Samedi 29 avril 2006
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Mon cher Victor,
Mercredi soir, virée dans un bar dansant de ma petite ville, en compagnie de collègues de l'IUFM. Bien éméchées par un apéritif arrosé (dont les effets sont encore palpables malgré une bonne assiette de spaghetti bolognaises !), nous voici donc sur la piste de danse : je suis déchaînée comme jamais, envahie par un irrépressible besoin de me défouler : ras-le-bol du concours, ras-le-bol de courir, ras-le bol du permis, ral-le-bol de l'amour, ras-le-bol de tout ! Ah...Un ras-le-bol généralisé en effet ! Tu me fais craindre pour la suite... Tu n'as pas fait de bêtises au moins ? J'ai juste embrassé un type que je ne connaissais ni d'Eve ni d'Adam, puis j'ai dormi chez un illustre inconnu aussi imbibé que moi ! Quoi ?! Il faut te reprendre, Mirabelle ! Tu grimpes tout de suite, mon Victor, c'est fou, ça ! Très drôle... Ne te vexe pas. La plaisanterie n'était pas de très bon goût, je te l'accorde, mais il n'y a pas de quoi en faire une maladie non plus ! Enfin, si cela peut te rassurer, sache juste que je n'ai embrassé personne ni quoi que ce soit de plus intime ! Passons, passons... Dis-moi, pourquoi ces cochons ? J'aime quand tu me recadres, Victor...
Aujourd'hui, je voudrais m'interroger sur le monde si particulier des bars de nuit. Parce que vraiment... Ca me pose question. Tu sais, Victor, je ne vais pas souvent danser, mais j'ai pris la décision que la petite Mirabelle dans ses chaussons douillets, devant la télévision et avec son plaid de grand-mère, c'était terminé ! Si tu veux changer de cap, cela peut se comprendre... C'est pourquoi hier soir, je me suis comme qui dirait "éclatée sur la piste de danse". Gwenaëlle, une collègue de l'IUFM, elle aussi séparée de son copain (ça crée des liens), était dans les mêmes dispositions que moi, d'où une frénésie particulièrement clownesque. Et bien sûr, trois nanas SEULES qui font les folles, cela ne passe pas inaperçu, tu peux me croire ! Ni une ni deux, trois mâles de type africain nous abordent sans trop de cérémonie, comme si nous n'étions que de vulgaires morceaux de viande (pardonne-moi l'expression) : je te passe les détails du genre mains baladeuses et bouche qui s'approchent un peu trop près de la tienne... Pouah... J'en suis déjà tout dégoûté ! Et tu t'es laissée faire ? Pas toujours. Ce qui est sûr, c'est qu'en général, j'avais hâte que la chanson se termine. Et que j'avais tendance à me décaler le plus possible quand un spécimen me collait un peu trop ! Il faudrait savoir ce que tu veux... J'imagine qu'on ne vient pas dans ce genre d'endroits pour y faire du tricot !
Que veux-tu... Je suis ainsi. La bestialité de ce genre d'endroits me laisse perplexe. Et quand on m'agrippe par la taille sans me demander mon avis, ma première réaction est toujours de protester. Je veux qu'on me respecte. Et à ce que je sache, les femmes ne sont pas du bétail ! Je les voyais tous, là, à observer nos déhanchements, à faire leurs petits commentaires, à nous déshabiller du regard. J'ai l'impression qu'on nous conçoit, nous, les femmes, comme des pièces de boucherie se trémoussant sur une piste, avec des étiquettes "Premier Choix", "Deuxième choix", "Troisième choix"... Pourquoi vas-tu dans ce genre d'endroits alors ? Je commence à te connaître, Mirabelle... Tu cherches l'Amour, le grand, le vrai, et là... Penses-tu que ce soit le genre de lieu approprié pour trouver le prince charmant ? Alors disons que j'essaie simplement de m'adapter à la réalité. La réalité ?
Il paraît que c'est ça, la vie. Un grand marché de l'amour. Qu'il faut l'accepter tel quel. Que chacun tente sa chance, en y mettant ou non les formes. Ca me gêne un peu, je dois dire... Même si ce genre de relations n'était pas concevable à mon époque (enfin, avec toi, j'apprends les moeurs d'aujourd'hui), j'estime que tu devrais pourtant t'en satisfaire ! Tu disais chercher une histoire de transition ! Cela n'empêche pas que j'ai besoin de me sentir respectée. Et je suis désolée, des mecs baveux, en manque, qui te pelotent sans même te regarder, sans même prendre le temps de te demander ton prénom, je trouve ça révoltant ! Et pour moi... Ce sont des cochons. D'où la photographie ? D'où la photographie.
Et tu sais le pire, dans tout ça, mon Victor ? Non, mais tu ne vas pas tarder à m'en faire part ! C'est qu'il y a aussi des cochonnes. Ca me fait mal de l'avouer mais parfois, les femmes ne valent vraiment pas mieux que les hommes... Et sur quoi t'appuies-tu pour l'affirmer ? Une fille s'approche de notre groupe et nous demande si nous sommes célibataires. Moi, évidemment, comme je suis en période "d'acceptation de l'échec", je hôche la tête. Et là, voilà ce qu'elle me dit :
- Ca tombe bien ! J'ai deux copains là-bas qui sont célibataires et qui ont super chaud ! Ils ont très soif !
- Ah... Il se trouve que je n'ai pas soif du tout en ce qui me concerne.
- Ah bon ? Tu es sûre de toi ?
- Certaine. Vraiment pas soif du tout.
- Ohhh... Tu as été dégoûtée par les mecs, toi !
Grrrr... Je l'aurais giflée !! Je m'en doute...
Bavardages