XXIeme siecle

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Avant-propos

Cher lecteur,

Exceptionnellement, nous nous adresserons à toi directement : ce site n'est en aucun cas une biographie de Victor Hugo. Alors si tu pensais trouver ici la vie de notre Totor national en long, en large, et en travers, passe ton chemin !

 

Pour bien comprendre les propos de nos deux protagonistes :

1° Des caractères gras de couleur bleue quand Victor s'adresse à Mirabelle

2° Une police des plus classiques quand Mirabelle s'adresse à Victor

 

Sur ce, bonne lecture !

 

Jeudi 6 septembre 2007

Mon cher Victor,

Je viens de rentrer de l'école et me suis ruée sur mon ordinateur. Je suis rentrée chez moi exprès pour ça. C'est aujourd'hui qu'est publiée la liste des postes pour le troisième mouvement. C'est aujourd'hui que je dois remplir ma fiche de voeux. C'est cette nuit que je vais devoir tout éplucher, et c'est cette nuit que j'enverrai mes voeux. Demain, j'aurai des MS-GS : une classe fermera et je récupère un petit groupe de MS. Je n'ai évidemment rien de prêt pour des MS.
En cliquant sur le site sensé nous ouvrir la porte des postes (enfin !), la circulaire nous informe que ceux-ci seront disponibles en fin d'après-midi.
Il est 18 h 55.
Rien sur le site.
Rien, rien, rien, rien.
Rien, je te dis.

Rien.
Je n'en peux plus.
Je vais exploser. M'évanouir. L'attente est insoutenable.
Je n'appelle pas ça une "fin d'après-midi", moi, mais plutôt un "début de soirée".
Et si je n'avais pas "un devoir de réserve", je t'assure que je te dirais bien autre chose encore... J'en devine la teneur...

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publié dans : Mirabelle, maîtresse T1 par Mirabelle
Vendredi 7 septembre 2007
Mon cher Victor,

la-vie-est-belle.jpg

Bon. Depuis quelques semaines, je suis très très négative. Nos conversations sont noires, plaintives. Certes, certes... Mais enfin avec tes conditions de nomination, ce permis que tu ne parviens pas à décrocher, Lilibelle qu'il te faut apprivoiser, il est normal que tu ne sois pas d'humeur à te concentrer sur  les petits oiseaux qui chantent et le ciel bleu... A propos d'oiseaux qui chantent et de ciel bleu, justement, il m'est arrivé quelque chose de tout à fait étonnant mercredi après-midi. Raconte, raconte !

J'étais partie chercher mes lunettes (des lunettes que je n'ai pas, finalement, à cause d'une bourde mon ophtalmo'). Tu n'étais pas à l'école avec les GS ?! Il n'y a pas d'école le mercredi dans la plupart des écoles, Victor. Du coup, dès mardi soir, je suis rentrée chez mes parents. Tiens, tu ne dis plus "chez toi" ? Si. Cependant, je sens que, dans mon esprit, je passe à autre chose. L'idée de m'envoler bientôt fait que, désormais, je ne me sens plus tout à fait "chez moi" chez mes parents. Tu comprends ? Oui, je vois ce que tu veux dire... Eh bien qu'as-tu à me regarder comme ça ? Rien... J'ai juste l'impression d'assister à ta naissance... Pfff... N'importe quoi ! A ta métamorphose, si tu préfères ! Ne joue pas sur les mots ! Bref. Là n'est pas le propos.

Mercredi après-midi, donc, c'était direction l'opticien pour me chercher une nouvelle paire de lunettes. J'étais ravie : les lunettes, c'est super important pour une maîtresse ! Et ça a un sacré pouvoir de séduction ! Hein ?! Mais ouiiiiii ! Souviens-toi donc de ce charmant compliment ! Hihihi... Comment ai-je pu oublier une perle pareille ? Bref. J'étais dans la grande rue. Il y avait le bruit des voitures, les passants, le vent. J'avais sur les oreilles la bande originale de "Cinéma Paradiso", composée par Ennio Morricone. Je me suis prise à sourire. J'étais bien. Je me voyais dans mes cartons, dans quelques semaines. Crevée. Epuisée. Mais en train de réaliser ce dont j'ai toujours rêvé. En remontant cette grande rue, je n'ai plus eu peur de rien, tout à coup. J'ai su que j'allais franchir tous les obstacles, les uns après les autres. J'ai su que Lilibelle et moi allions devenir de très grandes amies. Qu'un jour, j'aurai entre les mains le précieux petit papier rose. Que Nougatine serait mon grand amour félin. Que j'allais devenir ce qu'on appelle "adulte"... Faire ma vie, tout simplement.

