XXIeme siecle

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Avant-propos

Cher lecteur,

Exceptionnellement, nous nous adresserons à toi directement : ce site n'est en aucun cas une biographie de Victor Hugo. Alors si tu pensais trouver ici la vie de notre Totor national en long, en large, et en travers, passe ton chemin !

 

Pour bien comprendre les propos de nos deux protagonistes :

1° Des caractères gras de couleur bleue quand Victor s'adresse à Mirabelle

2° Une police des plus classiques quand Mirabelle s'adresse à Victor

 

Sur ce, bonne lecture !

 

Mardi 4 mars 2008
Mon cher Victor,

We-will-rock-you.jpg

La cloche a sonné ! La maîtresse a repris le travail ! Eh oui... J'avoue avoir soupiré un certain nombre de fois dimanche soir à l'idée de retourner  au boulot. Mais bon... Lundi  matin, Clotilde, une de mes petites CE2, m'accueillait avec un sourire et un bouquet de jonquilles , et  Carine me demandait : "Vous avez passé de bonnes vacances maîtresses ?".  Et là, tout à coup, j'ai eu du plaisir à être dans ma classe, à retrouver leurs questions agaçantes ("Maîîîîîtresse, j'ai plus de place sur ma page, j'écris où ?", et surtout, à retrouver mon rôle d'enseignante. Tout va pour le mieux alors ! Cela pourrait être pire, c'est sûr !

Bref. A l'origine, je voulais te raconter une fabuleuse séance de musique que j'ai menée en fin d'après-midi. Fabuleuse ?! Tu es surpris ? Tu doutes de mes compétences de pédagogue ? Euh... Je plaisante ! Evidemment, cette séance était loin d'être fabuleuse. Disons qu'elle était... Hors du commun. Ah ? Je m'explique. Nous avons commencé à apprendre "We will rock you", du groupe Queen. L'idée n'est pas de moi, je l'avoue : les collègues de Cycle 3 la voyant avec leurs élèves, l'instit' de CM1-CM2 m'a donc demandé de faire de même. Bien. Je m'éxécute donc, pleine de frayeur : c'est une chanson difficile (même pour un adulte), qui demande de chanter vite (et en anglais sivouplé !) et de maîtriser son souffle : c'est qu'il s'agit de ne pas tomber raide mort à la fin du premier couplet ! Bref. Les élèves adorent bien sûr. D'abord, parce que c'est difficile. C'est qu'ils ont le goût du challenge, mes petiots ! Et puis aussi parce qu'ils connaissent les reprises (mais oui, tu sais, Victor, celle où on ajoute un "ooooouh" après le "We will rock you" dans le refrain), dont une très célèbre chantée par des enfants dans une publicité que je ne citerai pas.

Bon. Sauf que l'anglais, bien sûr, c'est encore très obscur pour eux, et ils mouraient d'envie de savoir ce dont parle la chanson. Ce qui est tout à fait légitime ! Pourquoi en faire de simples perroquets ?Pourquoi "aïe aïe aïe" ? Je suis bien d'accord. C'est pourquoi je leur ai traduit les paroles. Bon. Aïe aïe aïe comme on dit. Parce que les paroles ne sont pas gaies-gaies si tu vois ce que je veux dire. Je te passe les détails, mais en gros, c'est l'histoire d'une vie, d'un petit garçon qui grandit dans la pauvreté et vieillit dans la pauvreté. Mais il n'a pas lutté pour s'en sortir ? Bien sûr que si. C'est bien pour ça que cette chanson est si... Triste ! Bref. J'ai donc traduit les paroles. Il faut dire qu'ils étaient tous pendus à mes lèvres. Et quand j'ai terminé... Comment dire... Ils faisaient de ces têtes ! Mais de ces têtes ! Le genre tête-d'enterrement, tu vois... Ah oui... Quand même... Le silence. Complet. Pour une fois que j'avais la paix sans avoir à le demander...

