XXIeme siecle

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Avant-propos

Cher lecteur,

Exceptionnellement, nous nous adresserons à toi directement : ce site n'est en aucun cas une biographie de Victor Hugo. Alors si tu pensais trouver ici la vie de notre Totor national en long, en large, et en travers, passe ton chemin !

 

Pour bien comprendre les propos de nos deux protagonistes :

1° Des caractères gras de couleur bleue quand Victor s'adresse à Mirabelle

2° Une police des plus classiques quand Mirabelle s'adresse à Victor

 

Sur ce, bonne lecture !

 

Vendredi 19 janvier 2007
Mon cher Victor,

Suite à cet article, où j'exprimerais mes craintes quant à mon stage en responsabilité, je souhaitais t'annoncer une nouvelle souriante, que dis-je, resplendissante, merveilleuse, sensationnelle ! Ahhh ! Tu vas faire des heureux : Sev, par exemple !

Laisse-moi d'abord t'expliquer quelques petites choses. Le stage en responsabilité, qui se tiendra de début mars jusqu'à fin mars, est une vaste loterie. C'est à dire ? C'est à dire que c'est (en partie) le HASARD qui choisit les affectations des stagiaires. Pourquoi "en partie" ? Parce qu'il y a tout de même des priorités : le mémoire. Si le stagiaire a choisi ses lieux de stage en fonction de son mémoire (c'est à dire s'il a besoin d'étudier telle ou telle classe pour élaborer sa réflexion), il est prioritaire. Seule obligation pour les stagiaires : choisir un lieu de stage qui soit différent de celui de leur stage en responsabilité filé.

Alors il te fallait autre chose qu'un... Cycle 1 ! Oui, c'est ce que je voulais dire ! Je ne pouvais donc choisir dans mes voeux que du Cycle 2 et du Cycle 3. J'avais, par conséquent, fait 15 voeux non-hiérarchisés, comme tous mes camarades, parmi ceux les plus proches de mon domiciles et les plus accessibles, puisque ce fichu permis de conduire conditionne tout. Et les lieux ? Un certain nombre étaient "satisfaisants" du point de vue de l'accessibilité, mais j'ai tout de même dû piocher dans les "trous du cul du monde"... Oh !! Mirabelle !! Il n'y a pas d'autre expression !

Je craignais, bien évidemment, que la malchance ne s'abatte sur mon destin déjà fragilisé, imaginant avec horreur l'éventualité de louer quelque chose pendant trois semaines, si par malheur mon lieu de stage était très mal desservi. Un gros souci s'imposa alors dans mon esprit : comment faire pour me procurer des ressources documentaires, indispensables pour monter des séances ? C'est un point préoccupant, en effet...

Bref. Le jour où on m'a fait parvenir les différents lieux de stage, le jour où il a fallu formuler des voeux et que j'ai consulté la carte de mon petit département, j'ai fondu en larmes devant les trous perdus et les écoles au milieu de nulle part. Bref... Viens en à l'essentiel : et ton affectation ??? Ne brûlons pas les étapes !

Ce même jour (le matin, à vrai dire... Et j'aurais mieux fait de commencer par là !), un membre du secrétariat pédagogique de l'IUFM nous explique le fonctionnement concernant les affectations sur les lieux de stage : c'est l'ordinateur qui fait tout, par un procédé appelé "la moulinette" ! Cette moulinette tire au sort entre les différents prétendants, tout est une question de chance... Cependant, on nous avertit d'un risque : celui d'un deuxième tour, certaines affectations n'étant pas attribuées dès le premier ! Tu suis, Victor ? J'essaie, j'essaie...

Alors, on pronostique. On tient compte des mémoires (laquelle de mes copines a demandé tel cycle ? A-t-elle choisi selon son mémoire ?), on élabore des stratégies. Ma copine Sophie, par exemple, craignant d'être au deuxième tour, a ciblé des lieux très éloignés, pensant que personne ne les choisirait. Quant à moi... Bloquée par cette saloperie de permis, je sélectionne les lieux les plus proches de ma petite ville, bien obligée, ceci dit, d'inscrire quelques "trous du cul du monde" pour parvenir à quinze voeux.

