Mon cher Victor,
Attention ! Un blogueur peut en cacher un autre ! La blogosphère est un monde d'illusions ! Qu'est-ce qui te fait dire ça ? Pour le savoir, lis ceci, Victor. Nous en reparlerons ensuite. Je l'ai déjà lu, ma pauvre enfant ! Je ne t'ai pas attendue ! Et je me doutais bien qu'un jour, tu allais aborder LA grande révélation de Mel ! Enfin... Si je puis dire...
Mel est un garçon. Je connais la vérité, maintenant, comme tous ses fidèles lecteurs. Mel est un garçon. Et pourtant... Pourtant, ce blogueur de sexe masculin est à mes yeux, une femme ! Une femme brune, à la beauté insolente, à la peau dorée par le soleil... C'est drôle, je ne parviens pas, moi non plus, à me défaire de cette image que je me suis fait d'elle ! Et pourtant, Mel est un garçon. Ce qui, à bien y réfléchir, n'a pas de quoi me donner des palpitations : ce Poisson d'Avril, ou Mel affirmait s'appeler en réalité Xavier sonnait trop vrai pour ne pas être honnête ! Humm... Cela m'avait marqué moi aussi...
Mel est un garçon. En lisant son article "coming-out", j'ai été émue... Mais pas surprise. Pas en colère. Pas blessée d'avoir pris ce quelqu'un pour quelqu'un d'autre. Qui sommes-nous pour être écorchés dans notre orgueil face à un mensonge blogosphérique ? Comme je le disais dans cet article, il me semble qu'il ne peut y avoir réelle blessure que lorsque le cercle privé est atteint. J'ai toujours pensé que l'écran, le clavier, constituent un rempart, une défense contre l'inconnu. Et si certaines nouvelles nous affectent (on s'attache à certains personnages blogosphériques), les écrits restent, comme on dit. C'est ça que je retiens, d'abord et avant tout. Les réflexions de cette Mel virtuelle, ses coups de gueule et coups de coeur, demeurent. Et au fond, peu importe qui les a écrit...
Ma Mel à moi, telle que je l'imagine, me convient parfaitement. Et je comprends que son concepteur ait voulu mentir. Je comprends. Jouer quelqu'un d'autre est un moyen d'affirmation, d'épanouissement vieux comme le monde, comme on peut le constater dans des pièces tels que "Le jeu de l'amour et du hasard" de Marivaux. Certains condamneront ce mensonge, le considéreront comme une trahison... En ce qui me concerne, je comprends qu'on soit tenté. Et de toute façon, qui peut prétendre, dans le cadre des blogs intimes et narcissiques, dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité, au grand jour de la blogosphère ? Pas grand monde à mon avis... On ment tous. Par omission, par exemple. Par choix d'écriture. On tait ce qui nous gêne. On garde une certaine parcelle d'intimité... Je persiste donc à croire une chose : écrire est une manipulation. Et la révélation de Mel me conforte davantage dans cette idée.
Mel est un garçon. Et je m'en fiche ! Car la blogosphère a cela de fascinant qu'elle est asexuée. On a face à soi des idées, des pensées, des points de vue. Bien sûr, tous les blogs ne sont pas forcément tenus dans cette optique (par exemple, les blogs à visée familiale, comme on m'en a fait la remarque), c'est pourquoi j'ai du mal à lire des blogs qui exposent "la réalité" au grand jour, sans forcément faire part de ses réflexions : moi et ma maman, moi et mon papa, mon et mon chéri, moi et mon chat... Un blog, c'est la voix d'un inconnu. J'aime l'imaginer, cette voix. Je me concentre sur elle. C'est mystérieux. Charmant. Cela me suffit. Ta vision est quelque peu réductrice, Mirabelle... Et tu oublies certaines choses ! Entre autres que tu affectionnes certains blogs dont les auteurs s'affichent clairement ! Je pense, par exemple à Alfie ou à Lafleur, en passant par Christian et à d'autres, dont les noms m'échappent ! C'est vrai. Mais leurs blogs ont cela d'intéressant qu'ils sont le fruit d'un univers, d'une personnalité. Ce sont des blogs de point de vue. Pas simplement une juxtaposition de photographies !
Sur la blogosphère, le style, les phrases, les idées, ont une importance primordiale. En tous cas, pour moi. J'aime avoir face à moi quelqu'un qui a une opinion. Qui l'exprime. A sa manière. C'est ce qui le singularise. Et c'est là qu'on s'attache. Malgré le clavier. Malgré l'écran. Malgré la distance de l'inconnu. Chacun sera marqué par une phrase. Une idée. Un style. Au fond, peu importe le sexe du blogueur. Ses idées, ses pensées, sont là. Et si j'ai envie que le concepteur de Mel corresponde tout entier à Mel, jeune femme brune à la peau dorée, c'est mon droit le plus strict. Les phrases qu'a pu écrire ce mystérieux Benoît (dont il semble, d'ailleurs, que ce ne soit pas le vrai prénom !) sont indétournables. Indéformables. Elles sont vraies. Alors je ne lui en veux de rien. Car seuls les écrits restent...

Bavardages