XXIeme siecle

Janvier 2007
L M M J V S D
1 2 3 4 5 6 7
8 9 10 11 12 13 14
15 16 17 18 19 20 21
22 23 24 25 26 27 28
29 30 31        
<< < > >>

Avant-propos

Cher lecteur,

Exceptionnellement, nous nous adresserons à toi directement : ce site n'est en aucun cas une biographie de Victor Hugo. Alors si tu pensais trouver ici la vie de notre Totor national en long, en large, et en travers, passe ton chemin !

 

Pour bien comprendre les propos de nos deux protagonistes :

1° Des caractères gras de couleur bleue quand Victor s'adresse à Mirabelle

2° Une police des plus classiques quand Mirabelle s'adresse à Victor

 

Sur ce, bonne lecture !

 

Lundi 8 janvier 2007

Mon cher Victor,

Parce que cela fait longtemps que cela me démangeait, parce que dans la vie il faut oser affronter les critiques (surtout celles d'un grand écrivain), je décide d'inaugurer une nouvelle catégorie avec ce texte. Mais s'il te plaît, ne dis rien !


La fièvre


Ecrire. Alice venait de terminer son assiette. Ecrire. Vite. Ecrire avant que la fièvre ne tombe. La vaisselle en vrac dans l’évier. La tasse de thé oubliée sur la table. Elle avait branché son ordinateur et s’était installée à son bureau. Elle resterait là pendant des heures. Elle attendrait. Le bon mot. La bonne phrase. Le frisson. L’effervescence de l’intellect qui lui commanderait d’écrire, d’écrire, d’écrire. Elle s’oublierait. Ne serait plus personne.

            Ecrire. Elle écrivait, en accord avec elle-même. Elle s’était trouvée. Enfin. Un tout harmonieux, une évidence. Tu es faite pour ça… Elle oubliait tout. Les mots s’enfilaient comme des perles sur un fil. Ses doigts couraient sur les touches, prenaient du retard, hésitaient, repartaient de plus belle. Elle relisait ses phrases, s’écoutait les prononcer, reprenait une virgule, un point, ajoutait une conjonction de coordination. S’interrogeait sur les propositions, permutait des termes, les faisait sonner.

 Elle était seule avec la fièvre. Au milieu de nulle part. Le temps suspendu. Elle aimait la solitude de l’écriture. Alors, rien ne pouvait l’atteindre. La puissance des mots donnait corps à sa personne toute entière. Les idées se bousculaient. Des murmures. Des soupirs. Les mots étaient vivants. Ecrire n’était rien d’autre, à ses yeux, qu’un dialogue subtil avec soi-même. Maîtriser, choisir. Inverser les rôles. Manipuler la vie. Tout prévoir. Et ne jamais s’écrouler.

On avait frappé à la porte tout à l’heure. Mais elle était toujours seule avec la fièvre et n’aurait ouvert à personne, pour rien au monde. Surtout ne pas briser cette intimité. Rester seule avec l’écriture. Et ne revenir à la vie que quand elle l’aurait décidé.

Tu es faite pour ça… L’instinct avait surgi. Ces soirs où elle observait le regard glissant de sa mère, sur ces livres inconnus, sans images, indéchiffrables. Les petits caractères mystérieux dans les journaux. Les histoires avant d’aller se coucher. Le contact du papier, l’odeur du cahier neuf. Les belles majuscules au tableau. L’écriture appliquée du maître. Apprendre à former des lettres, à les lier les unes aux autres. La lettre au Père Noël à rédiger avec la classe. Lire. Jane Eyre, sa couverture abîmée, ses pages jaunies, son parfum de vécu. L’émerveillement… Un poème pour la fête des mères. Le délice des rimes.

Tu es faite pour ça… Sa première machine à écrire. Ses premiers poèmes. Ses premières nouvelles. Devenir quelqu’un. La puissance de la fièvre, ce flot d’envie, de passion, qui vous attrape au ventre, vous agrippe, vous tient, ne vous lâche plus. Ne t’arrête jamais d’écrire… Grandir et s’apercevoir que le rêve est toujours là. Et que lui aussi, lui aussi a grandi. En même temps que nous...

