XXIeme siecle

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Avant-propos

Cher lecteur,

Exceptionnellement, nous nous adresserons à toi directement : ce site n'est en aucun cas une biographie de Victor Hugo. Alors si tu pensais trouver ici la vie de notre Totor national en long, en large, et en travers, passe ton chemin !

 

Pour bien comprendre les propos de nos deux protagonistes :

1° Des caractères gras de couleur bleue quand Victor s'adresse à Mirabelle

2° Une police des plus classiques quand Mirabelle s'adresse à Victor

 

Sur ce, bonne lecture !

 

Mercredi 6 juin 2007
Mon cher Victor,punition.jpg

Miraaaaabeeeelle ! Tu as récupéré un modem ? Tout à fait ! Je suis même parvenue à le réinstaller toute seule comme une grande et à m'en sortir avec toutes les histoires de clé wifi et autres codes de sécurité... Toute fière que j'étais, j'ai voulu appeler mon Mystérieux Inconnu pour lui annoncer la bonne nouvelle (il est assez calé sur l'art informatique et nous sert, en général, à ma petite famille et moi, de réparateur  d'ordinateur... L'occasion pour moi, dans mes rêves les plus fous, de l'entendre dire "c'est bien, mon coeur, de t'en être sortie sans mon aide !") mais à 9 h 15, comme je m'y attendais, Monsieur dormait encore...

Bref ! En ce mercredi matin, le modem est arrivé comme un cadeau du Père Noël, alors que je rédigeais ma fiche de prep sur la séance de géométrie de jeudi, pour mes loustics de CE1. Il faudra que tu me parles en détail de ces chers bambins, Mirabelle... Mais oui, mais oui... De toute façon, rassure-toi, si je viens papoter avec toi aujourd'hui, c'est parce qu'au bout de deux jours de stage, j'ai déjà des tas de choses intéressantes à raconter sur ces sacrés loustics de CE1 !

Le sujet qui nous occupera aujourd'hui est le suivant : la punition.
Comme beaucoup de jeunes maîtresses, j'ai du mal avec la punition. La punition, ce n'est pas bien, nous dit-on à l'IUFM. C'est une preuve d'échec. Bon. Je veux bien. Il n'empêche qu'après mon SR2, j'en suis venue à la constatation suivante : si l'on ne prend pas la classe en main dès le début, on peut très rapidement se faire bouffer. Avec mes GS-CP, j'avais eu des scrupules à faire preuve d'autorité. Du coup, la première semaine allait cahin-caha, les petits filous ayant bien vite su profiter de mes failles pour faire les quatre cents coups dans la classe.

Cette expérience m'a servi, Victor. Car, dès lundi, avec mes CE1, j'ai, comme qui dirait "serré la vis". Tu me fais peur, Mirabelle... Ne t'en fais pas, je n'ai en rien manié le martinet, ni fait faire des pompes ! Mes suppositions n'auraient pas été aussi loin, tout de même ! Hier matin, j'ai donné ma première punition. Bon. Je ne dis pas que je n'ai pas culpabilisé un petit peu, en voyant toutes ces moues boudeuses, ces stylos appliqués à écrire "Pour bien travailler, je dois être sage en classe" sur les cahiers de brouillon.

Je me suis vue comme une sorte de maîtresse-sorcière, vilaine et méchante, alors que je ne souhaitais, au fond, qu'instaurer une atmosphère propice au travail dans la classe. Une intention fort louable, donc ! Oui. Il n'empêche que j'étais bien embêtée d'avoir à leur faire copier des lignes. Je n'aime pas cette idée de copier des lignes. Mais comme dirait mon prof de Philo de l'Education de PE1 : quel est l'intérêt de la punition si l'élève en tire du plaisir ? Aucun. La punition n'a de sens que si elle est désagréable à l'élève, de manière à ce qu'il tire des leçons de ses actes. Ca m'attriste d'en arriver à de telles extrémités, mais la vérité, c'est que je ne sais comment faire autrement.

A 11 h 30, c'est la sortie. Mes montres n'ont pas terminé la punition. Me voilà bien embêtée. Et là... Le choc. Mathias lève la main et s'exclame :

"Maîtresse, je vais finir ma punition après manger, quand je reviendrai. J'aime bien, moi, copier des lignes ! Je copie bien ! Et puis ça m'entraîne le poignet !"