C'est quand même fou que cet élan d'optimiste t'ait submergée comme ça, d'un coup... Finalement, ce n'était peut être pas sorti de nulle part. A vrai dire, une heure avant, je chevauchais Lilibelle. Mais ça c'est une autre histoire, dont je te ferai part lors d'une autre discussion ! Et puis le midi, j'ai mangé dehors avec ma famille, sous le pommier et le soleil. Et puis j'ai eu une amie au téléphone. Et puis j'ai hâte d'être à demain pour retourner à l'école. Ah oui, effectivement... Ce n'est sans doute pas si subi... En tous cas, tu as bien fait de venir me raconter tout ça ! D'abord parce que j'aime te voir heureuse, Mirabelle, et puis aussi parce que tu me communiques ta joie de vivre ! Et surtout... Surtout, il faut aussi dire quand ça va bien ! Quand la vie est belle, il faut savoir le dire, tout simplement ! Alors je te le dis, Victor : mercredi, j'ai trouvé que la vie était belle, mais alors vraiment très très belle...
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publié dans : Le tourbillon de la vie par Mirabelle
Samedi 8 septembre 2007
Mon cher Victor,

bonheur-copie-1.jpg
Après des mois d'attente, des mois d'angoisse, des mois de spéculation, ça y est. Le grand moment est arrivé. L'affectation ! L'affectation ! L'affectation ! Alors ? Alors ? Alors ? Dis ! Dis ! Dis ! Dis ! Aujourd'hui, au lieu du thé et du café, ce sera... Champagne ! Et pas du faux, s'il vous plaît !! Quoi ? Quoi ? Quoi ? Quoi ? Dois-je en déduire que... Ouiiiiiiiii, Victor, ouiiiiiiiiii ! J'ai un poste du tonnerre de Dieu ! Bon sang de bon sang de bon sang... Je rêve ! Je rêve ! Moi aussi !

Jeudi soir. 19 h 10. La liste des postes est disponible sur le site de l'Inspection Académique. J'imprime la liste des postes composites, la liste des postes entiers, et c'est parti mon kiki, pour une course contre la montre impitoyable : sélectionner le plus de postes possibles sur la centaine proposée, les hiérarchiser, remplir la fiche de voeux et en envoyer une copie aux syndicats, avant demain, 11h. Sachant que j'ai une classe le lendemain, il me faut boucler l'affaire cette nuit. Mon papa m'aide à faire la sélection, nous nous usons les yeux sur la carte du département et poussons des soupirs. Peu à peu, je me laisse glisser dans un gouffre de désespoir, dans lequel je m'enfoncerais jusqu'à vendredi soir, 18 h 30. Pour l'heure, je me casse la tête avec les kilomètres, les trous paumés et la pression du il-faut-que-je-mette-plein-de-voeux-sinon-je-serai-nommée-d'office.

Vendredi. 2 h du matin. Je me couche enfin. Complètement épuisée. Je suis sur les nerfs. J'engueule mon père qui ne va pas assez vite avec l'imprimante et maudis tout ce qui bouge. Je n'ai pas envie d'aller à l'école demain. Je n'en peux plus de ce mouvement, de ces postes, de ces numéros, de ces sigles incompréhensibles. A peine le temps de fermer l'oeil et... Levée 6 h. La douche ne suffit pas à me réveiller. Les yeux me piquent. J'en ai déjà assez de cette journée alors qu'elle commence à peine. Je veux dormir. Juste dormir. Et envoyer bouler tout, et tout le monde. Heureusement, mes MS-GS ne me laissent pas une minute de répit et la journée file sans que j'ai le temps de dire ouf.

