Mon cher Victor,

Sache tout d'abord que ce que je m'apprête à dire n'est absolument pas dirigé contre toi, ni aucun autre de mes lecteurs masculins ! Très bien... Je suppose donc qu'il s'agit d'un article "coup de gueule", aujourd'hui ? Oh que oui ! Et un franc, en plus !
Comme tu le sais, Victor, je suis une femme ! Il me semblait bien l'avoir remarqué, oui ! Et je voulais, au jour de la blogosphère, vociférer, grâce à mes deux petits poumons bien garnis d'oxygène, et d'une manière COMPLETEMENT IRRATIONNELLE ! Je précise ce point par souci d'anticipation : sache, Victor, que cette conversation a été menée sous le coup de la colère, de l'indignation, que dis-je, du ras-le-bol, et que le ton scandalisé que je m'apprête à employer ici retombera aussi vite qu'il était monté ! Nous voilà avertis... Sache également que les grandes déclarations que je vais prononcer seront sans doute exclusivement fondées sur l'indignation, et qu'il sera, pour cette raison, tout à fait évident pour un sujet sain d'esprit et habile de son cerveau, de contrer mes arguments en un tour de main ! Mais comme on dit... Il faut que cela sorte !
Je me posais une question, mon Victor : pourquoi, nous les femmes, devons-nous toujours être parfaites ? Ah... Euh... Eh bien... Je dois répondre ? Non, pas vraiment... Il s'agissait plutôt d'une question rhétorique ! Tant mieux, car je t'avoue que je ne savais strictement pas quoi répondre... Pourquoi devons-nous toujours être à la hauteur ? Pourquoi cette image de la beauté nous colle-t-elle à la peau ? Pourquoi ? Dis, pourquoi ?
Pourquoi est-ce toujours aux femmes de plaire aux hommes ? Pourquoi devons-nous nous épiler dès que le poil repousse, toute effrayée que nous sommes à l'idée que notre cher et tendre puisse entrevoir ce début de pillosité ? Pourquoi nous conseille-t-on, avec ce sourire désarmant, de nous faire le maillot "bien échancré parce que c'est plus joli", alors que ce "on" ignore la souffrance que tout individu de sexe féminin doit endurer pour arriver à un joli triangle sur le pubis ?? Hein, dis, Victor, pourquoi ? Mirabelle, je dois dire que toutes ces questions me dépassent un petit peu... Evidemment. Il s'agit ici d'un problème qui touche MA génération, et non pas la tienne... Alors je m'adresse ici à nos voisins de table, à ces hommes, tranquillement assis, ignorants des responsabilités pesant sur nos épaules !
Je revendique, Victor, le droit à l'imperfection. Je revendique le droit à la flemme, la flemme de traquer mes poils ! Je revendique également celui de m'épiler au rasoir "parce que ça va plus vite". Je revendique le droit de n'être pas toujours maquillée, de parler comme un charretier, de dormir avec des chaussettes, d'avoir un petit bidon et de me ronger les ongles ! Pourquoi les hommes nous veulent-ils toujours belles et sexy ? Hein, pourquoi ? Pourquoi ne sourient-ils pas de notre peau d'orange et de nos petits bourrelets ? Pourquoi sont-ils si exigeants avec nous, alors, que nous les femmes, pauvres âmes, tolérons sans peine leurs mentons mal rasés et leurs joggings usés ?
Oui, c'est vrai, je suis imparfaite. Je n'ai ni porte-jarretelles ni guépière et pourtant, j'estime que je suis une femme, une vraie, avec sa propre identité de femme : j'aime me faire belle, oui, mais quand je le décide ! J'aime avoir les jambes douces, c'est vrai, mais quand je le décide ! Et j'aime aussi, ce n'est pas contradictoire, traîner jusqu'à pas d'heure en pyjama, ou au réveil, rire de mes cheveux ébourriffés !
Alors, messieurs, s'il vous plaît, soyez plus compréhensifs envers celles à qui on demande d'être partout à la fois : bonne amante, bonne épouse, bonne mère... Et si vous nous aimez, si vous nous aimez VRAIMENT, acceptez-nous comme nous sommes, avec nos poils et notre petit ventre. Avec nos défauts et nos travers. Au fond, quelle importance si le triangle n'est pas parfait ? Quelle importance s'il subsiste encore, ici et là, sur notre gambette, un ou deux poils rebelles ? Avant de vous plaindre de notre pillosité, veuillez, je vous prie, considérer les efforts accomplis par nous, les femmes, pour vous plaire : joli chemisier, raie sur le côté, frange discrète... Si vous nous aimez, si vous nous aimez VRAIMENT, ne nous forcez pas à faire des choses que nous n'accomplirons qu'au prix de larmes irréversibles, ou de sacrifices honteux. Nous sommes des femmes, quoi qu'il arrive. Des femmes à notre façon... Même si nous ne ressemblons pas à l'icône sexy que j'ai jointe à cet article, loin de vos fantasmes les plus lubriques.

Bavardages