XXIeme siecle

Août 2007
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Avant-propos

Cher lecteur,

Exceptionnellement, nous nous adresserons à toi directement : ce site n'est en aucun cas une biographie de Victor Hugo. Alors si tu pensais trouver ici la vie de notre Totor national en long, en large, et en travers, passe ton chemin !

 

Pour bien comprendre les propos de nos deux protagonistes :

1° Des caractères gras de couleur bleue quand Victor s'adresse à Mirabelle

2° Une police des plus classiques quand Mirabelle s'adresse à Victor

 

Sur ce, bonne lecture !

 

Lundi 20 août 2007
Mon cher Victor,

--coledessin.jpg

Puisque la T1 s'ouvre devant moi, je me disais qu'il était largement temps de  remédier à une des lacunes de ce blog . Laquelle ? Eh bien,  nos conversations manquent de réferences en ce qui concerne le monde enseignant. Hein ?! Mais oui ! Je ne fais que rarement référence à des blogueurs ayant suivi ou suivant  comme moi, une formation et une carrière dans le monde sans pitié des professeurs des écoles ! Ah d'accord... Tu veux dire qu'il faudrait songer à proposer à nos lecteurs des sites intéressants sur le thème de l'école ! Du point de vue des enseignants-blogueurs ou futurs-enseignants blogueurs, évidemment ! Evidemment. Commençons donc... En combien de catégories classeras-tu ces sites ? Parce que j'imagine bien que tu ne vas pas les jeter pêle-mêle dans notre discussion ! Alors... Nous aurons trois catégories... Elles ne sont pas des plus originales mais le but, normalement, n'est pas d'être original mais de mettre en avant des sites que nous apprécions, toi comme moi, et qui illustrent la cause enseignante sous différents aspects... Du coup, j'opterai pour :

Ceux qui veulent être instit' et qui sont obligés de passer cette s*******e de concours pour réaliser leur rêve (Bon courage !) :

  • Je veux être maîtresse ! : devant tant de détermination, pourquoi bouder la préparation de Céline au CRPE ? On se le demande !
  • Du courage pour le CRPE : Une bande de copines, qui s'agrandit de jour en jour, s'épaule pour obtenir le pass vers la PE2 ! Nous aimons bien, Victor et moi-même, suivre les parcours parrallèles de ces demoiselles.
  • Devenir professeur des écoles : Sun nous ouvre les portes de sa préparation au CRPE hors PE1 ! Un biais de préparation que Mirabelle ne connaît pas bien et dont elle est curieuse de connaître le fonctionnement...

Ceux qui ont obtenu cette s*******e de concours et sont en formation pour réaliser leur rêve (bravo et bon courage !) :


Ceux qui ont été titularisé après une année m******e de PE2 et sont en train de réaliser leur rêve (bref, bon courage aussi !) :

  • Le tableau noir était vert : Quand une institutrice combine classe triple-niveau et un poste de direction, le vrai boulot d'enseignant surgit. Un site bourré d'idées pour la classe, d'humour et d'anecdotes savoureuses, mis en valeur par un design très réussi. 
  • Elise Titane, professeur des écoles débutante : bon, alors, je la présente tout de même pour ceux qui ne la connaîtraient pas encore (on ne sait jamais...) mais sachez juste, si vous n'avez pas entendu parler d'elle, qu'il FAUT parcourir son site. A bon entendeur...
  • En sortant de l'école : Si vous cherchez des mots d'enfant, de l'humour et quelques gaffes, c'est sur ce site qu'il faut cliquer (en plus de chez nous, bien sûr...).

