Mon cher Victor, 
Une des choses que je préfère, quand mes amours ne tournent plus vraiment rond, c'est la solidarité féminine. Et en particulier le soutien des copines.
Tu sais, Victor, les femmes du XXIème siècle se sont émancipées depuis ton époque. Voyez-vous ça... Elles se sont affirmées. Ont fait valoir leurs droits, évoluer les mentalités, se sont battues, encore et encore, pour être considérées à l'égal des hommes. Bien sûr, le combat n'est pas terminé, mais nous avons remporté de nombreuses batailles : le droit de porter des jupes, le droit à l'avortement, le droit à la contraception... Toutes ces choses primordiales qui font partie de nous, de chaque femme sur cette planète, de ma génération comme de la précédente, comme de celles à venir.
J'aime les femmes, Victor. Tu aimes les femmes ?! Ca y est, tu ris aux éclats : je vois que tes petites plaisanteries te plaisent bien, c'est l'essentiel. Ne feins pas la naïveté, tu as parfaitement compris mes propos. J'aime les femmes parce qu'elles sont là les unes pour les autres. Enfin, j'imagine qu'il existe des contre-exemples, mais d'après mon expérience personnelle, je crois pouvoir affirmer que les femmes que je côtoie ont cette extraordinaire qualité d'être fière de leur sexe.
Vois-tu, mon Victor, depuis ma séparation, j'ai tendance à me dévaloriser, à ne plus croire en rien, et surtout pas en moi. Oui, il me semblait bien avoir remarqué un comportement de ce type ! C'était compter sans les copines ! Que ferai-je sans elles ? Ce sont les femmes qui parlent, dans ces cas-là. La spécificité féminine. Ce qui nous différencie des hommes. Et renforcer mon identité de femme m'aide à supporter la solitude.
Il est fort probable, mon cher Victor, que ce que je m'apprête à écrire va te vexer quelque peu en tant qu'homme, et sans doute plus qu'un autre, étant donné que tu es d'une génération quelque peu... Ancienne. Faut-il que je me bouche les oreilles ? Je pensais que tu ferais preuve de plus de courage. Tu ne veux plus m'écouter ? J'ai quelques difficultés avec les femmes qui se prennent pour des hommes ! C'est bien une remarque du XIXème siècle. Il ne faut pas envisager les choses sous cet angle. Je suis une femme du XXIème siècle. Il n'y a donc pas de point de comparaison possible. Dans ce cas, je veux bien faire un effort, mais je ne garantis pas de rester calme ! Aucune importance : c'est l'intention qui compte !
Etre une femme, c'est aussi critiquer les hommes. Gentiment. Sans haine, parce que dans le fond, on les aime, les hommes. Je suis célibataire. Tu le sais. La plupart de mes amies sont pourtant avec quelqu'un, et en majorité, depuis un certain temps. Elles sont bien installées. Et elles les aiment, leurs hommes. Mais quand je ne vais pas bien, que je commence à me lamenter sur mon sort (ce qui m'arrive fréquemment...) elles sont là, derrière moi, à me pousser...
- Attends, Mirabelle, tu sais comment fonctionnent les mecs ! Ils n'ont aucune délicatesse, ils ne tournent jamais leurs langues dans leurs bouches avant de parler ! Après, ils s'étonnent qu'on se vexe et ils s'excusent des plombes plus tard !
- C'est génétique, c'est certain. Ce sont des handicapés de la parole. Ils ne parlent jamais de leurs sentiments. Cela ne signifie pas qu'ils ne ressent rien évidemment, mais ils ne sont pas comme nous : pour eux, la communication, cela passe par le corps !
- Arrête de te plaindre parce qu'il ne lit pas. C'est rare, les hommes qui lisent. Regarde le mien : à part le Ouest-France et les magazines d'ordinateur, il ne lit pas une ligne...
- Tu sais bien que leur bagnole ou leur moto, c'est plus important que leur copine ! Ou disons qu'ils y font plus attention... Bon, c'est triste d'accord...
Si tu cherchais à m'énerver avec tes poncifs anti-hommes, c'est raté ! Je ne me sens pas concerné du tout : je suis un homme exemplaire ! Je suis extrêmement délicat, j'en ai dans la cervelle, et je lis énormément, tu t'en doutes ! Demande à Juliette si c'est pas vrai ! Humm... J'aurais aimé que tu naisses en 1984 !
On a beau savoir que tout ça, c'est du blabla, qu'il ne faut pas généraliser sur les hommes, cela fait partie des techniques utilisées pour en oublier un ! C'est ça, la solidarité féminine ! Alors, merci à toutes celles qui en usent : je suis heureuse d'être une femme !


Bavardages