XXIeme siecle

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Avant-propos

Cher lecteur,

Exceptionnellement, nous nous adresserons à toi directement : ce site n'est en aucun cas une biographie de Victor Hugo. Alors si tu pensais trouver ici la vie de notre Totor national en long, en large, et en travers, passe ton chemin !

 

Pour bien comprendre les propos de nos deux protagonistes :

1° Des caractères gras de couleur bleue quand Victor s'adresse à Mirabelle

2° Une police des plus classiques quand Mirabelle s'adresse à Victor

 

Sur ce, bonne lecture !

 

Mercredi 26 septembre 2007
Mon cher Victor,

J'ai reçu hier soir, de nouvelles photographies de cette merveille. Ooooh ! Je récupère la bête le 7 octobre. Je piaffe d'impatience... D'autant plus qu'il paraît que la demoiselle est très gentille, et surtout douce et en demande d'attention ! Ca promet de belles parties de câlins, tout ça...

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Les deux photos précédentes représentent, comme tu l'auras compris bien sûr, Nougatine et ses frères et soeurs. Qu'ils ont changé, tous ! Eh oui... Ils ont désormais deux mois et sont quasiment prêts à quitter le giron de leur maman ! Le petit roux est magnifique... Quelles grandes oreilles il a ! Oui, d'accord, mais enfin, nous sommes bien d'accord sur le fait que c'est Nougatine la plus belle, n'est-ce pas ? Tout à fait, tout à fait... Je n'oserais te contredire là-dessus !

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publié dans : Les galipettes de Nougatine par Mirabelle
Jeudi 27 septembre 2007
Mon cher Victor, dormirenvie.jpg
Il paraît qu'il faut que je travaille plus. Que nous, enseignants, nous investissions plus. Il paraît que je serais récompensée pour mon travail si j'y mets du mien. Oui. Il paraît.

Bon. Le pire, c'est que j'y mets DEJA du mien. Le pire, c'est que je n'ai pas de week-end, que je délaisse mon Mystérieux Inconnu. Que je n'ai pas le temps d'aller m'acheter de nouvelles chaussures et que je traîne encore dans mes Converse trouées. Que je n'ai toujours pas été chercher mes nouvelles lunettes.

Le pire, c'est que j'y mets du mien. Vraiment. L'Ecole est partout. Partout dans ma tête. Elle ne me quitte pas. Elle me suit. La nuit, le jour. Quand je dors. Quand je rêve. Quand je rêve que je suis en classe. Que je m'endors devant les gosses. Quand je minute chacun de mes rares moments de loisirs. Quand je dis à mon Mystérieux Inconnu que "Non, je ne peux pas regarder ce film là ce soir parce qu'il fait 3 h 20 et sinon je serais crevée demain matin et je ne pourrais pas bosser correctement.".

Le pire, c'est que je m'investis. Que je bosse. Encore. Toujours. Il me semble n'être qu'une machine à bosser. Le pire, c'est que je m'investis. Vraiment. Beaucoup. Cela ne fait pas de moi quelqu'un d'efficace, bien sûr. On pourra toujours faire mieux que moi. Mais... Pas beaucoup plus. Le pire, c'est que les journées n'ont que vingt-quatre heures, que les journées filent à une vitesse étourdissante, que je rame, je rame, je rame, je rame.

Le pire, c'est que je me mets des limites, du mieux que je peux. Couchée à 23 h au plus tard tous les soirs. Levée 6 h 20. A 7 h 32 dans le Bus Vert où je griffonne, fébrilement, mon programme du jour sur une feuille volante. Le pire, c'est que je suis crevée, quand même, malgré ces limites. Que je bute sur les mots devant les gosses. Ou même, que je les cherche. Le pire, c'est qu'ils sont tellement mignons qu'ils font semblant de ne pas remarquer. Le pire, c'est quand j'oublie de dire que quand-je-prends-la-craie-bleue-vous-vous-prenez-du-noir et que Grégory s'exclame : "Ben fallait le dire, maîtreeeeeeeeesse !". Le pire, c'est d'être obligée de le remettre à sa place alors que je suis tout à fait d'accord avec lui. Le pire, c'est d'avoir trois minutes de flottement où on a envie de quitter la classe et d'aller pleurer un bon coup, comme ça. Parce qu'on est crevé. Qu'on se dit qu'on est la pire maîtresse qui soit pour les élèves les plus mignons qui soient. Qu'on n'est pas à la hauteur d'un si bon poste, alors que d'autres galèrent avec des classes autrement plus difficiles que la mienne.