Je crois rêver, bien évidemment... Ô, sublime monde parallèle des enfants qui grandissent... Il insiste, insiste : "Mais siiiii, maîtresse, je vais la finir en rentrant !". Et moi qui tape du poing sur la table (au figuré !), rappelle que dans l'histoire, je suis la maîtresse et il est l'élève (ben oui, quand même...) et que par conséquent, et jusqu'à preuve du contraire, c'est moi qui décide et pas lui. Qui l'eût cru ? Quelle autorité, Mirabelle, tu m'impressionnes ! Rigole, Victor, rigole. Tu sais, depuis le SR2, j'ai pris de l'assurance, je m'en rends compte. Tu m'en vois ravi !

Bref. Tout ça pour dire, une fois de plus (je me demande si je ne clos pas tous mes articles par ce constat...), que les enfants sont pleins de surprises. Pour rien au monde je ne changerais de métier.


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publié dans : Mirabelle, PE2, maîtresse stagiaire par Mirabelle
Vendredi 8 juin 2007
Mon cher Victor,

Ce matin, 10 h 45, alors que j'étais penchée sur son fichier de mathématiques pour l'aider à tracer son carré, Cédric, intéressé par tout autre chose que mes histoires de "mesure de côté" et de "double-décimètre", me dit tout à coup :
"Aaaah... Mirabelle, tu sens bon... Tu sens comme ma mamie...".
Dois-je VRAIMENT le prendre comme un compliment ?
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publié dans : Mirabelle, PE2, maîtresse stagiaire par Mirabelle
Dimanche 10 juin 2007
Mon cher Victor, enfant-qui-pleure.JPG

Vendredi après-midi, heure de la récréation. J'ai lâché mes fauves dans la cour, sauf un. Ah ? Un puni ? Non. Je lui ai juste passé un savon monumental. Qu'avait fait le garnement ? Pas grand chose : il étranglait un de ses camarades. Mon dieu... Tu plaisantes, j'espère, Mirabelle ? Même pas. Monsieur Jérôme n'avait trouvé rien de mieux que d'attraper le cou d'Antonin. Mon dieu... Alors j'ai attrapé le fautif par le col et l'ai fait asseoir dans le couloir, tout en autorisant aux autres d'aller en récréation, sans quoi j'aurais eu droit à un attroupement du style : "Qu'est-ce qu'il a fait, maîtreeeesse ?", "Qu'est-ce qu'il y a, Jérôme ?", "Pourquoi elle t'a puni la maîtresse ?", "Eeeeeh, maîtresse, pourquoi il a pas le droit de descendre avec noooous, Jérôôme ?". 

Après m'être assurée que tous les autres CE1 étaient descendus (avec un adulte pour les surveiller dans la cour, évidemment...), je retrouve le petit Jérôme, assailli par les questions de CM2 qui passaient par là. Je précise à ces derniers que ce qui se passe ne les concerne en rien et leur conseille de passer leur chemin. C'est là que je sermonne vertement l'inconscient, qui, soudain, se met à pleurer à chaudes larmes : "Mais c'était pour jouer...". Argl. Ca y est... Ma carrière à peine commencée, je fais pleurer les enfants... Ceci dit, tu as bien fait de ne pas laisser passer une chose pareille, Mirabelle... En CE1, étrangler un camarade, même pour jouer... Non, non, tu as bien fait ! C'est ce que je me suis dit aussi, surtout quand on a en tête des exemples tels que le jeu du foulard, auquel nous ne sommes pas du tout sensibilisés à l'IUFM (aaaah, la formation à l'IUFM, j'en ai des choses à dire là-dessus !) et à l'égard desquels il faut pourtant être très vigilent ! C'est pourquoi j'ai précisé à Jérôme qu'un accident était bien vite arrivé et qu'il ne fallait pas avoir ce genre de jeu, même avec un élève consentant.