Alors, évidemment, il y en a bien d'autres, que nous visitons aussi, et que nous connaissons un peu moins bien. Cependant, nous n'excluons pas d'ajouter des références au fur et à mesure de nos découvertes ! Bonne navigation écolesque !
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publié dans : Mystérieuse blogosphère par Mirabelle
Mardi 21 août 2007
Mon cher Victor,liongladiateur.jpg
La rentrée se rapproche à grands pas et l'angoisse monte. Je réalise un peu plus chaque jour que ça y est, je vais me lancer dans l'arène.  Tu as de ces comparaisons... Oui, bon, c'est peut être un peu poussé mais enfin, tu sais, mon imagination galopante va souvent chercher les situations les plus invraisemblables... Et là, c'est un extrait du film "Gladiator". Russell Crow dans l'arène, pour son premier combat, comprend à peine ce qui lui arrive. C'est l'instinct de survie qui le fait se battre et... Oui mais enfin toi, tu n'en es pas à ce point-là, quand même ! Il ne faut pas exagérer, tu ne risques pas ta vie ! Ne casse pas sans cesse mes images, Victor... Bref.

Dans un premier temps, il se bat sous les huées si je me souviens bien (j'ai vu ce film il y a longtemps, pardonne ma mémoire défaillante), il est seul dans cette arène immense, seul et un peu désamparé. Cela n'a pas dû durer bien longtemps ! Quand les lions sont lâchés, il faut bien se remuer un peu  et... Terminés les états d'âme ! Oui. C'est ce que je ferai moi aussi. Quand je serai dans l'arène, avec vingt-cinq lions en moyenne autour de moi, il faudra bien que je les dompte (cette comparaison n'est pas si saugrenue, Victor ! Combien de collègues ai-je entendu s'exclamer, à la fin de la pause café à la récréation : "Allez, je vais chercher les fauves !") et qu'ainsi (car l'un ne va pas sans l'autre...), je parvienne à séduire la foule, la mettre dans ma poche, une foule qui, souvent, me jugera et me demandera des comptes. J'imagine que tu parles des parents d'élèves... Ben oui ! De qui veux-tu que je parle ?

Bon. Calme-toi avec les parents. Ce ne sont quand même pas des monstres. Mais ouiiii je m'en doute ! C'était pour la métaphore !!! Et puis tu n'en es pas encore là. Tu n'es pas encore dans l'arène. Pour l'instant, tu es encore en vacances sous le... Bref... Sous la pluie de ta petite région. Là où tu te trompes c'est que dans mon esprit, je suis de moins en moins en libre et de plus en plus prête à faire mon entrée dans l'arène. Là, c'est comme si... C'est comme si j'étais dans le grand couloir, tu sais. Non, j'avoue... Mais sii ! Je suis un gladiateur qui s'apprête à combattre ! Je marche et devant moi, il y a ce grillage, qui va se lever. J'entends la foule, je sais qu'il y aura les lions, la sueur, les efforts. Je sais tout ça. Et j'ai peur. J'ai la peur au ventre. Mon petit doigt me dit de faire demi-tour mais une voix intérieure me souffle aussi: "Mais sii, Mirabelle, vas-y... Le combat t'excite, tu n'as qu'une envie : entrer dans l'arène. Oublie tes peurs, détends-toi, oublie la foule et concentre-toi sur les lions à dompter !". Je sais que cette voix a raison. J'ai envie mais j'ai si peur, si peur.

C'est mon premier combat. Mon premier vrai combat.
Celui dont je me souviendrai toute ma vie durant. Il y en aura d'autres, des combats, et peu à peu, comme Russell Crowe, je manierai mieux mes armes, je connaîtrai mieux les lions, je saurai quels gestes, quelles attitudes adopter pour ne pas voir le pouce de la foule s'orienter vers le bas. En attendant, c'est mon premier combat. La grille est encore close, devant moi, mais je vois le soleil, tout au bout, qui descend sur l'arène, lourd comme du plomb. J'entends l'impatience de la foule, qui suppute sur la tête de la nouvelle combattante. Je ne sais pas encore à quoi ressembleront les lions, s'ils sont jeunes ou plus âgés ; je n'ai pas encore foulé le sol de l'arène. Je l'imagine, et je reste là, dans ce couloir, à regarder le grillage, la lumière, et à me dire que ça y est, c'est la bonne. J'ai tant attendu et c'est la bonne, ça va se réaliser. Je vais faire mon entrée dans l'arène. Ma première rentrée. Mon premier vrai combat.
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publié dans : Mirabelle, maîtresse T1 par Mirabelle
Mercredi 22 août 2007
Mon cher Victor, garfield.jpg
Depuis quelques temps, je me pose beaucoup de questions. Voyez-vous ça... Et à quel propos ? A propos de ce blog. Ah bon ? Tu n'es pas satisfaite de nos conversations ? Ce n'est pas ça mais... Mais quoi ? Bon. Ca risque d'être une conversation conséquente, alors accroche-toi... Je m'agrippe à ma chaise !

