Mon cher Victor,
Aujourd'hui, je vais ENCORE te parler d'Aurélie ! Tu publies la suite de tes écrits ? Non, du tout. Ah... Je voudrais revenir sur sa grossesse, et ce qu'elle a suscité en moi... Très bien, je t'écoute ! Samedi soir, j'ai passé la soirée avec son ami (le futur papa !) et elle-même, dans leur petite maison douillette, dans laquelle ils viennent de s'installer. C'était la première fois que je voyais Aurélie enceinte, et je dois avouer que j'attendais la vue de son ventre rond avec une certaine impatience.
Quand je suis entrée, sa grossesse m'a sauté aux yeux. Mais attention, Victor, je ne te parle pas seulement de l'aspect physique de sa transformation : j'entends aussi tout un épanouissement, toute une métamorphose, un rayonnement que je ne lui connaissais pas. Aurélie était belle. Vraiment belle. On aurait dit une fleur. Elle incarnait la vie, purement et simplement. Pourtant, son ventre est encore petit : six mois de grossesse n'équivalent pas à neuf mois ! Je m'en doute... Aurélie m'a fait visiter la maison. M'a montré la future chambre de Clara. Landeau, berceau, parc étaient déjà entreposés dans la pièce... Elle m'a également mis sous les yeux la brochure de "Bébé9", et en particulier le mobilier choisi pour la chambre de la petite, armoire et table à langer.
Nous avons longuement discuté de désir d'enfant, de continuité, de logique. Silencieusement, je revoyais la Aurélie de mon enfance, si différente de cette adulte, de cette future maman qu'au fond, je ne connais pas bien. J'ai regardé longuement son ventre, ce soir-là. Fixement. Et j'ai ressenti, soudain, un PROFOND DESIR DE BEBE, réel, envahissant, qui prend aux tripes. Tu m'avais déjà parlé de ce désir... Il n'était en rien comparable, Victor. Ce n'était pas du tout la même intensité. Là, assise sur le canapé, à observer le ventre d'Aurélie avec des yeux ronds comme des billes, tout mon corps me criait que je voulais être mère, moi aussi, savoir ce petit corps pas encore autonome à l'intérieur de moi, lui parler, sourire sous ses coups de pieds... Tu connaîtras tout ça un jour, j'en suis persuadé ! Bien sûr. Je n'ai aucun doute là-dessus.
"Je suis enceinte."... Ce soir-là, je me suis imaginée prononçant ces mots. A l'homme que j'aime, d'abord... Qui est-il, ce fameux inconnu ? Tu remarqueras que tes lecteurs comme moi-même sommes très curieux sur ce point ! J'ai déjà dit que je me tairai sur ce sujet, Victor ! Tu es têtu comme une mule ! Et puis, cela ne veut pas dire que j'ai trouvé le père de mes enfants... D'accord, d'accord, j'abandonne... "Je suis enceinte". Je me suis vue devant ma mère, en pleurs : "Ma chérie ! C'est merveilleux !", puis ma soeur, au bord de l'hystérie à l'idée d'être bientôt tata... Mon corps qui se transforme, peu à peu. Ma famille aux petits soins... Je vois que ton imagination galope ! Comment faire autrement, Victor, hein, dis-moi ?
Cette maison, ce couple, respirait le bonheur. L'attente sereine et épanouie de ce petit être, de cette petite Clara, connue et inconnue à la fois. Tous deux respiraient "l'évolution de l'amour". Qu'entends-tu par là ? Aurélie m'a expliqué que concevoir cet enfant s'était imposé naturellement à leurs esprits. Naturellement. N'est-ce pas là la plus belle chose qui soit ? C'est ce qui me fascine le plus, Victor... D'où le titre de ton article, je suppose ? Tout à fait !
La vie est un cycle, Victor. Un éternel recommencement. La vie s'impose. C'est rééllement ainsi que je le perçois. C'est cette logique, ce naturel, que je voudrais toucher, ne serait-ce qu'une fois, du bout des doigts. Car le naturel est le signe, selon moi, d'un épanouissement profond, la certitude que le bien existe et que ce bien passe par la lente métamorphose d'un bébé en enfant, d'un enfant en adulte, d'un adulte en parent, d'un parent en grand-parent... Les différents stades dont tu parles, chacun y parvient forcément à un moment donné. Bien sûr... Mais chacun y parvient-il avec le même degré d'épanouissement ? Sereinement ? En se laissant porter, glisser ? Je ne crois pas. Je présume que cette quête est plus difficile... Car ce qui est en jeu, dans tout ça, c'est le bonheur, on en revient toujours au même ! C'est vrai. Et la maternité en fait partie... Patience, Mirabelle, patience, tu y viendras, toi aussi ! Humm... Tu sais ce qui me chiffonne, Victor ? Clara naîtra fin octobre. Et alors ? Et alors ? Et alors je serai en Angleterre à ce moment-là ! Ah, zut... Dommage pour toi !

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