XXIeme siecle

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Avant-propos

Cher lecteur,

Exceptionnellement, nous nous adresserons à toi directement : ce site n'est en aucun cas une biographie de Victor Hugo. Alors si tu pensais trouver ici la vie de notre Totor national en long, en large, et en travers, passe ton chemin !

 

Pour bien comprendre les propos de nos deux protagonistes :

1° Des caractères gras de couleur bleue quand Victor s'adresse à Mirabelle

2° Une police des plus classiques quand Mirabelle s'adresse à Victor

 

Sur ce, bonne lecture !

 

Lundi 16 juillet 2007
Mon cher Victor,

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Il y a longtemps que je n'étais pas venue bavarder avec toi. C'est à cause de moi ? Tu n'aimes plus ma compagnie ? Si, bien sûr que si. C'est simplement que je suis en vacances et du coup, la catégorie "Mirabelle, maîtresse stagiaire", qui nous occupait beaucoup, s'étoffe moins. Eh bien tu n'as qu'à faire un sort aux autres ! J'y songe mais rien ne vient. Je suis dans une drôle de période, Victor. Ah... J'ai l'impression de tout laisser glisser, de faire du sur place... Tu n'es quand même pas gênée de dire ça ! Ta situation professionnelle prend une très bonne tournure ! Oui, mais quitte à passer pour une geignarde, je ne sais pas dans quelle école je serai et je ne peux pas faire de projet, quel qu'il soit. Rien ne m'intéresse. La vérité, c'est que si je viens moins te voir, Victor, c'est parce que je ne me sens pas très bien en ce moment. Certaines choses que j'espérais ces dernières semaines, et que je ne souhaite pas évoquer, ne se réaliseront pas. Et ça me rend triste.

Tout devrait bien aller pour toi, pourtant !
En apparence, oui. Mais je suis la Bree Van de Camp française. Faire comme si tout allait bien. Sourire. De façade. A l'intérieur, se dire que tout ça est une belle comédie. A ce point ? Je ne sais pas. Il m'est difficile d'être objectif. Tout ce que je sais, c'est que le bonheur me paraît inatteignable. Ah, le bonheur... Vaste sujet... Est-ce de ma faute ? Sans doute que je ne mérite pas d'être heureuse... Tu veux bien arrêter tes bêtises ? Le bonheur est un droit, Mirabelle, et chacun a le droit de le poursuivre ! Bientôt, tu vas me réciter la Constitution des Etats Unis... Ne change pas de sujet, tu veux ?! Tout ce que j'essaie de te dire, c'est que plus tu chercheras le bonheur, moins tu le trouveras ! Ce n'est pas en les guettant que tu savoureras des instants précieux ni en dévalorisant les minutes de rare sérénité qui te traversent que tu te sentiras mieux. Tu commences à bien me connaître... Il serait temps !

Parfois, je me demande si le bonheur, ce n'est pas se contenter de peu. Ne rien attendre des autres. Ne pas être exigent. Et se raccrocher à ce qui nous semble stable dans la vie en se disant que si on veut, on peut. Sauf que parfois, on ne peut pas toujours... Je sais bien. Cependant, j'aime croire qu'on peut tant qu'on n'a pas la certitude qu'on ne peut pas. Tu vois ce que je veux dire ? Oui, je vois. Bref. Je me demande si le bonheur est une question de volonté ou de nature. De caractère ou de maturité. C'est sans doute faire preuve de sagesse que de relativiser ce qui nous entoure et de parvenir à ne pas regarder en arrière. Sauf que je ne suis pas comme ça du tout. Je voudrais en être capable. Ne pas me soucier des autres, ne pas observer ma vie de loin et me dire que je suis une fille totalement inintéressante. Oublier ce qui me déçoit. Tirer un trait sur toutes les erreurs de ma vie, sur tous ses défauts, sur tout ce qui me la gâche, sur tout ce qui m'empêche d'avancer. Je ne peux pas.

