Mon cher Victor,
Devant l'acharnement dont tu fais preuve pour m'arracher les mots de la bouche, je ne puis faire autrement que de dévoiler peu à peu les contours de ma vie amoureuse...
Oui, Victor, oui, j'ai bien "fréquenté" quelqu'un. Mais ce n'est pas, contrairement à ce que tu pourrais imaginer, une "amourette", ce n'est pas quelqu'un de passage, non. Ah, je constate que tu fronces les sourcils : je croyais que tu L'AVAIS fréquenté ?! Bien vu, Victor, bien vu. Effectivement, j'emploie le présent quand je devrais utiliser le passé, et c'est bien là, tu l'auras deviné, "ce qui cause mon tourment". Car, sache-le... Je l'aime toujours. Et lui ? Il t'aime ? Eh bien... Je crois, oui... Alors ? Où est le problème ? Vous vous aimez, non ? C'est tout ce qui compte ! Non, Victor, non. Ce n'est pas tout ce qui compte, comprends-le bien. D'ailleurs, soit dit en passant, en tant qu'auteur des Misérables et de Notre-Dame de Paris, chefs-d'oeuvre des amoures déçues et tortueuses, tu devrais pouvoir te glisser dans la peau de Mirabelle comme si c'était la tienne. Je suis, ne l'oublie jamais, l'incarnation même d'une élucubration, la quintescence de la complication et du drame. Tu percevras plus tard, au fil de nos conversations, l'étendue du désastre. Oui, mais enfin, ça ne me dit pas pourquoi ce n'est plus possible avec ce jeune homme ! Certes... Pour répondre à ton interrogation, ô combien pertinente, il me faut illustrer mon propos par...Madame Bovary,de Gustave Flaubert. Oui, merci, je le connais, nous sommes des contemporains ! Oups ! Excuse-moi Victor, ne clique pas tout de suite sur la petite croix rouge s'il te plaît...
"Madame Bovary, c'est moi", disait Flaubert. Eh bien, il se trouve, Victor, que c'est moi aussi : je suis une Madame Bovary du XXIème siècle. Qui est Madame Bovary ? C'est une femme insatisfaite, rêveuse, qui vit dans ses livres, qui cherche le reflet de son idéal amoureux dans la vie de tous les jours, vie qu'elle mène sans grand enthousiasme, et même, pour être tout à fait exact, avec ennui. C'est bien connu, l'herbe est toujours plus verte chez le voisin... Et la naïve Emma, avec son sens du tragique, est si "déconnectée" de la réalité qu'elle en paie le prix fort : elle s'empoisonne à la fin du roman. Rien de bien positif dans tout ça, donc... Et Mirabelle dans tout ça ?
Eh bien, Mirabelle... C'est un mystère que j'éluciderai pour toi demain !


Mon cher Victor,

Bavardages