Et hier, le grand jour. A midi, la liste des postes est affichée. Et ? Et je n'en crois pas mes yeux : je suis à cinq ou six bornes de chez moi, dans une ville très prisée ! Une ville TRES TRES bien desservie, puisque je n'ai qu'à prendre un bus de ville au bout de ma rue et zou, me voilà à la mairie de la fameuse ville prisée... Mairie elle-même juste en face de l'école ! Tu as le postérieur bordé de nouilles ! Oh oui ! Si on réfléchit bien, je n'ai qu'à : attendre le bus, monter dedans, rêvasser pendant le trajet, descendre, traverser la rue... Et je suis arrivée ! On t'a retiré une sacrée épine du pied !

Inutile de te dire qu'hier soir, on a débouché le champagne ! Mon Mystérieux Inconnu, à l'annonce de la bonne nouvelle, m'a glissé un : "tu vois, ce n'était pas la peine de te gâcher la vie avec ça avant de savoir, tu as eu de la chance !", mais n'ignore pas que ce sera les mêmes jérémiades pour le SR3. Mon papa, quant à lui, est aussi ravi que moi puisqu'il n'aura pas à me servir de chauffeur. Et moi... Moi, je n'ai qu'une chose à dire, en levant ma coupe : Moulinette, je te bénis !
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Vendredi 19 janvier 2007
Mon cher Victor,

Lundi dernier, j'ai pris la classe en charge. Ce n'était pas prévu pourtant ? Non. Mais ma directrice a été convoquée à l'Inspection l'après-midi même, et m'a proposé, dans la foulée, de faire classe dès le matin, en sa présence, pour "être opérationnelle dès le 22 Janvier". Elle m'a également soufflé l'éventualité de m'observer et de prendre des notes par rapport à mon travail, ce que j'ai accepté sans hésitation, tu penses bien ! Il est bon d'avoir un regard extérieur sur sa pratique !

Je dois dire que dans un premier temps, quand j'ai reçu le mail de ma directrice ("ah, au fait, je suis convoquée à l'IA lundi après-midi, tu devras prendre la classe en charge à ce moment-là.", j'ai été prise d'une crise de panique : quoi ? Lundi, déjà ? Mais c'est trop tôt ! Ce n'était pas prévu comme ça ! Je ne suis pas prête ! Et puis finalement... Finalement, tu t'es dit que de toute façon, il fallait bien que tu te lances un jour ! Voilà !

Alors je me suis lancée ! Après un week-end éreintant (en résumé, j'ai passé mes samedi et dimanche à mon bureau, à bosser fiches de prép et séances...), je suis en piste lundi matin. J'arrive avec une vingtaine de minutes d'avance, histoire de bien repérer le matériel, de prendre mes marques, de préparer mes activités pour la matinée. Une dame de ménage apparaît dans la classe et s'étonne : "tiens, c'est bizarre, Jocelyne n'est pas là, elle doit être malade...". Qui est Jocelyne ? C'est l'ATSEM. Ah... Son absence risquait de te poser problème par rapport à la gestion de la classe ? Là, je me dis "et voilà, évidemment, il faut que ça arrive aujourd'hui...". Je sens la peur, la panique, m'envahir. Mais pas très longtemps, au bout du compte. Parce que je me dis : "bon allez, tu vas faire tes armes ! Tu ne sais pas encore nager, tu es dans le grand bain sans ceinture, mais t'as pas le choix, il faut que tu arrives à te raccrocher au bord sans couler !".

