Vendredi 16 février 2007
Mon cher Victor,
Depuis deux jours, je suis chez mon Mystérieux Inconnu, dans la très belle ville de Rouen. Et tu es ENCORE sur le net ! Tu n'as pas mieux à faire ? Ne t'inquiète pas, ma présence blogosphèrique ne sera que de courte durée, puisque ma connexion Internet, que j'avais retrouvée avec adoration pas plus tard que mardi, m'a fait faux bond dès le lendemain matin. On ne peut vraiment pas leur faire confiance à ces machins-là ! A qui le dis-tu !
Du coup, je profite du temps où je suis seule dans son appartement (Monsieur est au travail) pour mettre à jour nos conversations. Je t'avais promis de poursuivre cette discussion, au sujet de ma première journée seule avec les mômes, dans le cadre de mon stage filé. Bon, bon, attends deux secondes, je le relis rapidement, histoire de ne pas être trop à la trâine...
Après la pause pipi, je suis donc de nouveau dans la classe avec mes petits bouts. Je m'asseois sur la petite chaise de la maîtresse, face au tableau, et la directrice s'installe avec les enfants, un peu en retrait, calepin en main, prête à m'observer de son oeil de professionnel. C'est stupide, mais le fait que cette femme ne soit pas une IMF me rassure. Et bientôt, j'oublie complètement sa présence, trop occupée que je suis dans la lecture du l'album le plus de circonstances, en cette période de l'année : "Roule Galette" ! Tu ne fais pas très original ! Certes non. J'entame la lecture de l'album en mettant le paquet sur les grosses voix et la théâtralisation. Les petits me fixent avec curiosité, air béat et yeux ronds. J'adore. Je pose des questions de compréhension, les amène à décrire l'illustration, à anticiper...
Je n'ai pas prévu de lire toute l'histoire aujourd'hui et je clos la première partie de ma lecture sur le moment le plus titillant pour les gamins : où va donc la galette quand elle s'échappe par la fenêtre ? A peine le temps de travailler le langage à partir des cahiers de vie des enfants et c'est déjà la récréation. J'aide les petiots avec leurs manteaux, réponds aux sollicitations les plus diverses ("Eeeeh ! Eeeeh ! T'as vu mes baskets Spiderman ? Dis, hein, t'as vu ?"), fais les lacets de chaussures, distribue des bisous à qui en veut et tout ce petit monde déboule dans la cour.
Et je suis LESSIVEE. Mais heureuse, surtout quand Martine vient me dire, avec un grand sourire : "Bon eh bien, cela s'est plutôt bien passé !". Je touche du doigt le paradis des maîtresses. Tout en sachant fort bien que ce n'est qu'une première journée et que les choses vont se gâter l'après-midi, où je serai véritablement toute seule avec les monstres dans l'arène. Ca va... Ils ont l'air plutôt mignons, comme monstres ! J'aurais pu tomber bien plus mal, c'est vrai... A la récréation, je fais plus ample connaissance avec les autres enseignantes de maternelle, qui sont pétries de gentillesse et qui me mettent tout de suite à l'aise, sans me faire sentir que je suis "la petite débutante". Nous causons des enfants, évidemment, dans la joie et la bonne humeur. Le temps tourne et je dois appeler les enfants pour le retour en classe, ce qui, tu vas vite t'en rendre compte, n'a pas été une partie de plaisir.
Martine m'ayant laissée dans la cour pour vaquer à ses occupations de directrice, je ne peux compter que sur ma bonne volonté et mon courage pour rassembler mes troupes. J'opte d'abord pour une stratégie dont j'ai constaté l'efficacité en élémentaire, mais dont je doute en maternelle : rester près de la porte et frapper dans ses mains en criant avec autorité : "Les petiiiiiits, on rentre !". Bien... Inutile de te dire que dans le brouhaha de la cour, cela n'a eu strictement aucun effet. Et puis ils avaient tous bien mieux à faire que d'écouter leur maîtresse du vendredi : vas-y que je tape le copain avec la pelle, que je lance du sable, que je me dispute avec un moyen pour la trotinette... Bref : ta stratégie est un échec ! Alors je choisis une méthode plus frontale, qui consiste, tout bêtement, à aller chercher les gamins un à un en hurlant. Une efficacité très limitée encore une fois. Tout cela frise le cauchemar. Parce que dès que j'en attrape un, un autre me lâche la main pour retourner sur le tracteur, que certains font la sourde oreille parce-que-c'est-plus-pratique-pour-être-plus-longtemps-en-récréation, parce que je n'ai pas encore l'autorité et la crédibilité de l'enseignante déjà bien installée dans sa classe.
