Vendredi 18 juillet 2008
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01:13
C'est de glousser comme une collègienne en regardant passer les mecs dans la rue, assise à une terrasse de café avec ma bande de copines, tard
le soir. C'est de retrouver l'appétit de la séduction, de sourire à des inconnus. C'est de me sentir légère, tout simplement.
Par Mirabelle
Publié dans : Le tourbillon de la vie
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Jeudi 17 juillet 2008
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01:06
Mon cher Victor,
Comment se fait-il que tu sois encore là ? Tu ne pars pas en vacances cette année ? C'est drôle que tu me parles de ça, car c'est justement mes
vacaaaances que je comptais aborder avec toi ! Tiens tiens... Alors, qu'as-tu prévu au programme ? Attention, ce seront des vacances de rêve !!!
Tu pars sous les cocotiers ? Non, dans les vignes ! Cette année, direction le Bordelais !!! Ah, c'est joli, le
Bordelais... Et puis c'est un autre temps que ta Normandie ! Tu l'as dit, bouffi ! Je ne suis pas bouffi... Tu n'as pas le mot pour rire,
aujourd'hui ! Bref. Tu pars toute seule ? Oui... Et non ! C'est à dire ? C'est à dire que je vais
retrouver quelqu'un là-bas ! Qui cela ? Ah ah ! Suspense ! Tu ne sauras cela qu'à la fin de notre conversation !
Mes vacances sont bien occupées, et je crois bien que c'est la première année que ça m'arrive. Entre le déménagement, mes vacances dans le Bordelais, mon séjour à D********d, les copines, les
copains (!!!), la famille, la préparation de la classe, j'avoue que je n'ai pas une minute à moi ! Tu n'as pas le temps de souffler ? Non !
Eh bien c'est parfait ! Tu es jeune, tu peux te permettre ! Alors, explique moi ce séjour ! Quand est-ce que tu pars ? Eh bien pour l'instant, aucune
date n'est vraiment fixée... Je sais, tu vas te dire que je manque d'organisation mais c'est super compliqué avec le... Déménagement, oui, on sait !
Voilaaaa !
Bon. En fait, comme disent les jeunes, c'est un truc de fou. Je ne connais pas la personne que je vais retrouver dans le Bordelais. Pardon ?! Enfin si,
je la connais, mais en même temps, je ne la connais pas. Ca nous a pris comme ça. De la folie pure. "Tiens, et si tu venais passer tes vacances chez moi ?". J'ai trouvé l'idée très
séduisante, surtout que nous avons beaucoup de points de communs, des passions similaires et que nous rions énormément ensemble virtuellement. Ah parce que
c'est une relation virtuelle ? Oui... Une relation virtuelle qui passera donc, sous peu, au réel, si je comprends bien ? Oui. Le réel, c'est tellement mieux ! Pourtant, ce n'est pas du tout mon genre de faire ça. Je veux dire, tu me connais, je suis timide, pas très bien dans ma peau
(enfin ça, c'est sérieusement en train de s'arranger...) et je ne suis pas une grande aventurière. Mais là... Une brise de nouveauté souffle sur ton visage
et tu te laisses emporter par un flot d'aventure ! Eh eh... Pourquoi pas, après tout ? Bon, alors... C'est qui ? Ah ah ! Allons, Mirabelle, ne me fais pas languir plus longtemps ! Tu voudrais bien savoir, hein ? Evidemment ! Eh ben
finalement, je ne vais rien te dire... J'adore te faire lanterner !
Par Mirabelle
Publié dans : Le tourbillon de la vie
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Mercredi 16 juillet 2008
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01:19
Mon cher Victor,
Ce matin, en me levant, je me suis dit que je m'étais privée d'un plaisir tout particulier. Ah oui ? Et lequel ?Très récemment, je t'ai raconté mon
dernier jour à l'école de C. mais j'ai omis un moment tout à fait agréable : le goûter ! Aaaaahh
! Comme dans de nombreuses classes, j'avais choisi de faire un petit goûter pour fêter la fin de l'année avec mes CE2-CM1. Et
au lieu de faire ça dans la classe, nous avons fait cela sur la pelouse de l'école. On avait les verres, les assiettes en carton, les gâteaux, les bonbons, les boissons...
