Mon cher Victor, 
Aujourd'hui, je suis plutôt remontée ! Quel est ton cheval de bataille cette fois-ci ? Les femmes ! Les femmes ? Les femmes et plus particulièrement leurs droits et devoirs. Suite à cet article, j'ai beaucoup réfléchi sur les mères. "Mères" et "femmes", ce n'est pas la même chose ! Exactement ! Et c'est bien là-dessus que j'avais l'intention d'insister !
Je suis féministe. Féministe ? Ah... C'est vrai qu'au XIXème siècle, les femmes étaient encore sous la coupe des hommes, je ne t'en veux pas de ne pas connaître... Je suis féministe, c'est à dire que j'ai été élevée dans la conscience que les femmes ont encore tout à conquérir par rapport aux hommes. Quand je vois le statut social des femmes au XXIème siècle, tu n'exagèrerais pas un peu, par hasard ? Certes, les femmes en ont gagné en indépendance. En reconnaissance de leur identité, en tant qu'individu à part entière. De mon temps... Ne te renfrogne pas ainsi, Victor ! Les moeurs ont changé ! Et aujourd'hui, les femmes ont elles aussi le droit de taper du poing sur la table ! Non mais ! C'est d'ailleurs bien ce que je compte faire dans cet article : je voudrais m'adresser aux femmes. Et particulièrement aux toutes jeunes femmes. De mon âge, ou même plus jeunes :
Vivez votre vie ! Battez-vous pour vos études. Battez-vous pour obtenir un travail, à la sueur de votre front. Ne comptez que sur vous-même. Ayez votre propre autonomie financière. En clair : ne revenez pas de vous-même vous enfermer à double-tour dans cette cage dorée dans laquelle les femmes ont été recluses pendant trop longtemps ! Regardez derrière vous, regardez-les, toutes ces femmes sous la tutelle de leurs maris, ces femmes qui devaient se justifier, ces femmes dépendantes, soumises, et pourtant, si désireuses d'acquérir leur propre autonomie ! La situation que tu décris n'est plus valable aujourd'hui, apparemment. Les hommes prennent soin des femmes. Les respectent. Leurs rapports se sont équilibrés. C'est vrai. Mais j'ai autour de moi des exemples qui prouvent qu'on oublie toutes ces femmes, peu à peu...
Pour l'instant, je ne comprends pas pourquoi tu m'as parlé des mères. Là, tu me parles des femmes. Pourquoi ce désir affiché, au début de ton article, de différencier les deux termes ? Quelque chose te chiffonne ? Oui. Et sérieusement en plus. J'ai autour de moi beaucoup d'exemples de jeunes filles qui ne rêvent que d'une chose : fonder un foyer. Avoir des enfants. Les élever dans la quiétude, les rires, le Nutella, et autres clichés. C'est très bien, tout ça. J'ai des exemples de jeunes filles de vingt ans, de vingt-deux ans, avec seulement le baccalauréat en poche, qui envisagent de faire un bébé dans les prochains mois. Et qu'est-ce qui t'embête dans tout ça ? Si elles veulent des enfants, grand bien leur fasse ! Je reconnais bien là ton esprit du XIXème siècle. Cela ne te pose aucun problème, évidemment, que le seul salaire ramené à la maison soit celui de l'homme. Ni que la femme n'existe qu'à travers l'identité sociale de "mère" et non pas à travers celle de "femme". Non, bien sûr, tu viens du XIXème siècle. Laisse-moi être un peu pessimiste, l'espace de quelques secondes :
Mademoiselle X, vingt ans, vit avec Monsieur Y. Mademoiselle X n'a que le baccalauréat. Pour la forme, elle est inscrite en deug de psychologie à l'université, mais n'entretient qu'un seul rêve : que Monsieur Y, avec qui elle vit une jolie histoire d'amour depuis trois ans, haut fonctionnaire, la demande en mariage et lui dise : "Chériiiiie, faisons un enfant sur le champ !". Qu'elle serait heureuse, Mademoiselle X ! Elle se voit déjà promenant le moutard dans son landeau, lui embrassant le ventre après le bain, lui donnant le biberon... Bon, évidemment, il y a aussi les couches, le caca, c'est un peu dégoûtant. Et puis, le ménage, les courses... Mais enfin, c'est le lot de toute mère, de toute femme, n'est-ce pas ? Mademoiselle X se dit prête à l'assumer et elle reprendra ses études "plus tard", quand Arthur (elle a déjà le prénom) aura grandi.
Jolie petite histoire... Je ne vois pas en quoi elle est pessimiste, il faudrait que tu m'expliques. Attends la suite, Victor ! Que tu es impatient !
Mademoiselle X a trente ans. Elle s'appelle désormais Madame Y. Après dix de mariage avec celui qu'elle croyait être "l'homme-de-sa-vie-le-vrai-et-pour-toujours", et engendré Arthur, Paul et Alexandre, Monsieur Y a pris la poudre d'escampette avec une de ses collègues. Madame Y a très peur. Elle cherche du travail, n'en trouve pas. Parce que vous comprenez, avec seulement le bac en poche et tant de chômage, il est difficile de tirer son épingle du jeu ! Cela l'est d'autant plus qu'elle n'a aucune ressource financière, et que Monsieur Y et elle se déchirent pour obtenir la garde des enfants. Elle regrette de ne pas avoir prévu un plan de secours, au cas où. Il n'y a pas de honte à assurer ses arrières, et Madame Y vient tout juste de s'en rendre compte. Elle avait pourtant dit qu'elle reprendrait ses études quand les enfants seraient grands, mais les années ont filé, filé, et la voilà sans un sou, sans un diplôme. Juste du vent, et la sensation d'être passée à côté de son identité de femme.
Je vois ! La chute est un peu plus négative ! Tu penses vraiment que cela se passe comme ça ? J'en suis persuadée ! Tu donnes une mauvaise image des femmes au foyer... Des godiches sans cervelle, sans la moindre nuance de jugeotte... Pas du tout ! Je n'ai strictement rien contre les femmes au foyer. Je ne trouverais rien à en redire si ces femmes avaient un métier sur lequel s'appuyer en cas d'échec. Un peu de prévoyance, de prudence, ne remet pas en cause la confiance que l'on porte à son couple. Les femmes ont trop souvent tendance à se fondre dans l'autre, à oublier qu'elles sont un avant d'être deux. C'est l'amour, tout simplement ! L'amour, l'amour... L'amour doit-il obligatoirement conduire aux pires folies ? Implique-t-il forcément de perdre la raison ? Cela mériterait un autre article... J'y penserai !

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