Mon cher Victor,
Les efforts ne sont pas toujours payants. Samedi matin, j'appelle celui qui est censé être mon cher et tendre. Il me propose de se voir l'après-midi même : je refuse, en précisant que moi, Mirabelle, j'ai tout de même un concours à préparer, un concours qui se rapproche à grands pas... Il ne voudrait tout de même pas que je le rate ! Non, non, bien sûr que non, me dit-il. Me voilà rassurée (provisoirement). En revanche, que fait-il ce soir ? "Je profite de ma soirée". Bien. J'ai toujours été estomaquée par cette phrase. Profiter de sa soirée... Qu'est-ce que ça veut dire ? Dois-je comprendre que passer du temps avec moi ne rime pas avec le verbe "profiter" ? Ces cinq mots me blessent, c'est vrai. Il a dû dire ça sans penser à mal. A ses yeux, cela ne veut pas forcément dire qu'il préfère profiter sans toi. Mais enfin, il faut bien avouer... C'est tout de même maladroit !
Justement. Il sait depuis toujours que c'est typiquement le genre de phrase qu'il ne faut pas me dire, qu'il ne faut PLUS me dire. Il le sait. Il proclame haut et fort qu'il m'aime, qu'il va changer, que nous allons être heureux... Et là, je retrouve le J. d'il y a quelques mois, celui qui n'essayait même plus de me séduire ! C'est tout ça que je voulais retrouver, tous ces instants de séduction, de complicité, de gentillesse, de considération ! Je ne sais pas si vous pourrez les retrouver un jour... Les premiers moments d'un couple sont les premiers moments. La séduction, c'est le mystère, l'inconnu. Votre histoire a duré plus de deux ans... Il me semble utopique de chercher à reproduire les sensations des débuts...
Alors, cruche comme je suis, je le relance, via MSN : que dirait-il d'aller voir "L'âge de glace 2" ? Nous avions vu le premier ensemble, j'entretiens une certaine tendresse pour le temps qui passe, et par conséquent, j'y vois un symbole de la longévité de notre couple. Quelle naïveté ! On voit bien que tu as encore tout à apprendre de la vie, ma petite Mirabelle ! C'est exactement ce que je me dis avec le recul. Et malgré toute la tendresse sous-entendue que je mets dans cette forme interrogative, Monsieur ne me répond que par un "ok" du genre "oui, s'il n'y a que ça pour te faire plaisir, je veux bien sacrifier ma soirée...". Mouiii... Dis plutôt que c'est ainsi que tu l'interprètes ! Certes.
En fin de journée, harassée par un dur après-midi de labeur (biologie, français, géographie et... mathématiques !), je me prends à rêvasser d'un repas aux chandelles, en amoureux, un repas de caresses, de sourires, de compliments, de baisers. Ce genre de scènes extrêmement romantiques qui m'ont toujours fait papillonner des yeux et qui ont toujours... fait soupirer J., évidemment. Et pourtant... Zou ! Je tente ma chance ! Et là... Réponse : "Euh... Non. Je passe te chercher pour aller au ciné vers 20h.". Bien. Il a dit ça ? Oui. D'une manière terriblement spontanée et irréfléchie. J'ai longtemps hésité avant de nous redonner un chance. Il le sait pourtant. Il doit savoir aussi que mes doutes ne s'estomperont que si, de son coté comme du mien, nous faisons de gros efforts pour nous reconquérir l'un l'autre. Il l'a oublié, tout ça ? Il a la mémoire courte, voilà tout ! Quel dommage... Où est le coup de baguette magique dont il me parlait ? Je me le demande... Et je me le demande aussi ! Il serait temps qu'il se réveille, ce jeune homme ! Quoi que je me demande si la magie a grand chose à voir avec la reconstruction d'un couple. Euh... Mirabelle, j'ai une petite question : c'est quoi, cette image ? C'est une image extraite des "Sims". Les Sims ? Un jeu qui fait fureur. Et pourquoi l'as-tu choisie ? C'est très simple : parce que je suis prête à parier que c'est ainsi que J. va profiter de sa soirée : scotché à son ordinateur. Chacun voit midi à sa porte...





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