Mon cher Victor,
Tout a une fin. Quelle entrée en matière ! Qu'est-ce qui te rend si joyeuse ? Pas d'ironie, s'il te plaît, Victor. J'ai eu une prise de conscience terrible, mercredi après-midi. Allons bon... Encore une ! Tu ne fais que ça de tes journées, ma parole !
Bel après-midi de soleil. Je me rendis à l'IUFM pour poursuivre mes révisions au CDI. Le hall était désert. Les couloirs silencieux... Normal, me diras-tu, nous sommes en période de vacances scolaires ! Non, je n'allais absolument pas te le dire, je l'ignorais complètement ! Ah bon ? Bref, il n'y avait pas un chat, et en plus de cela, le CDI fermé... Alors que j'étais venue exprès pour travailler en bibliothèque ! En bonne mélancolique que je suis, je me suis baladée tranquillement dans les couloirs. Avec les écrits qui approchent, il m'a semblé voir les bâtiments d'un autre oeil. Nous, les étudiants (et les stagiaires PE2, bien sûr, à qui je n'ose même plus penser) donnons vraiment vie à cet établissement. Sans nous, il n'est rien... Et j'étais là, presque triste, à traîner mes Converses sur le carrelage, à me dire que bientôt, nous serions disséminés au quatre coins de l'académie, après avoir partagé nos rêves, nos espoirs et angoisses...
J'ai passé une superbe année à l'IUFM. Je croyais que la qualité de la formation n'était pas au rendez-vous ? Je ne te parle pas de la formation mais de l'aventure humaine. Des liens forts qui se sont tissés, entre nous tous. C'est particulier, tu sais, Victor, une année de préparation à un concours... Tous le même rêve. Tous le même but. Très peu de postes au bout. Et pourtant, on se sert les coudes. On s'entraide. On pleure, on se soutient. On rit aussi... Il y a quelque chose d'indéfectible, entre nous. La sensation d'avoir traversé une épreuve (dans tous les sens du terme) tous ensemble. De ne s'être pas trahis les uns les autres.
Parfois, je me prends à rêver...
Pour les écrits, nous sommes dispersés aux quatre coins de la ville. Je regrette que nous ne puissions passer les épreuves tous ensemble. J'aurais vraiment aimé partager les battements de coeur, les mains moites, la découverte des sujets avec ma classe. Mais ainsi va le concours... Alors en me promenant dans l'IUFM, j'ai eu la sensation de tourner une page importante de mon existence. C'est une année charnière que je viens de vivre. J'imagine que, quel que soient mes résultats au concours, les liens resteront. Je ne dis pas que je reverrai tous mes camarades régulièrement (car qui peut prétendre que les promesses sont toujours tenues ?) mais je sais que je penserai souvent à eux, à cette année que nous avons passé ensemble. Mon dieu, que tu es puriste ! Tu n'es pas le premier à me le dire. Mais je ne sais pas être autrement. J'ai toujours le besoin d'immortaliser les instants forts de ma vie, avant qu'il soit trop tard, avant qu'ils ne s'évanouissent...


Bavardages