Les enfants sont arrivés peu à peu. J'ai fait l'accueil sans trop m'en rendre compte, assistée par Martine, qui, je te le rappelle, était présente dans la classe et tenait à m'épauler, toute péanalisée que j'étais par l'absence de Jocelyne. C'est gentil de sa part ! Oui. Cette femme est une crème. Je suis vraiment très bien tombée. Bref. Je ne suis pas très à l'aise pour l'accueil. Je suis pourtant près de la porte mais certains parents ne me regardent pas, n'ayant d'yeux que pour Martine. Tu as du mal à t'affirmer en tant que maîtresse du lundi ? Seulement face aux adultes. Car une fois la porte fermée, j'ai puisé en moi pour feindre de l'assurance.

Après accueil et jeux libres, j'ai entamé les rituels, ne pensant que par éclipses à la présence de Martine, sourcils froncés, grattant sur son bloc notes. Je m'emmêle un peu les pinceaux dans les rituels mais il me semble que le courant passe bien avec les petits. Je change de ton aussi souvent que possible, pour garder leur attention. Je distribue les étiquettes de présence, qu'ils vont placer soit "à l'école" soit "à la maison". Nous parlons du calendrier. C'est la souris rouge, celle du lundi. Un enfant va "l'habiller" au tableau, avec son petit maillot rouge. Les quinze minutes de rituels passent à une vitesse HALLUCINANTE et c'est déjà l'heure d'embarquer tout mon petit monde pour la séance de motricité : parcours !

A propos de ce parcours, je ne l'avais en rien préparé, l'organisation à ce sujet étant TRES TRES compliquée. Je ne m'apesantirai pas là-dessus, car il faudrait y consacrer une conversation entière ! Bref. Pour ce parcours, Martine et moi-même menons la séance. J'aide les petiots à sauter des hauteurs minuscules, à passer sur, à passer sous... Je m'aperçois de combien nous sommes leurs référents, à tous ces gosses, leur repère de sécurité, ne serait-ce que quand leur petite menottes craintives serrent la mienne, lorsque je les aide à sauter d'une table à un tapis de sol. La séance est... Sportive. Nous sommes vite débordées car les gosses sont difficiles à contenir. Ca court dans tous les sens, ça se pousse, ça piaille, ça se double, ça se cogne, ça rigole, ça proteste... Bref : c'est un joli bordel ! C'est vivant, disons... Et puis il faut bien qu'ils se dépensent ces petits bouts !

Je prends en charge le retour au calme, que j'improvise complètement. Pour les amener à se rasseoir tranquillement sur le tapis, je leur demande de "faire comme moi", j'agite mes mains genre "les petites marionnettes" et c'est comme si j'avais appuyé sur un bouton. Les gamins me suivent et vont s'asseoir, concentrés sur leurs gestes. Je m'asseois en face d'eux et me mets à parler bas, tout bas... Je leur raconte que des petites souris grises sont en train de courir dans la pièce et qu'il ne faut pas leur faire peur... En même temps, je fais différents gestes : je tapote ma tête, mon menton, mes cuisses... Et ils me suivent ! Ils sont à fond dedans, leurs mirettes ouvertes bien grands, dans un air de fascination ! Waouh ! Je suis trop fière de moi ! Pour une fois... Ca mérite d'être souligné !

C'est ensuite la pause pipi, dix minutes qui s'écoulent rien qu'à relever les petites culottes, fermer les boutons de pantalon, laver les mains, appuyer sur le robinet d'eau... Puis direction la classe et les plus chahuteurs ne résistent pas à l'envie de courir dans le couloir ! Du coup, lundi prochain, ce sera le jeu du petit train, pas le choix ! Une fois dans la classe, je reprends ma place sur la petite chaise de maîtresse, tandis que les enfants s'installent sur les bancs, tout autour du tapis. Et là, je me dis que c'est vraiment moi la maîtresse, aujourd'hui. Il est 10 h 10 et je suis heureuse comme tout...
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Lundi 22 janvier 2007
Mon cher Victor,

Nous sommes lundi, il est quasiment 18h, j'ai un mal de crâne épouvantable et évidemment, je suis complètement crevée ! Une fatigue vicieuse, qui s'abat sur toi quand tout est calme, sans prévenir, quand tu commences tout juste à te détendre... Je me fiche de savoir si tu es fatiguée ou non ! Parce que je m'en doute, tu vois... Une journée lâché au milieu de vingt-cinq gamins, je ne sais pas si j'aurais tenu... Surtout qu'à cet age là, ça braille (et bien dans les aigus), ça court dans tous les sens, ça ne tient pas en place... Pfff... La plaie ! Alors je te trouve bien courageuse, ma pauvre petite fille !!

