Mon cher Victor, 
Cette première épreuve a été un carnage. Un véritable carnage ! C'est vrai ? Allez, reprends-toi, reprends-toi, tu es tremblante comme une feuille ! Et puis... Tu as pleuré ? Un petit peu. Allez, raconte-moi tout...
J'étais convoquée à 8 h 15 comme je te l'ai dit. Les heures de passage étaient tirées au sort. Bien entendu, j'ai fait la mauvaise pioche : c'est moi qui ai ouvert le bal ! Youpi... Fort heureusement, je reprends espoir : le sujet de mon dossier pour l'entretien est l'Egalité des Chances. J'ai des tas de choses à dire là-dessus, je suis excitée comme une petite puce, et je me lance, à fond les manettes, dans la rédaction du plus bel exposé de ma vie. C'était bien parti, pourtant !
9 h 30 : Entretien pré-professionnel
J'entre dans la salle, le coeur battant. Quatre paires d'yeux sont braquées sur moi. Mes jambes se dérobent. Je souris pourtant du mieux que je peux, en essayant de copier les hôtesses d'accueil. Je lance un franc bonjour. Le jury se présente. Abord fort sympathique, ma foi. Je me détends peu à peu. Et zou, c'est parti, le top est donné par le fameux : "Nous vous écoutons !". Je suis très à l'aise, finalement. Je sens la fièvre de l'Education Nationale me saisir. Je parle de Loi d'orientation, de ZEP, de CLIS, de CLIN, de Maison Départementale pour le Handicap, de PPRE, de PPAP, de maître E... Je parle, je parle, je parle, et les dix minutes s'envolent. Les questions posées par le jury m'enflamment également, surtout après que l'Inspecteur d'Académie ait glissé que "j'avais déjà dit beaucoup de choses". Je réponds à tout, en hésitant quelques fois, mais avec le plus de sincérité possible. Peut être parfois au détriment des meilleurs choix stratégiques. Quand je réfléchis à tout ce que j'ai pu affirmer (par exemple que les mentalités des enseignants devaient changer par rapport au handicap... J'ai beau le penser très fort, ne va-t-on pas croire que je donne des leçons ?), j'ai bien peur que ma passion ne m'ait desservie : et si j'avais sorti des tas d'horreurs sans m'en rendre compte ?
9 h 55 : Epreuve musicale
Je me promets de leur en mettre plein la vue avec mon interprétation de "New York New York". Je connais les paroles sur le bout des doigts et j'aime profondément cette chanson. Le play-back marchait impeccablement hier, je me prépare donc à un succès. Hélas, au bout d'une minute et trente seconde de chanson : mon cd s'interrompt ! Je m'excuse, explique que "cela fonctionnait parfaitement ce matin-même". Que se passe-t-il ? Je perd tous mes moyens en un quart de second. La musique repart, sans moi cette fois. Je sens que je suis à contre-temps, mais j'entends à peine la musique (ma voix la couvre) et j'ai du mal à redresse la barre. Cette épreuve débute de la pire manière qui soit, j'entrevois peu à peu une perspective d'échec au concours. Ma prestation vocale s'achève. J'enchaîne avec mes applications pédagogiques. J'aime tellement cette chanson que je m'enflamme. Tant et si bien qu'au bout des dix minutes de temps de parole qui me sont accordées, je n'ai pas dit le quart de ce que je devais dire. C'est la catastrophe la plus totale. Extérieurement, j'essaie d'en sourire. Intérieurement, je me décompose.
Deuxième partie de l'épreuve : écoute d'un document sonore inconnu, dont je dois extraire les principales caractéristiques et donner des pistes pédagogiques. Je tombe sur Casse-Noisette, de Tchaikovski. XIXème siècle. J'ai droit deux écoutes, les utilise, mais n'en tire pas complètement profit. Je fais des approximations. Je ne suis pas certaine des instruments en présence. Je choisis le Cycle 1 pour cycle d'application mais je ne suis "pas dedans", je le sens bien. Je n'ai presque rien à dire sur cet extrait. Il va me falloir improviser. J'enchâine deux ou trois phrases. Pendant cinq minutes maximum, autrement dit : il reste dix minutes au jury pour me torturer de questions. La belle assurance de mon entretien pré-professionnel laisse place à des balbutiements confus. Le jury me bombarde de questions plus vicieuses les unes que les autres, de plus en plus précises. J'essaie d'y répondre, sans aucune conviction. Et l'Inspecteur d'Académie me laisse finalement entendre que ce morceau n'est pas du cycle 1, ce dont je me doutais...
"Nous vous remercions !"
Je remballe mon appareil, mes deux sacs, mon stylo, je dis "au revoir" avec le peu de sourire qu'il me reste, je sors et je ferme la porte. Ca y est. C'est terminé. Je n'aurai pas le concours.
Sans doute dramatises-tu un petit peu...? Peut être que ce n'est pas si catastrophique que ça... Je crois que si, Victor. Je crois sincèrement que si... Allez, il reste des épreuves ! Ne te démotive pas, Mirabelle ! Ne te démotive pas !

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