XXIeme siecle

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Avant-propos

Cher lecteur,

Exceptionnellement, nous nous adresserons à toi directement : ce site n'est en aucun cas une biographie de Victor Hugo. Alors si tu pensais trouver ici la vie de notre Totor national en long, en large, et en travers, passe ton chemin !

 

Pour bien comprendre les propos de nos deux protagonistes :

1° Des caractères gras de couleur bleue quand Victor s'adresse à Mirabelle

2° Une police des plus classiques quand Mirabelle s'adresse à Victor

 

Sur ce, bonne lecture !

 

Mercredi 10 mai 2006

Victor !!!! Victor !!!!

Victor !!! C'est aujourd'huiiii !!! Ahhh mon dieu !!! Ahh, mon dieu !!! J'ai le coeur qui bat, les mains moites, une boule dans le ventre... C'est aujourd'huiiii !!! Victor !!!! Calme-toi, calme-toi... Respire, respire... Là, là.... Ne gigote pas comme ça, enfin, Mirabelle ! Et puis arrête avec ces cris suraïgus, tu vas me percer les tympans !!! Allez, assis-toi. Respire profondément... Et arrête de jouer avec ta petite cuillère, tu m'agaces ! Navrée, Victor, mais je ne PEUX pas être autrement ! Je ne peux pas ! C'est aujourd'huiii ! Il me semblait avoir saisi le message... Ma parole, tu es une véritable pile électrique ! Il faut te reprendre, ma petite fille ! Oh, et puis allez, passe tes nerfs sur Victor, si cela peut te faire du bien ! Merci Victor ! Je sais que je ne suis pas très agréable à vivre en ce moment mais je t'assure, je bouillonne, que dis-je je bouillonne !, je trépigne, je m'électrise, je me nucléarise !!! Ahhh !!! Et dire que les maths ne sont que demain... Chaque chose en son temps... Pense déjà à ton épreuve de français ! Ah mon dieu, ah mon dieu ! Pas très varié, ton vocabulaire, aujourd'hui... Je suis trop angoissée pour faire de grandes phrases ! Ahhh !!! Victor, je ne me sens pas bien du tout, là, je crois que je vais tourner de l'oeil... Je vais rentrer chez moi... Ah non, tu vas m'écouter avant d'y aller ! Je vais te donner un petit coup de fouet, c'est moi qui te le dis ! Tu vas voir que cela ira tout de suite mieux après...

Allez, Mirabelle ! Tu vas y arriver ! Allez ! Ne te démonte pas ! Tu peux l'avoir ! Tu peux l'avoir ! Courage, allez ! Victor est avec toi ! Alleeeez ! Ne perds pas tes moyens ! Crois-y à fond et jusqu'au bouuuut ! Tu vas tous les battre ! Touuuus ! Tooouss, tu m'entends ?! Alleeeez, c'est la dernière ligne droite !!!! Alleeez ! Jusqu'au bout !!! Victor est avec toi !!! Victor va te donner des ailes ! Victor croit en toi ! Alleeez !!! Tu vas l'avoir !! Tu vas l'avoir !!! Tu vas tous les éclater ! Tous les massacrer ! Tous les écoeurer !!! Allez ! Tu vas l'avoir !!!! Il faut y croire !!! Il faut aller jusqu'au bout de ses rêves !!! Alleeez, Mirabelle !!!! Ne te décourage pas !!! Puise dans tes réserves !!! Avec les tripes, Mirabelle, avec les tripes !!! Avec les triiiiiiipes !!! Alleeeeez !!!!!!!

Alors, ça va mieux ?

Oui. Me voilà requinquée. Quant à toi, tu es bon pour aller supporter les coureurs du Tour de France. Je ne connais pas. Tout ce que je sais... Oui ? C'est que j'ai mal à la gorge. Allez, tu me tiens au courant pour tes épreuves, d'accord ? Tu en seras le premier informé, je te le promets.

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publié dans : Mirabelle, PE1, future instit' par Mirabelle
Vendredi 12 mai 2006

Mon cher Victor,

Alors ? Alors ? Comment cela s'est passé ? J'attendais que tu viennes discuter hier soir après ton épreuve de français, mais personne ! Excuse-moi, Victor... J'étais tout bonnement exténuée ! Et je ne voulais pas bâcler d'article... Tu as intérêt à t'appliquer aujourd'hui ! Compte sur moi ! Je vais tout reprendre depuis le début :

JEUDI

Epreuve de français. Bien que cette matière soit mon point fort, je me retrouve à deux doigts d'éclater en sanglots en allant prendre le tram qui m'emmenera sur le campus 2. Ma pauvre Mirabelle... J'ai dit "à deux doigts", Victor ! Ah oui, c'est vrai...

