XXIeme siecle

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Avant-propos

Cher lecteur,

Exceptionnellement, nous nous adresserons à toi directement : ce site n'est en aucun cas une biographie de Victor Hugo. Alors si tu pensais trouver ici la vie de notre Totor national en long, en large, et en travers, passe ton chemin !

 

Pour bien comprendre les propos de nos deux protagonistes :

1° Des caractères gras de couleur bleue quand Victor s'adresse à Mirabelle

2° Une police des plus classiques quand Mirabelle s'adresse à Victor

 

Sur ce, bonne lecture !

 

Samedi 29 avril 2006

Mon cher Victor,

Sur la suggestion d'un lecteur fidèle, me voici donc avec ce tableau de Magritte, intitulé "Mémoire". Je l'ai regardé longuement avant de me lancer dans un article. Cette peinture a quelque chose de dérangeant, et en même temps de profondément familier. Cette blessure, là, sur l'arcade sourcillière. Ces paupières fermées. Ce rideau. Cette feuille tombée d'on ne sait où. Et surtout, ce ciel bleu, lointain, en arrière-plan. Oui, vraiment, c'est un beau tableau. Qui me laisse songeuse...

La mémoire. Ma Mémoire. Souvenirs. Regrets. Ce qu'on aurait dû dire. Ce qu'on n'a pas dit. Ce qu'on a dit et qu'on n'aurait pas dû dire... Au fond, je suis prisonnière de ce qu'elle me rappelle, prisonnière des images, parfois floues, qu'elle fait resurgir.

Oublier. C'est un mot que je  ne connais pas. Ou plutôt que je ne connais pas dans son sens amoureux : "Cela prend du temps, oui, mais tu verras, tu finiras par l'oublier...". Non. Je ne l'oublie pas. Parce que ma mémoire est toujours là. Et qu'elle me joue des tours. Et plus je m'evertue à tout banaliser, à tout canaliser, plus la mémoire revient, parsème du trouble, ces petites choses de la vie, ces petits riens que je ne parviens pas à surmonter. Des détails, ces détails dont je parlais dans cet article-ci. Mais Mirabelle, ces détails, tu les connaîtras avec quelqu'un d'autre : tu sais bien qu'aimer est un perpétuel recommencement ! Tu n'es pas la première personne à m'objecter un tel argument, Victor. Et j'y ai réfléchi. Et je ne peux nier que c'est vrai : je pourrais, si je le voulais, aimer quelqu'un d'autre, un jour, peut être... C'est une idée que je caressais pendant un temps, non pas par conviction personnelle, mais comme tentative maladroite d'auto-persuasion que le plus beau était devant. J'y ai réfléchi. Et il se trouve que je ne veux pas partager ces détails avec quelqu'un d'autre. Je veux les partager avec lui. Encore. Toujours.

Je ne peux pas ignorer ce que me dit ma mémoire. Je ne peux pas me résigner à l'échec. Nous avons été heureux. Malheureux, aussi, souviens-toi ! Oui, c'est vrai. Et je ne prétends pas enfouir le constat que J. et moi formons un drôle de couple. Mais c'est le mien. C'est le nôtre. C'est ainsi...

La mémoire est une contradiction, Victor. Elle nous manipule, dans un premier temps : sélection des souvenirs, images baillonnées, voix qui s'estompent peu à peu... On l'écoute, aveuglés par ce que l'on croit être bon pour nous-même. On se persuade. On se dit qu'on a bien fait. Qu'il n'y avait pas d'autre solution. On se sent fort, prêt à tout affronter. Et puis, pas à pas, le champ de vision de la mémoire s'élargit. Face à nous, le constat de l'échec. Mais derrière, que l'on entrevoit tout de même, cet après-midi à la mer, ce premier baiser, cette "première fois", ce sourire, ces sommeils enlacés...