Mais j'y pense... C'était aujourd'hui ta visite d'aide, comme tu l'avais annoncé dans cet article ? Tout à fait ! Bon. Ce qui me rassure, c'est que tu n'es pas en larmes, tu ne menaces pas de te suicider, tu ne te descends pas en flèches (contrairement à d'autres fois)... Alors j'en déduis que cela s'est bien passé ! Raconte moi tout !

Je suis arrivée très en avance ce matin. 8 h 20 très exactement, alors que les gamins n'arrivent, en général (et au compte-gouttes !) qu'à 8 h 50. Beaucoup de choses à préparer avant la classe. Photocopies et autres. Bref. Je te passe les détails. Mon très cher tuteur m'avait avertie qu'il débarquerait "un peu en avance", ce qui, pour moi, équivalait à cinq minutes. Il s'avéra en fait qu'il se pointa quasiment en même temps que moi, ce qui me rendit "fort dépourvue". Il alla donc faire "un petit tour" dans le quartier. Je te passe les détails et autres stress-de-tout-bien-préparer-avant-l'arrivée-des-enfants, pour en arriver à l'essentiel : ma journée ! Oui, ne nous perdons pas en détails inutiles !

Au programme après les rituels de la matinée : parcours de motricité autour de l'histoire de "Roule Galette", puis découverte du lapin à travers Câline (le lapin de la classe) et son mode d'alimentation et enfin, après la récréation, les fameux ateliers-qui-m'enquiquinent-parce-que-c'est-difficile-à-mettre-en-place autour de Roule-Galette et de la Fête des rois (tralala !). Je ne vais pas, mon cher petit Victor, te décrire minutieusement ma journée, ce serait très très long et cela te ferait bailler. Surtout que ce n'est pas l'essentiel. 
Et c'est quoi, l'essentiel ? L'essentiel, c'est la façon dont j'ai ressenti cette journée. Et les questions qui se posent à mon esprit déjà tourmenté, dans mon identité de "maîtresse".

A la récréation, compte-rendu de ma matinée avec mon tuteur. Selon lui, cela se passe "très bien". Il y a beaucoup de "très bonnes choses" et surtout, "si cela avait été une visite de validation", il m'aurait validée. Youpiii ! Voilà qui a dû te mettre du baume au coeur ! Oui, bien sûr. Mais il y a tout de même quelques bémols, que je t'exposerai plus tard. Bien évidemment... Cela m'aurait étonné de ta part ! Il a trouvé mes fiches de prép' carrées et sérieuses. "Encore heureux," me suis-je dit,"J'ai quand même passé tout le week end là dessus...". Qu'il n'y avait aucun souci quant à la préparation matérielle de ma journée, que tout était calculé, que c'était un avantage pour le timing mais que... Mais que ? Mais qu'il ne "fallait pas que je m'enferme dans un cadre trop rigide", qu'il fallait que "je me laisse parfois aller à l'adaptation". L'adaptation, l'adaptation... Ce n'est pas évident quand on débute ! Et j'imagine que beaucoup préparer, cela rassure ! C'est exactement ce que je lui ai dit.

