XXIeme siecle

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Avant-propos

Cher lecteur,

Exceptionnellement, nous nous adresserons à toi directement : ce site n'est en aucun cas une biographie de Victor Hugo. Alors si tu pensais trouver ici la vie de notre Totor national en long, en large, et en travers, passe ton chemin !

 

Pour bien comprendre les propos de nos deux protagonistes :

1° Des caractères gras de couleur bleue quand Victor s'adresse à Mirabelle

2° Une police des plus classiques quand Mirabelle s'adresse à Victor

 

Sur ce, bonne lecture !

 

Samedi 17 novembre 2007
Mon cher Victor,soleil.gif


Ce matin, alors que je mourais de froid en surveillant la récréation ("Maaaaîtresse, Jordâân iiiii m'a tapéééé !!"), une gamine est venue illuminer ma journée. Encore des compliments de tes élèves ? Même pas. La gosse n'est pas dans ma classe. D'un air mi-timide mi-admiratif, elle se plante sous mon nez :
"T'es belle !".
Contrairement à mes élèves, que je soupçonne parfois d'utiliser le stratagème du cirage de pompes de maîtresse pour se faire pardonner leur comportement bavard (et pour lever la menace qui plane au-dessus de leur tête : "Donne moi ton cahier de liaison que je me mette un mot à Papa et Maman !"), avec cette enfant, c'est gratuit. Sans calcul, ni arrière pensée. Et c'est encore mieux.
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publié dans : Mirabelle, maîtresse T1 par Mirabelle
Lundi 19 novembre 2007
Mon cher Victor, cielbleu.jpg
D'abord,  spéciale dédicace à ma marraine, qui vient de s'apercevoir (il était temps !), suite à une inspection tout à fait réussie, qu'elle était une bonne maîtresse. Alleluïa ! Bravo Mademoiselle Eddie ! Je suis, bien évidemment, ravie  pour elle, et n'ai à aucun moment douté de ses talents d'enseignante. 

Bon. A mon échelle, pas d'inspection. Je ne suis qu'en T1 et l'avantage de la première année d'enseignement (parce qu'il faut bien qu'il y en ait, vues les larmes que l'on verse et les heures passées à suer sur les fiches de prep'...), c'est qu'on nous fout la paix. Bon. Pendant la PE2, nous sommes très très suivis et c'est vrai que cela fait drôle d'être largué dans une classe, avec en tête ce doute insupportable : "Est ce que ce que je fais est bien ?". C'est pourquoi des conseillers pédagogiques nous visitent autant que possible pendant cette année charnière. Et crois-moi, Victor, ce n'est pas de trop ! Parce qu'une petite partie de moi est encore maîtresse stagiaire, même si une autre partie s'affirme, prend sa place, et rentre le soir chez elle en se disant qu'elle est heureuse du boulot accompli. Cette part parvient même, maintenant, à mettre des mots dans le cahier de liaison pour demander à rencontrer les parents d'un gamin insupportable. Ce qui est un sacré progrès quand on se remémore la PE2 peureuse et stressée que j'étais à l'époque de mon troisième stage.

Bref. Ce matin, donc, à 9 h, on toque à ma porte. C'est ma conseillère pédagogique. Réputée douce et sympa. Je sais, en théorie, que je n'ai rien à craindre : j'ai mis des choses en place avec les gosses, je bosse jusque tard le soir, je fais des fiches de séquences, j'ai des programmations, des progressions, j'aime les gamins. En résumé, je suis une maîtresse concernée. Malgré tous les moments de doute, de panique, de fatigue, je le sais : j'aime mon métier. Je me donne, à fond. Au grand damn de mon Mystérieux Inconnu. Tiens, cela faisait longtemps que l'on en avait pas entendu parler de celui-là... Bref. Vas-tu m'écouter ? On toque à ma porte. Elle apparaît, blonde et délicieuse, et je me dis que j'aurais bien aimé lui ressembler. Je lui fais part de mon état d'esprit, de mes difficultés, aussi, avant même de commencer ma journée, histoire de la préparer à l'immense cataclysme qu'est la prise de classe selon Mirabelle. Pfff...

