Mon cher Victor, 
Cet après-midi, 15h45, j'étais sur la piste. La piste de danse ? Mais non, enfin ! La piste du stade, pour mon 1500 m ! Tu te souviens de cet article, Victor ? Oui, bien sûr. Quoi qu'il faudrait que je le relise un petit peu... Eh bien j'ai réussi ! Réussi quoi ? A me dépasser ! Ahhh ! En voilà une bonne nouvelle ! Tu peux le dire ! J'ai pulvérisé mon record personnel !
Tu avais en partie suivi, Victor, mes entraînements au 1500 m, entre autres dans cet article-ci. Je ne t'avais pas caché que ma première performance s'approchait de 9 minutes et 45 secondes, ce qui évalait à un 5/20. Je m'en souviens ! A force d'obstination et de séances régulières (des séries de 250 m, 500 m et 750m en pyramide, tous les deux jours !), je me hissai péniblement à 8 minutes, autrement dit à 10/20, ce qui était, je te l'assure, une sacrée victoire sur moi-même ! Ahhh ! A voir ta mine réjouie, tu as fait bien mieux que cela ! Quel était ton record personnel ? 7 minutes et 55 secondes. Et cet après-midi, tu as fait combien ? Attends un peu...
J'étais convoquée au stade à 15 heures. Je pensais courir dès mon arrivée, mais les courses étaient organisées par séries, et bien évidemment, j'étais dans la dernière. J'ai donc assisté en direct aux performances de mes rivales. Et là... J'ai eu du mal à déglutir ! Pourquoi ? Le barème ayant été durci, il était réputé difficile. J'imaginais qu'atteindre les 8 minutes était déjà une performance en soi. Je me trompais : les trois premières séries ont été un défilé de magnifiques prestations ! Certaines atteignaient même le 20/20, soit 5 minutes et 50 secondes ! La plupart des candidates couraient dans les six minutes, ou dans les 7 minutes... Jamais au-dessus de 8 minutes ! Aie aie aie... Du coup, tu imagines bien que j'ai rejoint la piste à reculons !
Cependant, je compte sur l'appui de mes camarades d'IUFM, venues me supporter. Je n'ai pas envie de les décevoir. Je ne veux pas décevoir non plus une personne chère, qui m'a fait la surprise de venir assister à ma course. Quelle personne chère ? Je n'en dirai pas plus. Roooo ! Allez, Mirabelle, dis-moi ! Non, Victor, n'insiste pas ! Qu'est-ce que je disais ? Ah oui ! SURTOUT, je VEUX croire en ma chance. Il FAUT que je fasse 7 minutes et 45 secondes, temps qu'il m'avait été impossible de réaliser jusque là.
J'ai une boule au ventre à la ligne de départ. Le coup de feu retentit. La machine se met en route. Je ne pense plus à rien qu'à mon chronomètre. Je cours à un certain rythme, me concentre sur ma respiration. Je ne pense pas au nombre de tours. J'avance, c'est tout. C'est purement mécanique. Je tente de coller aux basques de certaines concurrentes. Surtout, ne pas les lâcher. S'accrocher. Toujours. Déjà, on annonce le dernier tour. Je souffle comme un boeuf mais bizarrement, je souffre moins que ce que j'aurais imaginé. Je trouve même la force d'accélérer dans la dernière ligne droite ! J'entends ma petite bande scander mon nom. J'accélère. Et là, j'entends le jury hurler mon temps :
J'ai fait 7 minutes 34 secondes, Victor ! Est-ce que tu te rends compte ? C'est encore mieux que ce que j'avais espéré ! C'est bien, Mirabelle, c'est très bien ! Et cela te fait quelle note ? 11,5/20. Nettement moins bien que d'autres concurrentes, mais pour moi, c'est un pas de géant ! Je suis plus que satisfaite ! Tu étais motivée, tu t'es sentie pousser des ailes, et voilà ! Ce qui me fascine, c'est que je les avais dans les jambes. Et que j'aurais sans doute pu faire mieux : je n'étais pas à bout de forces à la fin de ma course, et mon accélération était suffisamment puissante pour me laisser penser que j'aurais pu soutenir un rythme supérieur tout le long de ma prestation. Et voilà ! Et voilà ! C'est tout toi, ça, Mirabelle ! Ne peux-tu pas être contente de toi, tout simplement, sans chercher à aller plus loin ? Bon sang de bon soir, c'est à peine croyable !

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