Je débute cette semaine d'un bien mauvais pied, c'est vrai. J'ai hâte qu'elle se termine. Je sais qu'elle sera ratée et que le dimanche soir, je serai amère et déçue, en me disant que j'ai fait semblant une fois de plus et que rien ne s'est produit. Les journées se ressemblent. Imperturbables. Grises comme le ciel de ma région natale, tristes comme la pluie qui cogne contre le carreau depuis environ une demie-heure. Tout à l'heure, j'ai failli acheter un billet pour Portsmouth. Un voyage en bateau, un sac de voyage, et j'aurais foulé le sol de mon Angleterre. J'ai failli dire à Claire que j'arrivais, qu'elle pouvait préparer la chambre d'ami. J'aurais pris ma semaine, pour avoir de vraies vacances, puisque les vacances sont faites pour se détendre et voir la vie du bon côté. Une parenthèse, encore... N'oublie pas que les parenthèses sont faites pour être refermées, Mirabelle... Je sais. De toute façon, je n'ai pas le grain de folie qui me permettrait de partir à l'improviste. Mais l'idée même d'y penser, d'y rêver, d'imaginer tout ce que je pourrais faire là-bas... Prendre le premier bus National Express, retirer des livres au distributeur, demander mon chemin en anglais... Oui, tout ça m'a fait du bien, l'espace de cinq minutes. Cinq minutes seulement...
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Dimanche 29 juillet 2007
Mon cher Victor, Dieu.gif


Avons-nous déjà évoqué la religion ensemble ? Ohhh... Sujet périlleux, Mademoiselle ! J'avais déjà dû en parler plus ou moins, dans cet article notamment. C'était plus moins que plus... Certes. Je n'ai jamais vraiment parlé avec toi de mon idée de Dieu.

Nous avons tous besoin de quelque chose auquel nous accrocher.
L'idée du vide, des hommes face à eux-mêmes, livrés à eux-mêmes, peut être angoissante. On s'interroge sur l'existence du monde, sur le pourquoi du comment on a atterri là, nous, en tant que personne. Pourquoi tel spermatozoide a fécondé tel ovule, pourquoi nous sommes tels que nous sommes. L'idée du hasard peut effrayer. Elle t'effraie ? Elle me titille un peu, disons. S'il ne me fait pas peur, ce cheminement existentiel vient souvent frapper à ma porte dans les instants difficiles, quand vient le moment de faire un choix, par exemple. Et parfois, je me dis que s'il existe, là-haut, le vieil homme doit bien rire... Alors tu crois en Dieu ?! Non. Ton raisonnement est légèrement contradictoire, Mirabelle...

On a besoin d'être rassuré. De se dire que nous ne sommes pas seuls. Que quelqu'un est responsable, responsable de ce que nous sommes. Après tout... C'est le vieil homme qui a puni Adam et Eve pour avoir croqué dans la pomme, nous sommes donc des victimes indirectes. Oui, mais en prenant les choses par l'autre bout, on peut aussi dire que c'est Dieu qui nous a permis d'être sur terre ! C'est là qu'on s'aperçoit que notre rapport à la divinité est très ambivalent. D'un côté, quand on a ne serait-ce qu'un MINUSCULE aperçu de ce qu'est notre "lot", la terre avec ses guerres, ses inégalités, la famine, l'injustice, on se dit que Dieu doit être bien mauvais pour avoir laissé faire ça ! Et de l'autre... De l'autre, les croyants (car ce n'est pas ainsi que moi, je fonctionne, et je ne pense pas être la seule...) remercient Dieu pour leurs réussites ou les tâches à accomplir : ainsi, un coureur de fond que je ne citerai pas (c'est un Français très très connu !), vainqueur des Championnats d'Europe, remerciera Dieu au micro de France 2, car ce serait Dieu, d'après lui (et permets moi d'en douter !) qui l'aurait fait gagner ! Et ça, bon dieu... Mirabelle ! Et ça, bon sang, je n'en reviens pas !