Alors... Je ne vais pas te raconter ma matinée en détails, ce serait trop long... En résumé : il me semble que j'ai produit la matinée la plus FOIREUSE depuis le début de l'année. Je ne me suis jamais sentie aussi angoissée. Aussi stressée. Peut être parce que je n'ai plus l'habitude d'être observée. Peut être parce que je n'ai plus la pression des validations. Peut être parce que je sais que maintenant, je suis vraiment maîtresse, et qu'on ne rigole pas avec ça. Enfin bon. Je n'avais plus de salive. J'avais l'impression d'enchaîner connerie sur connerie. Conscience de faire exactement ce qu'il ne faut pas faire. Correction d'évaluations de conjugaison pas brillantes. Se remettre en question. Quasiment sous les yeux de la conseillère. La voir froncer les sourcils sur mes prep'. Me dire : "Oh mon dieu, mes prep' sont tellement merdiques, ça ne m'étonne pas...".

Enfin, 10 h 30. Récréation. Je souffle, parce que les élèves ne me posent plus de questions pièges ("Maîîîîîtresse, je comprends pas la consiiiiiigne !!!!"), mais j'appréhende, parce que c'est le moment des conseils, du "ce que je pense de ta pratique de maîtresse". Bon. Je me prête au jeu volontiers. Parce que même si ça fait mal, j'ai besoin d'un oeil extérieur pour me dire ce qui pêche. Et ce qui pêche...

"Ce que j'ai vu, globalement, Mirabelle... C'est que c'était trop transmissif. Je te rassure tout de suite : c'est souvent ce qu'on peut constater, chez beaucoup de T1."

Je ne suis pas surprise. En pleine correction des exercices sur les types de phrases, je me suis vue, moi, en tant que spectatrice. Je dirige tout. Je dis tout. Parce que je veux que ça avance. Alors qu'en fait, plus on en dit, moins ça avance, et moins il y a de réel apprentissage dans leur petite caboche. Nous décortiquons la séance. Elle me donne des idées. Dans un total respect. Quand on dit que les visites de conseillers péda' sont des "conseils", je t'assure, Victor, que ce n'est pas un vain mot. C'est vrai. Il y a du respect, je le répète, et de la diplômatie. Du positif. De l'accompagnement. Et de la compréhension. Ses critiques, je les prends bien, parce qu'à aucun moment je ne perçois ce côté donneur-de-leçon, cette condescendance que j'avais discernée chez certains IMF.

"Bon. Il faut vraiment que tu te concentres là-dessus. Pour que les enfants soient plus actifs. Parce que tu as de gros acquis. Les enfants sont bien, en confiance. Tu les cadres. Ils savent ce qu'ils ont à faire. C'est très bien. Ce que j'ai beaucoup aimé, aussi, dans ta pratique, c'est que tu les fais lire. Vraiment. En insistant sur le sens. C'est important. Et bizarrement, cela se voit de moins en moins dans les classes, parce qu'inconsciemment, on a tendance à considérer que la lecture c'est cycle 2. Alors que cela se prolonge tout au long du cycle 3. Ca, c'était très bien."

Les "gros acquis" clignotent dans ma tête. Le poids qui écrasait mes épaules s'évanouit soudain. Je me dis que je vaux quelque chose. Bien sûr, ce n'est pas une inspection. Mais tout de même, cela fait tellement de bien ! Nous discutons, discutons, discutons, et convenons d'une date pour nous revoir en janvier. Elle m'aidera à monter des séances où les mômes seront plus actifs. Elle s'en va. Je vais acheter ma bouffe au C********t, j'ai des ailes et j'adore mon métier.
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publié dans : Mirabelle, maîtresse T1 par Mirabelle
Mercredi 21 novembre 2007