Et puis finalement, une foule de questions. Et pourquoi il n'a pas réussi à être heureux ? Et pourquoi il a du sang sur le visage ? Mais alors c'est une chanson triste, Maîtresse ? Et pourquoi il est tout seul ? Et moi, un peu désamparée, et j'ai envie de leur dire "mais c'est la vie, les enfants", et moi qui leur dis, et eux qui ne comprennent pas... Ils comprendront bien assez tôt, va... Enfin, le plus tard possible, je l'espère pour eux ! Et eux qui restent muets, et moi qui galère pour les remotiver, et moi qui fais de l'humour, qui rame, qui rame : "Il ne faut pas que ça entame votre pêche !!! Il faut la chanter avec le coeur !". Enfin, un petit sourire d'Astrid : "C'est pas grave, Maîtresse... Même si elle est triste, elle est quand même bien cette chanson !". Et tout le monde, dans un murmure d'outre-tombe : "Oui, c'est vrai, elle est trop bien...". Ouf. On se lève, on se met en "position de chanteur", et on y va. Le plaisir de chanter tous ensemble reprend le dessus.
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Dimanche 16 mars 2008
Mon cher Victor,

fille-gar-on.jpg

Bon, déjà, c'est sur, mon blog rank va monter en flèche avec  un titre pareil ! Tu l'as fait exprès, hein ? Coquine ! Pfff... Tu vois le mal partout ! Bref. En fait, après l'article un peu tristounet que j'ai pondu hier, je me suis dit qu'il était temps de penser à redresser la barre de "l'humour". Et rien de tel, pour cela, que d'évoquer avec  toi des situations de classe, des vraies de vraies !

C'était jeudi après-midi. Une séance de sciences. C'est assez bien, les sciences, pour récolter des perles. En ce moment, nous bossons sur la respiration. Par le plus grand des hasards, une de mes élèves a récemment dû faire une radiographie des poumons. Cela tombe pile dans votre sujet, ça ! C'est bien pour cela que j'ai saisi l'occasion au vol, en lui demandant, si possible, de ramener les radiographies en question, ce qui est tout de même plus parlant que de vulgaires photocopies. Or, il se trouve que, dans la pochette, il y avait aussi une radiographie du squelette au complet. L'opportunité était trop belle : tu en as profité pour faire un petit rappel sur l'ossature humaine ! Tout juste ! Ce que tu es intelligent, mon Victor...

Pointant du doigt tel ou tel os, je finis par montrer le bassin. Bon. Je m'attendais à des réponses fantaisistes mais enfin tout de même pas à celle d'Elliot, tonitruant de confiance :

" C'est le pénis, Maîtresse !"

J'ai bien évidemment failli éclater de rire. Et puis j'ai expliqué que les filles n'avaient pas de pénis, peu aidée par les ricanements étouffés de certains CM1. Pour finir, c'est inévitable, par lâcher le mot "bassin", que personne n'avait trouvé.
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Lundi 17 mars 2008
Mon cher Victor,fin.gifIl fallait bien que cela arrive un jour : le 1er tour du mouvement départemental sonne la fin prochaine de mon appartenance à l'école de C******. Les postes sont parus ? Oui. Bien sûr, ce n'est qu'une première ébauche car la carte scolaire n'est pas encore faite. Mais le fait est là : je vais bientôt devoir dégager ! Hier, à l'école, le téléphone a retenti toute la journée. Et à la directrice de préciser, à chaque fois : "Il s'agit d'un CE2-CM1". Un leitmotiv qui m'est bien désagréable. Car il faut bien que je te l'avoue, mon Totor : je n'ai aucune envie de quitter cette école. Aucune. Aucune. Aucune. J'avais envie de prendre le téléphone et de défendre mon statut : "Ah non, le poste n'est pas à pourvoir, non, c'est une erreur. Non, c'est ma classe. Oui, ma classe. C'est MON CE2-CM1. Oui. Ce n'est rien. Au revoir !"

Tu le savais pourtant depuis le début ! Bien sûr. Je le savais, et je l'ai toujours gardé à l'esprit. Mais que veux-tu... On s'attache... Aux gamins, aux collègues... A tout ce qu'on a construit... Et on ne peut pas s'en empêcher... Je suis comme une gamine qui refuse de voir la vérité en face. Je ne veux pas partir de cette école. Une maman a lancé l'idée de faire une pétition pour que je reste, dénonçant l'absurdité de la situation : "C'est quand même fou... Vous arrivez cette année, ça se passe bien, vous auriez pu rester... Et non ! Quelqu'un de nouveau va arriver, ne va connaître ni l'école ni la classe ! C'est d'un mal fait !". Eh oui... C'est mal fait... Et je remercie cette maman, et elle me dit qu'elle touche du bois, et j'aimerais tellement lui dire que je serai là l'année prochaine ! "Enfin, si je peux faire quoi que ce soit, hein, je suis là !". Il y a vraiment des parents extras...

Sauf que tu seras on ne sait où encore... Remarque, tu peux toujours redemander ton poste, cela ne coûte rien ! Oui, je le demanderai, sans me faire d'illusions. J'ai imprimé la liste hier soir. Je l'ai à peine regardée. Mon coeur s'est fendu en constatant, noir sur blanc, réalité implacable, que mon poste était remis en jeu. J'entends encore la voix de l'Inspectrice, au début de l'année : "Ne vous faites pas d'idées... Ce n'est pas parce que vous serez bien dans une école que vous y resterez ! N'oubliez jamais que vous êtes nommés ici à titre provisoire. A titre pro-vi-soi-re !".

Provisoire. Un mot qui n'a plus beaucoup de sens au quotidien, quand je connais tous les gamins des autres classes, quand j'aime retrouver les collègues pour le café, quand je me sens bien en arrivant au boulot, en plaisantant sur les élèves, en échangeant nos points de vue... Tu as eu une chance folle, tu le sais, ça... Débuter dans ces conditions, c'est un privilège que tous les PE sortants n'ont pas ! Je me le repète tous les jours, n'aies aucune crainte. C'est juste qu'il y a les gamins de CE1 qui viennent me demander : "Dis, est-ce que je serai dans ta classe l'année prochaine ?" et puis ces parents qui veulent savoir si j'aurai toujours le même niveau. Je fais partie de cette école, désormais. Et c'est douloureux. Parce que je sais bien qu'il y aura un pot pour moi en fin d'année et que je vais avoir du mal à sourire...

Parce qu'en septembre, on m'a fait un très beau cadeau. Et on aurait pu me dire : "Attention ! C'est beau, mais c'est fragile ! Ce n'est qu'un prêt ! Je compte sur vous cependant pour en prendre soin et pour vous montrer à la hauteur d'un tel cadeau ! Mais d'ici juillet, je viendrai le reprendre ! N'oubliez jamais qu'on viendra vous le reprendre, il n'est pas à vous !".

Je veux rester dans mon école. Je veux rester dans mon école. Je veux rester dans mon école. Je veux rester dans mon école. Je veux rester dans mon école... Pourquoi je ne peux pas y rester ? Pourquoi je ne peux pas y rester ? Je veux rester dans mon école.
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Vendredi 21 mars 2008
Mon cher Victor,
 
photo-classe2.gif
En fin de journée, nous avons reçu (j'entends par nous, mes CE2 et moi... Et pas les CM1 ? Non, ils sont en Angleterre ! Ah tiens !) ce que j'attendais avec encore plus d'impatience que mes élèves : l'indémodable photo de classe ! La voici la voilà : le symbole de l'année scolaire dans toute sa splendeur !

Ralala... J'ai le souvenir d'une discussion avec ma marraine de blog, qui me disait :"Tu verras, la photo de classe, c'est magique, cela fait réaliser que c'est pour de vrai !". Bon. Il faut bien dire que, la date fixée pour dire bonjour au petit oiseau qui va sortir étant assez avancée dans l'année, mon sentiment d'être VRAIMENT maîtresse, je l'ai déjà. Je me SENS maîtresse. Et la photo de classe m'apparaît plutôt comme un plus...

Cela ne m'a pas empêchée, bien sûr, de la contempler je ne sais combien de fois en rentrant du boulot, de sourire des bouilles des uns et des autres (aaahhh... Parlez moi d'Elliot avec ses yeux éberlués !), et surtout de m'émerveiller du caratère éternel de ce cliché : si cette classe m'aura marquée comme "toute première fois", je les aurais marqués, moi aussi, en tant que "maîtresse de cette année scolaire 2007/2008". Et d'ici une vingtaine d'années, qui sait, ils feuilletteront peut être leurs albums en se remémorant quelques souvenirs de cette jeune instit' qui leur paraissait si vieille...

Bon. Trève de plaisanterie. J'avais rongé mon frein en souriant à l'objectif quand le photographe n'avait rien trouvé de mieux à faire que de me placer pile poil à côté d'Ondine, ma grande duduche de CM1 qui-devrait-être-en-CM2 et qui fait six centimètres de plus que moi. Quelle ne fut pas ma surprise quand je m'aperçus, en observant notre différence de taille sur la photographie, que je la dépassais en fait de quelques centimètres ! J'ai percé ce mystère : Ondine s'est baissée ! Oui, oui, tu as bien entendu, mon Victor : elle a fléchi les genoux et j'ai ainsi pu reprendre ma place d'enseignante-adulte ! Si ça, ça ne s'appelle pas du respect... Tu ne lui avais pas soufflé l'idée au moins ? Bien sûr que non ! Pour qui me prends-tu ?
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Mercredi 26 mars 2008
Mon cher Victor,

jellybeans.jpg
M
es CM1 sont rentrés d'Angleterre hier, avec plein de choses à nous raconter, à moi et aux CE2. Alors ? Ils ont apprécié leur séjour ? Beaucoup. A un tel point qu'il a fallu que je rappelle certaines règles de base (non, on ne peut pas hurler en classe, on lève la main et on attend que je donne la parole !), tout excités qu'ils étaient à gesticuler sur leur siège ("Maîîîtresse, cétait troooop bien le HMS Victory !", "On a mangé des flageolets avec de la sauce sucrée !", "J'ai pris des tas de photos, est-ce que je pourrais en ramener, Maîtresse ?"), à échanger leurs souvenirs, à venir me tirer sur la manche pour me raconter comment-c'était-trop-bien-dans-les-chambres-à-l'auberge-de-jeunesse. Oui, j'imagine qu'il va leur falloir un petit tems de réadaptation.

En arrivant à 9 h, alors que je les faisais rentrer en classe, Grégory me tendit un petit paquet : "Tenez, Maîtresse, c'est pour vous !". Ooooh ! Quelle délicate attention ! Sans masquer mon plaisir, je défis le papier cadeau pour découvrir un ravissant pot de bonbons : des Jelly Beans ! Qu'est-ce donc que cela ? Euh... C'est comme des Dragibus ! Je ne connais pas non plus ce type de friandises... Ah oui, c'est vrai ! Bon ben... Je t'en ferai goûter, ce sera plus simple ! Et puis de toute façon, peu importe le cadeau, c'est le fait même qu'il ait pensé à me ramener quelque chose qui me touche, plus que je ne saurai le dire. C'est adorable, sans conteste !

Mais ce n'est pas tout ! Tandis que mes élèves s'installaient en classe (ah, la charmante mélodie des chaises que l'on traîne et des cartables que l'on jete par terre !), trois gamines de CM1 patientaient près de mon bureau, en se tortillant d'impatience : "Tenez Maîtresse ! C'est de la part de Louise, Julie et moi !" me dit Marie, en me tendant un paquet. Je les remercie une à une, rougis un peu et découvre mon cadeau : c'est un magnifique verre représentant un trajet touristique dans la ville de Londres ! Ooooh ! Connaissant ton admiration pour cette ville, tu as dû être ravie ! Oh que oui ! Et je ne m'y attendais pas, ce qui est d'autant mieux ! A la récréation, j'en ai parlé entre deux portes avec mes collègues, en particulier ceux de cycle 3, qui encadraient ce fameux voyage en Angleterre : "Tu sais, on ne leur a rien suggéré du tout ! Les filles sont venues me voir toutes les trois et nous ont dit : "Est-ce qu'on pourrait se cotiser toutes les trois pour faire un cadeau à la maîtresse ?". Elles sont vraiment adorables !".

Bon. J'avoue qu'après ça, j'ai été de bonne humeur toute la journée. Mon beau verre me servira pour mes cafés à la récréation. Et crois-moi, celui-là, je le remmène avec moi à la fin de l'année, hors de question de le laisser à celui ou celle qui héritera de
mon poste !
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Un mot au vol ?

Opinion


Et si vous nous faisiez part de votre opinion ?


Victor mène l'enquête.

Parce que Mirabelle se le demande !




personnes ont écouté la conversation entre Mirabelle et Victor depuis leur rencontre.


Aujourd'hui, à :

il y a 3 personne(s) qui papote(nt) avec Mirabelle et Victor.


La requête de Victor :

  • Parce que Mirabelle et moi-même aimons beaucoup de gens... Allez donc jeter un coup d'oeil à notre tour de tables !


Nos recommandations :

  • Un clic et vous y êtes... Si vous souhaitez quelques conseils pour guider votre lecture, bien entendu !


Lexique IUFMesque à l'usage des non-initiés :

  • Mirabelle, dans son infinie bonté, a daigné me proposer (ainsi qu'à toi, ô lecteur non affilié à l'Education Nationale !) un lexique de rattrapage, sensé me donner les repères indispensables à la compréhension de deux rubriques.


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