Il faisait beau. Les fourmis venaient chatouiller les pieds des gamins en sandales, d'où des crises d'hystérie collective. Certains étaient de service, prenant leur rôle très au sérieux. J'étais
détendue. Eux aussi. Je sais qu'en théorie, cela n'a rien d'exceptionnel, ce que je raconte là. Beaucoup de maîtres et maîtresses (tous ?) font un goûter pour le dernier jour de classe. J'imagine
que pour moi, c'était différent : mon premier goûter de maîtresse qui s'en va, mon premier départ d'instit' bien accrochée à ses élèves... Ils étaient tous serrés autour de moi, plus ou moins en
rond. J'avais beau leur dire de s'écarter, que nous avions toute la pelouse pour nous tout seuls, ils étaient là, agglutinés autour de moi. Ou... Autour des
bonbons ? Oui, peut être... Vas-y, casse moi mon rêve, Victor ! Bref. On était bien. On a parlé de tout et de rien. J'ai fait des plaisanteries. J'étais légère. Eux aussi. J'étais
légère et heureuse, heureuse de partager ce moment avec eux, avec eux tous.
Nous nous sommes empiffrés de gâteaux et de bonbons, nous avons beaucoup ri. J'ai encore en tête leurs bouilles pleines de chocolat, leurs rires étouffés par le Coca-Cola, leur joie de vivre. Et
puis il a fallu rentrer et faire les cartables, pour la dernière fois. Bonjour tristesse. Les remercier pour cette année passée avec eux, parce que je pense sincèrement que l'enrichissement va
dans les deux sens. Ils m'auront beaucoup aidée, tous, à me faire rire quand j'avais envie de pleurer, dans les moments de doute. Ils n'en ont pas conscience, bien sûr, mais ils ont été mes
tout premiers élèves, tous ces loulous... J'ai donné mon adresse à ceux qui la voulaient, c'est à dire qu'ils se sont tous précipités sur le papier de brouillon pour l'écrire, promettant que
"Maîîîîtreeeeesse, je vais vous envoyer une carte de mes vacaaaaaaaances !". Sourire. Et puis il arrive un moment où il faut se dire au revoir. J'ai embrassé les plus demandeurs, caressé la tête
des plus pudiques. Ils sont tous sortis. Derniers roulis des cartables, éclats de rire qui chantent. "C'est les vacaaaaaaaaaaaances !". Et puis il y avait ces mamans à la sortie, venues me
remercier et me saluer. Me souhaiter bon courage pour cette nouvelle aventure brigadesque. "Vous lui avez beaucoup apporté, vous savez... Merci.". J'accepte les bouquets. J'ai l'impression
d'avoir gagné le Tour de France ou je ne sais quelle compétition fleurie. Et puis plus personne. Le vide de la classe, les affiches à décrocher, mes affaires à rassembler. Blues. Inéluctable.
Mais ce n'est pas ça que je retiendrai. Au fond, les cartables qui s'éloignent, les casiers vides, la classe nue, c'est triste à pleurer, et je veux garder leurs sourires édentés, leurs
visages barbouillés, leurs gargouillis de Coca-Cola... Oui, vraiment, c'était bien, ce goûter sur l'herbe.
Par Mirabelle
Publié dans : Mirabelle, maîtresse T1
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Mardi 15 juillet 2008
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01:08
C'est de chanter "La Chanson des Vieux Amants" accompagnée au piano, c'est de sentir et ressentir chaque note, chaque mot, chaque intonation. Me
retrouver.
Par Mirabelle
Publié dans : Le tourbillon de la vie
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Lundi 14 juillet 2008
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01:59
Mon cher Victor,
Je suis en plein dans les cartons ! Tu déménages ?! Mais oui voyons ! Je t'en ai déjà parlé, souviens-toi !
Mais... Déjà ?! Mais oui ! Tu sais, cela demande beaucoup d'organisation ces choses-là ! Tu as l'air bien pressée
! Je l'avoue, oui... Tu as hâte de quitter ta petite ville pour aller t'enterrer à L. ?! Mais tu veux finir vieille fille ou quoi ?! Pfff...