Des rires dans le couloir. Des pas dans l’escalier. Le quotidien. Et elle, sur son ordinateur, à s’inventer une autre vie. A refuser la vérité. Avec ses ailes de goéland. Elle se réfugiait dans cette torpeur que lui procurait l’écriture. Alors, plus rien ne s’écroulait. Tu es faite pour ça…

Les mots s’enfilaient moins bien désormais. Comme s’il y avait un nœud sur le fil. Pourtant, la fièvre était toujours là. L’envie d’écrire lui serrait le ventre, encore. Pourtant, elle entendait mieux les rires et les pas dans le couloir. Comme un appel. Un appel à revenir…

A peine une page en deux heures. Des phrases prises et reprises, supprimées, rajoutées. Des agacements devant des constructions bancales, de longues minutes à attendre LA formulation, évidente, claire, directe, parlante. Elle aimait attendre. L’instant où la phrase apparaissait, se suffisant à elle-même, n’en était que plus délicieux. Soudain, on frappa à la porte. Elle hésita à répondre. Un appel à revenir…

Parfois, elle se disait que l’écriture naissait d’un déséquilibre. Celui entre le rêve et la réalité. Comme les goélands… Avec leurs ailes de géant. Mieux dans les airs que sur la terre ferme, avec le commun des mortels. Pourtant, il y avait toujours un appel. Un appel à revenir… Ne pouvait-on jamais y échapper ?

Son téléphone avait sonné, tout à l’heure. Elle avait décroché. On l’avait invitée au cinéma. Elle avait dit oui. Alors elle avait enregistré cette page. Puis éteint son ordinateur. Alice allait revenir à la vie. Jusqu’à ce que la fièvre reprenne. Et qu’elle se remette à écrire. Ecrire. Vite. Aligner les mots. Aligner les phrases. Faire courir ses doigts sur le clavier. Ne plus rien écouter que le désir impérieux de l’écriture. Tout figer autour de soi. S’oublier. Pour que rien ne s’écroule.

ajouter un commentaire commentaires (5)   
publié dans : Ecrire, écrire, écrire... par Mirabelle
Lundi 8 janvier 2007

Mon cher Victor,

Comme nous sommes appelés à converser régulièrement, mieux vaut me présenter dans le détail :

Mirabelle, vingt et un an (bientôt vingt-deux), étudiante en première année d'IUFM.

Tu écarquilles les yeux : qu'est-ce que c'est t'y que ça, l'IUFM ? L'IUFM, c'est l'Institut universitaire de formation des maîtres. Regarde la photo, ici, à droite. Je ne te ferai pas l'affront d'en préciser davantage le sens, d'une part pour te laisser exercer ta capacité de déduction, d'autre part, je ne te le cache pas, pour éviter que tu ne cliques tout de suite sur la petite croix en haut à droite de l'écran, vexé par mon ton quelque peu badin. Ne te fais pas de souci, mon cher Victor, on m'a déjà parlé de ton caractère bien trempé, voire "colérique", et jamais ô grand jamais je ne prendrais le risque de perdre un lecteur tel que toi, sois en assuré.
Sache seulement, avec tout le respect que je dois, que l'IUFM ne forme pas des enseignants en tous points semblables à ceux du XIXème siècle. Non. Ce serait d'ailleurs là un contre-sens remarquable. Cependant, il est vrai que tu nous as quittés en 1885, et qu'à cette époque, Religion et Enseignement ne formaient qu'un seul et même corps, même si Jules Ferry avait déjà entamé le processus de laïcisation de l'école. Tu as donc des excuses, j'en conviens. Poursuivons ma présentation :     

Mirabelle, vingt et un an (bientôt vingt-deux), étudiante en première année d'IUFM, domiciliée chez ses parents, une petite soeur, un oncle, deux cousines.

Tu réagis : comment ça, elle est n'est pas encore mariée ? Eh non, Victor. C'est là l'une des évolutions sociales à laquelle je faisais allusion dans mon introduction. Je ne suis pas encore mariée, certes, mais j'ai eu quelqu'un que j'ai "déjà fréquenté" (ne fais pas ces yeux-là, tu comprends très bien ce que je sous-entends), ce qui, je le précise pour ta gouverne, est ,à mon âge, quelque chose de tout à fait fréquent.

Mais, Victor, que se passe-t-il, tu es tout rouge ? Et tu sues ! Non, ce n'est rien, ce n'est rien... Si, si, je le vois bien ! Tu sais, Victor, il est sans doute plus raisonnable d'interrompre notre entretien, parce que, tu comprends, si tout ce que je viens de te dire là te choque déjà, crois-moi, tu n'es pas au bout de tes peines... Nous reparlerons donc un autre jour de l'IUFM, de mes parents, de ma petite soeur, de mon oncle, de mes cousines, et bien sûr, de la personne que j'ai "déjà fréquentée" et que, au-delà de ça, j'aime toujours. T'entraîner dans les méandres de ma vie sentimentale tortueuse serait trop pour toi pour le moment. En attendant, vas donc te reposer...

ajouter un commentaire commentaires (0)   
publié dans : Mirabelle, PE1, future instit' par Mirabelle
Lundi 8 janvier 2007

Mon cher Victor,

Eh oui, moi, Mirabelle , me voici vissée à mon ordinateur, les yeux plissés par la concentration, fiévreuse, fébrile, emportée par l'élan de la création.