12 h 45 :

Silence de mort dans le couloir en attendant l'ouverture de la salle d'examen. J'entends des soupirs. Je vois des gens qui se prennent la tête dans les mains. Des filles qui pleurent. Décidemment... Et soudain, la porte s'ouvre ! C'est la cavalcade !!! Je découvre le coeur battant la table où je suerais sang et eau pendant deux jours. Je remplis consciencieusement l'en-tête de ma copie. J'attends. Air important des surveillants. Et enfin, vers... 13 h 10 (tout de même !), décachetage du paquet de sujets, froissement du plastique. On nous les distribue cérémonieusement, à l'envers.

-Surtout, ne la retournez qu'à notre signal !

Je tapote nerveusement sur la table, me ronge les ongles... Je croyais que tu avais arrêté ? Avec le stress du concours j'ai repris...

- Vous pouvez retourner votre copie. Vous avez quatre heures.

Et là... Argl. Thème : l'orthographe. Une synthèse des plus complexes. Trois minutes de brouillard et zou, c'est parti, mon stylo caracole sur le papier...

17 H 10

- C'est terminé ! Posez vos stylos !

J'ai tout bouclé à temps ! Certes, ma synthèse est minable mais... C'est du moins ainsi que tu l'apprécies ! C'est vrai. Je ne suis pas fière de ma synthèse mais j'ai insisté sur les questions complémentaires et fait mon possible avec une question de grammaire un peu tordue. Je me sens extrêmement fatiguée. Mais heureuse d'avoir tout fait. Soulagée, surtout...

En rentrant chez moi, je sais que le pire m'attend le lendemain. Mathématiques de huit heures trente à onze heures trente. J'en grimace de dégoût rien que d'y penser...

VENDREDI

La veille, je me suis endormie sur mes formules, bien au chaud dans mon lit. Il faut dire que ce n'est pas une très bonne idée de réviser au lit... Tu n'as pas tort.

8 h 30

Décachetage des sujets. Mon coeur bat la chamade. Il me semble être au bord de l'évanouissement. En plus, pas le droit à la calculette, et j'ai très peur de faire des erreurs d'opération...

Lecture du sujet. Rien ne m'emballe, évidemment. Je m'y attèle courageusement. Je passe dès que je bute sur quelque chose. Tu as dû beaucoup passer dans ce cas ! C'est exact. J'ai fait l'impasse sur énormément de points. Et j'ai fait des erreurs dans le peu d'exercices que j'ai résolus, je m'en suis aperçue trop tard.

11 h 30

 Je vois l'oral s'envoler en fumée... Pff... Tu n'en sais strictement rien ! Effectivement. Et je passe toute ma pause du midi à essayer de m'en persuader.

14 h 30

C'est reparti mon kiki. Histoire-géographie et sciences. Ma bande de l'IUFM et moi-même avons prié toute la pause-déjeuner pour que la géographie ne tombe pas en partie majeure. Verdict : vlan ! Géographie en majeure. Aux concours blancs, nous n'avons eu aucun entraînement à la géographie en ce qui concerne les enjeux scientifiques et didactiques. Quant aux sciences, je suis agréablement surprise : les questions sont simples et je réussis à y répondre sans trop me poser de questions.

17 h 30

J'ai tout bouclé. La tête fumante. Mais la satisfaction d'avoir tout fait, contrairement aux deux concours blancs de cette année de préparation. Je n'ai aucune idée de la qualité de mon travail. Il est achevé, c'est l'essentiel.

Il est désormais 20 h 30. Et je me dis : "Quoi ? Déjà ? C'est déjà terminé ?". Tant de travail pour si peu de temps sur une copie. Si peu de chances de succès. Résultats le 31 Mai... Mais... Pourquoi cet ours ? Parce que maintenant que les épreuves sont terminées, je ressemble à ça...