Comme tous les jours, je suis allée hier soir faire un tour sur le blog d'Elise Titane. N'ayant pas encore réellement fouillé sa liste de liens, j'ai cliqué . Et puis et . Mon sang, bien sûr, s'en est glacé. Je ne connaissais pas Garfieldd, n'avais pas parcouru son blog, mais je suis forcément touchée Tu savais pourtant que les fonctionnaires ont un devoir de réserve... Je sais bien. Mais... Tu te dis que cela pourrait parfaitement tomber sur toi ? Oui. Et donc tu hésites à revenir discuter avec le vieux Victor ? Eh bien... Non ?! Vraiment ?! Ne me dis pas que tu hésites, enfin, Mirabelle !

Mets-toi un peu à ma place, Victor... Ce matin, en consultant les statistiques de ce blog, j'ai eu peur. Peur ?Oui. Depuis quelques temps, les stastiques grimpent de manière spectaculaire.
Nous avons de plus en plus de visiteurs qui viennent bavasser à notre table ! Oui. Et de plus en plus de pages vues. C'est fort bien, tout cela ! Cela prouve que les blogueurs nous aiment ! Bien sûr que c'est bien. Et crois-moi, je m'en réjouis. Cependant, une autre facette de moi est sur ses gardes, comme prise à son propre piège. Prise à son propre piège ?

Quand j'ai crée ces conversations, en te choisissant comme partenaire de discussions, j'étais loin de m'imaginer que nous deviendrions de tels amis. J'étais loin d'imaginer que de tels liens se tisseraient, loin d'imaginer que ma vie d'enseignante débutante intéresserait quelqu'un, bien loin d'imaginer que notre table attirerait tant de monde. Je pensais naïvement que mon lectorat se limiterait à une poignée de personnes, même si mon désir secret était, bien sûr, de faire connaître mes mots, de les faire aimer, sans pour autant cesser de me faire plaisir. Humm... Et désormais, alors que tu sens que nos conversations sont appréciées au point d'être très visitées, tu as peur pour ton métier... C'est ça ?

Oui, c'est ça. Je suis fonctionnaire, Victor. Le fonctionnaire a un devoir de réserve. J'AI un devoir de réserve. De réserve, de réserve... Tout le monde en parle, ici ou là, mais les définitions sont bien floues, comme le montrent les liens que tu nous as indiqués précédemment. J'ai pu constater que même lors de notre formation, la définition de "devoir de réserve" n'a pas été explicitée de manière précise (ou alors, elle l'a été pendant que j'étais en Angleterre, ce que j'espère pour mes petits camarades restés en France. Attention, Mirabelle ! Avec une telle phrase, tu joues avec le feu ! N'es-tu pas, en évoquant cet aspect de ta formation, justement en train de ne pas respecter ton devoir de réserve ? Peut être que si, et cela me met assez mal à l'aise... C'est bien le moment de t'interroger là-dessus ! Après plus d'un an de conversations ! Oui, je sais, je sais, ça fait assez peu crédible... Toutefois, mieux vaut tard que jamais !

Mon métier fait partie de moi, de ma personne. Tu le sais, il occupe une part importante dans les conversations de ce blog. Oui... Il suffit d'additionner le nombre d'articles dans les catégories "Mirabelle, maîtresse T1", "Mirabelle, PE2, maîtresse stagiaire" et "Mirabelle, PE1, future instit'" pour le comprendre ! Quand je parle de mon métier, il y a des critiques, certes. Notamment sur la formation à l'IUFM ! Je ne fais pourtant qu'écrire là ce qui est clamé depuis des années par les stagiaires sortants. Mes critiques se limitent d'ailleurs à cela, bien souvent, car je n'ai pas encore rencontré mon supérieur hiérarchique...