C'était comme une de ces scènes de film, vous savez, ce genre d'images vues et revues qui nous fait dire que tout ça, c'est du cinéma. C'était comme une de ces scènes de film où les héros se rencontrent  dans l'ascenseur, sur un air de  Richard Cocciante et Fabienne Thibaut. C'est une question de feeling, paraît-il. C'était comme une de ces scènes de film où les regards se croisent à peine.
Il lui avait tenu la porte. Elle était persuadée qu'il était avec cette dame, là, avec le bébé. Mais non. La dame et le bébé avaient pris les escaliers et lui avait pris l'ascenseur, appuyant sur le bouton du quatrième étage. Elle avait choisi le dixième, sans un mot. Ils se frôlaient presque, dans cette minuscule cage. Elle l'avait regardé. Pas un de ces regards francs et directs, qui veut dire "vous me plaisez bien", non, mais un regard à la dérobée, mine de rien, dans le genre non-détrompez-vous-vous-ne-m'intéressez-pas-du-tout. Il faisait tinter ses clés, nerveusement. Elle faisait pareil. Elle avait presque envie d'en rire.
Il y avait une chanson, là, qui lui revenait. Vous savez, cette chanson de Calogero. Les chiffres dansent, tout se mélange, je suis en tête à tête avec un ange... Il était brun, avec un grain de beauté sur la joue gauche. Des yeux noisettes. Bien propre sur lui. L'air sérieux et réservé. Elle, elle revenait des courses, n'était ni maquillée ni coiffée, fagotée comme l'as de pique. Pas à son avantage en somme. C'est toujours quand il faut être belle qu'on ne l'est pas. Les étages s'enchaînaient. Un, puis deux, puis trois. En théorie, ce n'est pas long, six étage. Mais là, dans le silence... Et avec cette sensation délicieuse, celle de l'interdit. Enfin, je suis mariée depuis cinq ans, qu'est-ce qui me prend de penser à ça ? Tout à l'heure, elle avait cru sentir un regard. Furtif. L'avait-il trouvée belle ? Il y avait si longtemps qu'on ne l'avait pas trouvée belle. D'un oeil nouveau. Comme une première fois.
Enfin, le quatrième étage. La porte qui s'ouvre. Lui qui sort.
- Bonne soirée, lui dit-il.
- Vous aussi.
En passant dans le couloir, elle entendait déjà la télévision. Et si elle lui avait parlé ? Si elle avait osé le regarder ? Et si... Un journaliste sportif braillait. Quand elle passa le seuil de chez elle, elle constata que la vaisselle n'était pas faite. Il était là, affalé dans le canapé.
- Tu as passé une bonne journée, mon chéri ?
- Oui.

Il n'avait même pas quitté l'écran des yeux. Comme d'habitude. Il avait sur lui son vieux jogging, celui qu'elle détestait. Soudain, elle eut en tête un poème de Prévert, Déjeuner du matin. Un poème qui dit tout d'une femme après quelques années de mariage. Elle s'enferma pour se faire couler un bain, se plongeant ensuite dans l'eau bouillante.
En apesanteur, pourvu qu'on soit les seuls dans cet ascenseur... Elle préférait penser à Calogero.

 

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publié dans : Ecrire, écrire, écrire... par Mirabelle
Dimanche 25 novembre 2007

Mon cher Victor, En ce dimanche de labeur, je te propose d'évoquer un de ces petits détails qui font que la vie d'instit' est parfois extraordinaire. Je ne suis, comme tu le sais, qu'en début de carrière. Pourtant, certaines incongruités me laissent imaginer avec perplexité les surprises que me réservent mes années d'enseignement à venir. Tiens, tiens, tiens...

Samedi matin. Il est 8 h 50. Je suis de service, et encore à demi-ensomeillée. Une CP vient me chercher : "Maîîîîîîîtreeeesse ! Maîîîîîîtreeeeesse !". Je m'attends, comme d'habitude, à (collègues, cochez la réponse qui vous rappelle quelque chose...) : a) "Iiiiiii m'a donné un cooooup de piééééé !" b) "Eh ben les garçons là-bas ils jouent au pied alors que c'est interdiiiit !" c) "Lui là bas, eh ben, eh ben, iiii m'a dit un groos moooot !". Mais non... Rien de tout cela !

