Mon cher Victor,
Mon séjour à Rouen m'a amenée à réfléchir sur quelques petites choses... Lesquelles ? Eh bien... Tout d'abord, il me faut t'expliquer dans quelles circonstances j'ai débarqué dans cette jolie ville qu'est Rouen. Je t'écoute ! Quelqu'un de cher m'y a invitée. "Quelqu'un de cher", c'est très vague... Tu n'en sauras pas plus, Victor. Ce quelqu'un, qui habitait à Caen, a emmenagé récemment à Rouen, pour raison de travail. Il a donc un appartement à lui, rien qu'à lui. Ah !? Tu as dit "il" !! Cela n'est pas une preuve du sexe de mon hôte Victor, "il" va de pair avec "ce quelqu'un", ne t'emballe pas ! Où en étais-je ? Tu disais qu'il t'avait invitée pour quelques jours chez lui, à Rouen. Ah oui, c'est ça...
Il se trouve que je connais bien cette personne. Elle me disait... C'est une fille, alors ? Victor, c'est exactement la même chose que pour le "il" de tout à l'heure ! Hihi, je le sais bien, je te taquinais ! Donc, lors de ses passages à Caen, les week-ends, cette personne m'affirmait se sentir désormais plus chez elle à Rouen qu'à Caen. J'étais surprise : comment pouvait-on se sentir chez soi en si peu de temps ? Et finalement... J'ai trouvé la réponse à cette question en l'espace de trois jours. Chez elle, cette personne est le contraire de ce que j'ai connu à Caen : si je propose d'aller lui servir à boire, elle me gratifie d'un "non, laisse, reste assise, je vais le faire", elle passe la toile sans même qu'on lui ait soufflé l'idée, maîtrise feu et ustensiles de cuisine... Pendant ces trois jours, je l'ai observée et cette personne, telle qu'elle est en tant que "locataire autonome et indépendant", m'a plu ! Fort bien... Il serait tout de même plus pertinent de nous dire QUI ELLE EST, Mirabelle, cette personne ! C'est mon secret, Victor... Si tu y tiens !
Pendant ces trois jours, j'ai pu aller et venir comme bon me semblait, alternant séances shopping et séances "je transpire en même temps que tout le monde dans le métrobus bondé". J'avais les clefs de l'appartement. Au retour de mes folles promenades, il était bien souvent vide, mon hôte travaillant jusque tard le soir. Et j'avais la sensation étrange de rentrer chez moi. Tu n'étais pourtant pas chez toi... Non, mais j'ai eu ce sentiment d'accomplissement, ce sentiment que doit ressentir tout jeune adulte, s'installant pour la première fois chez lui. Je vois ce que tu veux dire...
J'habite toujours chez mes parents, Victor. Et pendant ces trois jours, j'ai pris goût à l'indépendance : dîner à 22 h si on le désire, rester en pyjama toute la matinée... C'est ce que tu as fait pendant ces trois jours ? En partie, oui. Tout ça m'a donné très envie d'avoir mon chez moi, Victor. Symboliquement, j'aimais avoir les clés de l'appartement. Sensation de contrôle, sentiment rassurant d'intimité. Avoir les clés de chez soi, j'imagine que c'est une étape importante. Peut être la connaîtras-tu bientôt, cette étape, si tu as le concours ! Cela fait beaucoup de "si", tu es en conscient... Si mes rêves de professorat des écoles s'arrêtent vendredi, ce sera retour à la case départ, et adieu mes jolis rêves d'indépendance... Ce ne sera que partie remise ! Espérons...
En attendant, ce séjour à Rouen m'aura donné un avant-goût de l'indépendance au quotidien. Et m'aura permis de découvrir "ce quelqu'un" sous un jour nouveau, pas déplaisant ma foi... A l'heure qu'il est, j'ai retrouvé ma petite maison caennaise, parents et amis. Mon petit cocon familial, en somme. Et j'attends le jour où j'aurai les clés de chez moi...


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