La mémoire nous fait douter : "Es-tu bien sûre de toi, malgré ce que tu prétends ? Ton choix est-il réellement le bon ?". La mémoire fait naître le manque. Et nous ne sommes plus que des choses tristes, nostalgiques, mélancoliques, incapables de regarder vers l'avenir, toujours tournées vers le passé. Le passé, le passé... C'est bien gentil, mais il me semble que tu l'idéalises, ce passé ! Tout comme j'ai tourné à l'extrême les mauvais souvenirs, les défauts de J., nos disputes. L'idéalisation passe par le même processus d'exagération. C'est inévitable.

Ma mémoire a pris un ascendant sur moi, c'est un fait, mais je vais la combattre quand elle sera là, à tourner autour de moi, à me lancer à la face les instants désagréables de notre vie, quand elle s'appliquera à semer le doute en moi. Car il y en aura sans doute encore, des moments où je voudrais baisser les bras, où je regretterais mon choix, mais tant qu'il existera, aussi, des minutes de quiétude, de sincérité, de confiance, alors je prendrais ma mémoire à son propre piège, en les lui jetant à la figure, en lui criant : "tu vois, c'est encore possible ! Je fais bien de m'entêter !".

Ce sera donc à mon tour, maintenant, de manipuler ma mémoire. De la tourner à mon avantage. De m'en servir, de puiser mon courage dans mes souvenirs les plus précieux, dans cette conscience que le lien est toujours là, bien présent, malgré la feuille morte de ce tableau, malgré cette blessure au front. Car derrière, il y a toujours ce ciel bleu. Et le rideau, lui, est encore ouvert...

 

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publié dans : L'Amour toujours par Mirabelle
Samedi 29 avril 2006

Mon cher Victor,

Tu as devant toi (ou presque) une nouvelle femme : déterminée, résolue, décidée. Ce sont presque des synonymes ! Je sais, Victor, pour qui me prends-tu ? C'est un effet de style !

Victor, j'ai une grande nouvelle, qui conditionnera mes amoures futures (si j'en ai !) : j'ai retrouvé mon amour-propre ! Tu l'avais perdu ? Tu le sais très bien : relis les articles "Le plancher des vaches" et "les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus" !

Alors, que s'est-il encore passé ? Eh bien... Tu sais, je t'avais raconté que j'avais revu Johan vendredi, à l'enterrement de sa tante. Humm... Il m'a envoyé un texto aujourd'hui, assez étrange je dois dire. Un texto ? Victor, nous en avons déjà parlé, reporte-toi à l'article "sms-addicted". Très bien, mais sois un peu tolérante avec mon grand âge !

Bref, il m'a donc envoyé un texto, qui disait ceci : "Si aujourd'hui tu étais en jupe-collants-bottes, je serais bien tenté de venir...". Ohhhh, le coquin ! Voyons, Victor, ce genre de propos est monnaie courante à notre époque ! J'espère que tu l'as réprimandé ce malotrus ! Eh bien... Franchement, j'ai... Rougi. J'ai été parcourue d'agréables frissons. Et je me suis dit... Ne t'énerve surtout pas Victor, tu sais que nous n'avons aucun contrôle sur nos pensées et... Même au XXIème siècle ? Même au XXIème siècle. En fait, j'ai pensé... J'ose à peine le dire... J'ai pensé : "Mon dieu, je suis en train de rêver, c'est trop beau pour être vrai !". Ahh... C'est embêtant, surtout après les bonnes résolutions que tu as prises... Oui, je sais. Mais attends la suite !

Du tac au tac, je lui réponds donc : "je ne suis qu'en jean et pull rouge, et en plus, je ne suis même pas maquillée ! ;-)". Deux minutes d'attente, pleine de doutes, ne sachant pas trop quoi faire ni que dire en cas de tentative de charme de sa part, et voilà que j'en reçois un autre : "Toi qui disais que tu ferais des efforts, tu ne pourrais pas te changer ?". Bien, bien, bien. Et là...

