doucement, à petits pas...

2)  Ma scolarité d'élève "modèle et brillante" a failli être entachée d'un avertissement en classe de cinquième. A cause du cross de fin d'année du collège. Ce jour-là, peu soucieuse du résultat final, j'avais porté peu d'attention au circuit, qui consistait à parcourir deux tours du quartier environnant le collège, l'arrivée étant matérialisée par des barrières à l'entrée du gymnase. Il me faut préciser, pour témoigner de ma bonne foi, qu'il nous fallait passer devant le gymnase à chaque tour. Or, j'étais, avec ma meilleure amie de l'époque, peu encline à fournir un effort continu, et désireuse de "passer du bon temps". Ce désir se concrétisa par une attitude quelque peu désinvolte : Camille et moi-même avons marché tout le long du parcours en papotant et en riant comme deux gamines que nous étions, et SANS MEME faire attention au parcours. Au bout d'un tour, donc, nous parvenons au gymnase et sans nous poser de questions, nous présentons à l'arrivée. Quelle ne fut pas notre surprise en entendant un professeur, chargé de l'accueil des participants, s'exclamer : "Premières des filles !". Je vous laisse imaginer nos yeux ronds devant un tel résultat, nous qui avions passé nos séances d'entraînement à expérimenter différents stratagèmes pour nous arrêter : refaire son lacet, faire semblant de se faire mal à la cheville... J'en passe et des meilleures ! Nous n'avions, tout bonnement, fait qu'un tour, et nous fûmes accusées d'avoir triché. C'était faux, bien sûr, mais l'affaire alla très loin : on nous menaça d'un avertissement et je récoltai la pire note de toute ma vie en EPS... Un 4/20 en course longue ! Moi qui étais toujours bien vue par tous mes enseignants, je voyais mon monde s'écrouler, et ma première réaction fut de fondre en larmes. Réaction qui, d'ailleurs, provoqua l'hilarité de Camille, qui se fichait comme de sa dernière chaussette de ce 4/20. Depuis, cette anecdote est devenu un excellent souvenir. Je nous revois riant et discutant sans nous préoccuper du chemin à parcourir, je ressens encore cette bonne humeur, cette amitié, et cette chute si spectaculaire, si innatendue ! Rien qu'en l'écrivant, j'ai le sourire...

3)  Je suis née avec deux "trous", sur chaque oreille, au niveau du cartilage. Du coup, on m'interroge souvent sur le pourquoi du comment je-ne-mets-pas-de-boucle-d'oreille-à-ce-niveau-là-si-je-suis-piercée. C'est ensuite un vrai bonheur que d'expliquer à mes interlocuteurs qu'effectivement, j'ai un trou sur le cartilage de chaque oreille, mais que ce ne sont pas vraiment des trous vu-qu'en-fait-ces-trous-ne-sont-qu'en-surface et que je suis née ainsi. J'aime constater combien les gens sont effarés par une différence aussi minime. Ca m'amuse...

4)  Une étoile fluorescente est collée au plafond de ma chambre. J'imagine alors que le noir de ma chambre est un ciel immense et cette étoile MA bonne étoile, qui veille sur moi. Une idée qui me rassure et me permet de partir tout doucement, en sécurité, au pays des rêves... Vous trouvez ça gamin ? Je suis prête à parier que beaucoup de gens sont, comme moi, angoissés à l'idée du sommeil... Vont-il se réveiller le lendemain matin ? Leur coeur va-t-il s'arrêter de battre pendant la nuit ? Cette idée de "plus rien" me fait peur, et je suis certaine que beaucoup, sans l'avouer, trouvent des petits trucs pour se laisser plus volontiers emporter par le sommeil...

5)  Le bonheur. La vérité, c'est que je ne sais ce que c'est que le bonheur. Je n'ai pas cette sérénité que certains affichent, je ne sais pas "prendre les choses comme elles viennent", je ne sais pas "vivre au jour le jour", sans me poser de questions. Je suis exigente avec tout, avec tout le monde. Certains diront "intransigeante". Le bonheur et l'exigence, voilà un couple qui me semble contradictoire. Ca fait des années qu'il m'enquiquine ce couple ! Des années que j'"essaie" d'être heureuse sans y parvenir, avec pourtant, sur le papier "tout ce qu'il faut pour réussir". Le bonheur, je ne l'ai jamais qu'en idéal, pas en réalité. Parce que l'Amour est décevant, que l'Amitié est decevante... Parce que MOI je suis décevante.


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publié dans : Mystérieuse blogosphère par Mirabelle

Un mot au vol ?

Opinion


Et si vous nous faisiez part de votre opinion ?


Victor mène l'enquête.

Parce que Mirabelle se le demande !




personnes ont écouté la conversation entre Mirabelle et Victor depuis leur rencontre.


Aujourd'hui, à :

il y a 3 personne(s) qui papote(nt) avec Mirabelle et Victor.


La requête de Victor :

  • Parce que Mirabelle et moi-même aimons beaucoup de gens... Allez donc jeter un coup d'oeil à notre tour de tables !


Nos recommandations :

  • Un clic et vous y êtes... Si vous souhaitez quelques conseils pour guider votre lecture, bien entendu !


Lexique IUFMesque à l'usage des non-initiés :

  • Mirabelle, dans son infinie bonté, a daigné me proposer (ainsi qu'à toi, ô lecteur non affilié à l'Education Nationale !) un lexique de rattrapage, sensé me donner les repères indispensables à la compréhension de deux rubriques.


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