Lundi 27 novembre 2006
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Mon cher Victor,
Mon retour en France se rapproche. Youpiii ! Te souviens-tu de la date exacte ? Le 16 Decembre ! Bravo ! Tu n'as pas l'air ravie de revenir ! Si, je le suis. L'idee de retrouver mon Mysterieux Inconnu, ma mere, mon pere, ma petite soeur me comble de joie. Mais... Je laisserai un peu de moi ici, en Angleterre. Et ce que tu avais laisse chez toi, en partant, tu y penses ? Je n'ai rien laisse chez moi. Tout est parti avec moi. Chez moi... Chez moi m'evoque tellement de choses.
Chez moi, il y a une petite maison. Une allee menant a la terrasse. Une boite aux lettres tout abimee, dont le volet a ete confectionne a la main et scie de travers. On la ferme avec un clou. Je l'aime bien cette boite aux lettres. C'est chez moi. De la bricole authentique. Chaleureuse et authentique. Chez moi, en traversant le jardin par la petite allee, on peut voir deux fenetres. Celle de droite est celle d'une chambre. Une chambre que je connais bien. C'est la mienne.
Chez moi, si on contourne le jardin par l'arriere, on debouche sur une petite cour. Une petit cour pleine de graviers, pas entretenue du tout avec des cabanons atroces. Mais je l'aime bien, cette petite cour. Il y aussi un noisetier, dont on ne ramasse jamais les noisettes. Et un fil, pour etendre le linge. Les pinces finissent toujours par terre et on les oublie. C'est chez moi.
Par cette petit cour, on peut acceder a la "verriere", un mot bien pretentieux pour cet amas de toles. Certaines fenetres sont cassees. On a tente de les reparer avec du scotch. Cette verriere est un veritable debarras. Un joyeux debarras. Chaussures, outils, sacs en tous genres... Toiles d'araignees, aussi. Mais je l'aime bien, cette verriere. C'est chez moi.
En montant les escaliers, on arrive dans la cuisine. Une belle cuisine. Vraiment belle. Toute neuve. Qui a attendu vingt longues annees avant d'etre refaite. Une belle cuisine avec du carrelage blanc et quelques touches d'orange, par ci par la. Une vieille radio sur le frigo. Une corbeille de fruits sur la paillasse. Dans les placards, des tasses. Ma tasse, parmi tant d'autres. Sur les murs, des broderies. Il y a toujours un peu de miettes et des couverts pas ranges. De la vaisselle s'amasse dans l'evier. Je l'aime bien, cette cuisine. C'est chez moi.
La porte de la cuisine donne sur le salon. Un grand salon. De la frisette au mur. Un canape chocolat. Un vieux tapis. Une table. Un buffet griffe, raye, use, qui a vecu et qui vit toujours. Une immense bibliotheque avec plein de livres. Un fauteuil contre la fenetre, d'ou on voit les oiseaux papillonnant dans le jardin. Juste a cote de la fenetre, qui ressemble a une baie vitree, un panier rempli de journaux. Des journaux vieux de plusieurs mois, parce qu'on prend toujours beaucoup de retard dans nos lectures. On s'assoit sur le canape avec ma soeur. Ma mere prend toujours le fauteuil pres de la fenetre. On boit notre the tranquillement, en discutant. Je l'aime bien, ce salon. C'est chez moi.
A l'etage, premiere porte en face, le bureau. Un bureau debarras, la encore. Il y a l'ordinateur et tous les documents pedagogiques de mon pere. Il corrige ses copies et prepare ses cours sur le peu de place qui lui reste, a cote de la machine. Dans ce bureau, il y a des papiers partout, des cederoms dans tous les sens et des peluches dans lesquelles on shoote parfois, quand on entre. Quand mon pere travaille et que quelqu'un veut faire de l'ordinateur, on se dispute toujours pour savoir qui aura le fauteuil en cuir tout neuf et pas le vieux tabouret dechire de partout. Chez moi, ca devient comme un jeu. J'aime bien ce bureau. C'est chez moi.