Finalement, je regroupe mes élèves comme je peux, essuyant une remarque d'une collègue dans le couloir "on dirait que tu as eu du mal à les rentrer". Non sans blague ? J'ai juste vociféré comme jamais, couru aux quatre coins de la cour, ai confondu les enfants à cause des bonnets et des cagoules... Le cauchemar ! Hihihi ! C'était loin d'être drôle sur le coup, crois-moi ! Une fois dans la quiétude de la classe, je démarre les ateliers ou plutôt l'atelier, puisque le deuxième atelier que j'avais prévu (en l'occurence, peinture), ne peut être tenu par l'ATSEM, absente je le rappelle. Ce matin, donc, c'est jeux libres ou atelier "déchirer et coller". C'est à dire ? C'est à dire que les enfants doivent déchirer du papier en petits morceaux et les coller dans un rond pour faire la galette. C'est d'une simplicité enfantine ! Rien n'est simple quand on a trois ans, Victor. Il faut tout apprendre. Par exemple, la petite E. ne sait pas déchirer le papier (elle le tord), le petit G. n'a pas compris que le but du jeu n'est pas de noyer le papier de colle, la petite L. ne sait pas qu'on ne met pas le pinceau à la bouche, le petit R. ne comprend pas ce que signifie "dans le rond", et l'ensemble des élèves ont, dans l'ensemble, des difficultés à remplir une surface en adaptant leur technique de déchirage. C'est donc, en vérité, atrocement compliqué, et je rame, je rame, je ne fais pas passer autant d'élèves que j'aurais souhaité sur cet atelier.
L'heure du midi débarque à une vitesse navrante (il me semble n'avoir "rien fait" avec les élèves) et zou, direction la cantine pour une partie de la classe, ou le foyer familial pour une autre. Quant à moi, affamée, je me jette littéralement sur ma gamelle de pâtes réchauffées au micro-ondes et profite un maximum du silence reposant (mais un peu déstabilisant) qui s'est emparé de cette classe vide.
Depuis deux jours, je suis chez mon Mystérieux Inconnu, dans la très belle ville de Rouen. Et tu es ENCORE sur le net ! Tu n'as pas mieux à faire ? Ne t'inquiète pas, ma présence blogosphèrique ne sera que de courte durée, puisque ma connexion Internet, que j'avais retrouvée avec adoration pas plus tard que mardi, m'a fait faux bond dès le lendemain matin. On ne peut vraiment pas leur faire confiance à ces machins-là ! A qui le dis-tu !
Du coup, je profite du temps où je suis seule dans son appartement (Monsieur est au travail) pour mettre à jour nos conversations. Je t'avais promis de poursuivre cette discussion, au sujet de ma première journée seule avec les mômes, dans le cadre de mon stage filé. Bon, bon, attends deux secondes, je le relis rapidement, histoire de ne pas être trop à la trâine...
Après la pause pipi, je suis donc de nouveau dans la classe avec mes petits bouts. Je m'asseois sur la petite chaise de la maîtresse, face au tableau, et la directrice s'installe avec les enfants, un peu en retrait, calepin en main, prête à m'observer de son oeil de professionnel. C'est stupide, mais le fait que cette femme ne soit pas une IMF me rassure. Et bientôt, j'oublie complètement sa présence, trop occupée que je suis dans la lecture du l'album le plus de circonstances, en cette période de l'année : "Roule Galette" ! Tu ne fais pas très original ! Certes non. J'entame la lecture de l'album en mettant le paquet sur les grosses voix et la théâtralisation. Les petits me fixent avec curiosité, air béat et yeux ronds. J'adore. Je pose des questions de compréhension, les amène à décrire l'illustration, à anticiper...
Je n'ai pas prévu de lire toute l'histoire aujourd'hui et je clos la première partie de ma lecture sur le moment le plus titillant pour les gamins : où va donc la galette quand elle s'échappe par la fenêtre ? A peine le temps de travailler le langage à partir des cahiers de vie des enfants et c'est déjà la récréation. J'aide les petiots avec leurs manteaux, réponds aux sollicitations les plus diverses ("Eeeeh ! Eeeeh ! T'as vu mes baskets Spiderman ? Dis, hein, t'as vu ?"), fais les lacets de chaussures, distribue des bisous à qui en veut et tout ce petit monde déboule dans la cour.