Vendredi. 18 h 30. Sophie et moi sommes sur la route pour rentrer chez nous.
Le retour n'a jamais semblé aussi long. Nous ne parlons que des postes, des postes, des postes. J'apprends que mon autre amie Sophie (oui, j'aime les Sophie...) a un bon poste. Je suis verte de jalousie. Je serai nommée d'office, je le sais. Sur la centaine de postes à pourvoir, je n'ai fait que 60 voeux. C'est trop peu pour espérer bien tomber, surtout que nous, "professeurs des écoles sortant de formation", passons après les titulaires et les INEAT EXEAT. De plus, parmi nous, les chargés de famille, prioritaires. Et puis je me dis que ma malheureuse lettre à l'Inspecteur d'Académie pour lui faire part de mon cas de "non titulaire du permis de conduire" ne révolutionnera pas la CAPD, même si j'ai écrit à tous les syndicats pour qu'ils me soutiennent.

Vendredi 18 h 40. Je suis toujours dans la voiture, avec Sophie au volant. Coup de fil de ma mère : "Il faut que tu rappelles le syndicat ****** de toute urgence, ils ont une nouvelle pour toi.". Je bascule dans une autre dimension : "Quoi ? Ils t'ont dit où j'étais ?". Ma mère, hésitante, avec une drôle de voix : "Il paraît que c'est PLUTOT une bonne nouvelle". Je sens la déception à cent mètres. Maman aura voulu dédramatiser, relativiser, minimiser. Tout simplement. J'appelle le syndicat concerné illico presto. Mes doigts tremblent. J'ai le coeur qui bat la chamade. J'entends une voix me raconter tout un tas de choses. Je n'y crois pas. On a pris en compte ma demande de "cas particulier" en référence à mon absence de permis de conduire. Je n'y crois pas. Il s'est avéré que ma fiche a été tirée au sort très favorablement. Je n'y crois pas. Je n'y crois pas. Je n'y crois pas. Je suis à *******, à vingt bornes de chez moi. Un des meilleurs postes parmi la centaine. Je remercie à n'en plus finir. Je raccroche. Je sais où je suis. C'est le soulagement. Le soulagement et le bonheur. C'est indescriptible, Victor. J'AI UNE CLASSE A MOI, EN ELEMENTAIRE. Je vais être maîtresse d'une classe. Pour de vrai. Pour de bon. Moi.

Vendredi 19 h 10. Je rentre enfin chez moi. Tout s'accélère. Le champagne coule à flot. Le téléphone n'arrête pas de sonner, les textos affluent. On invite famille et amis à l'apéritif. Ce qui m'arrive est inespéré. Inespéré.  Je n'y crois pas. Je n'y crois pas. Je n'y crois pas.

21 h 30. Je monte finalement dans ma chambre.  Je relis le brouillon de ma fiche de voeu. Je constate que ******* est mon 17ème voeu sur les 60 que j'ai émis. A ma gauche, soudain, coincée entre deux dossiers, une enveloppe me saute aux yeux. Un courrier pour moi. Je l'ouvre, le coeur battant, après avoir reconnu le cachet. MON DIPLOME DE PROFESSEUR DES ECOLES. J'éclate de rire. Je ne peux plus m'arrêter. Je ris, je ris, je ris. Cela durera quinze minutes.
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publié dans : Mirabelle, maîtresse T1 par Mirabelle
Dimanche 9 septembre 2007
Mon cher Victor,vite.jpg
Mirabelle ! La dernière fois, tu as omis de me dire quel niveau tu aurais pour ta classe ! Ce n'était en rien une omission, Victor : je ne l'ai appris qu'hier matin, en appelant l'école. Alors, alors ? C'est un CE2-CM1, composé de vingt-deux élèves. Un effectif tout à fait correct ! Oui. Je suis vernie jusqu'au bout. Allez, allez, assieds-toi, ne reste pas plantée là ! Viens boire ton thé ! C'est que je ne reste pas, Victor. Demain, c'est ma rentrée. Ma vraie rentrée. Et rien  n'est prêt. Ne panique pas, ne panique pas ! Allez, enfourche Lilibelle et rentre chez toi, va travailler ! Je ne sais pas quand je pourrai revenir, Victor. Je pense avoir la tête sous l'eau pendant quelques temps, entre la préparation de la classe, les évaluations de début d'année et bien sûr la location de mon appartement... Ne te justifie pas, je comprends tout à fait ! Nous nous reverrons quand nous nous reverrons !! A bientôt, douce enfant !
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publié dans : Mirabelle, maîtresse T1 par Mirabelle
Lundi 10 septembre 2007
Mon cher Victor,