Quand je parle de mon métier, je fais toujours l'effort de ne pas citer de nom, de ne pas donner d'indices sur les écoles où j'exerce, de prendre un pseudonyme pour les noms d'enfants et... Pour le tien ! Oui, aussi pour le mien. Quand je parle de mon métier, je mets toute la passion dont je suis capable, même si mes peurs, mes doutes, mes angoissent transparaissent. Mais n'est-ce pas le but de l'écriture que d'aider à les apaiser ? C'est du moins ce que je crois. Quand je parle de mon métier, je n'ai pas l'impression de faire quoi que ce soit de répréhensible, je n'ai pas l'impression d'être malhonnête, ou de trahir ma fonction. Non. Au contraire, il me semble la servir en partageant ma perception toute neuve (et en devenir) du métier de professeur des écoles. Je n'en masque pas les difficultés, mais je ne cache pas non plus combien je suis heureuse de faire ce métier, combien il m'est précieux. Peut-on me blâmer pour ça ?

D'accord mais enfin... Avec moi, tu ne parles pas que de ton métier, Mirabelle, mais de bien d'autres choses... C'est vrai. Je parle aussi de ce que n'importe quel individu, qui n'est pas fonctionnaire, est en droit d'évoquer : ses goûts, ses dégoûts, ses coups de coeur, ses coups de gueule... Je n'évoque que très peu ma vie privée. Oui, c'est un choix que tu as fait après nous avoir déballé pas mal de choses que, visiblement, tu as regretté d'avoir déballées... Enfin, si j'ai bien compris... Tu as bien compris. On ne pourra donc pas m'accuser de jeter ma vie privée en pâture.

Si un jour, je suis convoquée par mon administration et qu'on me reproche l'existence de ce blog, on m'accusera de ne pas avoir respecté le devoir de réserve, alors qu'au delà d'être fonctionnaire, je me sens enseignante, et enseigner est, à mes yeux, un acte d'engagement. Il ne s'agit pas de contester tout et n'importe quoi, mais je ne compte pas non plus édulcorer la vérité par peur qu'on me musèle. Alors où commence la liberté ? Où s'arrête-t-elle ? Qu'est-ce que la liberté, dorénavant, pour un fonctionnaire ? Où est la frontière entre l'individu et le fonctionnaire ?

Ce qui est sûr, c'est que tu prends des risques en continuant de bavarder avec moi, Mirabelle... C'est pourquoi j'hésite à poursuivre nos conversations... Mon métier est très important pour moi et si jamais on m'en prive parce que j'ai été négligente, je ne me le pardonnerais pas... Cependant, tu remarqueras beaucoup d'enseignants ne se privent pas de tenir un blog... Parce que ce sont des individus avant d'être des fonctionnaires... Alors, comme moi, ils prennent des risques. Tu ne veux plus prendre de risques ? Je ne sais pas. Je m'interroge. Je doute. J'avoue ceci dit que je tiens énormément à nos conversations mais savoir que nos audiences grimpent en flèche, même si j'en suis ravie du point de vue de la "création bloguesque", m'inquiète... Qu'est-ce que je dois faire, Victor ? Je ne sais pas, Mirabelle, je ne sais pas...
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publié dans : Mystérieuse blogosphère par Mirabelle
Jeudi 23 août 2007
Mon cher Victor,

nuit.jpg
Il est 4 h du matin et j'ai décidé de venir bavarder avec toi. Attention ! Tu prends des risques ! Vilaine fille ! Victor... Je suis d'humeur très poétique ce soir. Laisse de côté tes sarcasmes... S'il te plaît.

Il est  4 heures du matin. Dehors, tout est calme. La ville dort. La rue entière dort. Et moi, moi j'écris. J'aime écrire la nuit. Je n'en ai pas souvent l'occasion. Mes parents sont en vacances, et ma petite soeur est partie en goguette. J'ai la maison pour moi toute seule. Un délicieux goût d'indépendance, d'autonomie.