Là, mon premier réflèxe a été de me dire : "Non mais attends, Mirabelle, il ne te trouve pas assez belle en pull rouge et jean ? Il faut forcément que tu te mettes en jupe et en bottes pour lui plaire ?!? Non mais qu'est-ce que c'est que ça ?".

Indécision, soupirs, changement d'humeur. Qu'est-ce que je vais faire ? Qu'est-ce que je vais lui dire ? Qu'est-ce que je veux ? Qu'est ce qu'il va me dire ? Qu'est-ce qu'il veut ? Qu'est-ce qu'il va faire ?

Je ne sais pas. Je change d'avis comme de chemise. Je suis flattée par un tel sms, il ne sert à rien de le cacher. J'y vois comme un premier pas... Mais vers quoi ? Vers quelque chose de solide, ou vers une route remplie d'ornières, comme d'habitude ? J'attends donc. Je ne lui réponds pas.

J'en touche un mot à ma mère, qui trouve que "je joue avec le feu" et qui me fait remarquer que, depuis quelques temps, je n'attends visiblement qu'une chose : qu'il m'appelle. Bien. Elle n'a pas tort. Mais cette histoire de jupe-bottes me chiffonne un petit peu, surtout que je n'ai pas envie de me faire avoir comme la dernière fois. C'est arrivé deux fois, mais ça n'arrivera pas trois !

Et puis je me dis... On ne sait jamais. De son côté, il semble s'impatienter : "alors ?", me dit-il dans un autre texto. Et moi... Dans un élan de folie, je lui réponds : "D'accord."

Mais ma pauvre enfant, il faut que croire que jamais rien ne te sert de leçon ! Attends la suite, Victor, attends la suite... Et ne gigote pas ainsi !

Je me change donc, non sans une pointe de culpabilité. Et soudain... J'ai retrouvé mon amour-propre. La Mirabelle à la dent dure et à l'orgueil démesuré est revenue au galop ! J'ai attrapé mon téléphone et je l'ai appelé ! Mais oui, Monsieur ! Appelle-moi, Victor...

- Pourquoi tu veux me voir ?

- Eh ben... Parce que j'ai envie de recommencer.

- Tu m'as dit la même chose la semaine dernière et tu as vu comment ça a tourné. Reconnais quand même que je suis en droit de me méfier.

- Ben... Oui.

- Sache que je ne suis pas en jupe-bottes. Je me suis dit qu'après tout, il n'y avait pas de raison de te faire plaisir comme ça. Et je n'ai pas envie que ça se passe comme dimanche dernier. Alors tu peux venir, mais si tu viens, c'est pour parler. Après, on verra bien.

- D'accord. J'arrive.

Rebelote : je me re-change, satisfaite de retrouver mon jean et mon pull rouge. Et j'attends. J'attends. Un quart d'heure, autrement dit, le temps qu'il lui faut pour aller de chez lui à chez moi.

Et là... Sonnerie de mon portable.

- C'est pour te dire que, finalement, je ne viens pas.

Bien, bien... Ca a été, comme qui dirait, la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Trop, c'est trop. Après de tolérantes parlementations, où j'ai essayé de lui extorquer le pourquoi du comment il ne venait pas, et où je n'obtenais que de vagues fragments de réponses fidèles à lui-même, j'en ai eu assez de vouloir lui faire dire des choses que visiblement il n'avait pas envie de prononcer, comme par exemple le fait qu'il avait réfléchi et qu'il croyait toujours en nous, à un tel point qu'il allait changer... J'ai donc pris les devants :

"Bon... Ecoute, ça fait des semaines que cela traîne, nos histoires. Quand l'un veut, l'autre ne veut plus, et cela devient n'importe quoi. Alors cette fois, C'EST TERMINE. Si je te manque, surtout, ne m'appelle pas, et ne m'envoie pas de texto. Garde-le pour toi. Même si tu affirmes ne pas le faire exprès, je crois que tu me prends pour une conne et au bout d'un moment, je ne peux plus l'accepter. Parce qu'il s'il y a quelque chose que je ne suis pas, c'est bien "conne", justement. Même si jusqu'ici, j'ai mis mon orgueil de côté. Mais là, c'est trop. Alors c'est terminé. Salut."