--coledoisneau.jpg
Il est 19 h 30. J'ai fait aujourd'hui ma première vraie rentrée de maîtresse (parce que bon, ma semaine avec les GS, quand même, ça compte pour du beurre...).  Je ne pourrai pas rester longtemps mais... Sache juste que... Je suis crevée, lessivée, harassée. Mais bien. Paradoxalement. Bien. Bien dans ma tête. Bien dans mes pompes. Bien. Vraiment bien. Et ta classe ? Et ta classe ? Et les locaux ? Et les collègues ? Et les élèves ? Hein ? Et les élèves ?

Je suis arrivée ce matin l'estomac à l'envers. Des nausées abominables. A me sentir défaillir. Horrible ! Et en sortant de voiture, devant l'école, l'impression que mes jambes ne me porteront pas jusqu'au bâtiment. Et une fois dans le bâtiment, plus de trac. Disparu. Serrer toutes les mains, me présenter. Et on m'emmène déjà dans MA classe. La clé en est le reflet : vieille. Ah ? Mais attention ! Du vieux CHARMANT. Il y a les pupitres et les encriers, le vieux tableau à lignes. Comme cette photo de Doisneau, là, que j'ai jointe à notre conversation ! Avec les porte-manteaux dans la classe et tout et tout ! L'inconvénient, c'est que la classe est minuscule. Du coup, quand je suis avec les CE2 avec ma groooooosse voix (il va falloir que je travaille ça...), cela perturbe les CM1 : les bureaux sont quasi tous collés les uns aux autres. Il faudrait que tu revoies l'aménagement de la classe... Je sais. Je n'ai pas eu le temps aujourd'hui. A vrai dire, je n'ai eu le temps de rien.

Il y a eu le moment où j'ai dû me présenter, après que mes 25 élèves soient entrés en classe (parce que finalement, ils ne sont pas 22 mais 25...). Il y avait toutes ces têtes, tous ces cartables, toutes ces paires d'yeux à me fixer avec curiosité. Pendant deux minutes, j'ai eu très peur. Une peur à foutre le camp. Je me suis entendue dire, comme s'il s'agissait de quelqu'un d'autre :
"Bonjour, je suis Mademoiselle ******* et nous allons passer l'année ensemble. Vous pouvez m'appeler Maîtresse."
Je me suis vue écrire mon nom au tableau, en lettres cursives. J'ai vu ma main trembler, je me suis entendue penser : "Ce n'est pas possible, je ne peux pas y être déjà, je ne suis pas prête, je ne suis pas prête...". Je me suis vue comme la petite fille qui attend la rentrée tout l'été et qui, le moment venu, dans ses jolis vêtements, son beau cartable sur le dos, crève tellement de trouille qu'elle ne veut plus y aller.
Et puis c'est passé. C'est passé.
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publié dans : Mirabelle, maîtresse T1 par Mirabelle

Un mot au vol ?

Opinion


Et si vous nous faisiez part de votre opinion ?


Victor mène l'enquête.

Parce que Mirabelle se le demande !




personnes ont écouté la conversation entre Mirabelle et Victor depuis leur rencontre.


Aujourd'hui, à :

il y a 2 personne(s) qui papote(nt) avec Mirabelle et Victor.


La requête de Victor :

  • Parce que Mirabelle et moi-même aimons beaucoup de gens... Allez donc jeter un coup d'oeil à notre tour de tables !


Nos recommandations :

  • Un clic et vous y êtes... Si vous souhaitez quelques conseils pour guider votre lecture, bien entendu !


Lexique IUFMesque à l'usage des non-initiés :

  • Mirabelle, dans son infinie bonté, a daigné me proposer (ainsi qu'à toi, ô lecteur non affilié à l'Education Nationale !) un lexique de rattrapage, sensé me donner les repères indispensables à la compréhension de deux rubriques.


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