Mardi 12 septembre 2006
Mon cher Victor, 
Comme promis, voici un compte-rendu de la séance de français que j'ai tenu lundi. Ahhh !! Je l'attendais de pied ferme ! Tu vas être déçu, Victor, crois-moi... Mais non, mais non ! Je te trouve bien négative, Mirabelle, ces derniers temps ! Juste un peu découragée...
Nom propre, nom commun... Voilà le thème de la séance. Une notion facile, d'après Mme B, mon IMF. Oui, une notion facile, effectivement. En théorie, c'est plutôt simple. En pratique, j'ai eu tôt fait de me rendre compte que l'évidence pédagogique m'était étrangère. J'avais pourtant préparé cette séance avec minutie. Trop peut être... Tu cherchais à bien faire ! Exactement. Le moindre détail me torturait les méninges. Je croulais sous les livres de grammaire. Pour une notion sensée être simple. Je savais que cette facilité supposée me donnait encore moins droit à l'erreur. Je le savais. Oui mais enfin, il ne faut tout de même pas exagérer : même avec une notion facile, tu es là pour apprendre, tu es en formation !
Bref. Je passai tout le week-end sur la préparation de cette séance. Mon IMF est exigente et rigoureuse. Je désirais lui prouver que je n'avais pas eu le concours par hasard. Lui montrer que j'étais une vraie, belle "graine de maîtresse". De toute façon, cette femme n'a pas à te juger. Elle n'est pas inspectrice de l'Eductin Nationale, à ce que je sache ! Bien sûr. Mais je suis toujours soucieuse de faire bonne impression. Bref. Ca fait beaucoup de "bref", Mirabelle, pour une discussion, qui, j'en suis sûr, sera très longue une fois de plus ! Pfff... Quelle mauvaise langue !
Lundi matin. J'arrivai la boule au ventre. Comme d'habitude ! Tu es si angoissée, cela m'étonne toujours ! J'essayai d'apprendre par coeur le déroulement de ma séance. La première partie de la matinée fila à vitesse grand V. Enfin, ce fut mon tour d'entrer en piste...
- Les enfants, Mirabelle va maintenant vous faire classe !
J'entamai ma séance. L'objectif principal étant d'abord de distinguer noms propres et noms communs par leurs sens, j'insiste principalement sur la notion de groupe et de cas particulier. Malheureusement... Malheureusement, les réflexions des élèves, les réponses qu'ils fournissent à mes questions, m'emmènent justement là où je ne souhaitais pas les emmener. Je répète la distinction entre les deux types de noms, tente de reformuler, mais je sens bien, face à ces vingt-deux paires d'yeux ronds comme des billes, que je tourne en rond. Je ne parviens pas à leur faire comparer correctement noms propres et noms communs. Je m'égare.
Ma situation de découverte s'éternise, sans pour autant que je parvienne à mon objectif. Puis quelques exercices oraux : je propose un nom commun, les élèves doivent imaginer un nom propre susceptible de lui correspondre. Il me semble que les enfants participent bien. Les idées fusent. Cependant, j'ai conscience que le volume sonore augmente considérablement, ce qui n'est pas favorable à une bonne tenue de classe. Mon IMF est d'ailleurs forcée d'intervenir quelques fois pour faire cesser les bavardages. J'ai cru mourir de honte...
Petit exercice d'application pour clore la séance. "Trouve un nom propre qui correspond à chaque nom commun. Fais une petite phrase pour expliquer". J'ai donné un exemple. Aux questions de fuser. Visiblement, ma consigne n'était pas claire. Et quand je passai dans les rangs, je constatai que les enfants, pour la plupart, n'avaient pas formé de phrase... Et ils avaient escamoté la majuscule ! J'étais désamparée. La cloche a sonné. Ma séance était terminée.
- Alors ? Quelles sont tes impressions ?
Cette séance ne ressemblait en rien à ce que j'avais imaginé. Je sais que les élèves n'ont pas compris. Mon IMF va même jusqu'à dire qu'ils n'ont "rien appris". J'ai encaissé le coup, difficilement, je dois l'admettre. Madame B. m'expose ses critiques. Ma situation de découverte était beaucoup trop longue et tournait en rond. Les élèves étaient passifs. D'où des bavardages intempestifs. En résumé : l'objectif n'est pas atteint. Je suis décomposée et peine à garder le sourire.
Tout se bouscule dans mon esprit : suis-je faite pour ce métier ? Serai-je une bonne enseignante ? Je ne sais pas, je ne sais plus... La théorie est une chose, la pratique en est une autre. Mes stages seront-ils validés ? Je crains un prolongement de scolarité, et encore plus un licenciement. Un licenciement ! Tout de suite les grands mots ! Là, vraiment, tu exagères, Mirabelle ! Tu viens de commencer ta formation ! Laisse toi le temps d'apprendre !