Ce n'était pas ce à quoi il s'attendait, me semble-t-il... Je l'ai entendu marmonner un "bon" pas très fier, et j'ai raccroché. Comme ça. Sans plus de cérémonie. Et voilà. Eh bien, quelle histoire ! Je ne te le fais pas dire !

Voilà comment, mon cher Victor, j'ai retrouvé mon amour propre... Et comment j'ai respecté mes bonnes résolutions !

C'est bien, Mirabelle !

 

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Dimanche 18 juin 2006

Mon cher Victor,

Samedi soir, j'ai été prise d'une vague de nostalgie, empreinte d'amertume. De l'amertume, à ton âge ?! C'est bien triste ! Hummm... Et pourquoi cette amertume ? J'ai écouté la bande originale de "La Boum". "La boum" ? Un film du début des années 80. Une jeune fille de treize ans en pleine crise d'adolescence, Vic, qui rêve d'amour et le trouve en la personne de Matthieu. Une amourette ? Oui. Sa première. Et qu'a-t-il de si spécial ce film ? Il faut sérieusement que je rattrape mon retard en matière de cinéma...

J'ai dû regarder ce film une bonne centaine de fois, entre douze et quinze ans. Je connaissais (et connais toujours, je pense...) les dialogues par coeur. Nous échangions la vidéo du film avec des camarades de classe qui, comme moi, grandissaient en même temps que Vic. Nous échangions des points de vue passionnés sur les personnages, faisions l'éloge de Sophie Marceau, si criante de naturel. Nous avions treize ans, comme elle. Jamais embrassé de garçon. Rêvant du grand amour, d'étreintes enfiévrées. J'avais donné une boum en classe de Cinquième. Prié pour que M., sur qui j'avais jeté mon dévolu, danse le slow "Reality" avec moi. Et ce fut chose faite ? Bien sûr que non. Je ne l'intéressais pas du tout...

Samedi soir, donc, j'ai écouté la chanson phare du film, "Reality". J'avais tant rêvé connaître le grand amour sur cette chanson... Elle m'a paru extrêmement sirupeuse. J'en tire une certaine tristesse, teintée de surprise... Je me revois allongée sur mon lit, à treize ou quatorze ans... Je m'imaginais dansant un slow langoureux avec le garçon qui peuplait mes rêves de l'époque. J'étais Vic. Lui était Matthieu. Il était éperdument amoureux de moi. Je tombais dans ses bras. Il m'embrassait passionnément. J'y croyais dur comme fer. J'avais les mains moites, le coeur battant, les papillons dans l'estomac. Ouh la la... Est-ce vraiment le genre de pensées que l'on entretient à quatorze ans ? Ne te méprends pas, Victor ! Mes songes étaient d'une chasteté exemplaire, vraiment ! L'idée d'un simple baiser suffisait à me faire chavirer... J'ai toujours été d'un romantisme échevelé !

En écoutant la chanson "Gone on forever", qui clôt le film, je me suis dit que finalement, il ne me restait rien de tout ça... Je rêvais du prince charmant, comme Vic. Or, le prince charmant n'existe pas. Je rêvais de quelqu'un qui me serre contre lui, sur un slow meringué. Qui me caresse les cheveux, comme dans le film. Que reste-t-il de tous ces rêves ? Tu as grandi, voilà tout ! Je n'ai pas vu le film dont tu parles, mais j'imagine que le cinéma ce n'est pas la vraie vie... J'ai grandi, c'est vrai. Et samedi soir, en écoutant "Reality", je me suis aperçu que j'aurais volontiers retrouvé mes quatorze ans. Pour croire qu'il existerait, un jour, quelqu'un qui aimerait danser avec moi et me caresser les cheveux... Que le Prince Charmant viendrait sur son beau cheval blanc. Qu'il descendrait de sa monture, mettrait "Reality" sur le tourne-disque... Ne dirait pas un mot... Me prendrait dans ses bras... Tu vas peut être un petit peu loin ! Tout ça, excuse-moi, Mirabelle mais... Ce sont des inepties !

