Mon cher Victor,
Je rêve d'être écrivain. Ca y est, le mot est lâché... Ma petite fille, tu t'adresses à la bonne personne ! Pourquoi crois-tu que j'ai voulu bavarder avec toi plutôt qu'avec un autre ? Eh bien... Pour mes beaux yeux, pardi ! S'il n'y avait que cela, j'aurais pu choisir Ralph Fiennes, Rupert Everett ou... Qui sont tous ces gens ? Des acteurs bien de mon époque, que tu ne connais pas, bien évidemment !
Tu sais, Victor, quand ma passion pour le chant s'est révélée à moi, j'ai un peu mis de côté mon rêve d'écriture. Pas consciemment. Tout doucement. Sans m'en apercevoir. Pourtant, ce rêve est resté là, en arrière-plan, et je sais aujourd'hui qu'il ne m'avait jamais quitté. L'écriture fait partie de soi. Ecrire sera toujours un pan de ta personne, Mirabelle. Toujours. Tu l'as dans la peau. Tu as raison. C'est grâce à ce blog que j'en ai pris conscience. J'ai retrouvé la fièvre de l'inspiration, ce petit quelque chose en plus qui nous transporte en un pays inconnu, à l'écart de la vie réelle, qui nous isole du monde tout en nous rapprochant de l'essence des choses. C'est très spécial, l'écriture. Ecrire, c'est aussi faire passer des idées, Mirabelle ! Tu as l'air d'oublier que c'est un sacré pouvoir politique ! Je me disais bien que tu allais me lancer là-dessus... Venant de toi, rien de plus logique ! Mais je dois te dire que je n'ai pas les mêmes ambitions que toi. Les miennes sont bien plus modestes. Sans prétention. Je ne veux pas révolutionner le monde, et encore moins la France. D'autres s'y prendront mieux que moi. Je voudrais juste comprendre un peu mieux la vie, les gens... Des petites choses du quotidien... Ca n'a l'air de rien mais... C'est déjà beaucoup ! A mes yeux, oui. Eh bien alors, qu'attends-tu ? Lance-toi dans l'écriture d'un roman !
Un roman. J'ai tellement de respect et d'admiration pour ce mot que je crains bien de ne pas me montrer à la hauteur. Ai-je le talent nécessaire ? Assez d'idées ? Assez de rigueur ? Je ne sais pas. Tu ne pourras pas le savoir si tu ne t'essaies pas à un travail de longue haleine ! Il a bien fallu que les plus grands écrivains fassent leurs premiers pas avant de publier leurs chefs-d'oeuvres ! Et ce quelque soit l'époque ! Peut-être... Tu veux que je te dise ? Encore une fois, tu as peur. Ce n'est pas d'écrire un roman qui t'angoisse, c'est de ne JAMAIS être publiée ! D'être un écrivain raté, en quelque sorte ! Qu'as-tu à répondre à cela ? Je ne sais trop que dire. Sauf que pour toi, c'est facile : tu as été publié, tu es devenu un mythe, tes oeuvres sont étudiées au collège, au lycée... De nombreux établissements portent ton nom. C'est facile, après, de donner des leçons aux autres et de sous-entendre qu'il est simple comme bonjour d'écrire des romans ! C'est tout ce qui te vient à l'esprit pour te défendre ? Tu tombes bien bas, ma pauvre Mirabelle ! Ne me reproche pas mon succès, s'il te plaît, et occupe-toi plutôt du tien ! Non, mais qu'est-ce que c'est que ça ? Tu crois que je les ai sortis d'une pochette-surprise, mes Misérables ? Tu ne crois pas que j'ai sué sang et eau pour en accoucher ?! Bon, d'accord... Excuse-moi, Victor, je n'ai pas envie qu'on se fâche... Tu me pardonnes ? Je ne sais pas. Ca me rend fou, moi, les gens qui gâchent leur talent en perdant leur temps en gérémiades ! Je suis difficile à supporter, c'est ça ? Franchement oui ! Mais enfin... Il faut croire que cela fait partie de ton charme !
Arrêtons là cette prise de becs, autant t'éviter la crise cardiaque ! Je réfléchirai à ce que tu m'as dit, promis... Encore heureux !