Bien sûr que non ! Tu as de ces questions !
Tout à l'heure, en faisant le tri dans le bazar de mon placard, je suis tombée sur une photo de lui. C'était l'été dernier. Il y a un an tout juste. Cela devait être la seule qui me
restait. Je l'ai regardée, longuement. Le ciel bleu, son sourire... Je l'ai déchirée et mise à la poubelle. Au milieu de mes cartons, je me suis revue, pendant les vacances de la Toussaint. A
tout déballer, à admirer la vue, à ne pas croire en ma chance, à m'exclamer que cet appartement serait pour nous une nouvelle vie... C'était il y a peu de temps, au fond. Les choses
peuvent changer si vite... Je l'ai revu lui, en train de me construire ma bibliothèque, mon étagère à CD. Je l'ai revu rigoler parce que je n'arrivais pas à monter ma table I**A, je me suis
revue moi revenir triomphalement parce que finalement, j'y étais parvenue, toute seule comme une grande, avec mes petites mains. On était descendu manger un sandwich en ville, j'avais
l'impression de mener une vie de bohème, persuadée que le meilleur était devant nous... Ca, c'était le côté merveilleux... Moins drôle, je l'ai revu aussi faire la gueule parce qu'il n'y
avait pas de place de parking, et gueuler après le simple vitrage. Il allait me faire payer un peu tous les jours le choix de cet appartement... Ca, c'était le côté nettement moins
merveilleux. Alors effectivement, j'ai déchiré et jeté la photo.
Ce déménagement, je l'attends avec impatience. Je n'aurai aucun souvenir avec lui dans le nouvel appartement que j'ai trouvé dans la ville de L... Appartement qui, d'ailleurs, comme c'est
amusant, a parking et double vitrage... Je pourrai me balader en centre-ville sans me dire "Tiens, c'est dans ce magasin que nous avions trouvé ses baskets", ni soupirer en passant devant le
cinéma. Bien sûr, la ville de L., ce n'est pas très folichon : 20 % de chômage, beaucoup de personnes âgées, des bâtiments tristes, tristes, tristes... Mais là-bas, au moins, je ne craindrai pas
de le croiser et ça, c'est inestimable. J'ai besoin d'un endroit où rien ne me rappelera sa présence, ni notre premier baiser, ni notre première fois, ni nos premières balades ensemble, ni rien
qui lui ressemble, de près ou de loin. Je sais que je ne risque pas de le voir là-bas. Et c'est très bien ainsi. Parce que je fuis, et fuierai, toute occasion où nos chemins seraient
susceptibles de se croiser à nouveau.
Cette nouvelle vie va m'aider. Je l'aborde en toute confiance car personne ne me connaîtra, et personne ne le connaîtra lui. Il n'y aura que moi. Moi, libre de me faire apprécier, libre de
plaire, car je sais, grâce à une certaine personne que je remercie intérieurement tous les jours, que j'en suis capable. Grâce à lui, je me regarde autrement dans le miroir. Et j'évite de
m'apesantir. Et je trace ma route. Ce qui fait que maintenant, quand je fais mes cartons, je ne pense plus à ces vacances de la Toussaint où j'arrivais, toute fraîche et pleine d'espoir,
enthousiaste, fière de vivre ce nouvel élan avec lui. Non, je pense à sa tête de six pieds de long : "Yaaa pas de parkiiiiiing !" et à ses jérémiades : "Yaaaaaaaaaaa pas de double vitraaaaaaage
!". Je pense à tous mes amis, à mes proches, qui avaient trouvé cet appartement absolument magnifique. Et à lui, aveugle, obsédé par les inconvénients, au point de me faire la gueule. Et plus j'y
pense, plus je me dis qu'il ne devait déjà plus m'aimer beaucoup à l'époque pour rester bloqué là-dessus. Il aurait pu savourer cette nouvelle étape avec moi. Mais non. Il était déjà ailleurs.
Au fond, j'étais déjà seule à l'époque... Sauf qu'aujourd'hui, c'est officiel.
Par Mirabelle
Publié dans : Le tourbillon de la vie
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Grains de sel