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Grains de sel

Mots en l'air


Et si vous nous faisiez part de votre opinion ?


Victor mène l'enquête.

Parce que Mirabelle se le demande !




personnes ont écouté la conversation entre Mirabelle et Victor depuis leur rencontre.


Aujourd'hui, à :

il y a 5 personne(s) qui papote(nt) avec Mirabelle et Victor.


La requête de Victor :

  • Parce que Mirabelle et moi-même aimons beaucoup de gens... Allez donc jeter un coup d'oeil à notre tour de tables !


Nos recommandations :

  • Un clic et vous y êtes... Si vous souhaitez quelques conseils pour guider votre lecture, bien entendu !


Lexique IUFMesque à l'usage des non-initiés :

  • Mirabelle, dans son infinie bonté, a daigné me proposer (ainsi qu'à toi, ô lecteur non affilié à l'Education Nationale !) un lexique de rattrapage, sensé me donner les repères indispensables à la compréhension de deux rubriques.


Perdu le fil ?

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Avant-propos

Cher lecteur,

Exceptionnellement, nous nous adresserons à toi directement : ce site n'est en aucun cas une biographie de Victor Hugo. Alors si tu pensais trouver ici la vie de notre Totor national en long, en large, et en travers, passe ton chemin !

 

Pour bien comprendre les propos de nos deux protagonistes :

1° Des caractères gras de couleur bleue quand Victor s'adresse à Mirabelle

2° Une police des plus classiques quand Mirabelle s'adresse à Victor

 

Sur ce, bonne lecture !

 

Lundi 29 septembre 2008 1 29 /09 /2008 01:44
Mon cher Victor, Encore failli avoir un fou rire ce matin à l'IME. Je suis incorrigible. Enfin, j'ai quand même réussi à me retenir. Heureusement. Quand tu sauras le sujet... Pipi caca ? Pire que ça. Ah euh... Si ce n'est pas pipi caca, ça ne peut être que sexuel ? Tout juste ! Eh eh... Ca m'intéresse ! Raconte moi ça !

9 h. C'est l'accueil. Laure commence fort :

- Christian, ça veut dire quoi "bônoli" ?
- Bônoli ?
Les adultes se regardent, perplexes.
- Bônoli ? Tu es sûr que c'est ce mot-là ?
- Oui, c'est ça, "bônoli" !
Moi, avec mon air de maîtresse qui sait tout :
- Tu dois te tromper, Laure : ce mot n'existe pas.
- Siiiiiiii, chuuuuu sûre, c'est ça !
Après moult parlementations, Ghislaine, Christian et moi-même tentons de savoir dans quelles circonstances Laure a entendu ce mot pour le moins étrange. Pas gênée pour deux sous (ni même pour un !), la jeune fille s'exclame :
- C'est l'ot' là, hier, chez Eddie, il m'a dit que ma copine devait être bônoli ! Ca veut dire quoi, alors, Ghislaine ?
Sourire en coin de Christian, qui guette un début de rictus chez moi. Surtout, éviter de le regarder... Ghislaine, amusée mais sérieuse (pro jusqu'au bout !), qui fonce prendre un raccourci :
" Oh, euh, eh bien... Ca veut dire, en gros, qu'il aurait bien aimé coucher avec elle... Oui, on va dire ça..."

Laure opine du bonnet. Elle n'est pas choquée plus que ça. Les autres non plus d'ailleurs. J'adore. Humm... Quoi ? Vu le ton de tes derniers articles, on pourrait croire que tu ne fais que de te fendre la pêche, dans cet IME ! Ouh la ! Loin de là ! Est-ce une manière déguisée de réclamer des sujets plus sérieux ? Tu as deviné ! Allez, je te promets que la prochaine fois, ce sera très professionnel ! Attention, je m'en souviendrai ! Ne t'inquiète pas. Je ne voudrais quand même que l'on pense qu'il n'y a que les histoires de moustaches et de bônoli qui m'intéressent...
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Dimanche 28 septembre 2008 7 28 /09 /2008 01:58
Mon cher Victor,

C'était vendredi matin. Anthony me tourne autour depuis cinq bonnes minutes en m'adressant des sourires à tomber par terre. Enfin, il se lance :

- Eeeeeeeeeeeh, Mirabelle...
- Oui, Anthony ?
- Eh ben tu sais...
- ???
- Eh ben tu sais, moi, eh ben moi... Je kadore  !

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Mardi 23 septembre 2008 2 23 /09 /2008 02:58
Mon cher Victor,
Premier fou rire, ce matin, à l'IME, au moment de l'accueil. Il est 9 h. Ca cause rasoir, pour ces messieurs les adolescents à la barbichette naissante.

