Mon cher Victor,
Que se passe-t-il ma Mirabelle ? Tu as une toute petite mine ! Un petit coup de blues... Nous sommes le 26 Mai 2006 et c'est presque la fin... Bientôt, la classe de PE1 E sera morcelée. Les meilleurs resteront. Les autres : un petit tour, et puis s'en vont ! Les meilleures choses ont une fin, tu le sais. Oui, je le sais...
Mercredi soir, c'était notre dernier repas. Notre dernier repas tous ensemble. Atmosphère particulière. La joie d'être ensemble bien sûr, mais pas seulement. La conscience que quelque chose se fissurait, et serait cassé le 31 Mai, à midi. Un instant, je me suis surprise à refuser les résultats : dans cet état d'attente, nous partageons la même angoisse, les mêmes craintes, et surtout, nous sommes tous sur le même pied d'égalité, encore. Bientôt, certains d'entre nous s'éclipseront. Discrètement. Dans les larmes. Je n'accepte pas ça. C'est un concours. Tu savais que vous en arriveriez là... Bien sûr.
Mais nous sommes une classe. Au sens le plus solidaire du terme. Pendant ce fameux repas, mercredi soir, j'ai regardé chacun, écouté les conversations, j'ai cherché à fixer dans mon esprit ce sentiment de communauté parfaite, d'amitié profonde. Car bientôt, tout sera éteint. J'ai eu envie de me lever et de leur dire, à tous, combien j'avais aimé cette année en leur compagnie, combien ils allaient me manquer. Que j'aurais voulu que nous soyions tous encore là, l'après-midi du 31 Mai, juste après les résultats. Tous admissibles. J'aurais voulu leur dire qu'il y avait bien longtemps que je ne m'étais pas sentie aussi bien au sein d'une classe. Tu aurais dû leur dire, ils auraient sans doute apprécié... Qui sait ? Tu aurais sans doute dit tout haut ce qu'ils pensent tout bas ! Je n'ai pas osé. Je suis très pudique, tu sais, Victor... Alors j'ai préféré regarder, discuter, rire. Profiter encore, pendant qu'il en était encore temps.
Ce repas aura une connotation particulière, quels que soient les résultats du concours. Il est teinté de tristesse et de résignation. C'est la fin, Victor. Et pourtant... Pourtant ? Pourtant, je me plais encore à rêver...
Et si, mercredi midi, Claire, Thomas, Marie, Joris, Justine, Aurélie, Aurélia V., Sophie, Gwenaëlle, Charlène, Gaël, Charlotte, Lucie, Delphine, Arnaud, Marion, Aurélia, Dorothée, Valérie, Emmanuelle, Aline, Céline, Yann, Guillaume, Emilie, Priscilla, Cécile, Thierry et Vanessa étaient tous admissibles ?

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