Comme promis, voici un compte-rendu de la séance de français que j'ai tenu lundi. Ahhh !! Je l'attendais de pied ferme ! Tu vas être déçu, Victor, crois-moi... Mais non, mais non ! Je te trouve bien négative, Mirabelle, ces derniers temps ! Juste un peu découragée...
Nom propre, nom commun... Voilà le thème de la séance. Une notion facile, d'après Mme B, mon IMF. Oui, une notion facile, effectivement. En théorie, c'est plutôt simple. En pratique, j'ai eu tôt fait de me rendre compte que l'évidence pédagogique m'était étrangère. J'avais pourtant préparé cette séance avec minutie. Trop peut être... Tu cherchais à bien faire ! Exactement. Le moindre détail me torturait les méninges. Je croulais sous les livres de grammaire. Pour une notion sensée être simple. Je savais que cette facilité supposée me donnait encore moins droit à l'erreur. Je le savais. Oui mais enfin, il ne faut tout de même pas exagérer : même avec une notion facile, tu es là pour apprendre, tu es en formation !
Bref. Je passai tout le week-end sur la préparation de cette séance. Mon IMF est exigente et rigoureuse. Je désirais lui prouver que je n'avais pas eu le concours par hasard. Lui montrer que j'étais une vraie, belle "graine de maîtresse". De toute façon, cette femme n'a pas à te juger. Elle n'est pas inspectrice de l'Eductin Nationale, à ce que je sache ! Bien sûr. Mais je suis toujours soucieuse de faire bonne impression. Bref. Ca fait beaucoup de "bref", Mirabelle, pour une discussion, qui, j'en suis sûr, sera très longue une fois de plus ! Pfff... Quelle mauvaise langue !
Lundi matin. J'arrivai la boule au ventre. Comme d'habitude ! Tu es si angoissée, cela m'étonne toujours ! J'essayai d'apprendre par coeur le déroulement de ma séance. La première partie de la matinée fila à vitesse grand V. Enfin, ce fut mon tour d'entrer en piste...
- Les enfants, Mirabelle va maintenant vous faire classe !
J'entamai ma séance. L'objectif principal étant d'abord de distinguer noms propres et noms communs par leurs sens, j'insiste principalement sur la notion de groupe et de cas particulier. Malheureusement... Malheureusement, les réflexions des élèves, les réponses qu'ils fournissent à mes questions, m'emmènent justement là où je ne souhaitais pas les emmener. Je répète la distinction entre les deux types de noms, tente de reformuler, mais je sens bien, face à ces vingt-deux paires d'yeux ronds comme des billes, que je tourne en rond. Je ne parviens pas à leur faire comparer correctement noms propres et noms communs. Je m'égare.
Ma situation de découverte s'éternise, sans pour autant que je parvienne à mon objectif. Puis quelques exercices oraux : je propose un nom commun, les élèves doivent imaginer un nom propre susceptible de lui correspondre. Il me semble que les enfants participent bien. Les idées fusent. Cependant, j'ai conscience que le volume sonore augmente considérablement, ce qui n'est pas favorable à une bonne tenue de classe. Mon IMF est d'ailleurs forcée d'intervenir quelques fois pour faire cesser les bavardages. J'ai cru mourir de honte...
Petit exercice d'application pour clore la séance. "Trouve un nom propre qui correspond à chaque nom commun. Fais une petite phrase pour expliquer". J'ai donné un exemple. Aux questions de fuser. Visiblement, ma consigne n'était pas claire. Et quand je passai dans les rangs, je constatai que les enfants, pour la plupart, n'avaient pas formé de phrase... Et ils avaient escamoté la majuscule ! J'étais désamparée. La cloche a sonné. Ma séance était terminée.
- Alors ? Quelles sont tes impressions ?
Cette séance ne ressemblait en rien à ce que j'avais imaginé. Je sais que les élèves n'ont pas compris. Mon IMF va même jusqu'à dire qu'ils n'ont "rien appris". J'ai encaissé le coup, difficilement, je dois l'admettre. Madame B. m'expose ses critiques. Ma situation de découverte était beaucoup trop longue et tournait en rond. Les élèves étaient passifs. D'où des bavardages intempestifs. En résumé : l'objectif n'est pas atteint. Je suis décomposée et peine à garder le sourire.
Tout se bouscule dans mon esprit : suis-je faite pour ce métier ? Serai-je une bonne enseignante ? Je ne sais pas, je ne sais plus... La théorie est une chose, la pratique en est une autre. Mes stages seront-ils validés ? Je crains un prolongement de scolarité, et encore plus un licenciement. Un licenciement ! Tout de suite les grands mots ! Là, vraiment, tu exagères, Mirabelle ! Tu viens de commencer ta formation ! Laisse toi le temps d'apprendre !
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publié dans : Mirabelle, PE2, maîtresse stagiaire par Mirabelle
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Bavardages