Blogueuse... Terme bien moins poétique que celui d'écrivain, et pourtant, il s'agit bel et bien pour moi d'écrire, d'écrire vraiment. Bien sûr, mon écran d'ordinateur, mon clavier, ont remplacé ta plume, tes feuilles volantes, l'encre qu'il faut sans cesse renouveler... Mais mon envie est la même, mon ardeur est la même, et si tu me vois de là-haut, j'espère que tu ne s'offusqueras pas de telles comparaisons. Car, Victor, il me faut te dire, puisque tu as quelques siècles de retard, que je suis une blogueuse.

Blogueuse... Qu'est ce qu'un blogueur ?  On a tendance à mépriser les blogueurs pour leur impudeur, leur narcissisme, leur prétention. Pourquoi la vie de Monsieur X mériterait-elle d'être racontée, plus, en tous cas, que celle de Monsieur Y ? Pourquoi s'offrir ainsi, baptiser "journal intime" ce qui constitue, en réalité, le contraire même de l'intimité ? Pourquoi encourager les gens à entretenir ce côté voyeur que nous avons tous plus ou moins ?

Ecrivain... Etre blogueur, n'est-ce pas être un peu écrivain ? Car j'écris. Un écrivain écrit. Un écrivain se raconte, directement, ou à travers ses personnages. Je m'apprête, moi aussi, à me raconter. Un écrivain, littéraire ou commercial, a toujours en tête l'image du lecteur, de son jugement, là, au fond de son crâne. J'ai, moi aussi, cette image. Un écrivain, par l'acte même d'écrire, prend de la distance, s'observe, se lit, se relit, interprète, réinterprète, s'examine. Je vais moi-même me relire, me corriger, et enfin, comme l'écrivain, m'exposer au lecteur. Ce que j'aurais écrit, alors, ne m'appartiendra plus.  On interprétera mes propos. On les analysera. On me prêtera diverses attentions. Comme on le ferait pour un écrivain.

Victor, si tu me vois de là-haut, s'il te plaît, comprends les mutations de la littérature : ce ne sont plus ni tes feuilles volantes, ni ton encre, ni ta plume, ni tes ratures, mais j'écris. Alors, Victor, je t'en prie, sois tolérant avec les blogueurs...

ajouter un commentaire commentaires (3)   
publié dans : Mystérieuse blogosphère par Mirabelle
Lundi 8 janvier 2007
Mon cher Victor,

Alors, cette première journée ? Alors ? Alors ? Alors ? Alors ? Alors ? J'ai pensé à toi très fort, tu sais ! Oh... Mais tu as le sourire jusqu'aux oreilles ! Grand dieu ! Mais c'est si rare ! Tu as l'air si heureuse, Mirabelle ! Je le suis, Victor, je le suis. J'ai passé une journée merveilleuse ! Parsemée d'angoisse ici et là mais une bouffée de bonheur à n'en pas douter !

Après une nuit absolument atroce (réveillée à 4 h du matin en sursaut, persuadée d'être en retard...) et un réveil oppressant, je débarque à l'école où je croise des tas de visages nouveaux (enseignantes des autres sections de Maternelle) dont je ne retiens pas les prénoms tellement je suis stressée. Je fais la connaissance de Jocelyne, l'ATSEM de la classe,  une femme adorable et bientôt... Bientôt ? Bientôt, je rencontre LE PRINCIPAL : les enfants !

Ce n'est pas mon premier stage en maternelle, et j'ai travaillé avec des tout-petits en centre aéré, mais je suis toujours épatée de constater combien les enfants de 2-3 ans sont des bébés. Démarche parfois pas encore assurée, doudou qui traîne sur le sol, zozotement, boucles blondes, mains potelées, regard affolé et plein de larmes quand Maman laisse son bouchon seul... L'inquiétude, l'angoisse et la terreur, qui me faisaient suffoquer quelques minutes plus tôt, se sont évaporées à la vue de ces bouts de chou. Ca s'appelle le plaisir, ça, Mirabelle...

Je me suis dit que j'allais peut être galérer pour arriver à faire ce métier correctement. Pour arrêter de me comparer à de la m.... quand... Oh, Mirabelle ! Pas de gros mots ici ! Je ne peux pas le formuler autrement, navrée. Je disais donc qu'il me faudrait du temps pour cesser de me sous-estimer, pour empêcher que mon monde ne s'effondre au moindre commentaire désobligeant. Je me suis dit que je n'avais peut être pas la pédagogie dans la peau, que je n'avais peut être pas le gêne de l'enseignement... Mais ton père est instituteur à ce que je sache ! Eh ben qui sait ? Je n'ai peut être pas hérité de lui, tout simplement !