Et je suis LESSIVEE. Mais heureuse, surtout quand Martine vient me dire, avec un grand sourire : "Bon eh bien, cela s'est plutôt bien passé !". Je touche du doigt le paradis des maîtresses. Tout en sachant fort bien que ce n'est qu'une première journée et que les choses vont se gâter l'après-midi, où je serai véritablement toute seule avec les monstres dans l'arène. Ca va... Ils ont l'air plutôt mignons, comme monstres ! J'aurais pu tomber bien plus mal, c'est vrai... A la récréation, je fais plus ample connaissance avec les autres enseignantes de maternelle, qui sont pétries de gentillesse et qui me mettent tout de suite à l'aise, sans me faire sentir que je suis "la petite débutante". Nous causons des enfants, évidemment, dans la joie et la bonne humeur. Le temps tourne et je dois appeler les enfants pour le retour en classe, ce qui, tu vas vite t'en rendre compte, n'a pas été une partie de plaisir.
Martine m'ayant laissée dans la cour pour vaquer à ses occupations de directrice, je ne peux compter que sur ma bonne volonté et mon courage pour rassembler mes troupes. J'opte d'abord pour une stratégie dont j'ai constaté l'efficacité en élémentaire, mais dont je doute en maternelle : rester près de la porte et frapper dans ses mains en criant avec autorité : "Les petiiiiiits, on rentre !". Bien... Inutile de te dire que dans le brouhaha de la cour, cela n'a eu strictement aucun effet. Et puis ils avaient tous bien mieux à faire que d'écouter leur maîtresse du vendredi : vas-y que je tape le copain avec la pelle, que je lance du sable, que je me dispute avec un moyen pour la trotinette... Bref : ta stratégie est un échec ! Alors je choisis une méthode plus frontale, qui consiste, tout bêtement, à aller chercher les gamins un à un en hurlant. Une efficacité très limitée encore une fois. Tout cela frise le cauchemar. Parce que dès que j'en attrape un, un autre me lâche la main pour retourner sur le tracteur, que certains font la sourde oreille parce-que-c'est-plus-pratique-pour-être-plus-longtemps-en-récréation, parce que je n'ai pas encore l'autorité et la crédibilité de l'enseignante déjà bien installée dans sa classe.
Finalement, je regroupe mes élèves comme je peux, essuyant une remarque d'une collègue dans le couloir "on dirait que tu as eu du mal à les rentrer". Non sans blague ? J'ai juste vociféré comme jamais, couru aux quatre coins de la cour, ai confondu les enfants à cause des bonnets et des cagoules... Le cauchemar ! Hihihi ! C'était loin d'être drôle sur le coup, crois-moi ! Une fois dans la quiétude de la classe, je démarre les ateliers ou plutôt l'atelier, puisque le deuxième atelier que j'avais prévu (en l'occurence, peinture), ne peut être tenu par l'ATSEM, absente je le rappelle. Ce matin, donc, c'est jeux libres ou atelier "déchirer et coller". C'est à dire ? C'est à dire que les enfants doivent déchirer du papier en petits morceaux et les coller dans un rond pour faire la galette. C'est d'une simplicité enfantine ! Rien n'est simple quand on a trois ans, Victor. Il faut tout apprendre. Par exemple, la petite E. ne sait pas déchirer le papier (elle le tord), le petit G. n'a pas compris que le but du jeu n'est pas de noyer le papier de colle, la petite L. ne sait pas qu'on ne met pas le pinceau à la bouche, le petit R. ne comprend pas ce que signifie "dans le rond", et l'ensemble des élèves ont, dans l'ensemble, des difficultés à remplir une surface en adaptant leur technique de déchirage. C'est donc, en vérité, atrocement compliqué, et je rame, je rame, je ne fais pas passer autant d'élèves que j'aurais souhaité sur cet atelier.
L'heure du midi débarque à une vitesse navrante (il me semble n'avoir "rien fait" avec les élèves) et zou, direction la cantine pour une partie de la classe, ou le foyer familial pour une autre. Quant à moi, affamée, je me jette littéralement sur ma gamelle de pâtes réchauffées au micro-ondes et profite un maximum du silence reposant (mais un peu déstabilisant) qui s'est emparé de cette classe vide.
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publié dans : Mirabelle, PE2, maîtresse stagiaire par Mirabelle
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