Le pire, c'est d'aligner les jours en faisant toujours la même constatation : je ne m'améliore pas. Me dire que ce que je fais, c'est de la m***e. Que tout n'est que de l'impro, des exercices mis bout à bout, sans cohérence. Sans rien. Sans rien. Le pire, c'est de culpabiliser. Se dire qu'on ne PEUT PAS faire comme ça. Mais aussi qu'on ne PEUT PAS faire autrement. Parce que les yeux me piquent trop à 23 h et que mes paupières sont toujours lourdes à 6 h 20. Parce que je me sens déjà débordée en arrivant à l'école le matin, qu'il faut sans arrêt ranger la classe, trouver le créneau le plus propice à la photocopieuse, courir après les bouquins, aider les mômes à la récré, écrire le prochain exercice au tableau pour gagner du temps.

Le pire, c'est d'entendre, tous les soirs, la collègue de la classe d'à côté, charmante au demeurant, me dire, tous les soirs, que ce métier est un métier usant, crevant, ingrat. Le pire c'est de la voir quasiment en larmes, elle qui prend sa retraite à la fin de l'année. Et de l'entendre me dire que ce n'est pas pour me dégoûter, mais enfin, quand même... Elle plaint les jeunes ! Le pire, c'est de penser, tandis que je lui souris : "Pourvu que je n'en sorte pas brisée comme elle !".

Le pire, c'est d'avoir la réunion de parents demain. D'ouvrir une classe presque vide. De montrer des cahiers pas encore très fournis, voire carrément inexistants. D'évoquer des manuels que je n'ai pas encore. De faire de l'à peu-près. De jouer la comédie de la maîtresse qui maîtrise tout alors que je ne suis qu'une gamine qui ne maîtrise rien. Le pire, c'est de constater, alors que je suis en passe de terminer cet article, que je ne suis pas la seule à être seule. Qu'on est des tas. Que ceux qui viendront après nous connaîtront la même galère. Et qu'à côté de ça, on continuera à dire que les instits' ne foutent rien. Qu'à côté de ça, on nous demandera de caser d'autres heures de ci ou de ça. Qu'à côté de ça, on décrétera que l'EPS et les Arts Plastiques deviendront une priorité nationale. Alors que mes élèves ne savent pas conjuguer le verbe "être" au présent correctement.

Le pire, c'est de se dire qu'on devient lasse et amère dès sa T1.
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publié dans : Mirabelle, maîtresse T1 par Mirabelle
Samedi 29 septembre 2007
Mon cher Victor, r--unionparents.gif

Ca y est. Elle est passée. Elle est ENFIN passée. Quoi donc ? Ma réunion de rentrée, pardi ! Ah oui... C'est la réunion où tu exposes ta façon de travail, le matériel de la classe, ton système de notation et tout le reste ? Oui. Mon dieu... Mais comment as-tu fait, ma pauvre enfant ? Tu étais si démunie avant-hier ! Comme qui dirait que j'ai dû me faire violence... Allez, allez, raconte tout ça au vieux Victor !

Comme tu peux t'en douter, à partir du moment où j'ai fait coller le petit mot d'information dans le cahier de liaison, je n'ai plus pensé qu'à ça. Vraiment. J'en rêvais la nuit. C'est tout toi, ça... Bref. Inutile de te dire que vendredi soir, entre 16 h 30 et 18 h, je ne faisais pas ma fière. Plus de salive. Des jambes en coton-tige. Une préparation que je ne parviens plus relire... Je range la classe en quatrième vitesse, ajoute des chaises, inspecte la disposition des classeurs dans l'armoire et... Et tu ouvres la porte ! Eh bien non, en fait, je n'ai pas eu besoin de l'ouvrir. Il était 17 h 55 et il pleuvait à seaux. Des parents sont donc entrés dans la classe, trempés comme des soupes. J'ai dit bonjour, montré aux géniteurs la place de leur progéniture, tenté de faire quelques petites plaisanteries mais je ne sens qu'une chose, une seule, une chose que les parents sentent tout comme moi : MA CRISPATION. Mon sourire est forcé. Je me sens raide. Les adultes arrivent au compte-goutte suivis par certains de mes élèves avec lesquels je me sens, bien sûr, nettement plus à l'aise.