Chez moi, c'est vrai. Chez moi, c'est le bordel. Chez moi, c'est vivant.
En ecrivant cet article, en menant cette conversation (ou plutot "ce monologue", j'en conviens), tout m'apparait plus precis. Ecrire ravive la memoire. Et en ecrivant ces lignes, l'appel se fait plus pressant. En ecrivant ces lignes, je veux revenir la ou je suis nee. La ou j'appartiens. En ecrivant ces lignes, je veux rentrer la-bas. Chez moi.
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Publié dans : Une famille formidable
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Par Mirabelle
Dimanche 1 avril 2007
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13:18
Mon cher Victor,
T'es comme ta mère, me dit-on. Tantôt, on me le dit avec un sourire attendri. Tantôt, on me le dit en fronçant les sourcils, et avec un ton quasiment désespéré.
Cet après-midi, quand il m'a dit "T'es pareille que ta mère, de toute façon...", j'ai bien vu que ce n'était pas un compliment.
Telle mère telle fille. C'est ce qu'on dit. Ma mère est une grande angoissée. Une grande impulsive. Je suis une grande angoissée et une grande impulsive. Ma mère sort de ses gonds et balance ses chaussures dans l'entrée, sous les yeux médusés de son presque-gendre et je sais que j'aurais pu faire la même chose. "T'es pareille que ta mère, de toute façon...". Ca me fait penser aux bandes dessinées de Claire Brétécher. Les scènes de ménage entre conjoints. On comprend, à demi-mots, que l'homme ne supporte pas sa belle-maman. Et puis c'est devenu de plus en plus à la mode, de ne pas supporter sa belle-maman... Genre "Un gars une fille". Loulou qui critique la belle-mère et Chouchou qui lance des flammes : "Touche pas à ma mère !". Ca fait marrer la galerie, ça. Sauf que c'est moins drôle quand ça vous arrive à vous...
T'es pareille que ta mère, de toute façon... Est-on prisonnier de sa famille ? C'est une question que je me pose assez régulièrement. Si je suis telle que je suis aujourd'hui, c'est sans doute le fruit de mon éducation, le fruit de deux caractères, celui de mon père et de ma mère (logique...) qui m'ont plus ou moins influencée. Et de manière plus ou moins égalitaire... Ma mère est littéraire, je le suis aussi. Ma mère n'est pas sportive, je ne le suis pas non plus. Ma mère s'énerve pour rien, c'est mon cas aussi. Tirez en les conclusions que vous voulez...
T'es pareille que ta mère, de toute façon... Ma mère est généreuse. Battante. Entêtée. Idéaliste. Ma mère, quand elle aime, elle aime pour de vrai, et elle s'accroche. Ma mère, c'est une passionnée, une gourmande, une maladroite au grand coeur. Alors bon. Elle balance peut être ses chaussures dans le salon, gueule tout ce qu'elle peut, et ce sous le regard novice de son presque-gendre.
Mais bon. On a la mère qu'on a. On a la famille qu'on a. On ne choisit pas. Alors, vogue la galère... Et laissons pisser. Tu parles d'une conclusion !
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Publié dans : Une famille formidable
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Par Mirabelle
Samedi 21 avril 2007
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/2007
18:29
Mon cher Victor,
Les adultes, dit-on, sont de grands enfants. C'est ce qu'on dit ! J'en ai eu la preuve hier matin, au coeur de
mon petit foyer. Ma maman et mon papa ignorent encore pour quel candidat ils voteront demain. Tous aux uuuurnes ! Tous aux uuuurnes ! Tous aux uuuuurnes ! Tous aux
uuuuuurnes ! Merci Victor, je crois que le message est bien passé.
Hier matin, donc, j'étais tranquillement dans le salon à lire le journal quand j'entendis ma mère pouffer de rire (c'est bien le mot). Mon père, de nature pourtant
pas très causante, et encore moins rieuse, s'esclaffait franchement. Intriguée par ce tapage, je les rejoignis dans la verrière et les découvris complètement morts de rire. Quoi de si hilarant ? Mon père avait dans la main tous les bulletins des candidats et ma mère tirait au sort. Ils
ne savent pas encore pour qui ils vont voter ? Non. Et, d'esprit léger en cette matinée, ils se disaient que, peut être, c'était là la solution : tirer au sort !