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publié dans : Mirabelle, PE1, future instit' par Mirabelle
Dimanche 14 mai 2006

Mon cher Victor,

Suite à des articles de Matthieu et de Laflote, j'ai réfléchi. A quel sujet ? Au sujet de l'image que nous donnons de nous-même sur la blogosphère. Ah... Et quelle est l'image que tu donnes de toi-même, à ton avis ? Je ne me risquerai pas sur ce terrain, d'autant plus que je n'ai pas l'objectivité nécessaire pour prétendre me caractériser. C'est bien là, d'ailleurs, toute l'ambiguité d'un blog.

Il y a une part de narcissisme dans tout blogueur. Une part d'exposition. D'envie de se montrer. S'il s'agissait seulement d'un exutoire, on écrirait un journal, dans un cahier, avec un cadenas, comme ceux des enfants ! Tenir un blog est plus complexe. Tenir un blog, c'est encourager au voyeurisme : venez, venez voir à quoi ressemble ma vie ! En échange, j'irai voir à quoi ressemble la vôtre ! Tenir un blog, c'est en partie se comparer aux autres : ont-ils réussi ? Y a-t-il des similitudes entre nos parcours ? Quelle leçon puis-je tirer de l'expérience des autres ? A t'entendre, on croirait que les autres ne sont qu'un instrument. Pas de partage, alors ? Pas de liens qui se créent ? Tu m'as pourtant l'air d'en avoir créé, toi, des liens ? Minute, papillon... Chaque chose en son temps !

Chaque blogueur a donc une part de voyeurisme. Plus ou moins grande. Surtout plus ou moins avouée... Et toute personne tenant un blog a sur lui le regard de l'autre, qui différe du rapport entre écrivain-lecteur en cela que le blog permet une interaction directe entre deux acteurs, par le rôle prépondérant des commentaires. L'autre n'hésite plus à dire ce qu'il pense, devient celui qui juge, celui qui encourage, celui qui écoute, qui donne son opinion, qui pose des questions, qui rassureaussi... Tenir un blog, c'est faire partie d'un mini-tout, ayant sa propre unité, son propre mode de fonctionnement. Le terme même de "blogosphère" l'indique très précisément. Effectivement... Tenir un blog, c'est prendre du recul, ou du moins, plus exactement, TENTER de prendre du recul. Ecrire, est, de toute façon, un mode de distanciation, renforcé, dans le cadre de la blogosphère, par l'intervention de l'autre, incarnation même de l'objectivité. Mais quelle objectivité ?

Quelle objectivité quand tout commentaire se rapporte nécessairement à ce que le sujet a bien voulu dévoilé de lui-même ? Quelle objectivité quand ce qu'il dévoile est empreint d'émotion, de colère, bref, de sentiments ? De toute évidence, ces sentiments, ces émotions l'amèneront à déformer la réalité, à la manipuler, à la tourner à son avantage (ou à son désavantage, en imaginant que le blogueur en question cherche à se faire plaindre), trompé par ce qu'il ressent, par ces sensations qui l'emportent ? Il n'y a pas d'objectivité possible sur la blogosphère quand le blogueur s'implique en tant que personne. Ou, du moins... Je n'y crois pas. Je n'y crois pas quand le blog est classé dans la catégorie "journal intime" et que le blogueur dissèque son existence, fait part de sa vie privée, introduit son entourage dans son discours... Il est déjà difficile, quand est seul avec soi-même, de se connaître, de sonder ses sentiments, ses pensées... Alors quand il y a quelqu'un en face et que l'écriture repose sur la prise en compte du regard d'autrui, je doute franchement qu'aucune objectivité soit possible. Et quand est-ce que tu vas répondre à ma question de tout à l'heure ? Jamais je présume ? Je vais y répondre dans l'instant.

Tu me demandais ce qu'il en était, selon moi, du partage et des liens qui se créent sur la blogosphère. C'est un lieu d'échange, on ne peut pas le nier. D'échange et de grandes amitiés parfois, comme on peut le constater face au blog communautaire militant (c'est bien le mot) pour le retour de DS. Les blogueurs ont leurs petits chouchous. Ils s'attachent. Attendent les nouveaux articles de leurs préférés avec impatience. S'abonnent à cette fameuse Newsletter. Laissent des commentaires à chaque post, pas forcément pour faire profiter la blogosphère de leurs grandes idées, mais surtout pour montrer qu'ils sont là, en fidèles lecteurs qu'ils sont ! Oui, les blogueurs s'attachent. Aux loutres... Aux sciences... Aux jeunes tourtereaux à la recherche d'un nid... Aux tenniswomen... C'est la vie de la blogosphère à l'état pur. C'est ce qui en fait le charme et l'indéniable spécificité...