Et que t'a-t-il dit d'autre ? Plein de choses. Que je variais très bien mon ton de voix, en adaptant au type de situation. Tout en soulignant que parfois, j'avais tendance à leur parler "bébé". Ah bon ? Apparemment, oui. Ca m'embête, d'ailleurs, car j'ai toujours pensé qu'on peut parler normalement aux enfants et loin de moi l'envie de leur causer comme à des "bébés à leurs mamans". C'est donc quelque chose que je vais tâcher de corriger... Et quoi d'autre ? Que j'avais une légère tendance à "vouloir faire à la place des enfants". J'avais anticipé ce reproche, car je me le suis fait à moi-même au cours de la matinée. Tout obsédée que j'étais par le timing... Timing qu'il a d'ailleurs jugé "maîtrisé". Et quoi d'autre ? Euh... Attends... J'essaie de me souvenir... Il m'a parlé de l'ATSEM, aussi, mais je pense y consacrer un article entier car cela éveille de nombreux questionnements quant à ma place d'enseignante dans une classe...

Bon, bon, eh bien tout ça m'a l'air fort bien ! J'espère avoir plus de détails un de ces jours ! J'ai une anecdote assez drôle à te raconter à propos du lapin, d'ailleurs. Laquelle ? Je te la raconterai une autre fois. Oh, allez, dis-la maintenant, ça ne coûte rien ! Tu peux attendre un peu, Victor ! C'est fou, ça, quand même ! Tu es pareil que mes petits, toi ! Il faut apprendre à différer, Victor ! A dif-fé-rer !
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Mardi 6 février 2007
Mon cher Victor,

Joyeux Zaaaaniversaire ! Joyeux Zaaaaniversaire ! Joyeux Zaaaniversaire, Mirabelle ! Euh... Victor, c'était hier ! Eh bien oui, je sais ! Mais comme je ne t'ai pas vue hier... Enfin, je comprends que tu avais autre chose à faire... Trop occupée avec ta famille et ton Mystérieux Inconnu... Et puis avec tes petits du lundi... Et cette visite d'aide... Ah, tiens, au fait, cette visite d'aide ???

Ne m'en parle pas... Le moins que l'on puisse dire, c'est que cela n'a pas été comme sur des roulettes... Tu me fais peur ! Il n'y a pas de quoi : c'est d'une banalité à pleurer ! Ton IMF t'a assassinée ? Pas vraiment. Enfin. Elle a pointé tout ce qui n'allait pas (et ça faisait beaucoup...) mais elle y a mis les formes, heureusement... Elle a quand même soulevé quelques aspects positifs ? Non. Du moins, il ne m'a pas semblé. Eh bien... Ma pauvre chérie ! Tu veux me raconter tout ça en détails ? J'en serais ravie mais à vrai dire, je suis passée en coup de vent, je suis complètement débordée ! Encore ! Excuse moi, Victor. Ce n'est pas de gaieté de coeur, crois-moi.

Alors dis moi au moins si tu as le moral ! Aujourd'hui, cela va mieux. Mais hier, à la pause de midi, une fois IMF et enfants partis (à la cantine...), face à moi même, devant ma gamelle réchauffée au micro-ondes, sur ma petite chaise d'enfant, à ma table d'enfant, dans le silence de la classe... Avec les textos qui affluaient "Bon anniversaire, Mirabelle !"... Moi qui étais là, à réentendre dans mon esprit les remarques de mon IMF ("les enfants n'ont pas fait grand chose ce matin")... A remuer mon gratin de poisson en refoulant mes larmes... A me dire : "Allez, Mirabelle, bon anniversaire ! Et passe une magnifique journée pour tes 23 ans !"... Tu as quand même repris le dessus ! Il le fallait bien ! Les enfants m'ont communiqué un peu de leur bonne humeur... Et puis les instits' de l'école m'ont bien soutenue ! Tant mieux, tant mieux... Ce qui est sûr, c'est que la journée de mes 23 ans n'a ressemblé à aucune autre et que je m'en souviendrai ! C'est fort probable, effecitvement...

