Mon cher Victor, 
Suite à des articles de Matthieu et de Laflote, j'ai réfléchi. A quel sujet ? Au sujet de l'image que nous donnons de nous-même sur la blogosphère. Ah... Et quelle est l'image que tu donnes de toi-même, à ton avis ? Je ne me risquerai pas sur ce terrain, d'autant plus que je n'ai pas l'objectivité nécessaire pour prétendre me caractériser. C'est bien là, d'ailleurs, toute l'ambiguité d'un blog.
Il y a une part de narcissisme dans tout blogueur. Une part d'exposition. D'envie de se montrer. S'il s'agissait seulement d'un exutoire, on écrirait un journal, dans un cahier, avec un cadenas, comme ceux des enfants ! Tenir un blog est plus complexe. Tenir un blog, c'est encourager au voyeurisme : venez, venez voir à quoi ressemble ma vie ! En échange, j'irai voir à quoi ressemble la vôtre ! Tenir un blog, c'est en partie se comparer aux autres : ont-ils réussi ? Y a-t-il des similitudes entre nos parcours ? Quelle leçon puis-je tirer de l'expérience des autres ? A t'entendre, on croirait que les autres ne sont qu'un instrument. Pas de partage, alors ? Pas de liens qui se créent ? Tu m'as pourtant l'air d'en avoir créé, toi, des liens ? Minute, papillon... Chaque chose en son temps !
Chaque blogueur a donc une part de voyeurisme. Plus ou moins grande. Surtout plus ou moins avouée... Et toute personne tenant un blog a sur lui le regard de l'autre, qui différe du rapport entre écrivain-lecteur en cela que le blog permet une interaction directe entre deux acteurs, par le rôle prépondérant des commentaires. L'autre n'hésite plus à dire ce qu'il pense, devient celui qui juge, celui qui encourage, celui qui écoute, qui donne son opinion, qui pose des questions, qui rassureaussi... Tenir un blog, c'est faire partie d'un mini-tout, ayant sa propre unité, son propre mode de fonctionnement. Le terme même de "blogosphère" l'indique très précisément. Effectivement... Tenir un blog, c'est prendre du recul, ou du moins, plus exactement, TENTER de prendre du recul. Ecrire, est, de toute façon, un mode de distanciation, renforcé, dans le cadre de la blogosphère, par l'intervention de l'autre, incarnation même de l'objectivité. Mais quelle objectivité ?
Quelle objectivité quand tout commentaire se rapporte nécessairement à ce que le sujet a bien voulu dévoilé de lui-même ? Quelle objectivité quand ce qu'il dévoile est empreint d'émotion, de colère, bref, de sentiments ? De toute évidence, ces sentiments, ces émotions l'amèneront à déformer la réalité, à la manipuler, à la tourner à son avantage (ou à son désavantage, en imaginant que le blogueur en question cherche à se faire plaindre), trompé par ce qu'il ressent, par ces sensations qui l'emportent ? Il n'y a pas d'objectivité possible sur la blogosphère quand le blogueur s'implique en tant que personne. Ou, du moins... Je n'y crois pas. Je n'y crois pas quand le blog est classé dans la catégorie "journal intime" et que le blogueur dissèque son existence, fait part de sa vie privée, introduit son entourage dans son discours... Il est déjà difficile, quand est seul avec soi-même, de se connaître, de sonder ses sentiments, ses pensées... Alors quand il y a quelqu'un en face et que l'écriture repose sur la prise en compte du regard d'autrui, je doute franchement qu'aucune objectivité soit possible. Et quand est-ce que tu vas répondre à ma question de tout à l'heure ? Jamais je présume ? Je vais y répondre dans l'instant.
Tu me demandais ce qu'il en était, selon moi, du partage et des liens qui se créent sur la blogosphère. C'est un lieu d'échange, on ne peut pas le nier. D'échange et de grandes amitiés parfois, comme on peut le constater face au blog communautaire militant (c'est bien le mot) pour le retour de DS. Les blogueurs ont leurs petits chouchous. Ils s'attachent. Attendent les nouveaux articles de leurs préférés avec impatience. S'abonnent à cette fameuse Newsletter. Laissent des commentaires à chaque post, pas forcément pour faire profiter la blogosphère de leurs grandes idées, mais surtout pour montrer qu'ils sont là, en fidèles lecteurs qu'ils sont ! Oui, les blogueurs s'attachent. Aux loutres... Aux sciences... Aux jeunes tourtereaux à la recherche d'un nid... Aux tenniswomen... C'est la vie de la blogosphère à l'état pur. C'est ce qui en fait le charme et l'indéniable spécificité...
Parlons désormais du blogueur en tant qu'écrivain. Le "parlons" n'est pas très approprié : Victor se tait, je te signale ! Excuse-moi, Victor... Il est vrai que cette conversation ressemble plus à un exposé qu'à une discussion ! Mes plus plates excuses. Allez, termine, termine, je commence à bailler... Je résumerai alors ! S'il te plaît, oui... Je suis une blogueuse-écrivain. Je parlerai ici de mon cas personnel, car je ne sais si mes collègues fonctionnent de la même manière que moi...
Mirabelle, c'est moi. Pas complètement cependant... Mirabelle est un mélange de ma personne et d'un personnage, une parcelle de roman, dont l'histoire m'amuse : ses soucis de coeur, ses angoisses du concours, sa famille qui se disloque, son admiration pour les écrivains, ses envies de pousser la chansonnette... Mirabelle suscite des réactions multiples et variées de la part des internautes : on la perçoit tantôt timide, tantôt trouillarde, tantôt révoltée, tantôt geignarde... Mirabelle m'attendrit. Mirabelle m'inspire. L'entourage de Mirabelle m'attendrit et m'inspire. Cette jeune fille a tous mes défauts, que je tourne au ridicule. Elle a aussi quelques unes de mes qualités, que j'exploite moins puisque moins drôles... Mais Mirabelle, ce n'est pas moi. Je ne m'appelle pas Mirabelle.
J'avais bien compris que c'était un pseudonyme... Si tu crois apprendre quelque chose au vieux Victor !
Bavardages