Parlons désormais du blogueur en tant qu'écrivain. Le "parlons" n'est pas très approprié : Victor se tait, je te signale ! Excuse-moi, Victor... Il est vrai que cette conversation ressemble plus à un exposé qu'à une discussion ! Mes plus plates excuses. Allez, termine, termine, je commence à bailler... Je résumerai alors ! S'il te plaît, oui... Je suis une blogueuse-écrivain. Je parlerai ici de mon cas personnel, car je ne sais si mes collègues fonctionnent de la même manière que moi...

Mirabelle, c'est moi. Pas complètement cependant... Mirabelle est un mélange de ma personne et d'un personnage, une parcelle de roman, dont l'histoire m'amuse : ses soucis de coeur, ses angoisses du concours, sa famille qui se disloque, son admiration pour les écrivains, ses envies de pousser la chansonnette... Mirabelle suscite des réactions multiples et variées de la part des internautes : on la perçoit tantôt timide, tantôt trouillarde, tantôt révoltée, tantôt geignarde... Mirabelle m'attendrit. Mirabelle m'inspire. L'entourage de Mirabelle m'attendrit et m'inspire. Cette jeune fille a tous mes défauts, que je tourne au ridicule. Elle a aussi quelques unes de mes qualités, que j'exploite moins puisque moins drôles... Mais Mirabelle, ce n'est pas moi. Je ne m'appelle pas Mirabelle.

J'avais bien compris que c'était un pseudonyme... Si tu crois apprendre quelque chose au vieux Victor !

 

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publié dans : Mystérieuse blogosphère par Mirabelle
Mardi 16 mai 2006

Mon cher Victor,

 J'ai fait hypokhâgne-khâgne. Je l'ignorais ! Mais... Tu ne me demandes pas ce que c'est que cette filière ? Non ! Me prendrais-tu pour un inculte ? Je sais très bien ce que c'est, voyons ! Je peux même te dire qui les a créées ! Peux-tu me le dire, toi ? Eh bien... Tu fais moins ta maligne ! Je suis confuse, Victor... Assez ! Je vais te le dire, moi, ce que c'est que ces classes :

 

L'origine du nom est mal connue. « Khâgneux » serait une orthographe pseudo-grecque de « cagneux », qui désigne des membres mal formés ou osseux. Napoléon Ier, inspectant une classe préparatoire littéraire, se serait exclamé « Qu'est-ce que c'est que ces cagneux ! » devant la constitution chétive des élèves.  Leurs homologues scientifiques étaient plus athlétiques, puisqu'ils se préparaient à des écoles militaires.

Alors, tu es contente, maintenant ? Ne te vexe pas, Victor... Tu sais bien que je n'aime pas quand tu es fâché contre moi ! Bon, bon... Alors, qu'est-ce que tu voulais dire à propos de tes deux années de classe préparatoire ?

Les Prépas... Un mot qui n'échappe pas à son étiquette. Et c'est quoi, cette étiquette ? En schématisant : jeunes intellos boutonneux, coincés, incapables de s'amuser, croulant sous leurs bouquins... Bref : des grosses têtes ! Fichtre... Et ce n'est pas la vérité ? Ce n'est qu'UNE partie de la vérité. J'ai d'ailleurs une anecdote assez drôle à te raconter, qui montre bien combien certains peuvent mépriser les élèves de Prépa. Je t'écoute !

Petite soirée au resto avec ma classe de PE1. A côté de notre tablée, une trentaine de jeunes gens qui rient plus fort que nous, crient plus fort que nous, et qui m'attendrissent. Peut être parce que j'ai entendu les mots "concours", "Prépa étoile" et "colles". Peut être parce que je me sens proche d'eux, tout à coup... J'ai envie de m'approcher et de leur dire tout simplement : "Je comprends que vous ayiez besoin de vous défouler, j'ai fait Prépa moi aussi, je sais ce que c'est...". Evidemment, je reste assise, je les regarde, et je souris, pour moi seule. Et soudain, une collègue de PE1 se penche vers moi :

- Regarde ! C'est des Prépas ! On les reconnaît, les Prépas ! Pff... Qu'est-ce qu'ils sont gamins ! Ils sont peut être super forts en classe mais alors qu'est-ce qu'ils sont immatures ! Et qu'est-ce qu'ils sont moches ! Regarde moi ça... Binoclards, boutonneux... Je les repère à des kilomètres !