Bref. Je me suis dit que malgré les difficultés, malgré les coups de déprime, malgré les instants de découragement, c'est ce métier que je voulais faire, et pas un autre. Parce que ces petits loups me sont apparus comme un rayon de soleil et que j'étais ravie de leur apprendre à découper, et que j'étais ravie d'aller essuyer les pleurs (non pas que j'aime les voir pleurer, note bien... De toute façon, bien souvent, ce sont des larmes de crocodile !), ravie de les entendre parler de leurs papis et mamies, des cadeaux de Noël... Ravie de les voir compter sur leurs doigts avec application, de les entendre chanter "Pomme de reinette et pomme d'api", ravie de les emmener à la sieste, ravie qu'ils viennent me chercher à la récréation pour régler leurs conflits (je sais, ce ne sera pas le cas  toute ma carrière)... Je  me suis dit : "Bon sang, Mirabelle, tu veux vraiment faire ça ! Tu te rends compte, le bol que tu as ?".

Bien sûr, aujourd'hui, je n'ai pas pris la classe en charge. Bien sûr, je me suis contentée d'aider les petits, de répondre aux questions. D'être là, présence discrète. Mais quel bonheur, quel sentiment de responsabilité quand Martine, l'instit' et directrice, a annoncé qu'"il y a une dame qui viendra faire la maîtresse tous les lundis jusqu'à la fin de l'année". Quel bonheur de sentir tous ces regards enfantins braqués sur moi, dans un mélange de curiosité et de méfiance. Oui, c'est vraiment ça que je veux faire. La vérité, c'est que je n'ai jamais voulu quitter l'école, j'ai toujours aimé les études, et le seul moyen que j'ai trouvé pour satisfaire cette soif, c'est de bosser dans ce secteur !

Bien sûr, cette journée n'a pas fait de moi "une super teacher". Bien sûr, je ne sais toujours pas bâtir une séquence, bien sûr que je crève de peur en imaginant le lundi 22 Janvier, quand je prendrais la classe VRAIMENT A MOI. Bien sûr je ne sais toujours pas quoi faire avec mes élèves dans quinze jours. Bien sûr, je crains toujours de me planter. Bien sûr, tout ça m'angoisse. Bien sûr, je me suis sentie jeune et incompétente quand Martine m'a appelée dans son bureau, avec les autres enseignantes du Cycle, en début d'après-midi, pour choisir une date aux différentes réunions, auxquelles je participerais en tant que "membre de l'équipe pédagogique". Bien sûr, en résumé, je ne connais encore (quasiment) rien à rien à l'enseignement. Mais ce que j'en vois, ce que j'en apprends, progressivement, ce que j'en devine, ce que j'en imagine, me fait dire, me fait sentir et RESSENTIR que je VEUX être instit'.

Ce soir, pendant la vingtaine de minutes qui me séparaient du rond-point où Martine m'avait déposée et chez moi (je vous raconterai le pourquoi du comment j'en suis arrivée à me faire ramener par la directrice...), j'ai parlé, parlé, parlé avec mon Mystérieux Inconnu. J'ai fini par raccrocher mais j'avais tant de choses à dire ! Tant de sentiments, d'émerveillement à faire partager ! J'aime la voie que je me suis choisie. Et ce soir, à 18 h 41, en ce lundi 8 Janvier, alors que je suis at home depuis environ une heure, que mon cerveau grouille d'idées et d'émotions, que les mots s'enchaînent, les uns après les autres, sous le coup de l'excitation, j'ai envie de terminer sur cette phrase : je fais vraiment le plus beau métier du monde...
ajouter un commentaire commentaires (4)   
publié dans : Mirabelle, PE2, maîtresse stagiaire par Mirabelle

Un mot au vol ?

Opinion


Et si vous nous faisiez part de votre opinion ?


Victor mène l'enquête.

Parce que Mirabelle se le demande !




personnes ont écouté la conversation entre Mirabelle et Victor depuis leur rencontre.


Aujourd'hui, à :

il y a 1 personne(s) qui papote(nt) avec Mirabelle et Victor.


La requête de Victor :

  • Parce que Mirabelle et moi-même aimons beaucoup de gens... Allez donc jeter un coup d'oeil à notre tour de tables !


Nos recommandations :

  • Un clic et vous y êtes... Si vous souhaitez quelques conseils pour guider votre lecture, bien entendu !


Lexique IUFMesque à l'usage des non-initiés :

  • Mirabelle, dans son infinie bonté, a daigné me proposer (ainsi qu'à toi, ô lecteur non affilié à l'Education Nationale !) un lexique de rattrapage, sensé me donner les repères indispensables à la compréhension de deux rubriques.


Blog : Sport sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus