Mon cher Victor,
Tout à l'heure, alors que je trottinais laborieusement au parc D'Ornano, j'ai soudain pris conscience que 2006, pour moi, Mirabelle, c'était l'année de tous les défis !
Je me suis vue, là, suante, haletante, à deux doigts de m'écraser sur les graviers et je me suis dit que, bon sang de bois, jamais de ma vie entière (courte, jusqu'ici, je te l'accorde !) je n'avais fait autant d'efforts pour obtenir quelque chose : courir trois fois par semaine ! Est-ce que tu te rends compte, mon Victor ! Un exploit ! C'est bien simple : il y a encore quelques années, si on m'avait dit : "Mirabelle, un jour, tu courras trois fois par semaine à raison de trois séquences de dix minutes", j'aurais ri à gorge déployée, en me tapant bien fort les cuisses !
Je me suis vue également au volant de la petite C3 de mon auto-école, à côté de ce moniteur qui doit en avoir ras-le-bol de se coltiner ma personne depuis plus de cinquante heures ("on va y arriver, on va y arriver, il faut qu'on y arrive !", me dit-il...). Je tire la langue dans les virages, plisse les yeux dans les ruelles étroites, pouffe de rire quand je ne remarque pas un feu rouge, pourtant pile sous mon nez... Et cependant, malgré ma joie de vivre naturelle (ceux qui me connaissent dans la vraie vie sauront que c'est ironique !) je désespère, essuyant avec flegme les plaisanteries de mes camarades de PE1 : " Tu en es déjà à plus de cinquante heures ? Mais comment tu fais ?!". Et eux, ils trouvent ça très drôle, ces nigauds-là, moi, un peu moins...
Je me suis vue aussi partagée entre le passé et l'avenir, partagée entre J. et Monsieur "je-ne-sais-pas-qui-mais-pourvu-que-cette-fois-ci-ce-soit-le-bon", partagée entre mes réflexes de Pavlov (pourquoi diable ai-je encore l'automatisme de l'appeler pile à 17 h 30 ?) et mes rêves, qui reviennent peu à peu, certes, mais qui me font culpabiliser face au visage angélique de J., à ses mimiques enfantines. Partagée entre la tendresse et l'envie d'avancer, de passer à autre chose.
Et là, en trottinant, sous des bourrasques bien de chez moi, j'ai réalisé que j'avais beaucoup de projets. Prise de conscience lumineuse, qui me donne envie de relever la tête, d'allonger la foulée, de fixer un point, un seul, droit devant moi, et d'accélerer la cadence, pour relever tous ces défis.






Céline, c'est Miss "J'en-fais-trop" : "je suis têêllement conteeeente d'être là, et je vis un si bôôô conte de fée, je suis têêllement conteeente ! Vous savez, ma môman, mon pâpâ, ils zavé pas bôcoup d'argent mais ils zavé bôcoup d'amour ! Je suis têêllement contente !". Elle est devenue sa propre caricature... C'est tristoune, ce que tu me dis là ! Moi, j'ai plus tendance à la plaindre qu'à l'admirer ! C'est parce que tu ne l'as jamais entendue chanter. Elle a une voix d'or, vraiment, même si parfois, elle abuse un peu du "chanté américain". C'est quoi, le "chanté américain" ? Le "chanté américain", cela donne quelque chose comme "yeeeah, baby, I love you ! I love youuu, yeah ! Baby !" : des paroles sans intérêt et des effets de voix à la pelle, nuisant à la mélodie. Il y en a qui aiment, ceci dit... Mais moi, je préfère ma Céline du début (du moins, quand elle a vraiment percé en France car, la Céline, elle a commencé sa carrière à douze ans ! Ca en impose, non ?), celle dont la voix est pure, maîtrisée, au service de la chanson, celle sur la photo, là, à gauche.

Grains de sel