Je ne sais pas pourquoi, je me sens hargneuse, tout à coup. J'ai envie de lui rabattre son caquet. De la mettre face à sa bêtise. J'y vais doucement, pourtant...

- Tu sais, ils ne sont sans doute pas tous comme ça, il ne faut pas généraliser...

- Admets qu'ils ne sont pas gâtés les pauvres ! Ils ne font pas épanouis !

- Ah... Et moi, je fais épanouie ?

Elle me regarde. Ne comprend pas. Hésite :

- Euh... Quel est le rapport ?

- Tu n'as pas repéré que j'avais fait Prépa ?

Evidemment, elle s'est excusée. Et plutôt mille fois qu'une.

Que les gens aient des préjugés sur les Prépas, je le conçois tout à fait ! Mais ce qui m'intéresserait, ce serait de savoir quelle est l'atmosphère dans ces classes... S'il est justifié d'affirmer que la pression est à son comble et que les enseignants dévalorisent les élèves !

La première année de Prépa est une douche froide. Une douche froide contradictoire, mais une douche froide quand même. Tous les élèves ont obtenu leurs baccalauréats avec mention, ce qui, aux dires de mon professeur de géographie de l'époque "est le minimum syndical pour l'élite de la nation". Le ton est donné.

Réunion de rentrée. Ton pompeux du directeur du lycée de province dans lequel j'ai fraîchement débarqué. Nous ne sommes pourtant pas à Henri IV mais nous incarnons, nous aussi, d'après l'équipe pédagogique "la sélection de la sélection". La première semaine de classe est ponctuée d'interminables discours sur "notre chance d'être ici", sur "nos sacrifices à accomplir", notre "devoir de faire honneur au lycée M. en étant au moins sous-admissible au concours de l'ENS".

- Attendez-vous à des baisses de note notables ! Il vous faudra réapprendre tout ce que vous aviez appris !

- Vous êtes la crème des crèmes, que dis-je, la cerise sur le gâteau !

- A partir de maintenant, seul le concours doit compter !

Mes premiers pas dans le monde de la Prépa furent assez pénibles. Impression de condescendance. De supériorité. De flatterie. De mépris des "simples étudiants". Tout ce que je déteste en somme... J'espérais simplicité, modestie, autorité sans autoritarisme, et me voilà propulsée sur une planète où les mots "sacrifice", "compétition", "coups bas" prennent tous leurs sens. Entre ceux qui lisent Proust dans le couloir pour exhiber la qualité de leur esprit, esprit qui, soit dit en passant, ne s'abaisse pas à adresser la parole aux communs des mortels ; et ceux qui, dénués de tous scrupules, demandent conseil et plagient ainsi, très finement, la dissertation de leur camarade, je me sens incapable de rentrer dans le moule. Surtout quand un certain professeur de lettres, connu pour "ses paroles un peu dures" s'indigne devant la qualité de nos copies, "de la pâtée pour chats" selon lui.

Ahurie dans un premier temps, je finis par prendre le contre-pied de ce qu'on attend de nous. Au programme : rigolade, auto-dérision, un sens de l'humour qui m'a permis, avec ma bande de copines, de ne pas sombrer, à l'approche du concours, dans les larmes et la dépression, comme ce fut le cas pour certaines personnes de ma classe. On ne peut pas dire que tu nous dépeignes la Prépa d'une manière très positive... C'est tout ce que tu en retiens, de ton année ? Bien sûr que non, j'allais y venir ! J'ai beaucoup appris. Culturellement bien sûr, et surtout personnellement. C'est à dire ? C'est à dire que faire deux années de classe préparatoire remet les pendules à l'heure... A la rentrée, on nous assomme de vérités :

- Vous allez apprendre l'humilité. Vous êtes tout fraîchement sortis de Terminale. Vous avez tous obtenu votre baccalauréat avec mention, sans trop vous fouler. Vous vous croyez brillants. Dites-vous qu'il y aura toujours plus brillants que vous ! Toujours !