Ca s'amuse, ça s'amuse... Bref. Ils étaient pliés de rire. Et quel candidat avait pioché ta maman ?
Nicolas Sarkozy. Ca ne m'aurait pas fait rire à sa place ! La bave du crapaud n'atteint pas la blanche colombe...
Ce fut ensuite le tour de mon père, qui tira François Bayrou. Visiblement pas lassés pour deux sous de leur petit jeu (mais tu les aurais vu, Victor, c'étaient deux gamins !), ils me proposèrent
de m'y mettre aussi. Je m'exécutai, rien que pour le plaisir de les voir rigoler en se tenant les côtes. Et qui as-tu tiré ?
Ségolène Royal. Ah. Oui : Ah.
Bon. C'était très intéressant, cette petite anecdote, Mirabelle ! Ne te fiche pas de moi, Victor, s'il te plaît. J'ai passé quatre heures à rédiger
mon mémoire (qui est, d'ailleurs, encore loin d'être bouclé...) et j'ai la tête qui fume. C'est la seule conversation dont je sois capable aujourd'hui !
Un dernier mot, Mirabelle, avant de bailler devant ton thé ?
Oui. A nos lecteurs : allez voter demain.
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Publié dans : Une famille formidable
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Par Mirabelle
Mercredi 30 janvier 2008
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01:45
Mon cher Victor,
Il a suffi d'un coup de fil, d'un seul, pour que toutes mes défenses tombent. Ce n'est pas vrai ?! Il t'a rappelée ? Il ne manque pas de culot, celui-la
! Non, il ne m'a pas appelée. Je suis sans nouvelle et ne cherche pas à en avoir. Qui alors ? Mon ex belle-mère. Ah...
Elle a obtenu son BTS et voulait m'en informer, tout en me remerciant pour la carte de voeux que je leur ai envoyée, à son mari et elle, pour la nouvelle année. Dès que j'ai entendu sa voix, ma
boule dans la gorge est revenue. Nous avons parlé une demie-heure. Je lui ai dit la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. Sans tricher. Sans faire semblant. Avec toujours cette boule dans
la gorge. Face à la chaleur de sa voix, tous mes souvenirs, comme par magie, sont sortis de la boîte où je les avais soigneusement rangés. Tous. Il suffit de si peu de choses, au fond, pour
s'apercevoir qu'on n'a encore rien réglé... Que cette colère accumulée, toute cette colère, n'était qu'un masque, un masque pour cacher le chagrin que j'éprouve encore, malgré tous mes efforts
pour oublier...
Nous avons parlé longtemps. Simplement. Comme au premier jour. Je me suis confiée à elle. Elle s'est confiée à moi. De femme à femme. Nous avons parlé du couple, admis que maintenir un amour à
flot demandait beaucoup d'efforts, et tenait de l'utopie. J'ai beau avoir vingt-sept ans de moins qu'elle, il m'a semblé que je la comprenais tout à fait. Nous tirons les mêmes leçons, même si
nos histoires sont différentes. Et surtout, en l'écoutant, j'ai réalisé combien je m'étais attachée à elle. Je ne la voyais pas souvent, c'est vrai. Mais elle faisait partie de ma vie. Comme si
elle ne pouvait pas en sortir. J'aimais bien être sa belle-fille. Et c'est quand on a perdu sa place que l'on s'aperçoit combien on y tenait. Et puis il y a eu la phrase finale...
- Je voulais te dire que tu seras toujours ma belle-fille, ma fille, quoi qu'il arrive. Tu sais que tu compteras toujours et que je ne t'oublierai pas. J'aimerais que tu me donnes de tes
nouvelles, régulièrement. Tu le feras, hein ?
J'ai fondu en larmes. La première fois depuis le 13 Janvier.
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Publié dans : Une famille formidable
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Par Mirabelle
Bavardages