Mon cher Victor,
Hier matin, 9 h 15, petite visite à un medecin agrée. Tu es malade, ma petite Mirabelle ? Pas le moins du monde ! J'avais seulement un certificat médical à faire remplir, attestant que je ne présentais aucune indication à MON métier, celui de professeur des écoles ! Mon dieu, je suis encore toute émue d'écrire une telle phrase ! Je ne m'en remets pas, de ce concours ! Bref... Il t'a fait un certificat médical, d'accord... Et ensuite ? Attends, Victor... Tu as l'air de penser que tout s'est déroulé pour le mieux ! J'ose l'espérer, en effet ! C'est sérieux, un rendez-vous chez le médecin ! Dans ce cas, détrompe-toi : comme tu peux le constater, je publie cet article dans la rubrique "Les coups de gueule de Mirabelle" ! Ah oui, c'est vrai... De quoi me faire changer d'opinion !
Je ne t'avais pas fait part, Victor, de mon premier rendez-vous chez un médecin agrée, censé, lui aussi, me fournir un certificat médical, mais cette fois pour mon 1500 m ! Non, tu ne m'en avais pas parlé. Ce rendez-vous avait été assez... Surprenant ! Un retard d'une heure, d'abord, et sans un mot d'excuse (heureusement que je n'avais rien prévu d'autre dans ma matinée !), une doctoresse qui critique les enseignants (et les JEUNES enseignants, en particulier, c'est un comble !) et ne me fait pas faire de test d'effort : tout juste a-t-elle écouté mon coeur et mes poumons ! C'est léger, en effet ! En arrivant ce matin chez ce nouveau médecin (une femme encore une fois, par commodité personnelle), que je ne connaissais ni d'Eve ni d'Adam, je m'attendais à un examen plus méticuleux. Ce certificat devait être renvoyé à l'Education Nationale, alors pas de blague !
Je suis en avance de cinq minutes. J'attends. A 9 h 15 tapantes, la patiente qui me précédait quitte le cabinet. Je me trémousse sur ma chaise, impatiente de quitter cette salle d'attente où je crève de chaud. Cependant... Toujours pas de docteur ! Sans doute se lavait-elle les mains entre deux patientes ! Tu vas voir... J'attends toujours, donc. Cinq minutes, puis dix... La salle d'attente jouxte le secrétariat et les murs se révèlent être en papier cigarette. J'entends deux voix féminines, qui papotent à propos de leurs vies de famille. Des rires étouffés... Je comprends bien vite que cette charmante doctoresse me fait poireauter depuis dix minutes au profit de sa mignonne petite secrétaire, aussi bavarde qu'elle ! Quel culot ! Je suis bien d'accord, mon pauvre Victor ! Enfin, des pas se rapprochent. Une femme me regarde, les bras croisés sur la poitrine : "on y va !". Bras croisés : attitude défensive ! Ca promet ! Humm...
Une fois la porte close, j'explique mon cas. Concours de professeur des écoles obtenu... Papiers à renvoyer... Nécessité d'un certificat médical... Elle prend ma tension, m'interroge sur mon cursus scolaire. J'évoque ma licence d'anglais. Et là, la langue de cette brave dame se délie, ses traits se détendent : celle que j'avais jugée selon ses bras croisés se métamorphose en un véritable moulin à paroles ! De quoi t'a-t-elle parlé ? De sa famille ! De son petit-fils, à moitié-américain, de sa petite-fille en classe de CE1 (fascinée par les tétards !), de sa fille et d'André (son mari) ! Mais elle ne te connaissait pas ? Pas du tout ! C'était la première fois qu'elle posait les yeux sur moi ! Mon dieu... Et pendant ce temps-là que faisait-elle ? Qu'a-t-elle examiné après avoir pris ta tension ? Rien ! Rien de rien ! Quoi ?! Tu as bien entendu, Victor : rien de rien !
Elle a rempli mon certificat, a terminé de me raconter sa vie et zou, en dix minutes maximum, j'étais sortie ! Et en y réfléchissant bien... L'examen en lui-même a été nettement moins long que son incroyable monologue ! Je n'en crois pas mes oreilles ! J'étais loin d'envisager qu'il existait de tels médecins ! Et moi qui m'étais mise en tête que ce certificat médical serait établi avec plus de sérieux que le précédent... J'ai été bien naïve ! Te rends-tu compte, Victor, qu'elle ne m'a écouté ni le coeur ni les poumons ?! Et si tu avais eu quelque chose ? Une maladie, même sans gravité ? Il est vrai que cela peut toujours arriver, on est jamais trop prudent ! D'ailleurs, j'avais apporté mon carnet de santé, au cas où... Cette femme aurait dû m'ausculter sérieusement, pour s'assurer que tout allait REELLEMENT bien chez moi, d'autant plus que, je te le répète, ce n'était pas mon médecin traitant ! Un tel comportement m'aurait moins choquée venant d'un médecin de famille... Mais là c'est innacceptable ! Comme tu dis ! Et tu as payé une consultation pour ça ? Pour l'entendre parler de sa petite famille ? Fort heureusement, non... Ouf... C'est déjà ça de gagné !




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