Si j'ai tiré une leçon de ces deux années, c'est bien celle-ci. Il y a toujours meilleur que soi. Toujours...

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publié dans : Positif, Négatif par Mirabelle
Jeudi 18 mai 2006

Mon cher Victor,

En lisant mon quotidien régional, voilà que je tombe sur un petit entrefilet fort inquiétant : "14% des Bas-Normands de dix-sept ans sont illettrés"C'est beaucoup... Je trouve aussi. La Picardie, le Nord-Pas-de-Calais, la Champagne-Ardenne, affichent elles aussi des taux d'illéttrisme assez importants puisqu'ils varient entre 14,5% et 17%. Et ça me rappelle, de manière fort désagréable (mais n'est-ce pas ainsi qu'on prend conscience de réalités déplaisantes ?), que rien n'est acquis.

Les enfants stéréotypés qu'on nous décrit à l'IUFM (et ailleurs) nous font oublier (la honte sur nous !) que la lecture et l'écriture sont loin d'être assimilées par tous, et ce pas forcément à cause des méthodes globales...(Ca, c'est moi qui le dis, rapport à une certaine circulaire, circulaire qui déconseille - oserais-je employer le mot "interdit" ?-  certaines méthodes d'apprentissage de la lecture... Pratiquée par environ 3% des enseignants seulement ! Hem hem... C'était une parenthèse ! Une toute petite parenthèse !

Au niveau national, 11% des jeunes (repérés grâce aux Journées d'appel et de préparation à la défense) sont illettrés. 3% de moins donc, que chez les Bas-Normands. Ohhh ! Mais ferais-tu des progrès en calcul ? Ne te moque pas de moi, s'il te plaît, Victor : j'ai encore en travers de la gorge ma lamentable prestation en ce qui concerne l'épreuve de mathématiques... Oh pardon ! Je ne pensais pas que tu en étais encore là ! Eh ben si !

 

4,4% des jeunes appelés, à l'échelle du territoire, sont considérés en situation très difficile par rapport aux acquis fondamentaux de la langue française. Et je me dis... Qu'est-ce que tu te dis ? Que nous tous, nous pour qui le décodage, la combinatoire ont été automatisés, nous qui pouvons, à loisir, nous concentrer sur le sens, les inférences, l'intratextualité (et dire que je n'ai pas pu ressortir tout ça pour le concours...), nous n'avons strictement AUCUNE idée de combien il est difficile de vivre au quotidien quand lire est un effort, que dis-je un effort, une réelle difficulté. Un obstacle à franchir tous les jours, un obstacle sans cesse renouvelé. La lecture et l'écriture sont des repères sociaux. Quand on ne les maîtrise pas, l'intégration n'en devient que plus délicate. A ce sujet, je te conseille de lire l'excellente B.D de Tito, Les yeux de Leila. B.D ? Bande Dessinée. Un adolescent illettré y tombe amoureux d'une jeune fille passionnée de littérature. C'est une histoire magnifique, servie par un coup de crayon remarquable. J'irai y jeter un coup d'oeil, si je trouve le temps entre la lecture de mes blogs préférés !

Tout ça, ça me fait penser que... Que quoi ? Que cela va te faire beaucoup de boulot plus tard, surtout si la Basse-Normandie continue à être au-dessus de la moyenne nationale ! Je ne demande que ça, moi !

 

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publié dans : Françaises, Français... par Mirabelle

Un mot au vol ?

Opinion


Et si vous nous faisiez part de votre opinion ?


Victor mène l'enquête.

Parce que Mirabelle se le demande !




personnes ont écouté la conversation entre Mirabelle et Victor depuis leur rencontre.


Aujourd'hui, à :

il y a 3 personne(s) qui papote(nt) avec Mirabelle et Victor.


La requête de Victor :

  • Parce que Mirabelle et moi-même aimons beaucoup de gens... Allez donc jeter un coup d'oeil à notre tour de tables !


Nos recommandations :

  • Un clic et vous y êtes... Si vous souhaitez quelques conseils pour guider votre lecture, bien entendu !


Lexique IUFMesque à l'usage des non-initiés :

  • Mirabelle, dans son infinie bonté, a daigné me proposer (ainsi qu'à toi, ô lecteur non affilié à l'Education Nationale !) un lexique de rattrapage, sensé me donner les repères indispensables à la compréhension de deux rubriques.


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