La France a changé le 21 Avril. Ce n'est désormais plus la même. Mais ce 21 Avril, paradoxalement, a été un électrochoc pour tous ces Français, bien au chaud chez eux, assis dans leur petit canapé. Et... Cela va sans doute t'étonner mais les jours qui suivirent ce "coup de tonnerre" restent l'un de mes meilleurs souvenirs. Effectivement, c'est pour le moins surprenant... Les gens ont compris, soudain. Ils ont compris que la France, aussi puissante soit-elle, n'était pas à l'abri de certaines dérives. Ils ont compris qu'il fallait se battre, s'unir, croire encore en une France faite de droits et de valeurs. Alors... Ils sont descendus dans la rue, main dans la main.
Ils ont défilé, tous ensemble, pour la République, pour la démocratie. J'ai défilé moi aussi. Nous étions des milliers, dans notre petite ville. Une marée humaine. Une marée humaine à refuser l'horreur. Mais... Je ne comprends pas ! Vous étiez toute la France à défiler un peu partout en refus de l'extrême droite, mais c'est la démocratie, non, qui a amené l'extrême droite au deuxième tour ? Les votes n'ont pas été truqués ! Si ce Le Pen est arrivé si loin, c'est que les gens l'ont bien voulu ! Tu n'as pas tort. C'était d'ailleurs un grand débat à l'époque : fallait-il ou non manifester ? Certains affirmaient que c'était aller à l'encontre même du principe démocratique, et ma foi, cela se défend. C'est vrai que beaucoup de gens ont voté pour Le Pen, c'est un fait. Sa montée en puissance était donc on ne peut plus démocratique. Mais... On a beau le savoir, on ne peut quand même pas l'accepter ! Alors on proteste, malgré tout. C'est ce que j'ai fait, tout en sachant qu'il y avait une part d'irrespect pour le vote de mes contemporains. Et puis... Pour une fois que les gens manifestaient tous ensemble, l'occasion était trop belle, vraiment !
Et le deuxième tour ? Le deuxième tour... Nous avons tous voté Chirac, évidemment. Pour faire barrage à l'extrême droite. La gauche a appelé à voter "contre Le Pen", ce qui, bien sûr, est louable, mais aussi assez bien formulé, puisqu'elle n'a pas renié ses convictions en demandant à ses militants de soutenir le président sortant. J'ai donc voté Chirac, moi aussi, la mort dans l'âme. Et le soir-même, pas de surprise : Chirac l'emporte avec 80% des voix. Et en assurant, par dessus le marché "qu'il ferait tout ce qu'il peut" pour ne pas nous decevoir... On voit ce que ça a donné... Pas brillant...
J'en ressors un peu écoeurée, comme tout le monde j'imagine, mais il fallait éviter le pire : c'est ce que nous avons fait. Eh bien, j'étais à des lieues d'imaginer un tel tremblement de terre ! C'est fou, tout de même ! A croire qu'aucune époque ne tire la leçon des précédentes ! C'est vrai, ça, quand même ! Il y a eu la Terreur, Napoléon, et puis, j'imagine, bien d'autres horreurs après tout ça, et en 2002, rebelote, on frôle la pire atrocité qui soit ! Non, vraiment, personne ne tire jamais de leçon de rien !! Jamais, jamais, jamais !
Céline, c'est Miss "J'en-fais-trop" : "je suis têêllement conteeeente d'être là, et je vis un si bôôô conte de fée, je suis têêllement conteeente ! Vous savez, ma môman, mon pâpâ, ils zavé pas bôcoup d'argent mais ils zavé bôcoup d'amour ! Je suis têêllement contente !". Elle est devenue sa propre caricature... C'est tristoune, ce que tu me dis là ! Moi, j'ai plus tendance à la plaindre qu'à l'admirer ! C'est parce que tu ne l'as jamais entendue chanter. Elle a une voix d'or, vraiment, même si parfois, elle abuse un peu du "chanté américain". C'est quoi, le "chanté américain" ? Le "chanté américain", cela donne quelque chose comme "yeeeah, baby, I love you ! I love youuu, yeah ! Baby !" : des paroles sans intérêt et des effets de voix à la pelle, nuisant à la mélodie. Il y en a qui aiment, ceci dit... Mais moi, je préfère ma Céline du début (du moins, quand elle a vraiment percé en France car, la Céline, elle a commencé sa carrière à douze ans ! Ca en impose, non ?), celle dont la voix est pure, maîtrisée, au service de la chanson, celle sur la photo, là, à gauche.

Bavardages