Mon cher Victor,
Je croyais avoir tout vu avec ce garçon... Eh bien, figure-toi que je me trompais ! Encore un rebondissement ? Pas vraiment, juste un choc psychologique. Encore un ?!? Cela explique donc pourquoi tu m'as l'air si en colère. Je ne suis pas en colère... C'est juste que je ne peux pas le croire ! Allez, raconte-moi tout ça...
Il m'a appelée deux fois de suite. Je n'ai d'abord pas répondu. La troisième fois, pauvre de moi, j'ai décroché, sans pourtant rien espérer de lui. Il avait ce ton coquin que je lui connais, sauf que depuis quelques temps, cela ne prend plus. Je dirais même plus : cela m'exaspère. Il me demande comment ça va. "Bien. Qu'est-ce que tu veux ? Pourquoi tu m'appelles ?". Il s'étonne : "Tu m'as bien appelé ce matin !". Quoi ?!? Tu l'as appelé ce matin ? Mais qu'est-ce qu'est que cette histoire ? Ce n'était rien du tout. Très sincèrement. Je savais que l'anniversaire de sa mère (que j'aime beaucoup) approchait, et je ne me souvenais plus exactement du jour. Comme je tenais absolument à lui envoyer une petite carte, je me disais que la personne la mieux placée pour me répondre, c'était Johan, et j'ai bien fait, parce que, finalement, je l'ai eue, ma date. Il s'était peut être mis autre chose en tête le pauvre garçon... Mets-toi à sa place ! Me mettre à sa place ?!? Victor, je te rappelle que ce n'est pas moi qui ai tergiversé, couché avec lui, pour finalement lui dire que "non, finalement, je n'y croyais plus"... Pas la peine de monter ainsi sur tes grands chevaux, je sais déjà tout ça !
Je lui dis donc la triste vérité : que si je l'avais appelé ce matin, c'était uniquement pour avoir la date exacte de l'anniversaire de sa mère, et pas pour autre chose. Malheureusement pour lui, il ne sembla pas trouver mon explication très convaincante et me lança soudain, d'un ton badin :
- Tu viens dormir chez moi ce week-end ?
Là, je dois dire, Victor, que je n'en ai pas cru mes petites oreilles. Bien qu'extrêmement secouée, j'en tire une leçon des plus profitables : j'ai cessé de tendre le bâton pour me faire battre ! Effectivement, ma première réaction ne fut pas l'espoir ni un soupir énamouré. Non, non, au contraire... La moutarde m'est montée au nez à une vitesse fulgurante : "Non mais pour qui tu me prends franchement ?!?".
Le pauvre, tout de même... Arrête Victor ! Il l'a bien cherché ! Cependant, dis-moi une chose... Si tu réagis avec autant de violence, n'est-ce pas parce que tu as été blessée et que tu veux lui rendre la pareille ? Je ne sais pas... Et si, une fois la colère passée, tu t'aperçois que tu l'aimes toujours, que feras-tu ? Rien, je suppose... J'attendrais que cela passe, en m'en mordant les doigts. C'est bien ce que je pensais aussi...
Tu sais le pire, Victor ? Non, mais je vais bientôt le savoir... C'est qu'au fond, je comprends tout à fait qu'il m'ait posé une telle question...
Parce qu'il n'y a pas un soir où je ne pense pas à lui avant de m'endormir. Pas un soir où je ne songe pas à chaque nuit que nous avons passée ensemble. Quand je m'endormais dans ses bras. Quand j'écoutais sa respiration régulière, à côté de moi, et que je regardais son joli dos pendant son sommeil. Quand je grommelais parce qu'il prenait trop de place, ou quand il me reprochait de prendre toute la couette... Pas un soir. Et je me sens seule. Je me dis, dans l'obscurité de ma chambre, que dormir sans lui est insensé, complètement insensé. Et mon lit, pourtant minuscule, me paraît soudain très grand, trop grand. Et j'ai envie qu'il soit là, et qu'il me serre contre lui, fort, très fort. Et qu'il ne me lâche plus... Et je veux encore sentir la chaleur de son corps et le toucher de sa peau, et son odeur, là, au creux de son cou.
J'aurais pu poser la même question. Oui, dormir seule, c'est difficile, et je sais que cela l'est certainement pour lui aussi.
Oui, c'est bien ce que je pensais... Quoi ? Quand la colère retombera, tu t'en mordras les doigts. Sauf si elle ne retombe pas. Elle retombera forcément... Un jour...
Grains de sel