Mon cher Victor, 
Ca y est, j'ai reçu ma convocation pour le concours ! Avec dates, heures et tutti quanti... Tout est devenu atrocement réel, et j'ai bien cru que j'allais faire une crise d'angoisse. Non ?! Si, si ! J'ai même la date des oraux... Et avant cela, les résultats de l'écrit, bien sûr, le 31 Mai ! Inutile de te dire que j'ai eu du mal à déglutir en décachetant l'enveloppe... Ce ton cérémonieux, si officiel. "J'ai l'honneur de vous demander de vous présenter...". Et moi, moi qui me dis : "Mon dieu, je vais le rater !". Qu'est-ce qui te prend de penser des choses pareilles ! Si tu pars battue d'avance, autant de ne pas te présenter aux épreuves ! Il est vrai que ma motivation s'amenuise au fur et à mesure des jours. J'ai appris qu'il n'y aurait en fait que 168 postes. Je croyais que c'était 174, comme tu le racontais dans cet article ? On nous avait bien prévenu que ce chiffre risquait de s'abaisser encore. Et il est tombé en début de semaine, tel un couperet. De quoi nous faire aborder le concours dans les pires conditions psychologiques qui soient...
Allez, courage ! Ne perds pas espoir ! Il faut que tu te donnes à fond ! Il faut que tu y crois jusqu'au bout, nom d'une pipe ! Il me semble parfois me laisser complètement dépasser par l'ampleur de l'enjeu. Je joue ma vie. Je sais pertinemment qu'il ne faudrait pas raisonner ainsi mais si je n'ai pas ce concours, et si je ne l'ai pas non plus les années suivantes, je n'ai aucune idée de mon avenir. Aucune. Et cette convocation me remet les pieds dans la réalité. Tout est devenu concret, désormais. Je la lis, je la relis et je pète de trouille, voilà la vérité.
168 postes... Plus de deux milles inscrits comme chaque année. Pourquoi sortirai-je mon épingle du jeu plus qu'une autre ? Je n'ai pas choisi le bon concours. J'ai des points forts (le français et les langues) mais aussi d'énormes points faibles (les mathématiques et l'EPS). Quelqu'un dont le niveau est moyen dans toutes les matières sera plus performant que moi, j'en suis persuadée. Un professeur des écoles est un enseignant polyvalent. Je ne suis pas polyvalente. Qu'est-ce que je fais ici, Victor ? Qu'est-ce qui m'a pris de m'inscrire à ce concours ? J'ai peur. J'ai très peur. Je sais bien que tu as peur... Mais dis-toi que de toute façon, vous serez tous dans la même galère. Tous. Tu seras sans doute mieux préparée à l'IUFM que quelqu'un qui passe le concours en candidat libre ! Il faut te battre. Ce n'est pas une honte de rater une fois. Tu le repasseras l'année suivante, voilà tout ! Tu ne joues pas ta vie, Mirabelle. Tu ne joues pas ta vie, quoi que tu en dises...




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