C'est là que je me dis qu'au fond, la foi, c'est de la sélection.
Dieu est toujours celui qui vient en aide, jamais celui qui punit. Si on perd un enfant en bas âge, on dira que Dieu l'a rappelé en lui, on ne lui en voudra pas. La pauvre maman se contentera d'implorer l'aide de Dieu pour surmonter cette épreuve, elle ne lèvera pas les yeux au ciel pour incriminer Dieu et l'accuser de cette injustice. En fait, je me dis que la foi aide à tenir le coup, à accepter notre condition. Je me dis que la vérité importe peu. On ne saura jamais si Dieu existe. Cependant, ceux qui ont décidé de le croire ont choisi de se rendre la vie un peu plus douce, en cherchant un soutien. C'est louable. Et je le comprends. Après tout, que Dieu soit responsable de nos malheurs ou non, ce dont on peut être certain, c'est qu'il ne descendra jamais sur le plancher des vaches pour nous faire un petit coucou, et ce qui compte, pour nous autres mortels, c'est d'être heureux et de rendre notre court passage sur terre le plus agréable possible. Mais ce n'est pas ainsi que je fonctionne !

Moi, je crois en l'homme. C'est d'une banalité à pleurer de dire ça, mais c'est vrai. Quand on m'accuse d'être trop optimiste, d'espérer qu'un jour, le monde changera, et ce grâce à la volonté de tous, grâce à nos forces toutes entières réunies, à nos rêves, à notre dépassement, je l'assume. Quand j'espère qu'un jour, les hommes seront égaux de fait et non plus de droit, je l'assume. Personne ne sait si mon voeu s'exaucera. Mais le fait même d'y avoir songé m'aura rendu la vie plus douce. Car je n'ai pas envie de m'en remettre à l'existence d'un hypothétique seigneur pour vivre ce que j'ai à vivre parmi les miens.  S'il y a des guerres, des injustices, c'est de notre faute, à nous les hommes. Si nous sommes capables de combattre les maladies, si la chapelle Sixteen existe, c'est à cause de nous, les hommes. L'homme est capable du pire comme du meilleur et je n'ai pas envie de mêler quelqu'un d'autre à tout ça.

En fait, ce qui me gêne le plus, dans la religion, c'est son déterminisme. Il peut être terrible. Oui, comme tous ces hommes de votre époque, qui se font sauter au nom de Dieu, tout ces hommes prêts à commettre les pires atrocités au nom de Dieu, par fanatisme... Ca, évidemment, c'est un cas extrême ! Mais il se répand, malheureusement.
Ce qui me dérange, dans le type de comportement énoncé plus haut, c'est que l'homme n'est vu que comme un simple instrument, un jouet banal que notre soit-disant créateur manipulerait à sa guise. Le coureur dont je parlais précedemment a pourtant dû s'entraîner très dur pour en arriver là où il est et j'aurais tendance à penser que sa victoire n'est que le fruit de ses efforts, et qu'il l'a bien méritée. A vrai dire, je ne vois pas trop ce que Dieu vient faire là-dedans. Et s'il avait perdu, aurait-il affirmé que c'était Dieu le responsable ? Lui en aurait-il voulu ? C'est peu probable ! C'est évidemment bien plus inquiétant lorsqu'il s'agit de crimes, comme tu le disais, Victor. Dans ce cas, il semblerait que l'homme n'a plus le choix, ni du bien ni du mal. Il n'y a plus que Dieu, Dieu, Dieu, c'est comme si l'individu avait perdu l'entendement. Comme si lui-même et les autres lui devenaient insensibles, et qu'il n'était plus que mis au service d'une cause, d'une mission, celle de satisfaire Dieu. Comme un robot qui exécuterait des ordres. Et ça, tu vois, c'est un aspect de la religion qui me fait peur. Heureusement, tous les croyants ne sont pas ainsi ! Ouf...

Tout ce qu'il faut espérer, c'est qu'un jour, croyants et non croyants seront capables de cohabiter, en se respectant, en se tolérant mutuellement. Ca, c'est loin d'être gagné... C'est l'histoire de notre monde, tu le sais !

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Samedi 11 août 2007
Mon cher Victor,

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Hier, pour essayer d'oublier mon échec cuisant, je suis allée au cinéma. Quel film ? "Ratatouille". Un film sur la cuisine ? Un film d'animation. Un rat qui veut devenir cuisinier et finit par le devenir dans plus grand restaurant de la capitale française, après maintes et maintes mésaventures. Ce n'est pas pour les enfants, ça, les films d'animation ? Mais non ! C'est pour toutes les générations, pourvu que celles-ci en soient conscientes ! Si tu le dis... C'était bien ? Oui, très bien. Et... ? A vrai dire, je ne voulais pas te parler de ce film, Victor. Ah. Et de quoi donc ?