L'Educateur : "Tu as un rasoir, Camille ?"
Camille : "Oui."
L'Educateur : "Et toi, Eddie, est-ce que tu te rases ?"
Eddie : "Oui."
L'Educateur : "Qui donc se rase d'autre dans le groupe ? Pablo ? Ah non, Pablo je ne vois pas le moindre petit duvet, il va sur ses treize ans, c'est sans doute encore un peu tôt. "
Anthony observe ses camarades, un à un, très attentivement. Tout à coup, il interroge Samantha, le plus sérieusement du monde : "Et toi, Samantha, tu te rases ?"
Ladite Samantha reste bouche bée. Elle n'a visiblement pas compris. L'Educatrice, quant à elle, en reste interloquée, fronçant les sourcils : "Eh bien Anthony, pourquoi dis-tu ça ? Elle n'a pas besoin de rasoir, Samantha, elle n'a pas de barbe !"
Anthony, triomphant : "Non mais elle a de la moustache !!!"


Argl. Quelle horreur ! Non mais quelle horreur ! J'ai envie de rire. Surtout, ne pas rire, ne pas rire. Christian, l'Educateur, et Ghislaine, l'Educatrice, me regardent avec un sourire en coin. Mon dieu. Je sens qu'on va exploser de rire, là, tous les trois. Et Samantha qui nous regarde, encore bouche-bée, qui n'a rien compris. Il faut savoir que son handicap est tel qu'elle a souvent du mal à percuter. Heureusement pour elle ! C'est vrai qu'elle est très... Velue, notre Samantha. Et je me dis qu'il ne faudrait pas rire, là, maintenant. Parce que ce serait atroce de rire de ça. Elle n'y est pour rien, Samantha, si elle a une pilosité plutôt développée. Mais le décalage est tellement drôle : tous les jeunes nous examinent avec des sourires curieux, apparemment frustrés de ne pas saisir la blague ! Ca y est, on rigole, tous les trois. Et ça n'en finit pas. Je n'en peux plus. Quand Christian me regarde, c'est encore pire. Mon Dieu. Et puis soudain, tous les jeunes se mettent à rire. Ils n'ont rien compris mais ils s'en donnent à coeur joie. Ils rient de nous voir rire. On est là, tous les douze, à rire, dès 9 h du matin. Un joli moment.
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Lundi 22 septembre 2008 1 22 /09 /2008 01:19
Mon cher Victor,
 J'ai passé mon week-end à m'étourdir. De travail ? Non, à m'étourdir de musique, de rires, d'hommes et de danse. C'est plutôt bien, ça ! As-tu fait de nouvelles rencontres ? C'est bien de cela qu'il s'agit. Aaaaaaaaaah ! Raconte moi tout ! Tu vas vite déchanter, crois-moi...

J'ai dansé jusqu'au bout de la nuit, accompagnée d'un ami qui a joué les gardes du corps le temps de la soirée. Pourquoi ? Une horde d'hommes s'est ruée sur toi ? Une horde, n'exagérons rien, quelques uns suffisent. Je les ai tous repoussés. Pas méchamment, rassure-toi. Juste repoussés. En rentrant chez moi (vers les 5 h du matin quand même !), j'ai longuement réfléchi. La journée du lendemain aussi. J'en suis parvenue à une conclusion : je plais, c'est indéniable. Tiens... Tu es loin de me chanter ce refrain d'habitude ! C'est vrai. Alors écoute bien, tu vas en rester scotché sur ton siège !

Je plais. J'avais toujours été persuadée du contraire. Je le suis encore, intérieurement, mais comme dirait mon garde du corps d'hier soir, il faut s'en tenir aux faits. Paraît-il qu'il a été obligé d'"en calmer quelques uns" (ce sont ses mots !) alors que je virevoltais sur la piste de danse. Bon... Ne soyons pas hypocrites : cela me flatte d'attiser les convoitises. Encore heureux ! Il ne manquerait plus que tu t'en plaignes ! Cependant... Cependant ? Cependant, ce n'est pas pour autant que je me sens mieux. Ooooh, alleeeeez ! Même pas un tout petit peu ? Bon. En fait, si, tu as gagné. J'adore être courtisée. Bravo, bravo ! Que vont penser nos lecteurs ? Peut être qu'il n'y a pas de mal à se faire du bien ? Hummm.... Sans doute vont-ils relever une certaine redite ? Pfff... Alors dis leur que j'ai le droit de radoter si je veux !!! Je leur dirai, je leur dirai... Et puis s'ils ne sont toujours pas contents, dis leur aussi que, en tant que victime d'un spécimen assez magnifique de goujat-macho-c*****d (pas la peine de rayer la mention inutile, c'est un 3en1 !), j'ai bien droit à quelques compensations ! Non, mais c'est vrai, quoi, sans blague !

Ah euh... Au fait, pourquoi les as-tu repoussés, tous ces hommes ? Aucun n'était à ton goût ? Si. Pourtant, si. Pfff... Il vaut mieux entendre ça que d'être sourd ! Tu es restée passive, tu n'as rien tenté malgré la mante religieuse qui sommeille en toi ? Eh non ! Je suis consciente que je tiens quelque chose de joli, là, au creux de ma main, mais je ne suis pas encore prête à m'en emparer. Alors je le laisse fuir. En attendant qu'il revienne, pour le savourer à pleine bouche, sans avoir un arrière goût de goujat-macho-c*****d pour me gâcher ce délice. En gros, tu veux finir de mépriser ce qu'il y a à mépriser avant de pouvoir aimer ce qu'il y a à aimer ? C'est tout à fait ça. Enfin, restons sur une impression positive, si tu veux bien... Sinon je pourrais te dire que je vais bientôt faire mon test HIV et que ça m'angoisse à mort, mais bon, puisque je veux rester d'humeur festive... Finissons sur une petite note de musique ! Chante avec moi : You are the Dancing Queeeeen, young and sweeeeet, only seventeeeeen ! Dancing Queen, feel the beaaaat from the tambourine ! Ohhhh Yeeeeeeeeeeeah !! You can dance, you can jive, having the time of your liiiiiife ! See that girl, watch that scene, dig in the Dancing Queen !
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Publié dans : Le tourbillon de la vie - Voir les 1 commentaires
Dimanche 21 septembre 2008 7 21 /09 /2008 01:40
Mon cher Victor,


