Mon cher Victor, 
Samedi soir, j'ai été prise d'une vague de nostalgie, empreinte d'amertume. De l'amertume, à ton âge ?! C'est bien triste ! Hummm... Et pourquoi cette amertume ? J'ai écouté la bande originale de "La Boum". "La boum" ? Un film du début des années 80. Une jeune fille de treize ans en pleine crise d'adolescence, Vic, qui rêve d'amour et le trouve en la personne de Matthieu. Une amourette ? Oui. Sa première. Et qu'a-t-il de si spécial ce film ? Il faut sérieusement que je rattrape mon retard en matière de cinéma...
J'ai dû regarder ce film une bonne centaine de fois, entre douze et quinze ans. Je connaissais (et connais toujours, je pense...) les dialogues par coeur. Nous échangions la vidéo du film avec des camarades de classe qui, comme moi, grandissaient en même temps que Vic. Nous échangions des points de vue passionnés sur les personnages, faisions l'éloge de Sophie Marceau, si criante de naturel. Nous avions treize ans, comme elle. Jamais embrassé de garçon. Rêvant du grand amour, d'étreintes enfiévrées. J'avais donné une boum en classe de Cinquième. Prié pour que M., sur qui j'avais jeté mon dévolu, danse le slow "Reality" avec moi. Et ce fut chose faite ? Bien sûr que non. Je ne l'intéressais pas du tout...
Samedi soir, donc, j'ai écouté la chanson phare du film, "Reality". J'avais tant rêvé connaître le grand amour sur cette chanson... Elle m'a paru extrêmement sirupeuse. J'en tire une certaine tristesse, teintée de surprise... Je me revois allongée sur mon lit, à treize ou quatorze ans... Je m'imaginais dansant un slow langoureux avec le garçon qui peuplait mes rêves de l'époque. J'étais Vic. Lui était Matthieu. Il était éperdument amoureux de moi. Je tombais dans ses bras. Il m'embrassait passionnément. J'y croyais dur comme fer. J'avais les mains moites, le coeur battant, les papillons dans l'estomac. Ouh la la... Est-ce vraiment le genre de pensées que l'on entretient à quatorze ans ? Ne te méprends pas, Victor ! Mes songes étaient d'une chasteté exemplaire, vraiment ! L'idée d'un simple baiser suffisait à me faire chavirer... J'ai toujours été d'un romantisme échevelé !
En écoutant la chanson "Gone on forever", qui clôt le film, je me suis dit que finalement, il ne me restait rien de tout ça... Je rêvais du prince charmant, comme Vic. Or, le prince charmant n'existe pas. Je rêvais de quelqu'un qui me serre contre lui, sur un slow meringué. Qui me caresse les cheveux, comme dans le film. Que reste-t-il de tous ces rêves ? Tu as grandi, voilà tout ! Je n'ai pas vu le film dont tu parles, mais j'imagine que le cinéma ce n'est pas la vraie vie... J'ai grandi, c'est vrai. Et samedi soir, en écoutant "Reality", je me suis aperçu que j'aurais volontiers retrouvé mes quatorze ans. Pour croire qu'il existerait, un jour, quelqu'un qui aimerait danser avec moi et me caresser les cheveux... Que le Prince Charmant viendrait sur son beau cheval blanc. Qu'il descendrait de sa monture, mettrait "Reality" sur le tourne-disque... Ne dirait pas un mot... Me prendrait dans ses bras... Tu vas peut être un petit peu loin ! Tout ça, excuse-moi, Mirabelle mais... Ce sont des inepties !
Du jour où j'ai compris que je ne serai jamais Vic, j'ai cessé de regarder ce film. J'ai cependant conservé la vidéo. Je ne l'ai pas visionnée depuis la fin de Troisième. La coupure fut brutale. Cependant, j'ai toujours énormément de tendresse pour "La Boum". Il me rappelle mes espoirs, mes inquiétudes, mes rêves, mes larmes de toute jeune fille. Il me rappelle M., mes stratégies pour le séduire... Les murmures entre copines, les encouragements à me lancer... Mes premiers émois, en somme. Qui n'ont plus rien à voir avec ceux d'aujourd'hui, plus adultes, moins éblouissants. J'ai grandi, c'est vrai... Mais la petite Mirabelle est toujours là...

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