Est-ce que je peux compter sur toi pour nous raconter tout ça plus en détails un de ces jours ? Surtout que tu es en vacances à la fin de la semaine ! Ce serait avec plaisir mais malheureusement, cela dépend entièrement de ma connexion Internet, que je n'ai toujours pas retrouvée à la maison ! Fichue technologie...
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publié dans : Mirabelle, PE2, maîtresse stagiaire par Mirabelle
Vendredi 16 février 2007
Mon cher Victor,

 Depuis deux jours, je suis chez mon Mystérieux Inconnu, dans la très belle ville de Rouen. Et tu es ENCORE sur le net ! Tu n'as pas mieux à faire ? Ne t'inquiète pas, ma présence blogosphèrique ne sera que de courte durée, puisque ma connexion Internet, que j'avais retrouvée avec adoration pas plus tard que mardi, m'a fait faux bond dès le lendemain matin. On ne peut vraiment pas leur faire confiance à ces machins-là ! A qui le dis-tu !

Du coup, je profite du temps où je suis seule dans son appartement (Monsieur est au travail) pour mettre à jour nos conversations. Je t'avais promis de poursuivre cette discussion, au sujet de ma première journée seule avec les mômes, dans le cadre de mon stage filé. Bon, bon, attends deux secondes, je le relis rapidement, histoire de ne pas être trop à la trâine...

Après la pause pipi, je suis donc de nouveau dans la classe avec mes petits bouts. Je m'asseois sur la petite chaise de la maîtresse, face au tableau, et la directrice s'installe avec les enfants, un peu en retrait, calepin en main, prête à m'observer de son oeil de professionnel. C'est stupide, mais le fait que cette femme ne soit pas une IMF me rassure. Et bientôt, j'oublie complètement sa présence, trop occupée que je suis dans la lecture du l'album le plus de circonstances, en cette période de l'année : "Roule Galette" ! Tu ne fais pas très original ! Certes non. J'entame la lecture de l'album en mettant le paquet sur les grosses voix et la théâtralisation. Les petits me fixent avec curiosité, air béat et yeux ronds. J'adore. Je pose des questions de compréhension, les amène à décrire l'illustration, à anticiper...

Je n'ai pas prévu de lire toute l'histoire aujourd'hui et je clos la première partie de ma lecture sur le moment le plus titillant pour les gamins : où va donc la galette quand elle s'échappe par la fenêtre ? A peine le temps de travailler le langage à partir des cahiers de vie des enfants et c'est déjà la récréation. J'aide les petiots avec leurs manteaux, réponds aux sollicitations les plus diverses ("Eeeeh ! Eeeeh ! T'as vu mes baskets Spiderman ? Dis, hein, t'as vu ?"), fais les lacets de chaussures, distribue des bisous à qui en veut et tout ce petit monde déboule dans la cour.

Et je suis LESSIVEE. Mais heureuse, surtout quand Martine vient me dire, avec un grand sourire : "Bon eh bien, cela s'est plutôt bien passé !". Je touche du doigt le paradis des maîtresses. Tout en sachant fort bien que ce n'est qu'une première journée et que les choses vont se gâter l'après-midi, où je serai véritablement toute seule avec les monstres dans l'arène. Ca va... Ils ont l'air plutôt mignons, comme monstres ! J'aurais pu tomber bien plus mal, c'est vrai... A la récréation, je fais plus ample connaissance avec les autres enseignantes de maternelle, qui sont pétries de gentillesse et qui me mettent tout de suite à l'aise, sans me faire sentir que je suis "la petite débutante". Nous causons des enfants, évidemment, dans la joie et la bonne humeur. Le temps tourne et je dois appeler les enfants pour le retour en classe, ce qui, tu vas vite t'en rendre compte, n'a pas été une partie de plaisir.