C'est alors que je me suis aperçue que les CM2 étaient en fait restés dans le couloir à observer la scène. Et l'un d'eux, dans un chuchotement, fit remarquer à son acolyte : "Dis donc, elle a l'air très très sévère...".
Argl.
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publié dans : Mirabelle, PE2, maîtresse stagiaire par Mirabelle
Mardi 12 juin 2007
Mon cher Victor,

En  septembre, je serai maîtresse. Ca va venir vite, septembre ! Oh que oui... A vrai dire, je n'aurai pas vu passer cette année de PE2.  Il y a eu mes trois mois en Angleterre, parenthèse enchantée et dont je tire beaucoup de bénéfices pour ma pratique, et puis les stages en responsabilité, le mémoire... Tu as eu de quoi t'occuper, effectivement ! Et surtout, j'ai évolué. Quand je compare la manière dont j'ai tenu la classe pour ma première semaine de SR3, et celle dont je tenais ma GS-CP au SR2, je me dis que j'ai fait un petit bout de chemin. Je suis plus sûre de moi, moins hésitante. Plus à l'aise. Et surtout, quand je suis dans la classe, devant vingt-six paires d'yeux à qui j'explique ce qu'est une "planche" de B.D, je me sens à ma place. Je me sens maîtresse. Je ne suis plus la post-adolescente que je redoutais.

J'ai hâte d'avoir ma classe. J'ai peur, aussi, évidemment. Car, comme les futurs détenteurs du concours s'en apercevront l'année prochaine, la formation de professeur des écoles, la PE2, c'est court, superficiel. Décevant. Et ils auront sans doute, comme moi, à moins d'avoir eu auparavant de réelles expériences dans l'enseignement, le sentiment d'être propulsés dans une classe dans la panique et l'urgence. Tous les ans, dans les enquêtes de bilan, les PE2 tirent la conclusion qu'ils ne sont pas satisfaits de cette formation. Que l'IUFM paraît bien décalée par rapport à la réalité du terrain. J'ai pu m'en rendre compte moi aussi. Ce qu'on nous raconte, en PE1, ce sont de grandes idées un peu utopiques qui ne laissent présager en rien de ce qui nous attend réellement dans une classe. C'est de la théorie pure et dure. On ne s'aperçoit qu'une fois dans une classe combien la différenciation est difficile à mettre REELLEMENT en place, combien il est compliqué d'apprendre à lire à un élève (surtout que nous ne sommes pas du tout formés à l'apprentissage de la lecture, du moins dans mon académie), et on sous-estime le boulot que ça représente. C'est un métier perfectible à l'infini.

Serai-je une bonne enseignante ?
Cette question m'obsédait et m'angoissait l'année dernière, en PE1. Depuis quelques semaines, je me la pose en pointillés. Je me dis que l'avenir le dira, et que, de toute façon, je ferai tout pour. Je me laisse le temps de progresser, encore. Je ne me sens pas plus bête qu'une autre, pas plus immature, pas moins prête. Nous sommes tous, de toute façon, et en toute sincérité, un peu "à la ramasse". Cette année de T1 nous effraie autant qu'elle nous motive. Et n'entrent plus, en ligne de compte, entre nous, les questionnements du type "qui sera une bonne maîtresse", "qui ne sera pas un bon enseignant". Je m'aperçois que cette distinction, crée par la concurrence du concours, s'efface à l'entrée en PE2. Parce qu'on apprend à relativiser, à se donner le temps. Et à ne pas émettre de jugement à l'emporte-pièce. Peu importe qu'on ait eu le concours du premier coup ou au bout de la troisième fois. Personne, en PE2, ne se permet de dire : "Untel a eu de la chance de l'avoir du premier coup. N'ayant pas connu l'échec, n'étant pas animé d'un esprit de revanche, il sera forcément un moins bon instit' que moi" ou "Si Truc n'a toujours pas le concours au bout de la troisième fois, ça veut dire qu'il n'est pas fait pour ça.". Les tentatives de catégorisation, sensées nous rassurer en PE1, n'existent plus en PE2.

Parce que le jugement sur le métier change.
S'il n'est pas encore fixé (nous avons en effet toute notre carrière pour mieux saisir, je dirais même "sentir" en quoi il consiste), il n'en demeure pas moins qu'il a changé. Nous savons que l'enseignement, ce n'est pas du déterminisme. Ce n'est pas entrer dans des cases. Ce n'est pas juger les uns et les autres. Ce n'est pas établir une hiérarchisation en fonction du rang au concours, des chanceux et des malchanceux. Non. Nous sommes tous en train d'apprendre le métier. On ne peut pas dire si on sera un bon enseignant ou non, et ce n'est en rien le concours (qu'on l'ait eu ou non du premier coup) qui le détermine. Il faut rester humble. Je trouve stupide de décréter que "ceux qui ont eu le concours du premier coup seront de moins bons enseignants que ceux qui l'ont eu au bout de plusieurs tentatives".

