Mon cher Victor,
Je déteste les montagnes russes. Les montagnes russes ? Ah oui, c'est vrai : à ton époque cela n'existait pas. Les montagnes russes ce sont de grands rails avec une succession de montées et de descentes vertigineuses. Les gens s'installent dans de petits wagons, avec ceintures de sécurité et tout le tralala, et c'est parti pour deux minutes de sensations fortes ! C'est un loisir, j'aurais pu le préciser dès le départ. Regarde la photographie à gauche. Cela m'a l'air extrêmement effrayant ! Trop pour moi sans doute... Pour moi aussi. Je n'ai pratiqué qu'une seule fois ce genre de manège. Très franchement, j'ai cru que j'allais mourir ! Et que mon coeur allait être expulsé de ma poitrine ! Je me voyais déjà emportée dans une ambulance, avec ma mère à mes côtés, pleurant à chaudes larmes bien entendu. Tout de suite, l'exagération ! Je ne peux pas m'en empêcher, navrée...
Les montagnes russes... On monte très très haut, on se rapproche du ciel, tout doucement, comme si rien ne pouvait nous arriver. Un instant de suspension dans les airs. Et soudain, sans prévenir, on dégringole. Et on remonte. Et on redégringole. Et ainsi de suite, jusqu'à l'arrêt du manège.. Et avec la tête qui tourne !
Il me semble que depuis quelques temps, je passe ma vie sur les montagnes russes... J'espère, mon moral remonte ; je désespère, mon moral redescend. Et je m'accroche à ma ceinture, en me disant : "allez, courage, bientôt ce sera la terre ferme !"...
Je monte : nostalgie... Idéalisation des jours heureux peut être : "on revoit les débuts, et on connaît la fin", comme disent les Blues Trottoirs. Ce karaoké, sur une certaine plage. Je ne l'avais pas remarqué. Il n'existait pas. Lui, parait-il, ne voyait que moi... Et ce fameux soir où il est venu frapper à ma porte en costume... Il me parlait de son oral, pour son concours de gardien de la paix. Je ne comprenais fichtre rien à tout son jargon, et je dois dire que le centre de mon attention était ailleurs... Mon petit chat venait l'embêter, lui donnait des coups de patte. Heureusement qu'il était là, mon chat, je pouvais faire semblant d'être à l'aise, moi qui, comme d'habitude, était paralysée par l'"enjeu de la soirée". Je risquais d'être heureuse, tu te rends compte Victor ? Maintenant j'en souris bien sûr, mais sur le coup... C'était presque dramatique ! Cela ne m'étonne guère de toi...
Et je redescend dans la seconde : parce que la nostalgie, justement, c'est ce qui a été et qui n'est plus. Et je m'accroche de plus belle à ma ceinture de sécurité...


Bavardages