Du cinéma. Tu sais à quoi ressemble un cinéma d'aujourd'hui, Victor ? Euh... C'est une sorte de supermarché. Enfin, c'est un grand mot mais m'est avis que cela ressemblera de plus en plus aux cinémas britanniques, qui m'avaient bien désarçonnée. Nous n'en sommes pas encore au point de payer nos places en même temps que de commander un burger et un coca, mais un jour... Bref. Le cinéma d'aujourd'hui, dans notre bonne vieille France, c'est beaucoup de publicités et de moins en moins de bandes annonces, comme je le déplorais ici. Et puis surtout, ça devient si cher, si cher, que ça finit par me faire rire jaune. Hein ?! Ben oui. C'est bien la peine, après, que les politiques nous servent leurs grands discours égalitaires sur la nécessité de faire de la culture une richesse accessible à tous. Bref... Oui : bref ! Laissons de côté tes opinions politiques, Mirabelle...

A chaque fois que je foule le sol d'une salle de cinéma, j'ai une pensée pour la petite fille que j'étais. Allez, embarque-nous dans tes souvenirs... Les souvenirs ont cela de charmant qu'ils peuvent être, parfois, embellis par le flou. Ou par l'idéalisation... Oui. Toujours est-il que j'ai besoin, pour apprécier totalement une séance, de retrouver mes sensations d'autrefois, celle de la petite fille que sa maman emmenait voir le dernier Walt Disney. Celle qui trouvait tout tellement grand et tellement mystérieux, celle qui attendait avec impatience de voir l'ouvreuse passer dans les rangs du cinéma, avec son panier rempli de glaces et autres délices sucrés et chocolatés. Ta maman t'en offrait ? Non. Ou alors très rarement. Je crois d'ailleurs que cette frustration, ce désir, sont pour beaucoup dans mon émerveillement de l'époque. Oui, comme les interdits qui nous font briller les yeux... Voilà, oui. Je regardais les enfants léchant leurs glaces avec une pointe de jalousie, tandis que j'entendais le doux tintement des pièces de monnaie tendues à l'ouvreuse. Il y avait les lumières feutrées qui descendaient sur son uniforme, et le claquement de ses talons sur les marches.

Les murmures dans la salle. Tous ces gamins trépignant d'impatience, comme moi. J'avais sous mes fesses mon manteau roulé en boule, réhausseur forcé pour parvenir à voir l'écran. Je scrutais les lumières : quand allaient-elles s'éteindre ? Une habitude que je n'ai pas perdue... Et puis soudain, un chuchotement dans la salle. Ca y est... Elles s'éteignent ! C'est les cartoons. Les cartoons ? Oui. C'était bien un truc de mon enfance, ça... Avant les films d'animation, passaient des dessins animés très courts, du genre de ceux que je regardais à la télévision, de bon matin, le mercredi ou le week-end. Ah, les cartoons... J'en ai un souvenir impérissable... J'entends encore la musique dans mon esprit...

Après les cartoons venait le film. J'ai un souvenir particulier de "Rox et Roucky", ainsi que d'"Oliver et Compagnie". C'est sans compter "Fievel au Far-West", qui m'a carrément foutu les boules (normal, Fievel  était tout de même en fort mauvaise posture, sur un pont en flammes, au dessus d'un immense bûcher !) et du coup, ma maman et moi avions été obligées de quitter la salle. Nous avons ensuite été prendre une crêpe, dans un établissement de ma petite ville. Toujours le même. Nous prenions la même petite table, dans un coin, à l'étage. Toujours le même rituel, après chaque séance de cinéma. Je prenais une crêpe au chocolat, ma maman une crêpe au miel. Quand ma petite soeur fut en âge d'apprécier les histoires sur grand écran, elle nous accompagna. Et puis nous avons grandi... Et perdu ce rituel.