Si l'on encourage ceux qui sont face à l'échec, si on leur affirme que cela ne laisse présager en rien de leur capacité à devenir enseignant un jour, alors pourquoi ces personnes devraient-elles elles-mêmes cautionner le stéréotype selon lequel "quand on l'a du premier coup, c'est de la chance" et que par conséquent "Ceux qui n'ont pas connu l'échec feront de moins bons enseignants que ceux qui ont connu l'échec" ? Ce n'est pas juste. Et surtout, c'est verser dans le déterminisme. Car je suis intimement persuadée qu'être un bon maître, une bonne maîtresse, s'apprend. Certains sont peut être plus naturellement pédagogues que d'autres mais je suis certaine que chacun a sa chance et que chacun progresse, pourvu qu'il s'en donne les moyens et se remette en question. Tout le monde peut y arriver.

Comme je l'ai déjà dit plusieurs fois, l'enseignement est pour moi le métier de l'humilité. L'instit' ne sait pas tout (je l'ai encore dit vendredi à mes CE1, quand, ne sachant pas répondre à une de leurs questions très précise sur la Bande Dessinée, je leur ai dit que j'allais me renseigner) et tant mieux. Parce que ça lui permet de rester bien droit dans ses bottes et qu'après tout, il n'est qu'un intermédiaire entre le gamin et le savoir. Si on admet que le principe d'éducabilité existe, que chacun a ses chances, alors pourquoi le nier dans le cercle des adultes ? Pourquoi vouloir catégoriser les uns et les autres ? J'ai eu le concours du premier coup, en étant très bien classée. Ce n'est pas pour autant que je me suis prise pour la reine de l'IUFM. Et ce n'est pas pour autant non plus que j'ai jugé les recalés incapables d'être de bons enseignants un jour.

Bref. Tout ça pour dire que la question qui me taraudait en PE1 ne me taraude plus. Il faut la garder à l'esprit, bien sûr, mais se faire confiance et se dire que tout s'apprend. Petit à petit.
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Mercredi 13 juin 2007
Mon cher Victor, sourire-piaf.jpg


Alors que, comme tu le sais, j'éprouve encore un peu de culpabilité à distribuer des punitions, j'ai désormais la certitude que les élèves pardonnent à leur enseignant leur sévérité, et même, en retirent une certaine "admiration". Vendredi matin, j'arrive à l'école.  A cause des Bus Verts (que je bénis tout de même d'exister), je n'arrive pas bien en avance, ce qui fait que je franchis la grille quasiment en même temps que les gamins. L'occasion pour eux de me montrer à leur maman.
Devant la grille, justement, en ce vendredi, Mélissa, petite élève de ma classe de CE1. Elle me voit de loin et se jette littéralement sur moi en me réclamant un bisou ! Un sourire jusqu'aux oreilles, qui me ravit. Puis elle revient vers sa mère et lui dit, tandis que je m'éloigne, sur un ton plein d'une gratitude enfantine :
"C'est ma maîtresse !"
Tu connais une meilleure façon de commencer la journée, toi ?

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Un mot au vol ?

Opinion


Et si vous nous faisiez part de votre opinion ?


Victor mène l'enquête.

Parce que Mirabelle se le demande !




personnes ont écouté la conversation entre Mirabelle et Victor depuis leur rencontre.


Aujourd'hui, à :

il y a 3 personne(s) qui papote(nt) avec Mirabelle et Victor.


La requête de Victor :

  • Parce que Mirabelle et moi-même aimons beaucoup de gens... Allez donc jeter un coup d'oeil à notre tour de tables !


Nos recommandations :

  • Un clic et vous y êtes... Si vous souhaitez quelques conseils pour guider votre lecture, bien entendu !


Lexique IUFMesque à l'usage des non-initiés :

  • Mirabelle, dans son infinie bonté, a daigné me proposer (ainsi qu'à toi, ô lecteur non affilié à l'Education Nationale !) un lexique de rattrapage, sensé me donner les repères indispensables à la compréhension de deux rubriques.


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