Mon cher Victor,
Tu as devant toi (ou presque) une nouvelle femme : déterminée, résolue, décidée. Ce sont presque des synonymes ! Je sais, Victor, pour qui me prends-tu ? C'est un effet de style !
Victor, j'ai une grande nouvelle, qui conditionnera mes amoures futures (si j'en ai !) : j'ai retrouvé mon amour-propre ! Tu l'avais perdu ? Tu le sais très bien : relis les articles "Le plancher des vaches" et "les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus" !
Alors, que s'est-il encore passé ? Eh bien... Tu sais, je t'avais raconté que j'avais revu Johan vendredi, à l'enterrement de sa tante. Humm... Il m'a envoyé un texto aujourd'hui, assez étrange je dois dire. Un texto ? Victor, nous en avons déjà parlé, reporte-toi à l'article "sms-addicted". Très bien, mais sois un peu tolérante avec mon grand âge !
Bref, il m'a donc envoyé un texto, qui disait ceci : "Si aujourd'hui tu étais en jupe-collants-bottes, je serais bien tenté de venir...". Ohhhh, le coquin ! Voyons, Victor, ce genre de propos est monnaie courante à notre époque ! J'espère que tu l'as réprimandé ce malotrus ! Eh bien... Franchement, j'ai... Rougi. J'ai été parcourue d'agréables frissons. Et je me suis dit... Ne t'énerve surtout pas Victor, tu sais que nous n'avons aucun contrôle sur nos pensées et... Même au XXIème siècle ? Même au XXIème siècle. En fait, j'ai pensé... J'ose à peine le dire... J'ai pensé : "Mon dieu, je suis en train de rêver, c'est trop beau pour être vrai !". Ahh... C'est embêtant, surtout après les bonnes résolutions que tu as prises... Oui, je sais. Mais attends la suite !
Du tac au tac, je lui réponds donc : "je ne suis qu'en jean et pull rouge, et en plus, je ne suis même pas maquillée ! ;-)". Deux minutes d'attente, pleine de doutes, ne sachant pas trop quoi faire ni que dire en cas de tentative de charme de sa part, et voilà que j'en reçois un autre : "Toi qui disais que tu ferais des efforts, tu ne pourrais pas te changer ?". Bien, bien, bien. Et là...
Là, mon premier réflèxe a été de me dire : "Non mais attends, Mirabelle, il ne te trouve pas assez belle en pull rouge et jean ? Il faut forcément que tu te mettes en jupe et en bottes pour lui plaire ?!? Non mais qu'est-ce que c'est que ça ?".
Indécision, soupirs, changement d'humeur. Qu'est-ce que je vais faire ? Qu'est-ce que je vais lui dire ? Qu'est-ce que je veux ? Qu'est ce qu'il va me dire ? Qu'est-ce qu'il veut ? Qu'est-ce qu'il va faire ?
Je ne sais pas. Je change d'avis comme de chemise. Je suis flattée par un tel sms, il ne sert à rien de le cacher. J'y vois comme un premier pas... Mais vers quoi ? Vers quelque chose de solide, ou vers une route remplie d'ornières, comme d'habitude ? J'attends donc. Je ne lui réponds pas.
J'en touche un mot à ma mère, qui trouve que "je joue avec le feu" et qui me fait remarquer que, depuis quelques temps, je n'attends visiblement qu'une chose : qu'il m'appelle. Bien. Elle n'a pas tort. Mais cette histoire de jupe-bottes me chiffonne un petit peu, surtout que je n'ai pas envie de me faire avoir comme la dernière fois. C'est arrivé deux fois, mais ça n'arrivera pas trois !
Et puis je me dis... On ne sait jamais. De son côté, il semble s'impatienter : "alors ?", me dit-il dans un autre texto. Et moi... Dans un élan de folie, je lui réponds : "D'accord."
Mais ma pauvre enfant, il faut que croire que jamais rien ne te sert de leçon ! Attends la suite, Victor, attends la suite... Et ne gigote pas ainsi !
Je me change donc, non sans une pointe de culpabilité. Et soudain... J'ai retrouvé mon amour-propre. La Mirabelle à la dent dure et à l'orgueil démesuré est revenue au galop ! J'ai attrapé mon téléphone et je l'ai appelé ! Mais oui, Monsieur ! Appelle-moi, Victor...
- Pourquoi tu veux me voir ?
- Eh ben... Parce que j'ai envie de recommencer.
- Tu m'as dit la même chose la semaine dernière et tu as vu comment ça a tourné. Reconnais quand même que je suis en droit de me méfier.
- Ben... Oui.
- Sache que je ne suis pas en jupe-bottes. Je me suis dit qu'après tout, il n'y avait pas de raison de te faire plaisir comme ça. Et je n'ai pas envie que ça se passe comme dimanche dernier. Alors tu peux venir, mais si tu viens, c'est pour parler. Après, on verra bien.
- D'accord. J'arrive.
Rebelote : je me re-change, satisfaite de retrouver mon jean et mon pull rouge. Et j'attends. J'attends. Un quart d'heure, autrement dit, le temps qu'il lui faut pour aller de chez lui à chez moi.
Et là... Sonnerie de mon portable.
- C'est pour te dire que, finalement, je ne viens pas.
Bien, bien... Ca a été, comme qui dirait, la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Trop, c'est trop. Après de tolérantes parlementations, où j'ai essayé de lui extorquer le pourquoi du comment il ne venait pas, et où je n'obtenais que de vagues fragments de réponses fidèles à lui-même, j'en ai eu assez de vouloir lui faire dire des choses que visiblement il n'avait pas envie de prononcer, comme par exemple le fait qu'il avait réfléchi et qu'il croyait toujours en nous, à un tel point qu'il allait changer... J'ai donc pris les devants :
"Bon... Ecoute, ça fait des semaines que cela traîne, nos histoires. Quand l'un veut, l'autre ne veut plus, et cela devient n'importe quoi. Alors cette fois, C'EST TERMINE. Si je te manque, surtout, ne m'appelle pas, et ne m'envoie pas de texto. Garde-le pour toi. Même si tu affirmes ne pas le faire exprès, je crois que tu me prends pour une conne et au bout d'un moment, je ne peux plus l'accepter. Parce qu'il s'il y a quelque chose que je ne suis pas, c'est bien "conne", justement. Même si jusqu'ici, j'ai mis mon orgueil de côté. Mais là, c'est trop. Alors c'est terminé. Salut."
Ce n'était pas ce à quoi il s'attendait, me semble-t-il... Je l'ai entendu marmonner un "bon" pas très fier, et j'ai raccroché. Comme ça. Sans plus de cérémonie. Et voilà. Eh bien, quelle histoire ! Je ne te le fais pas dire !
Voilà comment, mon cher Victor, j'ai retrouvé mon amour propre... Et comment j'ai respecté mes bonnes résolutions !
C'est bien, Mirabelle !
Bavardages