Du jour où j'ai compris que je ne serai jamais Vic, j'ai cessé de regarder ce film. J'ai cependant conservé la vidéo. Je ne l'ai pas visionnée depuis la fin de Troisième. La coupure fut brutale. Cependant, j'ai toujours énormément de tendresse pour "La Boum". Il me rappelle mes espoirs, mes inquiétudes, mes rêves, mes larmes de toute jeune fille. Il me rappelle M., mes stratégies pour le séduire... Les murmures entre copines, les encouragements à me lancer... Mes premiers émois, en somme. Qui n'ont plus rien à voir avec ceux d'aujourd'hui, plus adultes, moins éblouissants. J'ai grandi, c'est vrai... Mais la petite Mirabelle est toujours là...

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Jeudi 3 août 2006

Mon cher Victor,

Pas plus tard qu'hier, je discutais avec un ami. Nous en sommes venus à parler du couple. Aie aie aie... De la vie à deux. Des efforts à fournir pour que l'harmonie s'installe et surtout, perdure ! Grand mystère autour duquel toute destinée tourne... Comme tu dis. Les concessions... Dans ta vie amoureuse, faire des concessions t'a-t-il été naturel, Victor ? Hummm... Naturel, je ne sais pas... Ces choses-là peuvent-elles être naturelles ? J'en doute... Il s'agit bien d'efforts... Les efforts sont conscients et volontaires, je ne pense donc pas que cela soit naturel... Ah... Et que pensait ton ami de tout ça ? Qui est cet ami, d'ailleurs ? C'est le garçon dont je te parlais dans cet article et dans celui-ci. Il y avait longtemps ! Effectivement. Il me disait qu'il se sentait incapable de faire des concessions. Hummm... Et toi, Mirabelle, quel est ton point de vue sur tout ça ? C'est bien pour te le donner que j'écris cet article !

Je n'ai jamais vécu avec qui que ce soit, Victor, tu le sais. Oui, tu es toujours chez tes parents. Et j'ai du mal à envisager ce que peut être la vie en couple, au quotidien. J'ai bien sûr entendu parler de ces petites choses routinières qui bousillent un grand amour : dentifrice mal refermé, chaussettes sales qui traînent dans le salon etc. Ce sont des détails faciles à corriger, si chacun y met du sien ! Encore faut-il que chacun soit volontaire et fasse des efforts. Oui. C'est là tout ce qui nous occupe aujourd'hui. Que faire si le partenaire ne fait pas ces efforts, Victor ? Là, tu m'en demandes trop, Mirabelle ! Il n'y a pas de conseil qu'on ne personnalise pas : tout dépend de chacun, de ce qu'il attend de l'amour, de l'autre, de ce qu'il est prêt à accepter et de ce qu'il ne tolérera pas au contraire ! Humm... Ca me tracasse. Pourquoi donc ?

