Mon cher Victor, 
Gros coup de cafard depuis deux ou trois jours. Des crises de larmes à répétition. Envie de rien. J'ai honte. Une honte indéfinissable, inexplicable. Je fais le constat de l'échec. L'échec de mon couple. Dur de l'admettre. Pas forcément de se le dire (car on est toujours plus ou moins franc avec soi-même) mais de le dire autour de soi : "mon couple a été un échec". Je fais cet effort depuis quelques jours. Et je prends plus de distance. Je retrouve un semblant de dignité...
Je n'étais pas heureuse. Ca, je ne te l'ai pas caché, mon Victor. Après avoir lutté pendant plus de deux ans, en espérant que, peut être, cela "irait mieux un jour", j'ai enfin accepté que non, cela n'irait JAMAIS mieux et que l'état de frustration permanent dans lequel j'étais plongée ne s'évanouirait JAMAIS. Et que la magie, évidemment, n'avait STRICTEMENT rien à voir là-dedans...!
J. m'aimait, c'est certain. Mais moi... Moi, je peux le dire maintenant, je ne me sentais pas vraiment aimée. D'où, peut être, le désir inconscient de créer des disputes, pour réveiller chez J. cet élan chevaleresque que je n'avais jamais cessé d'espérer, jusqu'à aujourd'hui. J'ai bêtement réalisé, tout récemment, que jamais il ne serait celui que j'attends. Je crois que c'est de là que provient ma honte... Cette conscience brutale que je n'ai été qu'une cloche, une cloche naïve qui croit que l'amour peut changer les gens. Quelle bêtise, vraiment...
Je ne m'aime pas, Victor. Pour ceux qui me connaissent, ce n'est pas un secret. Avant de sortir avec J., j'avais presque réussi à m'accepter, à être fière de moi-même. Et puisque J. affirmait m'aimer, je me disais, sottement, qu'il allait m'admirer, m'apprécier à ma juste valeur. Cela peut paraître prétentieux, pourtant, je demeure persuadée que l'admiration est une composante nécessaire dans un couple. S'il n'y a pas d'admiration... On banalise. Et j'ai bien peur que J. ne m'ait banalisée. J'avais pourtant tout fait pour susciter son admiration, la reconnaissance que j'étais une fille bien. Il m'avait écoutée chanter. Je lui avais avoué que j'aimais écrire... Dès que j'obtenais une bonne note en classe, je la lui fourrais sous le nez, tel un trophée. Et les compliments venaient de tous... Sauf de lui. J'en ai souffert. Je pense qu'il n'a jamais su à quel point...
Je voulais que J. m'aide à croire en moi-même. Qu'il me rassure. Qu'il me dise que j'étais la femme la plus extrordinaire qu'il ait jamais connue. Il ne m'a jamais dit ça. Jamais. A ses yeux, je n'étais sans doute qu'une petite fille peureuse, un peu coincée, qui réfléchit beaucoup trop. En l'écoutant, en me persuadant qu'il avait raison, j'avais presque réussi à croire qu'on pouvait vivre en autarcie, bien au chaud dans sa petite bulle, sans penser aux autres. Mais je ne suis pas comme ça...
Alors J. m'aimait, c'est vrai. Mais il n'a jamais rien compris à ce qui se passait dans ma tête. A-t-il jamais cherché à comprendre, d'ailleurs ? En serions-nous là s'il avait fait l'effort de me parler, de m'écouter, de me rassurer ? Tout allait bien tant que je me taisais. Mais il n'a pas vu, il n'a pas vu que dans mon esprit, au contraire, je ne me taisais pas, que le doute m'assaillait peu à peu et qu'il allait me perdre.
Nous n'avons jamais vraiment parlé. J. ne voyait pas l'intérêt du dialogue. Pour lui, réfléchir est un acte solitaire. Il n'a jamais partagé ses réflexions avec moi. Et n'a jamais souhaité partager les miennes. Soupirs, roulements d'yeux agacés... Dès que j'ouvrais la bouche, c'était le même refrain : "Mais pourquoi tu reparles de ça ? Tu ne peux pas passer à autre chose ? Tu gâches les bons moments que l'on pourrait passer ensemble !" Et à moi de culpabiliser...
Il n'a jamais compris le poids des mots. Pour lui, le langage ne sert à rien. La façon dont on dit les choses est sans intérêt, seule l'intention compte. Alors on peut tout dire. Nous nous sommes souvent mal compris : il choisissait mal ses mots et me reprochait ensuite de "tout interpréter". Mais que faire d'autre qu'interpréter, quand on a en face de soi quelqu'un qui garde tout pour lui ?
J'en veux à J., tu sais, Victor. Parce que le week-end dernier, quand il a osé me dire, le plus naturellement du monde, que si je le quittais, "c'était seulement parce qu'il n'avait pas voulu aller au restaurant", il a fait de ma décision un caprice, un coup de tête. Ce n'était pas un coup de tête. Il n'a pas vu plus loin que le bout de son nez. Aucune subtilité. Pas un gramme de délicatesse. Et surtout, surtout... Pas une once de remise en question. Pas une once d'excuse. Rien, rien, rien.
Alors au fond, avec tout ce que je viens d'écrire, tout ce que je viens de décrire, est-ce ça, aimer vraiment ? J'en déduis, moi, Mirabelle, que Johan m'aimait, mais d'un amour égoïste, centré sur lui-même, alors que l'amour est un partage. J'en déduis qu'il ne m'a pas aimée assez pour remettre en question son petit confort pépère et sa façon de penser le couple. Je m'aperçois, qu'au fond, je n'ai été qu'une fille parmi d'autres... Si j'avais été aussi précieuse qu'il le prétendait, comment alors, justifier son manque de clairvoyance, son absence de réflexion quant à notre couple ?
Je m'aperçois que je me suis bien souvent sentie seule, bien qu'étant "officiellement" avec lui. Combien de fois ai-je pleuré en me disant qu'il ne pourrait me consoler puisqu'il n'avait jamais rien saisi de mes chagrins ? Ce n'est pas ça, l'amour. J'aurais voulu, vraiment, j'aurais voulu qu'il m'ouvre ses bras quand j'allais mal, qu'il me rassure, par des paroles tendres, des mots choisis et bien pesés, par une intimité langagière. Alors, désormais... J'assume ma solitude. Je suis seule. Sans lui.
Et s'il lit ton blog ? Que crois-tu qu'il pensera de tout ça ? Libre à lui de penser ce qu'il veut. Il m'a perdue. Cela ne me concerne plus.





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