"Maîîîîîîtresse !!! Y a une culotte dans la cour !!!!"

Hein ? Une culotte dans la cour !!!! On pointe du doigt un bout de tissu blanc que je distingue, de loin, sur le grisâtre goudron de la cour. Allons, allons... Je pars à la découverte de ce bout de tissu blanc. Effectivement, après inspection, c'est bien une petite culotte. Une culotte miniscule : format CP ! J'interroge les gamins : à qui donc est cette petite culotte ? Bien sûr, je n'obtiens aucune réponse, juste des "C'est pas à mooooi !", "C'est pas à moi, Maîtresse, je te le juuuuure !"... Je m'en vais rapidement la déposer dans le bac "vêtements trouvés", soudain très très réveillée et assez amusée par ce drôle d'évènement en me disant que cela fera une petite anecdote croustillante à te raconter. Effectivement, c'est assez amusant ! Mais ce n'est pas terminé !

10 h 45. Après la récréation, je fais rentrer les gamins en classe. Elodie vient me voir : "Maîtresse, y a une culotte sur le bureau d'Eloïse !". Fouillant sur mon bureau à la recherche de mes photocopies, je ne prête qu'une attention minimale à cet étrange caftage (que les gamins aiment se dénoncer les uns les autres, mon dieu...). La fameuse Eloïse prend place et alors que je lève le nez de mon cahier-journal, je la vois brandir une petite culotte rose sous le nez de ses camarades, le sourire jusqu'aux oreilles, tel un trophée. On aura tout vu ! Bien sûr, je demande à cette charmante enfant ce que vient faire cette petite culotte, dans le cadre de la classe et la môme me répond, fièrement, que c'est la sienne, tombée de son cartable. Avec toute la diplômatie et le sang-froid qu'on me connaît, je la prie de ranger prestement cette chose avant que je ne me fâche tout rouge.

Si j'avais imaginé qu'un jour je serais été obligée de faire remarquer, à une classe de CE2-CM1, qu'on ne montre pas ainsi ses petites culottes, j'en aurais perdu le souffle ! Non mais vraiment ! C'est fou, ça ! Et je n'en suis encore qu'au début de ma carrière...


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publié dans : Mirabelle, maîtresse T1 par Mirabelle
Mardi 27 novembre 2007
Mon cher Victor,

Ce matin, 10 h 30. Alors que je m'esquinte les doigts sur la fermeture-éclair du blouson d'une de mes élèves...

- Maîîîîîîîtreeeesse !!!!! Où est-ce qu'ils sont mes Pokémoooon ???
- Dans la chambre.
Air éberlué de Gontrand (comme on le retrouve !) :
"Hein ?"
- Euh... Dans la classe !
Et moi qui rigole toute seule... On m'avait dit que beaucoup d'instit' parlaient de "chambre" pour désigner leur classe. Je le crois volontiers.
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publié dans : Mirabelle, maîtresse T1 par Mirabelle

Un mot au vol ?

Opinion


Et si vous nous faisiez part de votre opinion ?


Victor mène l'enquête.

Parce que Mirabelle se le demande !




personnes ont écouté la conversation entre Mirabelle et Victor depuis leur rencontre.


Aujourd'hui, à :

il y a 1 personne(s) qui papote(nt) avec Mirabelle et Victor.


La requête de Victor :

  • Parce que Mirabelle et moi-même aimons beaucoup de gens... Allez donc jeter un coup d'oeil à notre tour de tables !


Nos recommandations :

  • Un clic et vous y êtes... Si vous souhaitez quelques conseils pour guider votre lecture, bien entendu !


Lexique IUFMesque à l'usage des non-initiés :

  • Mirabelle, dans son infinie bonté, a daigné me proposer (ainsi qu'à toi, ô lecteur non affilié à l'Education Nationale !) un lexique de rattrapage, sensé me donner les repères indispensables à la compréhension de deux rubriques.


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