Comme tu le sais, je travaille avec des adolescents handicapés. Oui, je sais... Ca va toujours ? De mieux en mieux. Une vraie relation s'établit entre nous, et j'en suis ravie. Je m'adapte plutôt bien (sans vouloir me lancer de fleurs), et mes rapports avec les éducateurs sont plutôt bons. Halleluia !!! Je savais qu'il t'en restait sous le pied ! Pas d'affolement, pas d'affolement ! Ce n'est pas évident tous les jours, d'autant moins qu'il existe un profond décalage entre le niveau scolaire de ces jeunes et leurs préoccupations quotidiennes. C'est à dire ? Eh bien... C'est à dire qu'ils restent des adolescents, et que je dois y faire attention. Là, tu en as trop dit ou pas assez ! Bon. Je vais t'expliquer.

C'était il y a deux ou trois jours, alors que j'étais tranquillement en train de travailler dans ma classe, portes fermées. L'IME ne dispose pas de cour de récréation (si, si, je t'assure, c'est une aberration mais c'est la réalité !) et pendant la pause du midi, tandis que les éducateurs terminent de boire leurs cafés, les ados déambulent librement dans les couloirs. C'est ainsi que, tous les midis, j'entends leurs petites conversations, entre autres leurs histoires de qui-sort-avec-qui. J'ai plusieurs fois entendu l'expression "la maîtresse" puis des messes basses. Sans doute souhaitaient-il rester discrets, te sachant dans la pièce à côté. ? Sans doute. Enfin, je me suis demandée s'ils m'intégraient dans leurs potins amoureux, ce qui m'a donné quelques craintes. Humm... Craintes confirmées un après-midi, alors que Camille me regardait par en-dessous en rougissant comme une tomate.

- Que se passe-t-il, Camille ? Tu as quelque chose à me dire ?
- Non non, Maîtresse.
- Si, je vois bien, il y a quelque chose !
- Non, c'est juste que...
- Que ?
- Non, c'est juste que j'aime bien te regarder.


Oooooh ! Mais c'est presque une déclaration d'amour ! Arrête, Victor, ce n'est pas drôle. J'en étais toute estomaquée, j'ai rapidement clos le chapitre pour en revenir à l'exercice de numération, ce qui l'intéressait beaucoup moins visiblement. Bien sûr, ce petit épisode m'a un peu dérangée. Ca peut se comprendre... Si tu avais eu face à toi un enfant de huit ans tu aurais sans doute trouvé ça adorable, mais venant d'un grand gaillard d'une quinzaine d'années, la perspective n'est forcément pas la même ! Oui, c'est tout à fait ça. Je dois y prendre garde. Et en tenir compte dans ma façon d'être avec eux.

J'essaie de trouver le bon rapport. Ni trop proche, ni trop distant. Ce n'est pas si facile. Parce que ce dont ces jeunes ont le plus besoin (et c'est là que je m'aperçois que je ne fais plus tout à fait le même métier), c'est d'affection. La plupart ont des histoires personnelles absolument atroces (tu n'as même pas idée !) : leur épanouissement est l'objectif n°1 de l'IME. Mon boulot consiste justement à les mettre en confiance, à entretenir avec eux une relation particulière afin de leur permettre d'accéder aux savoirs scolaires, à les rendre disponible aux apprentissages. Et ça, crois-moi... Ce n'est pas une mince affaire ! Avec les ados, je dois trouver un autre mode de fonctionnement qu'avec des gamins d'élémentaire. Garder mon rôle d'instit' et l'autorité que cela suppose, tout en n'oubliant pas que l'autorité classique ne marchera pas avec eux de toute façon.

Si bien que je suis devenue un véritable funambule. Je marche sur un fil, en essayant de ne pas me casser la figure. Toujours maintenir son équilibre, s'affirmer tout en n'incarnant pas l'image de l'instit' autoritaire que ces jeunes ont en tête : l'école, pour eux, c'était une souffrance. A moi de leur offrir une image inconnue de l'Institution, à moi de leur montrer que l'on peut éprouver du plaisir à venir en classe, que l'on peut entretenir des rapports autres que conflictuels avec son professeur. Est-ce que j'y arriverai, je n'en sais rien, mais en tous cas, j'essaie.
Par Mirabelle - Ecrire un commentaire
Publié dans : Mirabelle, maîtresse T2 - Voir les 2 commentaires
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