Alors j'ai toujours une pensée pour cette petite fille quand je foule le sol d'une salle de cinéma. J'attends toujours que l'ouvreuse apparaisse avec ses merveilles sucrées par la porte battante. J'attends le dessin animé. Un dessin animé qui ne vient jamais, évidemment... Heureusement,
même si je désespère qu'il y ait autant de publicités et si peu de bandes-annonces, même si je trouve que la place de cinéma est de plus en plus chère, j'ai toujours un soupir de contentement quand les lumières s'éteignent. Là, la magie peut commencer. Et ça, ça n'a pas prix.
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Jeudi 23 août 2007
Mon cher Victor,

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Il est 4 h du matin et j'ai décidé de venir bavarder avec toi. Attention ! Tu prends des risques ! Vilaine fille ! Victor... Je suis d'humeur très poétique ce soir. Laisse de côté tes sarcasmes... S'il te plaît.

Il est  4 heures du matin. Dehors, tout est calme. La ville dort. La rue entière dort. Et moi, moi j'écris. J'aime écrire la nuit. Je n'en ai pas souvent l'occasion. Mes parents sont en vacances, et ma petite soeur est partie en goguette. J'ai la maison pour moi toute seule. Un délicieux goût d'indépendance, d'autonomie.

J'ai passé une soirée délicieuse. Indescriptible. Mes amis de PE1. Les rires. La joie de se retrouver. Joie d'autant plus forte que... Nous savons tous, chacun d'entre nous, que nous serons bientôt disséminés aux quatres coins du département. C'est la vie qui veut ça. C'est la vie... J'ai ri, discuté, souri. Sans regarder l'heure. Sans penser à septembre. J'ai dansé, dansé, dansé. En oubliant tout. Je n'étais même plus instit', plus personne n'était instit'. Nous étions juste des presque-adultes, heureux de se retrouver. Des presque-adultes profitant de l'instant présent, dans un élan d'amitié fort, très fort.

Je suis rentrée chez moi à 3 h 30. Je n'ai pas eu envie de me coucher, désireuse de prolonger ce moment à ma manière, en écrivant. Portée par la liberté. La liberté d'écrire. Me pelotonner sur moi-même, dans ma mélancolie, dans ma nostalgie. Penser à cette année, qui a passé si vite. Penser à ce qui m'attend, à celle que je serai dans un an. Penser à ceux que nous serons tous dans un an. Ecrire et me sentir bien. Comme si tout avait un sens, soudain. Partir. Il est dorénavant 4 h 18 et je suis bel et bien éveillée. La fièvre de l'écriture a cela d'étonnant qu'elle est un puissant excitant.

Ce soir, je réfléchis à mes doutes. Mon instinct me dit que je continuerai. Parce que je dois écrire. Que j'en ai besoin. Que c'est vital. Ce soir, je suis bien, là, au milieu de la nuit. Je suis seule avec moi-même. Le monde est en suspens. Les volets sont fermés, partout. Il y a juste le ronronnement des voitures, qui passent au loin. Et moi, dont l'esprit vagabonde à la lueur de la lampe de chevet. Mon instinct me dit que je continuerai. Parce que j'aime ça. Que je ne peux pas m'en passer.

J'aimerais demeurer ainsi. Comme si j'observais le monde d'en haut, avec bienveillance. Avec patience. Avec confiance. J'aimerais demeurer ainsi, mes doigts sur le clavier, à me laisser voguer, au gré de la fièvre. J'aimerais demeurer ainsi, tranquille, décrire cette torpeur, modeste tentative, capter l'essence de l'écriture, cet état second dans lequel elle nous plonge. La quiétude qui m'envahit, à 4 h 25 du matin. Je ne dors pas. Je veux juste écrire. Ecrire. Et lâcher prise. Enfin.
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Mardi 28 août 2007
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Tout à l'heure, en allant à la pharmacie, je suis passée devant l'école de mon enfance. Il m'arrive souvent de me promener dans ce coin. Ta nature nostalgique t'y conduit régulièrement... Oui. Enfin là, c'était plutôt le besoin pressant de traitement médicamenteux. Bref.

En regardant la grille, la cour de récréation minuscule qui me semblait autrefois immense, en examinant tour à tour l'école maternelle et l'école élémentaire, je me suis dit que j'en avais fait un bout de chemin, un bout de vie, dans cette école. Je me suis dit que tous les enfants, devenus grands, prennent conscience un jour ou l'autre du rôle de l'école sur leur existence. C'est à l'école que j'ai appris à écrire. A l'école que j'ai entraîné mon imagination. A l'école que j'ai souffert sur les groupements en dizaines et unités, à l'école que j'ai éprouvé mon premier sentiment de honte après ne pas avoir su rattraper un ballon en cours de sport. Je revois précisément la scène... C'est à l'école que les premiers frissons d'amitié sont apparus, à l'école que j'ai admiré mes maîtresses, souhaitant de tout mon coeur être à leur place un jour. A l'école que j'ai eu mes premiers petits amoureux.