A 18 h 05, je tente un timide : "Je vous propose de commencer, il est l'heure passée de cinq minutes.". Je ne sais pas si je fais bien. Je ne sais pas si je fais mal. Je ne sais rien du tout. C'est ma première réunion de parents. Je ne sais pas ce qu'il faut dire. Je ne sais pas ce qu'il faut faire. Je ne sais rien. Je repense à la phrase d'une collègue : "Une réunion de parents ratée peut te foutre ton année en l'air". Mirabelle ! Ne jamais penser à ça quand on entre dans l'arène, enfin ! Oui, ben, t'es bien gentil, Victor, mais ça ne se commande pas ! Que tu dis... Bref. Je commence à parler. J'ai besoin de mon papier. Je ne parviens pas un sourire. J'ai l'air trop sévère... Voilà ce que je me dis les cinq premières minutes. Et les cinq suivantes ?

Les cinq suivantes, je donne dans le genre paranoïaque. J'ai l'impression que les parents me lancent de drôles de regards. Goguenards, moqueurs, amusés, suspicieux. Je les regarde un à un et crains leurs jugements. Mais c'est toi la maîtresse de cette classe, Mirabelle ! Je sais. C'est plus fort que moi. Je parle, je parle, je parle. Peu à peu, la salive revient. J'ai peur de dire des bêtises : j'ai de moins en moins besoin de mon papier, je fais des gestes, je me décrispe. Eh bien voilà... C'est le métier qui rentre ! Si peu, si peu... Enfin. J'avais tout de même un semblant d'organisation, ayant écrit au tableau les points principaux abordés lors de cette réunion. J'ai montré rapidement les manuels, priant pour qu'on ne pose pas trop de questions sur eux : il aurait été trop terre-à-terre d'avouer "j'ai pris ceux-là parce qu'ils étaient dans l'école". Soupir.

Et finalement, la phrase qui redonne du souffle : "Vous avez des questions ?". Non. Personne n'a de questions. J'insiste, j'insiste. Et puis finalement un doigt se lève. Et puis deux. Et puis trois. Et puis quatre. Je ne sais plus combien. J'ai eu aussi des critiques (pour un parent je donne trop de devoirs, pour un autre, c'est "peu par rapport à l'enseignante de l'année dernière"). Une maman déplore que "Claudie n'ait pas eu ses affaires dans le cartable pour faire ses devoirs lundi soir", sous-entendu pourquoi-n'avez-vous-pas-vérifié-les-cartables. Bon. Je me retiens de dire que s'il fallait vérifier tous les cartables, je m'y prendrais dès 15 h 30 l'après-midi ! Et puis après tout, ils sont en CE2... Pas en CP ! Bref. A la fin de la réunion, des parents viennent prendre des nouvelles de leurs enfants. Je me sens nettement plus à l'aise quand il s'agit d'un face-à-face. Plus détendue. Plus souriante. Plus nuancée dans mes propos. Je propose à la maman du petit Hector, qui s'ennuie profondément depuis trois semaines, de lui donner du travail niveau fin-CM1. Je rassure celle du petit Grégory, qui a sauté son CE2 et qui suit parfaitement en CM1. J'explique le cas de la bavarde Lena à la mère de cette dernière, pour qui le caractère piapiateur de sa fille n'est pas une révélation.

Puis on me dit "Au revoir Madame, bonne soirée" et à 19 h 10, il n'y a plus personne. J'ai fait ma première réunion de rentrée. Elle ne s'est ni bien ni mal passée. Elle s'est passée. Elle est passée.
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publié dans : Mirabelle, maîtresse T1 par Mirabelle

Un mot au vol ?

Opinion


Et si vous nous faisiez part de votre opinion ?


Victor mène l'enquête.

Parce que Mirabelle se le demande !




personnes ont écouté la conversation entre Mirabelle et Victor depuis leur rencontre.


Aujourd'hui, à :

il y a 2 personne(s) qui papote(nt) avec Mirabelle et Victor.


La requête de Victor :

  • Parce que Mirabelle et moi-même aimons beaucoup de gens... Allez donc jeter un coup d'oeil à notre tour de tables !


Nos recommandations :

  • Un clic et vous y êtes... Si vous souhaitez quelques conseils pour guider votre lecture, bien entendu !


Lexique IUFMesque à l'usage des non-initiés :

  • Mirabelle, dans son infinie bonté, a daigné me proposer (ainsi qu'à toi, ô lecteur non affilié à l'Education Nationale !) un lexique de rattrapage, sensé me donner les repères indispensables à la compréhension de deux rubriques.


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