J'ai passé une soirée délicieuse. Indescriptible. Mes amis de PE1. Les rires. La joie de se retrouver. Joie d'autant plus forte que... Nous savons tous, chacun d'entre nous, que nous serons bientôt disséminés aux quatres coins du département. C'est la vie qui veut ça. C'est la vie... J'ai ri, discuté, souri. Sans regarder l'heure. Sans penser à septembre. J'ai dansé, dansé, dansé. En oubliant tout. Je n'étais même plus instit', plus personne n'était instit'. Nous étions juste des presque-adultes, heureux de se retrouver. Des presque-adultes profitant de l'instant présent, dans un élan d'amitié fort, très fort.

Je suis rentrée chez moi à 3 h 30. Je n'ai pas eu envie de me coucher, désireuse de prolonger ce moment à ma manière, en écrivant. Portée par la liberté. La liberté d'écrire. Me pelotonner sur moi-même, dans ma mélancolie, dans ma nostalgie. Penser à cette année, qui a passé si vite. Penser à ce qui m'attend, à celle que je serai dans un an. Penser à ceux que nous serons tous dans un an. Ecrire et me sentir bien. Comme si tout avait un sens, soudain. Partir. Il est dorénavant 4 h 18 et je suis bel et bien éveillée. La fièvre de l'écriture a cela d'étonnant qu'elle est un puissant excitant.

Ce soir, je réfléchis à mes doutes. Mon instinct me dit que je continuerai. Parce que je dois écrire. Que j'en ai besoin. Que c'est vital. Ce soir, je suis bien, là, au milieu de la nuit. Je suis seule avec moi-même. Le monde est en suspens. Les volets sont fermés, partout. Il y a juste le ronronnement des voitures, qui passent au loin. Et moi, dont l'esprit vagabonde à la lueur de la lampe de chevet. Mon instinct me dit que je continuerai. Parce que j'aime ça. Que je ne peux pas m'en passer.

J'aimerais demeurer ainsi. Comme si j'observais le monde d'en haut, avec bienveillance. Avec patience. Avec confiance. J'aimerais demeurer ainsi, mes doigts sur le clavier, à me laisser voguer, au gré de la fièvre. J'aimerais demeurer ainsi, tranquille, décrire cette torpeur, modeste tentative, capter l'essence de l'écriture, cet état second dans lequel elle nous plonge. La quiétude qui m'envahit, à 4 h 25 du matin. Je ne dors pas. Je veux juste écrire. Ecrire. Et lâcher prise. Enfin.
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publié dans : Le tourbillon de la vie par Mirabelle
Vendredi 24 août 2007
Mon cher Victor,

Les-chansons-d-amour.jpg

Il y a parfois dans la vie des moments où on se dit que le cinéma met des mots, tout comme les livres, sur ce que nous, pauvres âmes, n'aurions pu exprimer. Toi, tu as eu un coup de coeur pour un film ! Tout juste ! Il s'agit des "Chansons d'amour", un film de Christophe Honoré. Je n'avais pas lu de critiques mais j'avais entendu dire, par des amis IUFMiens, que c'était très bien. Sans plus de précisions ? Sans plus de précisions. En m'asseyant sur mon siège, lors de la séance, je m'attendais à une petite bluette sans prétention, une sorte de comédie musicale drôle et légère. Ah parce que ça chante ? Oui, ça chante. Les acteurs chantent. Bien, j'espère ? Très bien. Vraiment très bien.
 

Bref. J'en suis ressortie complètement bouleversée. Vraiment. J'en tire donc la conclusion suivante : ce n'était pas "une petite bluette sans prétention, une sorte de comédie musicale drôle et légère" ! Pas du tout. Le choc en a été d'autant plus rude. Alors... C'est sans doute une comédie musicale déprimante et grave ? Tu veux faire ton p'tit malin mais tu as mis en plein dans le mille ! Quoi que... Je me disais aussi que tu allais trouver à redire de mon irrésistible perspicacité ! Eh bien... C'était un film grave, certes, mais pas complètement déprimant. Ce qui veut dire que cela l'est un peu quand même... Oui mais il y a aussi une lueur d'espoir, à la fin du film. De quoi ça cause, ton film ? 