Martine m'ayant laissée dans la cour pour vaquer à ses occupations de directrice, je ne peux compter que sur ma bonne volonté et mon courage pour rassembler mes troupes. J'opte d'abord pour une stratégie dont j'ai constaté l'efficacité en élémentaire, mais dont je doute en maternelle : rester près de la porte et frapper dans ses mains en criant avec autorité : "Les petiiiiiits, on rentre !". Bien... Inutile de te dire que dans le brouhaha de la cour, cela n'a eu strictement aucun effet. Et puis ils avaient tous bien mieux à faire que d'écouter leur maîtresse du vendredi : vas-y que je tape le copain avec la pelle, que je lance du sable, que je me dispute avec un moyen pour la trotinette... Bref : ta stratégie est un échec ! Alors je choisis une méthode plus frontale, qui consiste, tout bêtement, à aller chercher les gamins un à un en hurlant. Une efficacité très limitée encore une fois. Tout cela frise le cauchemar. Parce que dès que j'en attrape un, un autre me lâche la main pour retourner sur le tracteur, que certains font la sourde oreille parce-que-c'est-plus-pratique-pour-être-plus-longtemps-en-récréation, parce que je n'ai pas encore l'autorité et la crédibilité de l'enseignante déjà bien installée dans sa classe.

Finalement, je regroupe mes élèves comme je peux, essuyant une remarque d'une collègue dans le couloir "on dirait que tu as eu du mal à les rentrer". Non sans blague ? J'ai juste vociféré comme jamais, couru aux quatre coins de la cour, ai confondu les enfants à cause des bonnets et des cagoules... Le cauchemar ! Hihihi ! C'était loin d'être drôle sur le coup, crois-moi ! Une fois dans la quiétude de la classe, je démarre les ateliers ou plutôt l'atelier, puisque le deuxième atelier que j'avais prévu (en l'occurence, peinture), ne peut être tenu par l'ATSEM, absente je le rappelle. Ce matin, donc, c'est jeux libres ou atelier "déchirer et coller". C'est à dire ? C'est à dire que les enfants doivent déchirer du papier en petits morceaux et les coller dans un rond pour faire la galette. C'est d'une simplicité enfantine ! Rien n'est simple quand on a trois ans, Victor. Il faut tout apprendre. Par exemple, la petite E. ne sait pas déchirer le papier (elle le tord), le petit G. n'a pas compris que le but du jeu n'est pas de noyer le papier de colle, la petite L. ne sait pas qu'on ne met pas le pinceau à la bouche, le petit R. ne comprend pas ce que signifie "dans le rond", et l'ensemble des élèves ont, dans l'ensemble, des difficultés à remplir une surface en adaptant leur technique de déchirage. C'est donc, en vérité, atrocement compliqué, et je rame, je rame, je ne fais pas passer autant d'élèves que j'aurais souhaité sur cet atelier.

L'heure du midi débarque à une vitesse navrante (il me semble n'avoir "rien fait" avec les élèves) et zou, direction la cantine pour une partie de la classe, ou le foyer familial pour une autre. Quant à moi, affamée, je me jette littéralement sur ma gamelle de pâtes réchauffées au micro-ondes et profite un maximum du silence reposant (mais un peu déstabilisant) qui s'est emparé de cette classe vide.
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Un mot au vol ?

Opinion


Et si vous nous faisiez part de votre opinion ?


Victor mène l'enquête.

Parce que Mirabelle se le demande !




personnes ont écouté la conversation entre Mirabelle et Victor depuis leur rencontre.


Aujourd'hui, à :

il y a 6 personne(s) qui papote(nt) avec Mirabelle et Victor.


La requête de Victor :

  • Parce que Mirabelle et moi-même aimons beaucoup de gens... Allez donc jeter un coup d'oeil à notre tour de tables !


Nos recommandations :

  • Un clic et vous y êtes... Si vous souhaitez quelques conseils pour guider votre lecture, bien entendu !


Lexique IUFMesque à l'usage des non-initiés :

  • Mirabelle, dans son infinie bonté, a daigné me proposer (ainsi qu'à toi, ô lecteur non affilié à l'Education Nationale !) un lexique de rattrapage, sensé me donner les repères indispensables à la compréhension de deux rubriques.


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