Tu me connais un peu, Victor, et il se trouve que je me connais bien moi-même. Je me fais une montagne de tout. De tout. Et j'ai souvent du mal à mesurer les évènements de ma vie. A relativiser, tu veux dire. Oui. A différencier ce qui n'est pas important de ce qui l'est, et vice-versa. Tu es trop exigeante avec l'autre, sans aucun doute, ce qui fait que tu es toujours déçue. C'est ce qu'on m'a dit plusieurs fois. C'est là que cela me tracasse... Allons bon... J'ai mes petites habitudes, mes petits défauts que certains désigneront sous le terme de "maniaqueries". Par exemple, je ne supporte pas qu'on fasse une vinaigrette à même l'assiette : une vinaigrette doit son goût au mélange huile, vinaigre, sel et poivre, et ce n'est, selon moi, plus une vinaigrette si on lance les trois cuillères d'huile, la cuillère de vinaigre, les pincées de sel et de poivre séparément sur l'assiette, sans les mélanger ! C'est à ce point ?! Pourtant, chacun est libre de faire sa vinaigrette à sa sauce, si je puis dire ! En théorie, je l'accepte. En pratique, j'ai dans l'idée que les choses doivent être faites d'une certaine façon et pas autrement. Donc tu es rigide. Tu crois que je suis rigide ? Disons que si tu ne l'es pas encore, tu en prends le chemin... Ah, mon dieu ! Je ne veux pas être rigide ! Et si la personne que tu aimes fait une vinaigrette "à sa manière", tu le prends comment ? Mal, évidemment. Je lui fais des remontrances... C'est là qu'il faut relativiser, Mirabelle !

Les concessions, c'est la capacité qu'a chaque partenaire à accepter que l'être aimé grignote peu à peu ses idées trop bien établies : une jeune fille qui admet que son amour "fasse sa vinaigrette comme il le souhaite" peut obtenir en échange, si son partenaire est plein de bonne volonté la promesse de "rabaisser le couvercle des toilettes à l'avenir". Humm... C'est presque trop beau... Mais non, mais non ! C'est tout à fait réalisable ! Et pour les idées qui tiennent plus à coeur, que fais-tu ? Que veux-tu dire ? Eh bien... Pour tous les grands principes de la vie ! Il est alors plus difficile de s'accorder avec l'autre à mon avis. Et là, ça se règle à deux, dans l'intimité, en discutant à coeur ouvert. Et c'est généralement plus grave qu'une malheureuse histoire de vinaigrette...

 

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Jeudi 17 août 2006

Mon cher Victor,

Sache tout d'abord que ce que je m'apprête à dire n'est absolument pas dirigé contre toi, ni aucun autre de mes lecteurs masculins ! Très bien... Je suppose donc qu'il s'agit d'un article "coup de gueule", aujourd'hui ? Oh que oui ! Et un franc, en plus !

Comme tu le sais, Victor, je suis une femme ! Il me semblait bien l'avoir remarqué, oui ! Et je voulais, au jour de la blogosphère, vociférer, grâce à mes deux petits poumons bien garnis d'oxygène, et d'une manière COMPLETEMENT IRRATIONNELLE ! Je précise ce point par souci d'anticipation : sache, Victor, que cette conversation a été menée sous le coup de la colère, de l'indignation, que dis-je, du ras-le-bol, et que le ton scandalisé que je m'apprête à employer ici retombera aussi vite qu'il était monté ! Nous voilà avertis... Sache également que les grandes déclarations que je vais prononcer seront sans doute exclusivement fondées sur l'indignation, et qu'il sera, pour cette raison, tout à fait évident pour un sujet sain d'esprit et habile de son cerveau, de contrer mes arguments en un tour de main ! Mais comme on dit... Il faut que cela sorte !

Je me posais une question, mon Victor : pourquoi, nous les femmes, devons-nous toujours être parfaites ? Ah... Euh... Eh bien... Je dois répondre ? Non, pas vraiment... Il s'agissait plutôt d'une question rhétorique ! Tant mieux, car je t'avoue que je ne savais strictement pas quoi répondre... Pourquoi devons-nous toujours être à la hauteur ? Pourquoi cette image de la beauté nous colle-t-elle à la peau ? Pourquoi ? Dis, pourquoi ?