Je ne voudrais pas déflorer le film pour nos lecteurs qui souhaiteraient le voir en salle, Victor. Oui bon, on ne te demande pas de nous dévoiler l'histoire complète ! Le problème c'est que si je commence à en parler, je ne vais plus pouvoir m'arrêter et je risque, par mon étourderie maladive, de laisser passer quelques détails essentiels de l'intrigue ! Eh bien fais attention... Ce n'est pas si compliqué, tout de même ! Bon. Alors parlons de l'affiche. L'affiche est trompeuse. Très trompeuse. chansonsd-amour2.jpgA quoi elle ressemble, cette affiche ? Tiens, c'est celle-là, à gauche. Qu'imagines-tu en la regardant ? Eh bien... Une histoire d'amitié ou... Ou ? Ou... Eh bien... Hem... Une histoire d'a... Eh bien crache-le, Victor ! Tu as lu le titre ! Oui bon, d'accord ! Une histoire d'AMOUR à trois, tu es contente ?! Oui ! Bon. Eh bien je t'arrête tout de suite : le sujet, ce n'est pas du tout le trio amoureux ! Non. C'est, selon moi, le deuil. C'est le deuil. En trois étapes : le départ, l'absence et le retour. Trois étapes qu'Ismaël franchit, après le décès de sa petite amie. C'est laquelle, sa petite amie ? La jeune fille avec le manteau bleu ou celle de droite ? Tu peux toujours aller voir le film si tu veux le savoir ! Comme si je n'avais que ça à faire... Mais oui : tu n'as que ça à faire  ! Passons, passons... Bref. C'est un film terrible. Profond. Les chansons (d'amour, toujours, nous l'aurons compris...), écrites par Alex Beaupain, sont sublimes (des textes très bien écrits, qui sonnent vrais, interprétés par les acteurs, au mieux de leurs voix) et le deuil est exploré dans toutes ses facettes. Il y a ceux qui fuient (scène émouvante où Ismaël avoue ne plus pouvoir franchir le seuil de son appartement sans s'écrouler), ceux qui éprouvent le besoin de retrouver les traces de l'être aimé (bouleversante Chiara Mastroianni, interprétant la chanson "Au parc"), ceux qui se préservent par l'évasion (ah, la lecture...). Il y a le besoin de savoir, de comprendre l'incompréhensible, de nommer l'innommable. Il y a l'oubli, qu'il faut trouver, comme dans la chanson de Gainsbourg : "Souviens-toi de m'oublier". Il y a la lassitude, l'anesthésie. Il y a l'espoir, enfin, qui tient debout, espoir d'être consolé sans pour autant entendre "je t'aime", parce qu'on n'y est pas encore prêt. Il y a tout, dans ce film, Victor.

Tout à l'heure, en pianotant sur internet, j'ai trouvé ceci. Je comprends pourquoi ça sort des tripes, maintenant, cette musique... Hier, j'ai acheté la bande originale. Depuis une semaine, ce film m'accompagne. J'y pense. C'est magnifique, le cinéma. Il peut rendre beaux les drames les plus injustes de la vie.

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publié dans : Positif, Négatif par Mirabelle

Un mot au vol ?

Opinion


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Victor mène l'enquête.

Parce que Mirabelle se le demande !




personnes ont écouté la conversation entre Mirabelle et Victor depuis leur rencontre.


Aujourd'hui, à :

il y a 6 personne(s) qui papote(nt) avec Mirabelle et Victor.


La requête de Victor :

  • Parce que Mirabelle et moi-même aimons beaucoup de gens... Allez donc jeter un coup d'oeil à notre tour de tables !


Nos recommandations :

  • Un clic et vous y êtes... Si vous souhaitez quelques conseils pour guider votre lecture, bien entendu !


Lexique IUFMesque à l'usage des non-initiés :

  • Mirabelle, dans son infinie bonté, a daigné me proposer (ainsi qu'à toi, ô lecteur non affilié à l'Education Nationale !) un lexique de rattrapage, sensé me donner les repères indispensables à la compréhension de deux rubriques.


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