J'ai toujours aimé l'école. Malgré les mathématiques, la géométrie et l'éducation physique ? Oui, malgré tout ça. Parce qu'il y avait aussi les rédactions, celles que la maîtresse lisait devant la classe en me félicitant pour mon style, parce qu'il y avait la grammaire, que j'adorais (mais oui, c'est vrai...), parce qu'il y avait les récréations, les "tb" sur les cahiers. Ton appréciation est bien personnelle, Mirabelle... Bien d'autres enfants n'ont pas dû aimer l'école, éprouvant plus de difficultés en classe... Certainement. J'ai d'ailleurs énormément d'adultes autour de moi qui affirment avoir été dégoûtés par l'école. J'ai eu de la chance.

En passant devant mon école, soudain, je me suis revue. Comme si j'y étais. C'était un jeudi soir. Ma maman était venue me chercher, comme tous les jeudis, mon père ayant une réunion, comme tous les jeudis. J'avais mon cartable sur le dos et je me réjouissais de quitter l'école. Après le traditionnel bisou et le "tu as passé une bonne journée ? Qu'as-tu fait de beau, aujourd'hui, chérie ?", je lui racontais mes aventures de la journée (la dispute avec Clémence, le 0 faute en dictée, le problème de mathématique, les bêtises d'Aurélie...) alors que nous poussions la porte de l'école maternelle pour aller chercher ma petite soeur. Une fois la cadette récupérée, ma maman sortait alors un petit sac en papier de son cabas. Tous les jeudis, ma maman nous offrait un pain au chocolat. Ils sentaient bon, ces petits pains au chocolat, ils étaient chaud. Nous les mangions sur le chemin du retour, tandis que ma soeur narrait ses exploits de Grande Section et que j'énumérais les devoirs à faire pour le lendemain.

Ca n'a l'air de rien un souvenir comme ça, je le sais bien. Beaucoup d'enfants en ont, du même style. Mais c'est un souvenir que je lie à l'école. J'aimais les jeudis. J'aimais retrouver mon petit pain au chocolat à la sortie et embrasser Aurélie, la bouche pleine de miettes, les lèvres toutes chocolatées, près de la grille. Lui hurler : "A demain Auréééé !", en traînant mon cartable par terre, ce qui me valait toujours une remarque maternelle.

Oui, ça n'a l'air de rien, un souvenir tel que celui-ci. J'en ai vus bien d'autres, des gamins s'en aller la bouche bourrée de bonbons, de croissants ou d'autres sucreries patissières. J'en ai vus bien d'autres, à la sortie de l'école, le cartable traînant par terre, saluant de loin leurs meilleurs copains. J'en ai vus bien d'autres accrochés aux grilles à taner leurs mamans pour le précieux goûter. Oui, j'en ai vus bien d'autres. J'en verrai encore, encore et encore, et tu ne peux pas savoir combien ça me rend heureuse.
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Un mot au vol ?

Opinion


Et si vous nous faisiez part de votre opinion ?


Victor mène l'enquête.

Parce que Mirabelle se le demande !




personnes ont écouté la conversation entre Mirabelle et Victor depuis leur rencontre.


Aujourd'hui, à :

il y a 2 personne(s) qui papote(nt) avec Mirabelle et Victor.


La requête de Victor :

  • Parce que Mirabelle et moi-même aimons beaucoup de gens... Allez donc jeter un coup d'oeil à notre tour de tables !


Nos recommandations :

  • Un clic et vous y êtes... Si vous souhaitez quelques conseils pour guider votre lecture, bien entendu !


Lexique IUFMesque à l'usage des non-initiés :

  • Mirabelle, dans son infinie bonté, a daigné me proposer (ainsi qu'à toi, ô lecteur non affilié à l'Education Nationale !) un lexique de rattrapage, sensé me donner les repères indispensables à la compréhension de deux rubriques.


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