Pourquoi est-ce toujours aux femmes de plaire aux hommes ? Pourquoi devons-nous nous épiler dès que le poil repousse, toute effrayée que nous sommes à l'idée que notre cher et tendre puisse entrevoir ce début de pillosité ? Pourquoi nous conseille-t-on, avec ce sourire désarmant, de nous faire le maillot "bien échancré parce que c'est plus joli", alors que ce "on" ignore la souffrance que tout individu de sexe féminin doit endurer pour arriver à un joli triangle sur le pubis ?? Hein, dis, Victor, pourquoi ? Mirabelle, je dois dire que toutes ces questions me dépassent un petit peu... Evidemment. Il s'agit ici d'un problème qui touche MA génération, et non pas la tienne... Alors je m'adresse ici à nos voisins de table, à ces hommes, tranquillement assis, ignorants des responsabilités pesant sur nos épaules !

Je revendique, Victor, le droit à l'imperfection. Je revendique le droit à la flemme, la flemme de traquer mes poils ! Je revendique également celui de m'épiler au rasoir "parce que ça va plus vite". Je revendique le droit de n'être pas toujours maquillée, de parler comme un charretier, de dormir avec des chaussettes, d'avoir un petit bidon et de me ronger les ongles ! Pourquoi les hommes nous veulent-ils toujours belles et sexy ? Hein, pourquoi ? Pourquoi ne sourient-ils pas de notre peau d'orange et de nos petits bourrelets ? Pourquoi sont-ils si exigeants avec nous, alors, que nous les femmes, pauvres âmes, tolérons sans peine leurs mentons mal rasés et leurs joggings usés ?

Oui, c'est vrai, je suis imparfaite. Je n'ai ni porte-jarretelles ni guépière et pourtant, j'estime que je suis une femme, une vraie, avec sa propre identité de femme : j'aime me faire belle, oui, mais quand je le décide ! J'aime avoir les jambes douces, c'est vrai, mais quand je le décide ! Et j'aime aussi, ce n'est pas contradictoire, traîner jusqu'à pas d'heure en pyjama, ou au réveil, rire de mes cheveux ébourriffés !

Alors, messieurs, s'il vous plaît, soyez plus compréhensifs envers celles à qui on demande d'être partout à la fois : bonne amante, bonne épouse, bonne mère... Et si vous nous aimez, si vous nous aimez VRAIMENT, acceptez-nous comme nous sommes, avec nos poils et notre petit ventre. Avec nos défauts et nos travers. Au fond, quelle importance si le triangle n'est pas parfait ? Quelle importance s'il subsiste encore, ici et là, sur notre gambette, un ou deux poils rebelles ? Avant de vous plaindre de notre pillosité, veuillez, je vous prie, considérer les efforts accomplis par nous, les femmes, pour vous plaire : joli chemisier, raie sur le côté, frange discrète... Si vous nous aimez, si vous nous aimez VRAIMENT, ne nous forcez pas à faire des choses que nous n'accomplirons qu'au prix de larmes irréversibles, ou de sacrifices honteux. Nous sommes des femmes, quoi qu'il arrive. Des femmes à notre façon... Même si nous ne ressemblons pas à l'icône sexy que j'ai jointe à cet article, loin de vos fantasmes les plus lubriques.

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Un mot au vol ?

Opinion


Et si vous nous faisiez part de votre opinion ?


Victor mène l'enquête.

Parce que Mirabelle se le demande !




personnes ont écouté la conversation entre Mirabelle et Victor depuis leur rencontre.


Aujourd'hui, à :

il y a 1 personne(s) qui papote(nt) avec Mirabelle et Victor.


La requête de Victor :

  • Parce que Mirabelle et moi-même aimons beaucoup de gens... Allez donc jeter un coup d'oeil à notre tour de tables !


Nos recommandations :

  • Un clic et vous y êtes... Si vous souhaitez quelques conseils pour guider votre lecture, bien entendu !


Lexique IUFMesque à l'usage des non-initiés :

  • Mirabelle, dans son infinie bonté, a daigné me proposer (ainsi qu'à toi, ô lecteur non affilié à l'Education Nationale !) un lexique de rattrapage, sensé me donner les repères indispensables à la compréhension de deux rubriques.


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